Le blog ePagine

Conseils de lecture, entretiens, actualité numérique :

le Livre-Avenir ne se fera pas sans les libraires.

4 juillet 2011

François Bon, Pierre Ménard, Livre au Centre et Les Temps modernes

Depuis septembre 2009, Livre au Centre organise une série de rencontres avec des auteurs, sur le principe d’une conversation : un auteur de la région invite un auteur d’ailleurs. À chaque rencontre, un lieu de la région Centre (bibliothèque, maison d’écrivain, lieu de résidence d’écrivain…) est associé à l’organisation et à la programmation. Ces Conversations sont ouvertes à tous. Dans le cadre de l’atelier d’écriture numérique qu’animera François Bon les 5 et 6 juillet à Orléans, Livre au Centre vous invite à assister à une conversation-performance entre François Bon et Philippe Diaz (alias Pierre Ménard sur le web), mardi 5 juillet au 108 (108, rue de Bourgogne) à Orléans. Cette conversation qui débutera à 18h30 sera réalisée en partenariat avec le 108 ainsi qu’avec la librairie Les Temps Modernes qui, outre les ouvrages papier, propose sur son site 100 % numérique les ebooks des deux auteurs ainsi que ceux de la coopérative d’édition numérique publie.net, la revue d’ici là, par exemple. Pour accéder aux tables dédiées à toutes les collections de publie.net sur la page d’accueil des Temps modernes, rendez-vous ici.

 

 

François Bon, écrivain est né en 1953, en Vendée. Après des études d’ingénieur il travaille dans l’industrie aérospatiale et nucléaire. Cette expérience et son observation du déclin du monde ouvrier donne naissance à son premier livre Sortie d’usine paru aux Éditions de Minuit en 1982 et qui sera repris dans la collection Double en septembre). Il décide alors de se consacrer entièrement à la littérature. Il commence en 1991 une recherche continue dans le domaine des ateliers d’écriture et enseigne aujourd’hui l’écriture créative à Sciences-Po Paris. François Bon est présent sur Internet depuis 1997 via le site Tiers Livre qui devient son principal lieu d’expression et fonde en 2008 la coopérative d’édition numérique publie.net. Biographie sur Tiers Livre. Bibliographie (non exhaustive) : Après le livre (Publie.net, 2011), Au buffet de la gare d’Angoulême (Publie.net, 2011), Pour lire Rabelais (Publie.net, 2010), Une traversée de Buffalo (Publie.net, 2010), Rock’n roll, un portrait de Led Zeppelin (Albin Michel, 2008), Daewoo (Fayard, 2004), Prison (Verdier, 1998), Un fait divers (Minuit, 1994, L’Enterrement (Verdier, 1992)…

Philippe Diaz (alias Pierre Ménard), né en 1969, vit à Paris. Il est un auteur très investi dans le champ de l’écriture et de l’édition numériques. Bibliothécaire à Melun, il anime régulièrement des ateliers d’écriture et de création multimédia. Pierre Ménard est le pseudonyme qu’il a choisi en tant qu’écrivain. Présent au travers d’interventions en revues, ainsi que sur supports sonores, en radio, notamment dans l’émission Les passagers de la nuit de France Culture et sur Internet. Il est le fondateur du site www.liminaire.fr, un des lieux les plus étonnants et novateurs dans les croisements web et littérature. Il dirige la revue de création sons et images D’ici là, diffusée par publie.net. Il anime plusieurs sites et blogs, consacré à son travail personnel d’écriture et d’ateliers, liminaire ou voués à des aventures collectives (les podcasts radio marelle et page 48). Il résume cette démarche ainsi : « S’il faut tenter de définir le point commun de mes expérimentations, ce qui peut les réunir, c’est peut-être la tentation de faire exister l’écriture, la création par tous les moyens, dans un éclatement permanent de tous les formalismes. » Bibliographie. Outre ses nombreux textes de création et son bloc-notes en ligne, il a publié Quand tu t’endors chez Actes Sud junior ; Le Spectre des armatures aux éditions Le Quartanier ; En avant marge, En un jour, Deux temps trois mouvements et Comment écrire au quotidien (365 ateliers d’écriture) chez publie.net ; et participé au recueil collectif Il me sera difficile de venir te voir : Correspondances littéraires sur les conséquences de la politique de l’immigration en France, aux éditions Vents d’ailleurs, 2008.

26 janvier 2011

Guillaume Vissac (Accident de personne) | publie.net en temps réel

Avant-hier, de nombreux journalistes, blogueurs et libraires (notamment ePagine) ont reçu un long mail de François Bon, responsable de la coopérative d’édition numérique publie.net qui commençait ainsi : « Sortir de nos frontières numériques est trop important pour ne pas vous imposer ce message ! ». Pour la première fois cette maison d’édition 100% numérique a diffusé de l’information en dehors des sites Internet et des réseaux sociaux, Twitter ou Facebook, où François Bon reste très actif. En communiquant autour de son catalogue très exigeant en matière de littérature classique mais surtout contemporaine (récits, romans, poésie, polars, essais, études, carnets, revue…) et innovant sur la partie numérique, publie.net souhaite ainsi atteindre (au-delà des blogués, twitteriens et autres facebookés) un public plus large par le biais des lieux traditionnels et symboliques de la critique littéraire. Et au vu des derniers titres ajoutés au catalogue, on peut sans trop s’avancer affirmer qu’il y a là quelque chose à jouer pour cette maison. Bienvenue, donc, aux anciens et aux modernes que vous retrouverez tous sur ePagine, notamment l’un d’entre eux, Guillaume Vissac et son Accident de personne !

Dans sa lettre de diffusion, François Bon revient sur les 10 000 téléchargements individuels atteints par publie.net pour l’année 2010 (à comparer aux 2800 de l’année 2009) ainsi que sur la baisse de ses tarifs la semaine passée (signe fort d’incitation à la découverte, à la lecture et à la circulation de tous les textes mis en ligne sans DRM et disponibles aux formats PDF pour l’ordinateur, epub pour iPad, liseuses, iPhone et téléphones Androïd, prc pour Kindle, ou tout simplement via la liseuse en ligne). Il signale par ailleurs un net renforcement de la lecture par abonnement (sur laquelle la coopérative reverse 30% des recettes nettes à ses auteurs par péréquation des pages lues, et 50% sur les recettes nettes téléchargement). Ces dernières semaines ont également été riches du côté des retombées médiatiques (un entretien avec Frédérique Roussel dans Libération à propos de l’iPad, une accroche de Mohammed Aïssaoui en Une du Figaro littéraire à propos de la nouvelle collection de polars “Mauvais genres”, un article d’Alain Nicolas dans l’Humanité, plusieurs échos dans le travail de fond de Pierre Assouline et une participation à Place de la Toile sur France Culture) l’amènent à penser que les frontières (médias traditionnels/web) peuvent désormais progressivement s’ouvrir.

Ces deux dernières semaines, publie.net a ajouté 15 titres à son catalogue. Comme je ne pourrai pas tous les chroniquer aujourd’hui, je me propose de présenter l’un d’entre eux : Accident de personne de Guillaume Vissac, projet que j’ai suivi en direct sur Twitter à la fin de l’année passée ainsi que sur le site de l’auteur et qui est aujourd’hui disponible en numérique dans une version étourdissante. Dans les prochaines semaines je reviendrai sur mes autres lectures, notamment sur le dernier texte de Mahigan Lepage qui est également l’auteur d’un formidable road-movie, Vers l’ouest, que j’avais chroniqué ici-même. Son dernier récit, La science des lichens, nous convie à d’autres « déplacements » (à l’intérieur-même du RER B parisien) par le biais d’un rapport et d’un regard singuliers entretenus avec les paysages, le temps, les territoires, l’exotisme ou encore la lichénologie (Descartes, le Népal, la langue française, Paris-Plage, le Maroc, le Jardin des Plantes, l’ennui, la chaleur, la duperie… s’entremêlent ici dans une longue et unique phrase ébouriffante).

Je reviendrai également sur l’ensemble de textes proposé par François Bon dans Après le livre, étape de réflexion importante pour lui au moment où le paysage et l’objet même du livre est en train de changer radicalement – cette mise au point sur la mutation du livre numérique faisant suite à de nombreuses interventions et conférences ces deux dernières années. Enfin, j’irai me noircir les humeurs avec les « mauvais genres », collection de polars que dirige Bernard Strainchamps… si du moins, d’ici là, nous puissions tous survivre à l’Apocalypse qui s’annonce…

Accident de personne de Guillaume Vissac : « Pendant presque deux ans, je passais entre deux et trois heures par jour en transport en commun (RER, métros) », écrit l’auteur dans sa présentation. Malheureusement habitué aux « accidents de personne », il s’est mis à prendre des notes à chaque message d’alerte (dans le wagon et sur les quais). En décembre 2010, il a commencé à diffuser sur Twitter aux heures de pointe 160 fragments de 140 caractères maximum qui tous mettaient en scène des « accidents de personne ». Se mettre dans la peau de celui ou celle qui se fout en l’air n’est pas simple. Mais qui n’a jamais cherché à savoir pourquoi untel s’était jeté sous les rails, quelle était la personne qui avait pu faire ça, ou encore ce qu’il ou elle avait en tête au moment de ? Glauque et stupide, diront certains ; manière d’exorciser nos peurs, catharsis de ces longues heures passées dans les souterrains  et les espaces clos, répondront d’autres. Après la diffusion des messages, Guillaume Vissac a commencé à les réunir et des personnages récurrents sont apparus. Voilà pourquoi désormais, dans sa version numérique, propose-t-il des entrées par personnage (celui qui, celle qui…). En feuilletant l’ensemble, vous remarquerez aussi de nombreuses notes en bas de page (qu’on appelle aussi hyperliens) ; il y en a 271 (et elles sont toutes inédites), chacune de ces notes renvoient à un nouveau fragment lui-même en lien avec un autre (c’est inépuisable). Oui, Accident de personne est un ensemble déroutant, mordant, d’une inquiétante lucidité et qui ne ressemble à rien de connu. Voilà au moins une bonne raison de se lancer. L’autre raison est littéraire ; à force de parler de la forme on en oublierait presque l’écriture (et il ne faudrait pas) : celle-ci est précise, maîtrisée et inventive tandis que la langue sait être lyrique ou sèche suivant ce qui se joue sous nos yeux ; vocabulaire et syntaxe vont chercher loin chez les Anciens ainsi que dans sa contemporanéité (langage propre au web, au marketing et à la communication, messages publicitaires, formules aseptisées…). Pour ceux qui découvriraient cet auteur, je vous conseille également de lire Livre des peurs primaires (où il était déjà fortement question du rapport à l’angoisse dans la ville) ainsi que Qu’est-ce qu’un logement ? (où l’on retrouve cette façon qu’a Guillaume Vissac de capter, via la prise de notes, le réel – sauf que cette fois il s’agit de se demander : c’est quoi habiter un nouvel espace ?). Mais assez palabrer, voici maintenant deux extraits (la présentation du projet et quelques fragments).

Pendant presque deux ans, je passais entre deux et trois heures par jour en transport en commun (RER, métros). Tout ce temps là, mis bout à bout, ça fout la lourde comme on dit par chez moi, le vertige.

J’ai donc eu mon compte d’accidents de personne, je ne les ai pas comptés, mais toujours une atmosphère particulière dans le wagon lorsque le conducteur l’annonce, ou sur les quais quand les écrans clignotent.

Un jour l’un d’entre eux m’a fait arriver deux heures en retard dans mon boulot de l’époque. Ce jour-là, l’idée d’en faire quelque chose, de prendre des notes, et l’écriture de la toute première.

La prise de notes a duré un an et demi. Toutes ces notes (ou la plupart) ont été écrites directement embarqué soit dans les wagons, soit sur les quais, au téléphone portable classique, ensuite via l’iPhone.

J’ai vu de suite que c’était un truc fait pour twitter. Je n’ai pas twitté en live : j’ai un peu peur de l’instantané, et puis il fallait l’organiser, faire le ménage. Alors ça s’est étendu dans le temps, et tant mieux, ça m’a permis de faire mûrir .

Fin 2010, j’avais plus de 200 fragments d’écrits, tous de moins de 140 caractères, alors j’ai créé le compte @apersonne, j’ai épuré mon texte. J’en ai gardé environ 160.

De cette façon, j’ai pu mettre en ligne 5 fragments par jour pendant un mois tout juste. C’était novembre, j’ai choisi décembre, et ça tombait bien avec Noël et réveillon à la fin comme acmé. L’idée était là depuis le tout début, de pouvoir programmer les twitts à heure fixe, tous les jours 7h, 9h, 12h, 18h et 20h, afin que les twitts puissent être lus aux heures de pointe, dans les transports précisément. Et puis ça avait un côté feuilleton : les followers ont commencé à savoir que c’était « bientôt l’heure d’@apersonne ».

Passé fin décembre, j’ai mis au propre, rassemblé le tout dans un abécédaire. A l’origine il n’était pas prévu que des figures émergent, et puis des personnages sont apparus d’eux mêmes, par exemple celui qui cherche une chanson idéale pour la passer au moment de mourir, celle qui se tue mais plusieurs fois, car ça marche pas, les régulateurs de flux que je voyais tous les jours deux fois par jour, etc.

Alors les classer par personnages, c’était une idée. Les notes de bas de page, c’est venu pendant cette phase là, histoire de faire dialoguer tout le monde, du coup toutes les notes sont inédites, jamais apparues sur twitter, plus de 140 caractères pour certaines.

Je me demande toujours au moment de compiler ce genre de projet volatile : quelle sera la règle du jeu ? La règle du jeu ,ce serait de pouvoir naviguer dans tout ça sans suivre d’ordre, ni alphabétique ni rien, simplement rebondir d’une fiction à l’autre. J’aime cette idée de ne pas lire de la page 1 à la page 99 mais dans le désordre.

D’où les 271 liens, chaque titre dans les notes étant discrètement interactif.

***

CELUI QUI… A LE SENS DE LA MISE EN SCÈNE

comme un funambule trop proche des rails il risque tout : un seul écart & le déséquilibré7 c’est lui

je l’installe le plus confortablement possible sur les rails : sous sa nuque un coussin : elle remercie8 : je sais rester humain

7 Paradoxalement, aux yeux de tous, nous sommes les déséquilibrés ; les seuls pourtant à ne jamais tomber. (Ceux qui poussent)

8Je me suis dit cette fois, sous les mains, les doigts, la peau d’un autre, je pourrais y arriver et puis mourir enfin. Mais devinez quoi ? Je me suis encore trompée. (Celle qui se loupe)

© Guillaume Vissac, Accident de personne, publie.net, janvier 2011.

Les 15 dernières nouveautés publie.net disponibles sur ePagine et les sites des libraires-partenaires :

* Du côté des auteurs classiques : L’Apocalypse (traduit et commenté par Bossuet) ; Poèmes d’Ossian de Chateaubriand ; Le droit à la paresse de Paul Lafargue ; La philosophie dans le boudoir et Les 120 journées de Sodome de Sade ; Le ventre de Paris d’Émile Zola.

* Parmi les auteurs d’aujourd’hui : La tendresse de Jacques Ancet ; Après le livre de François Bon ; Bit, sex & bug de Thierry Crouzet ; Transparences et Ès Lettres de Christian Jacomino ; La science des lichens de Mahigan Lepage ; Accident de personne de Guillaume Vissac.

* Nouvelles et roman noirs (collection « Mauvais genres ») : Le Successeur de Philippe Carrese ; Motel, et autres légendes urbaines de g@rp.

Christophe Grossi

20 janvier 2011

Lorenzo Soccavo, De la bibliothèque à la bibliosphère (Numerik:)ivres)

Avec la collection 100% numérique “Comprendre le livre numérique” disponible sur ePagine, Numerik:)ivres vous invite à mieux saisir les enjeux du livre numérique, les nouvelles pratiques de lecture, de partage, de médiation,…, qu’il induit, les changements radicaux que subit le monde du livre (édition, librairie, bibliothèque) mais aussi quels pourraient être ses effets sur notre quotidien. Le premier titre  de cette collection écrit par Lorenzo Soccavo, De la bibliothèque à la bibliosphère (les impacts des livres numériques sur les bibliothèques et leur évolution) et préfacé par François Bon, est pour moi la preuve sine qua non que cette initiative était nécessaire. Je vous conseille vraiment de le lire. La mise en page est agréable, le propos est très fin, intelligible et riche en prospectives. En plus de ça, cet ebook coûte moins de 2 euros en ePub et peut être lu sur différents supports de lecture (sans DRM, avec marquage immatériel). Les premières pages de cette analyse sont d’ailleurs feuilletables en ligne et téléchargeables gratuitement (en PDF) sur ePagine ainsi que sur tous les sites de ses libraires-partenaires.

L’analyse de Lorenzo Soccavo, De la bibliothèque à la bibliosphère, s’ouvre sur une intervention de François Bon qui donne d’emblée le ton : c’est l’horreur (de la bibliothèque sans livres), l’intitule-t-il. Ici, expériences de lecteur, d’auteur, d’éditeur, réflexions à partir de choses vues lors de sa résidence au Québec, sur les services d’accès à distance en bibliothèque, la prétendue dispersion de la lecture sur écrans multi-tâches, la médiation des supports et, de manière générale, sur l’acte de lecture, annoncent d’ailleurs des projets, des réflexions et des convictions qu’on retrouve développées dans son dernier ensemble de textes mis en ligne hier sur ePagine, Après le livre chez publie.net, et sous-titré qu’est-ce que l’écriture numérique change au destin du livre et aux enjeux de la littérature ? Je vous signale par ailleurs que sa préface au livre de Lorenzo Soccavo est disponible en ligne dans sa version intégrale sur le tiers livre.

Il faut considérer l’ouvrage de Lorenzo Soccavo comme de la prospective, c’est important d’avoir ça en tête. D’ailleurs il y aura plus de questions que de réponses dans son analyse. Revenant d’abord sur les origines du livre (tablettes d’argile, papyrus, codex, imprimerie) pour s’arrêter un temps dans les années 70 aux États Unis quand on a commencé à réellement rêver de livres numériques, l’auteur s’attaque ensuite à 2011 où la dématérialisation n’est plus un projet mais une réalité. « Aujourd’hui, la dématérialisation du livre en tant que contenant et sa volatilité en tant que contenu remettent, à première vue, fondamentalement en cause la pérennité même des bibliothèques. Sinon à les maintenir comme des conservatoires des livres et documents imprimés. », écrit-il. À partir de là, une question centrale nourrira sa réflexion : quels seront/seraient les impacts du livre numérique dans le monde des bibliothèques ? Très vite il en vient à poser comme paradoxe que dématérialisation (les bibliothèques sans livres) ne rime pas forcément avec mort des bibliothèques mais qu’au contraire la dématérialisation du livre pourrait porter en elle les germes d’une nouvelle bibliothèque (la bibliothèque hub à trois niveaux), à la fois s’appuyant sur le classique brick and mortar, sur une interface numérique et sur le virtuel.

Mais avant d’en arriver là, Lorenzo Soccavo se demande s’il ne faudra pas d’abord envisager de reconfigurer la bibliothèque en tenant compte des éléments suivants :

- l’accès libre et le partage gratuit des connaissances au plus grand nombre (l’une des missions des bibliothèques mais aussi l’un des fondements du web) : « enjeux aussi cruciaux et sensibles qu’aux temps héroïques de l’invention des premiers alphabets ».

- le rôle et la place du bibliothécaire en tant que prescripteur dans une bibliothèque sans livres et dans un monde où chacun aura accès intra et extra muros aux mêmes contenus et pourra les partager facilement et rapidement (justement, on ne trouvera peut-être pas la « même chose » partout).

- la médiation culturelle : comment défendre la bibliodiversité dans une société du spectacle, de la best-sellerisation, du mainstream et du cloud computing ?

- la conservation des données et leur pérennité (autre mission des bibliothèques).

De manière générale, l’auteur n’est pas pessimiste même s’il en vient à critiquer en grande partie la plupart des projets de bibliothèques numériques qui, selon lui, manqueraient de stratégie d’ensemble à long terme, d’organisation, de concertation, voire de vision. Il voit d’ailleurs dans cette dispersion un danger majeur : que la bibliothèque ne soit plus  seulement qu’un centre de traitement de données et un catalogue d’accès en ligne alors que pour lui, la bibliothèque de demain devrait plutôt ressembler à une bibliosphère, une « bibliothèque qui tisse sa toile sur la planète entière ». Mais à quoi ressemblera-t-elle alors ? À une sorte d’hyperlivre unique et infini, un seul livre qui contiendra tous les livres ? Et puis après, se demande-t-il, parlerons-nous de livre clonable, de lecteurs transhumains… ? Pour connaître ses réflexions et ses prospectives, je vous invite donc à lire (et à relire) son analyse dans son entier intitulée De la bibliothèque à la bibliosphère et propulsée par Numerik:)ivres dans différents formats numériques pour seulement 1,99 €.

Lorenzo Soccavo est consultant indépendant en prospective du livre et de l’édition, au service de l’ensemble des acteurs de l’interprofession du livre, des centres de formation et des médias… Il est notamment l’auteur de Gutenberg 2.0, le futur du livre, M21 Editions, 2007 (découvrez gratuitement ce livre ici). Retrouvez-le aussi sur le site P.L.E. Consulting. Par ailleurs, Numerik:)ivres annonce déjà le prochain titre de la collection « Comprendre le livre numérique ». La question posée est la suivante : lecture en streaming, partage sur les réseaux sociaux… la promotion du livre numérique passera-t-elle par la lecture sociale ? Cette étude intitulée La lecture sociale sera proposée par Christian Liboiron, gestionnaire en vente et en marketing dans le secteur de l’édition.

Christophe Grossi

© ePagine - Powered by WordPress