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le Livre-Avenir ne se fera pas sans les libraires.

30 décembre 2011

Elias Jabre lit La tentation du clitoris de Régis Jauffret

Aujourd’hui Qui lit quoi ? #12 (le dernier rendez-vous de l’année) en compagnie d’Elias Jabre qui nous propose une lecture de La tentation du clitoris de Régis Jauffret. Ce texte, édité par publie.net (0.99€ en numérique, format epub, sans DRM), est disponible sur les sites de tous les libraires partenaires de ePagine (liste à jour ici). Grand merci à Elias !

 

À la recherche d’un texte court à lire d’une traite, je tente le catalogue Publie.net et tombe sur La tentation du clitoris de Régis Jauffret dans la collection Stigme.99.

Peu attiré par les titres tapageurs, je sais que Jauffret ne va pas m’engluer dans une mélasse porno-transgressive. J’ai lu Autobiographie, et la tension de cette écriture qui porte ce héros abject et dérisoire, enchaînant les liaisons sexuelles avec des femmes plus solitaires les unes que les autres dans un paysage réduit à peau de chagrin, pousse l’effroi à un niveau d’humour qui me fait encore glousser en y repensant. Alors j’achète, et comme prévu, je lis d’une traite.

Bizarre. Je suis content. Content de lire cette nouvelle, et pourtant, il ne reste rien de l’empathie que j’avais pour le héros d’Autobiographie. Le décalage entre son héroïne au destin médiocre (incarnée à la première personne), salariée d’une entreprise à la poursuite vaine du profit, et la voix altière qui la porte avec un style sophistiqué, au lieu de créer une brèche ouvrant sur une autre dimension, me comble aussi peu que cette baiseuse qui peine à jouir.

Je retrouve pourtant Autobiographie avec quelques déplacements. Une sorte d’accumulation insatisfaite, le même affect obsessionnel qui traverse de bout en bout le récit. Et dans ma tête, ça ne marche pas.

Mais je suis content.

Content, déjà, parce qu’un style est suffisamment rare pour se sentir transporté et reconnaissant. Ensuite, parce que cette revendication portée par l’héroïne qui s’est appropriée le discours des droits de l’homme pour exiger l’orgasme comme un devoir de la société envers son corps, évite l’écueil que je redoutais au départ. Le sexe transgressif dans une ère de consommation qui en est saturé.

Au contraire, dans ce monde de chiffres et d’ordinateurs, l’héroïne ne peut vivre sa sexualité que dans une tiédeur inguérissable, ce qui a au moins l’effet de la faire enrager. Cette nostalgie de l’orgasme transformé en mythe ancien se transforme en manifeste politique naïf et tendre. Elle semble chercher l’orgasme comme on cherche Dieu. Mais ce dernier a été remplacé par la morne frénésie du Retour sur investissement. Au lieu de la bonne vieille dépense improductive chère à Bataille.

Mais Jauffret n’arrive pas à nous faire ressentir cette baisse de désir si bien inoculée par Houellebecq grâce à la platitude de son écriture qui coïncide merveilleusement avec la société dans laquelle nous pataugeons.

Pourtant, s’il faut choisir la fin du monde, je préfère le nihilisme vivifiant de Jauffret avec son style aristocratique plutôt que Houellebecq, le dépressif indolent. Alors, pourquoi cette rage qui éclate comme un pétard mouillé ? La menace qui pèse sur les humains ne génère-t-elle pas également une angoisse nouvelle, où jouissance et apocalypse coexisteraient au profit d’orgasmes meurtriers ?

La perte de soi dans l’extase, Bataille l’a explorée, et Jauffret n’a peut-être pas voulu marcher sur ses plates-bandes. Ou bien, souffrons-nous d’un mal plus profond qui a rendu cette perte moins poignante et donc, voluptueuse ? Pour pouvoir se perdre, encore faut-il se posséder. Et nous serions désormais tellement rabotés, encagés dans nos mouvements… que reste-t-il à perdre ? Pour Jauffret, rien d’assez valable pour créer la tension salutaire. D’où cette femme qui n’atteint plus l’orgasme, avec les hommes, les femmes, à plusieurs, ou même toute seule.

Au-delà des souverainetés perdues, qu’il s’agisse de Dieu ou de nos Moi décomposés, d’autres agencements aujourd’hui nous construisent, nous rendant de nouveau désirants. En attendant, Jauffret porte le désert d’une société molle qu’il harcèle de sa plume décapante, et à laquelle il est bon qu’il n’accorde aucun répit.

Elias Jabre

 

Elias Jabre, est auteur d’un thriller, Immortalis, au Masque et de trois nouvelles dans la collection One shot (dont il est l’initiateur) chez l’éditeur 100% numérique, StoryLab, Absolut Barbarian Trip (chroniqué ici par François Prêtre) Un psychopathe et demi (mentionné ) et La gaîté démente du poulet triomphant. En juin 2011 il a bien voulu répondre à mes questions sur ce blog. Il travaille depuis un an chez ePagine où il est notamment chargé des programmes de recherche et développement.


Régis Jauffret, né à Marseille en 1955, a notamment publié aux éditions Verticales Clémence Picot, Autobiographie, fragments de la vie des gens et Univers univers. Chez Gallimard, Asiles de fous et Microfictions – désormais un des classiques du contemporain. Au Seuil, Sévère et Tibère et Marjorie. Chez publie.net, La tentation du clitoris, Vivre encore, encore et Week-end familial à Clichy-sur-mer (mentionné ici) Son site Internet est en ligne (mais pour l’heure il n’est pas mis à jour).

8 juillet 2011

#ebookfriday6

Depuis un mois et demi, chaque vendredi jusqu’à minuit, les éditions Numerik:)ivres proposent de télécharger 3 titres de leur catalogue à 0.99 €. Cette semaine Manihi de Christine Machureau, Histoires noires du bout de la rue d’en bas de Jeff Balek et Les Hirondelles sont menteuses d’Anita Berchenko sont mis à l’honneur. D’autres éditeurs suggèrent également de télécharger quelques-uns de leurs titres au même prix, notamment publie.net avec la collection stigme99. À découvrir aujourd’hui deux de ces titres qui n’ont pas été encore chroniqués sur ce blog, 10 fois en moyenne de Sarah Cillaire et Week-end familial à Clichy-sur-Mer de Régis Jauffret. Et enfin, mise en avant de la revue de genres, Angle mort dont le troisième numéro (excellent soit dit en passant) vient d’être mis en ligne. Nous avions déjà parlé d’eux, c’était . Comme le prochain #EbookFriday aura lieu dans quatre semaines, c’est aujourd’hui qu’il faut faire le plein de lectures !

Manihi de Christine Machureau, Numerik:)ivres, 0.99 € jusqu’à minuit, 4,99 € ensuite.
Très loin des clichés touristiques aux odeurs de vanille et aux déhanchements de sublimes jeunes filles couvertes et fleurs, ce roman servi par une écriture fluide, simple, mordante mais non dénuée d’humour nous entraîne derrière l’envers du décor de ces îles paradisiaques, dans une réalité brute d’une vie difficile que les popaa (les blancs) ne soupçonnent même pas. Une chronique sociale qui nous immerge dans le quotidien d’une jeune femme maori qui doit se battre pour s’élever, gagner son indépendance et lutter contre la douleur des traditions ancestrales.

Histoires noires du bout de la rue d’en bas de Jeff Balek, 0.99 € jusqu’à minuit, 2,99 € ensuite.
Au bout de la rue, pas loin de chez vous, il y a des humains qui se débattent avec leur quotidien. Des humains désabusés souvent, déshumanisés parfois, attachants aussi. Et tellement réels. Dans ces quinze textes qui vous emmèneront au bout de la rue, là où le jour peine à pénétrer, entre des murs serrés sur des secrets inavouables, l’auteur, d’un style précis et efficace, noir, sans concession, mais avec un humour un rien cynique, brosse des portraits dans lesquels on pourrait presque se reconnaître. Vous ne regarderez plus les nains de jardin de la même façon, ni les petites vieilles avec leur chihuahua, vous changerez souvent de trottoir en croisant vos voisins, surtout s’ils sont déguisés en gros poussin jaune… Jeff Balek joue avec ses personnages comme le chat avec la souris, mais avec une tendresse évidente, d’une belle écriture qui vous prend sans vous lâcher, même après avoir terminé la lecture. Son écriture n’est pas sans rappeler le polar, elle est rythmée comme un air de blues ou de métal rock, sans rien perdre de sa poésie.

Les Hirondelles sont menteuses d’Anita Berchenko, 0.99 € jusqu’à minuit, 3,99 € ensuite.
Une sorte de huis clos, élargi aux rues d’un village du sud de la France, dans le bleu, le jaune, le vert et le brun des paysages du Lauragais. Un « roman » à sketches, des histoires de voisines, de passantes, où il y a ce qui se voit et ce que l’on cache. Les hirondelles arrivent avec le printemps, mais s’en vont aux premiers froids. La détresse et la misère sont les mêmes, peu importe la saison, et peu importe le lieu… Dans une mégapole, une grande ville, ou un village, les humains que nous sommes regardent passer les « autres » sans vraiment s’en préoccuper. Parfois s’en amuser, comme à une terrasse de café, sur une grande place mondialement connue, ou sur la petite place d’une mairie de province. On sirote un café en se moquant souvent de l’allure des passants. Mais on ne cherche pas à entrer dans leur intimité. Ni à leur tendre la main. Pourtant, cela en aurait peut-être aidé quelques-unes…

10 fois en moyenne de Sarah Cillaire, stigme99, 0.99 €.
« En moyenne, une femme part dix fois avant de partir. Dedans, porter le deuil de grands sentiments toujours en application, les sentir palpiter, faire bruisser les artères, prolonger le moignon. Une morte tous les trois jours, en moyenne. Un mort tous les quinze jours, tiens. Dans trois-quarts de maricides, la femme se défend contre son conjoint. » Avec cet ensemble de textes de Sarah Cillaire pas la peine de vous faire un dessin… On comprend en effet tout de suite de quelle violence il s’agit ici. Mais au-delà des questions abordées, quelle puissance dans le souffle, non ? Et quelle poigne il y a dans ce sujet à la fois tenu distance mais où les mots eux sont tenus serrés serrés ! Entremêlés d’extraits de l’Enéide de Virgile et des Démons de Fédor Dostoïevski, cet ensemble très théâtralisé est à lire et à faire lire au moins à dix personnes. À dix hommes ?

Week-end familial à Clichy-sur-Mer de Régis Jauffret, stigme99, 0.99 €.
Comme le dit François Bon dans sa présentation, avec Jauffret c’est un rire jaune qui se tord, « un rire jaune qu’on entend depuis longtemps dans la littérature, qu’on n’entend pas forcément assez souvent au présent. » Jugez par vous-même : « Chaque vendredi, ma fille et une portion de mes petits, arrières-petits, et arrières-arrières-petits-enfants, arrivent par le vapeur de dix-huit heures dix qui n’en peut mais, tant ma descendance est pléthorique. J’appartiens à une famille catholique qui a toujours lutté contre la régularisation des naissances, et dont les membres n’en sont pas moins lubriques et prompts au coït. À mon âge, je suis excusable de ne pas me souvenir du prénom de chacun d’eux, certains sont du reste quinquagénaires, et de les appeler tous Kévin quel que soit leur sexe. »

Revue Angle mort, 13 titres au catalogue désormais : 10 nouvelles à télécharger gratuitement et 3 numéros complets  (ces nouvelles + les entretiens inédits), 2,99 € chacun.
Parmi les nouvelles découvertes récemment au sommaire du 3e numéro figurent notamment Œuvre vécu d’Athanase Stedelijk, une monographie de Léo Henry, une plongée étourdissante dans le monde de l’art, avec dédoublement, histoire d’amour et un style étourdissant à la clé, et Le jardin des silences de Mélanie Fazi,
tragique histoire d’amants meurtriers sur fond de musique rock avec dédoublement de la narratrice. Grâce aux animateurs de cette revue (grand merci donc !), j’ai découvert là deux voix qui me plaisent beaucoup et que je n’aurais jamais trouvé dans les littératures dites blanches. Pourtant je ne vois pas pourquoi un éditeur traditionnel ne pourrait pas publier ces auteurs-là. Il faudra quand même qu’on m’explique un jour ces histoires de clivages. En tout cas ces deux textes, je les ai pris de plein fouet, leur langue surtout, et c’est ça qui compte pour moi : être déstabilisé. Téléchargez donc ces deux nouvelles, il y a de la qualité dans l’air, vraiment, et si vous êtes convaincus téléchargez le numéro complet pour soutenir ces découvreurs-là !

ChG

10 juin 2011

des ebooks à 0.99 € : #EbookFriday et stigme.99

#Ebookfriday est avant tout et surtout une incitation à la découverte de textes 100% numériques, une incitation à la lecture numérique, des livres disponibles pour seulement 0,99 €, sans DRM, pendant 24 heures. Initié par l’éditeur pure player Numeriklivres il y a deux vendredis, cet événement a poussé publie.net cette semaine à ouvrir une collection de livres numériques, également vendus à 0,99€ : stigme.99.

 

Ce vendredi, donc, Numerik:)ivres vous propose de découvrir trois recueils de nouvelles, celui de Valérie Pascual dans lequel arbres et êtres humains partagent histoires et secrets, celui d’Anita Berchenko (mis en ligne très récemment) où vous suivrez le destin de dix femmes dans un petit village du Lauragais (sud de la France) et le recueil de nouvelles érotiques de Paloma Casanova.

 

 

Non pas sept mais vingt-huit d’un coup : stigme.99 fait mieux que le Vaillant Petit Tailleur ! 28 textes courts, tous déjà présents dans le catalogue de publie.net, viennent d’être regroupés dans une collection intitulée stigme.99. Outre le changement de prix (ils sont tous proposés à 99 cents et ça chez tous les distributeurs, revendeurs et libraires) leur couverture ont commencé à être modifiées hier matin (pas encore à jour sur ePagine). Parmi ces 28 titres vous ne retrouverez que des auteurs d’aujourd’hui, certains sont déjà connus des libraires, de la presse et du grand public (François Bon (7 textes), Éric Faye, Régis Jauffret (2 textes), Michèle Kahn, Marc Pautrel, Jean Rouaud ou Jacques Séréna (2 textes)), d’autres se sont d’abord faits un nom sur Internet ou lors de lectures/performances (Daniel Bourrion (2 textes), Sarah Cillaire, Fred Griot, Christine Jeanney, Arnaud Maïsetti ou Joachim Séné (3 textes)) et d’autres encore que je vous invite à découvrir si vous ne les connaissez pas encore (Anne Collongues, Armand Dupuy, François Pachet ou Dominique Quélen) en cliquant sur les liens ci-dessous. Pour aller plus loin : lire le billet sur le tiers livre consacré à stigme.99 ainsi que celui de Brigitte Célérier dans lequel elle donne à lire ce matin via citations quelques-uns de ces textes.

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