Le blog ePagine

Conseils de lecture, entretiens, actualité numérique :

le Livre-Avenir ne se fera pas sans les libraires.

18 août 2011

lire, écrire, partager, bloguer, all together

Le mois dernier j’ai demandé à une trentaine d’auteurs, de blogueurs, d’éditeurs, de bibliothécaires, de libraires, de diffuseurs, de lecteurs rencontrés via le site et le blog ePagine ou sur les réseaux sociaux ainsi qu’à mes collègues d’ePagine quel livre numérique ils conseilleraient aux internautes et sur quel support ils l’avaient lu et/ou le recommandaient. Je précisais dans mon mail que s’ils étaient intéressés par cette idée il leur suffisait de m’envoyer quelques lignes ou plus avec la référence du livre en question (homothétique ou 100 % numérique) pourvu qu’il soit disponible chez les libraires partenaires du réseau ePagine via Place des libraires numérique. J’annonçais aussi que de mon côté je m’occuperais de faire une présentation des contributeurs (avec liens vers leur blog ou site et bibliographie pour les auteurs). J’ai reçu en quelques heures une vingtaine de réponses enthousiastes et, deux jours plus tard, les premières chroniques arrivaient dans la boîte mail. Au départ je pensais lancer cette série pendant les vacances. Comme j’avais envie d’accompagner ces contributions mais que fin juillet je prenais la décision de ne plus alimenter ce blog pendant une quinzaine de jours j’ai naturellement reporté cette nouvelle rubrique baptisée (en attendant mieux) « Qui lit quoi ? » au 18 août…

Ce 18 août est jour de rentrée littéraire. Cela signifie (pour ceux qui ne le sauraient pas encore) que des centaines de romans de « saison » ont commencé depuis ce matin à envahir les tables et les vitrines des libraires. Et tout ça sans franche rigolade… On prévoit en effet que cette rentrée sera beaucoup plus morose qu’à l’accoutumée (on annonce moins de parutions, on annonce déjà moins de ventes en librairie, on condamne les magasins de vente en ligne, on s’agite, on s’énerve, on cherche les coupables). Voilà pour les livres « papier ». Du côté des livres numériques il est très difficile de savoir à ce jour ce qui sera disponible ou non sur les sites vu que les éditeurs traditionnels ont diffusé leurs programmes assez tardivement (souvent incomplets) voire pas du tout et qu’aucun média ne s’est occupé de répertorier les nouveautés prochaines. Du côté des éditeurs pure player, bien qu’ils ne soient pas tout à fait soumis aux mêmes contraintes que leurs confrères du « papier » ils seront également présents en cette rentrée. De nouvelles collections et de nouveaux projets qui n’auraient pas pu voir le jour autrement sont annoncés depuis quelques semaines via twitter, Facebook ou encore Google+. On reparlera de tout ça.

Il y a bien longtemps maintenant que le principe même de « rentrée littéraire » ne m’excite plus guère. Bien qu’il y ait eu de belles découvertes pour moi lorsque j’étais encore en librairie, les livres qui me touchaient le plus ne paraissaient-ils pas plutôt en mars, en novembre ou en janvier ? Si je regardais soudain de près ma bibliothèque, combien de livres (parmi tous ceux lus lors d’une bonne dizaine de rentrées littéraires) trouverais-je encore aujourd’hui au milieu des intemporels ? Néanmoins, cette opération, économiquement et socialement parlant, reste importante pour bon nombre de professionnels de la profession (éditeurs, libraires, diffuseurs, journalistes, jurés de prix…). Et si en temps que blogueur je peux me permettre de douter de toute cette effervescence à l’heure où une partie de la littérature contemporaine se crée chaque jour en temps réel sur Internet, le libraire quant à lui jouera le jeu, informera ceux qui souhaiteront savoir ce que tel éditeur vient de publier et chroniquera sans doute des romans de rentrée. Bien que pour l’instant j’aie fait chou blanc et malgré tout ce qu’on pourra dire il y aura forcément de bons textes… La question sera plutôt de savoir comment et à quel prix ils seront commercialisés en numérique, s’ils contiendront des DRM (verrous) ou pas, des hyperliens ou pas, une recherche plein texte ou pas, s’il y aura un extrait gratuit à télécharger et comment les éditeurs prendront en compte les avis des clients et les nouveaux usages de lecture. D’autres questions m’intéresseront également dans ce maelström actuel : Comment se positionneront, d’un côté, les éditeurs traditionnels et les éditeurs 100 % numérique et, de l’autre, les libraires indépendants face aux géants du commerce en ligne qui sont déjà là ou arrivent tout juste et imposent des règles commerciales parfois asphyxiantes (Apple, Amazon, Google et bientôt Orange, SFR & co) ? Qui travaillera avec qui et comment ?

Bien que n’étant pas cynique par nature, hier je me suis amusé de cette citation de Laurent Margantin pastichant Thomas Bernhard : « la rentrée littéraire est une extinction de la littérature » et je sais déjà que certains éditeurs et libraires me reprocheront de rire d’un sujet aussi « grave ». À ceux-là je vais désormais leur tendre un bâton pour me faire battre. Car ironie du sort, ayant adressé un texte à publie.net il y a un peu plus de deux mois, n’ai-je pas appris la semaine dernière que celui-ci serait publié et mis en ligne dans les prochains jours, c’est-à-dire… à la rentrée littéraire ? Il s’intitulera Va-t’en va-t’en c’est mieux pour tout le monde. Même s’il ne sera pas question ici de rentrée littéraire on y croisera de nombreux textes ainsi que des auteurs de théâtre, des livres bleus aux nuages blancs et des libraires ; entre dérives et virées on y écoutera de la musique dans une voiture de location ; on traversera sur une année entière des aires d’autoroute, une quarantaine de villes françaises (et une belge) et des zones de turbulences (entre je t’aime moi non plus et natures mortes au travail). Je signale d’avance que ce texte n’est pas un roman de rentrée, il n’est d’ailleurs pas un roman du tout, et que vous pourrez le lire de janvier à décembre.

Pour terminer et boucler la boucle (ce billet qui devait être court s’est transformé en « billet de rentrée »), sachez que si ce blog parlera bien de la rentrée littéraire il soutiendra toujours avec autant de force tout texte numérique qui ne serait pas estampillé “rentrée littéraire 2011”, qu’il soit récent ou non, médiatisé ou pas, notamment via cette nouvelle rubrique décrite infra (Qui lit quoi ?) à laquelle je vous convie tous (professionnels du livre ou non) si jamais vous souhaitiez l’alimenter. Pour ce faire vous pouvez me laisser un commentaire sous le billet avec vos coordonnées ou m’écrire à (pensez à enlever les crochets) c[.]grossi[@]epagine[.]fr. Toute proposition sera la bienvenue. Pour aller plus loin, des extraits de ces chroniques (sauf avis contraire) viendront enrichir les pages détails des textes chroniqués sur ePagine (comme ici par exemple) et, s’ils le souhaitent, les sites des libraires partenaires. Les premières chroniques seront publiées dans les prochains jours à raison de deux par semaine pour commencer. Respectant l’ordre d’arrivée sur la boîte mail nous commencerons avec celle qui a tiré plus vite que son ombre, Christine Jeanney, autrement connue pour avoir récemment fait des cartons.

Bonne rentrée !

ChG

8 juin 2011

Partager ses extraits avec l’ePagine reader

Le 1er mars dernier je vous annonçais ici-même le lancement de l’ePagine reader, une application optimisée pour iPad et iPhone qui permet d’accéder directement aux livres numériques chez le libraire de son choix et de lire tous les ebooks avec ou sans DRM Adobe. Cette application présente également plus d’un millier d’extraits à télécharger gratuitement en quelques instants. Et, petit plus, grâce à la fonction PARTAGER, vous pouvez faire profiter votre entourage des extraits que vous avez dans votre bibliothèque en les envoyant directement aux contacts de votre messagerie. La semaine dernière nous nous sommes amusés à faire le test avec le dernier extrait qui venait d’être mis en ligne, celui des Oloé d’Anne Savelli que je venais tout juste de chroniquer sur ce blog. Refaisons aujourd’hui le parcours en images grâce aux captures d’écran. C’est parti !

 

L’extrait vient d’être téléchargé dans la bibliothèque de l’iPhone
(deux boutons apparaissent immédiatement,
à gauche PARTAGER, à droite ACHAT)

 

On ouvre le fichier, 13 pages d’extraits (ici, la couverture).

 

La couverture toujours, en mode plein écran.

 

Page de faux-titre, format paysage.

 

La même chose en réduisant la taille de la police.

 

La même chose, plein écran.

 

Un exemple d’une page, avec texte et photo.

 

Retour sur la fiche du livre. Cliquez sur le bouton PARTAGER,
saisissez autant d’adresses que vous le souhaitez
et l’extrait arrivera quelques secondes plus tard
dans la boîte mail du ou des destinataire(s).

 

Par exemple, ici.

27 mai 2011

Lire comme 4 avec les éditeurs 100 % numérique

Il y a tellement de nouveautés numériques en ce moment que ce n’est pas lire comme quatre qu’il faudrait (pour bien faire) mais comme douze. Ceci dit, même si je n’arrive pas à tout écluser (la frustration faisant partie du jeu) c’est plutôt une bonne nouvelle. Surtout que les dernières propositions de lecture sont engageantes. Et si les éditeurs 100% numériques sont de plus en plus nombreux, actifs et innovants, ce qui depuis peu a également changé c’est que je reçois de nombreux services de presse (et pour certains, quelques semaines avant leur mise en ligne). Cette confiance-là je tenais à la souligner, seule manière de mieux travailler ensemble. Mais voilà, les textes s’accumulent et, bien que la schizophrénie me gagne je n’ai toujours pas le don d’ubiquité. Donc, dire aussi aujourd’hui à tous les éditeurs qui ont pu me solliciter qu’il leur faudra s’armer de patience, que je lirai les textes. En attendant, voici un bref aperçu de ce que j’ai pu recevoir ces derniers jours et que je chroniquerai au fur et à mesure de mes lectures (et si affinités) jusqu’à ce que mort s’ensuive (mais il paraîtrait que notre besoin de lire serait impossible à rassasier). Dire encore que tous ces textes se tiennent ensemble dans la même liseuse. Impossible de faire une photo de la pile de livres « au pied du lit » mais vous avez le droit de l’imaginer. Enfin, tous les ebooks proposés par ces éditeurs-ci sont sans verrous (DRM) mais avec tatouages (sauf pour les éditions Emue, ni DRM ni marquage).

Honneur à deux nouveaux éditeurs 100 % numérique

• Comme les éditions D-Fiction ont déjà fait l’objet d’une présentation il y a deux jours lors du billet consacré au texte d’Anne Savelli, Des Oloé, espaces élastiques où lire où écrire je ne vais pas me répéter et vous invite plutôt à aller le consulter si vous le souhaitez. Juste préciser qu’il s’agit ici du premier texte littéraire publié par cet éditeur après avoir proposé trois livres d’art contemporain et mis en ligne sur son site des dizaines de textes inédits, photos, vidéos et interviews.

• Née de l’impulsion de Sophie Marozeau, ancienne journaliste d’Europe 1 et éditrice pour les contenus numériques chez Lonely Planet, la toute jeune maison d’édition Emue est basée en Australie. C’est de là qu’elle diffuse ses livres français à travers le monde grâce au numérique et à l’édition à la demande. « Priorité est donnée aux textes frais, drôles, forts, et courts ! Nouvelles, théâtre, romans… les textes sont modernes tout en gardant une structure narrative indispensable », lit-on dans le communiqué de presse. Qu’ils soient d’origine française ou non, tous les auteurs de cette maison d’édition ont comme dénominateur commun la langue française. Deux recueils de nouvelles sont d’ores et déjà disponibles en numérique, Femmes contre nature de Léa Godard et Le doigt de l’historienne de Ray Parnac.

Place aux deux nouvelles collections chez publie.net

• La coopérative d’auteurs numériques publie.net s’ouvre à la co-édition avec la Revue des Ressources (choix éditoriaux des animateurs de la revue). Pour prolonger leur travail de revuiste en ligne (depuis 1998), la Revue des Ressources {La RdR} vient de créer les Éditions de la Revue des Ressources {ERR} à travers lesquelles seront publiés des textes parus en ligne ou totalement inédits. À peine imprimés le directeur de la publication Robin Hunzinger a demandé à publie.net comment proposer ces titres en numérique. C’est ainsi que la collection {ERR} a vu une deuxième fois le jour, chez l’éditeur 100% numérique cette fois. Dans cette première livraison on trouvera un roman, Manifeste du saumon sauvage de Rodolphe Christin et un recueil de nouvelles, Coupe de l’inaventure de Rodolphe Pradalier.

• Après la collection mauvais genres dédiée aux textes noirs, publie.net lance une nouvelle collection qui publiera des récits d’anticipation et de science-fiction. Baptisée e-styx elle accueillera, outre les retraductions de Lovecraft (que je vous conseille de lire sans tarder), des textes d’auteurs contemporains. Deux titres viennent d’être propulsés, celui d’Olivier Le Deuff, Print brain technology et un autre du talentueux g@rp qui avait m’avait fait mourir de rire avec son Motel, et autres légendes urbaines. Cette fois, avec Locked In Syndrome, texte plus long, plus ambitieux et tout aussi déjanté que son recueil (humour très noir), il sera question de la fin du monde, celle annoncée le 12 décembre 2012 et de la cité d’Ys.

Rejoignons les très actifs Numerik:)ivres

• Je viens de recevoir un texte que j’ai très envie de lire. Il s’agit de la réédition augmentée d’une remarque sur le courrier électronique et la lettre, Sevigne@internet, signée Benoît Melançon (directeur des littératures de langue française de l’Université de Montréal). Cette version numérique reprend intégralement l’édition qui avait rencontré un franc succès au moment de sa publication aux éditions Fides en 1996. À celle-ci se rajoute une postface inédite de l’auteur qui quinze ans plus tard fait le point sur le devenir de la lettre face au courrier électronique. Je signale également quatre autres nouveautés chez l’éditeur québécois : La petite fille qui voulait remourir de Nicole Dubroca (en co-édition avec Morey éditions), La tache originelle de Noël-Henri Montgrain (collection Histoires à lire debout), Les Hirondelles sont menteuses d’Anita Berchenko (collection Nouvelles à lire debout) et Manihi de Christine Machureau (collection Histoires à lire debout).

Terminons avec LC éditions

• J’ai appris (officieusement au salon du livre, officiellement sur leur site) que Chiens féraux, l’excellent premier roman du jeune auteur chilien Felipe Becerra Calderón que j’avais chroniqué sur ce blog, serait publié à la rentrée littéraire chez un grand éditeur parisien. La mauvaise nouvelle (temporaire heureusement) est que ce titre n’est plus disponible en numérique. Il le sera à nouveau à la rentrée dans une traduction revue et corrigée. Par ailleurs, LC éditions a fait paraître plusieurs textes dont Cornelia Battistini ou du Fighettisme de Massimiliano Perrotta, Les Coeurs cassés de Florence Day (service de presse reçu) et Le Talent tueur d’Alexandre Holsteing.

Bonnes lectures numériques

ChG

25 mai 2011

Anne Savelli, Des Oloé, D-Fiction

Depuis 2009 D-Fiction est une revue en ligne. Elle est aussi une maison d’édition 100% numérique (distribuée par la plateforme immatériel) qui offre toutefois la possibilité de publier à la demande. Si au départ les premiers ebooks étaient essentiellement consacrés aux arts plastiques (catalogues d’exposition, écrits d’artistes contemporains…), D-Fiction, en publiant Des Oloé (espaces élastiques où lire où écrire), texte inédit avec photos d’Anne Savelli (auteur déjà chroniqué ici), ouvre cette fois son catalogue à la littérature contemporaine. Ces ebooks sont proposés dans plusieurs formats et peuvent être lus sur différents supports, depuis l’écran d’un ordinateur jusqu’aux tablettes de lecture en passant par les liseuses ou les smartphones. Le texte d’Anne Savelli présenté aujourd’hui (j’ai appris que c’était jour d’anniversaire pour elle, Tanti Auguri, donc !) est notamment disponible en ePub sur ePagine (site internet et site mobile) ; en PDF et en ePub sur Place des libraires numérique ainsi que sur les sites des libraires-partenaires. À ce propos, amis libraires qui lisez ce blog, sachez que la maison d’édition tient à votre disposition un service de presse numérique de ce texte ; si vous souhaitez le lire il vous suffira d’en faire la demande ici.

 

Je forme l’hypothèse que la force qui porte à écrire et soutient dans le travail de l’écriture
naît de l’opposition entre un désir d’appartenance et une impossibilité d’appartenir,
ou encore entre la quête d’un lieu et la fatalité d’un non-lieu
.
(Olivier Rolin, Bric et broc, éditions Verdier)

 

Si je voulais citer un passage du livre d’Anne Savelli pour à la fois tenter de définir son objet et vous inviter à lire/entendre sa voix ce serait celui-là : « Chacun ses obsessions, bien sûr. L’une des miennes, c’est cette place dans le monde que le monde vous octroie ou non, que vous allez chercher ou non, que vous investissez ou non. Une place qui parfois s’offre mais qu’il vous faut souvent inventer et défendre, une place où lire écrire, disons. » Place dans le monde / inventer / défendre / lire écrire : avec ces mots-là je crois qu’on est parés.

© Anne Savelli, D-Fiction, 2011

Je connais beaucoup de lecteurs qui n’écrivent pas mais je ne connais pas d’écrivains qui ne lisent pas – sans compter que souvent le travail (rémunéré) d’un bon nombre d’auteurs est de lire professionnellement (pardon pour ce mot si laid). Anne Savelli fait partie de ceux-là : elle lit, écrit et lit/écrit. Par ailleurs, on a lu dans de nombreux journaux, carnets, mémoires, correspondances et aujourd’hui sur les sites et blogs combien ce rapport entre lecture et écriture peut être étroit, inconfortable aussi. Tout dépend de l’état des lieux, des finances, du physique et du moral. Tout dépend également si l’auteur parvient à s’accommoder du bruit ou pas ou encore à lire/écrire chez lui, au moins dans son chez lui, celui lié à cette activité-là, dans sa chambre à soi. Les oloé d’Anne Savelli parlent de ça. De cette double activité (lire et écrire) mais aussi du rapport qu’elle entretient avec le monde. En ce sens le lire/écrire pourrait n’être qu’un prétexte ici s’il n’y avait pas là un projet poétique, fort et abouti où l’on a régulièrement la sensation d’être à côté de celle qui est aux prises avec le réel, avec sa restitution aussi. Car derrière le lire/écrire, ce qui nous retient dans ce texte c’est avant tout une manière d’être et de résister au monde, dans l’instable (l’intranquillité aurait dit Pessoa). Autrement dit, oloé (où lire où écrire) est d’abord un (forcément) imprononçable otspdlm (où trouver sa place dans le monde) et où trouver des « lieux où s’attacher, se concentrer, se laisser distraire ; s’alléger, se lester, jouer des dimensions ».

© Anne Savelli - D-Fiction

Les assises et lieux où lire où écrire, nommés et/ou photographiés, sont nombreux : chaise-table du CentQuatre, bancs, chaise-longue, lit, fauteuils d’une salle d’attente, banquette d’un train, piquets pour ne pas s’asseoir, bureau d’une loge, bitume, sous l’escalier d’un atelier, dans un coin d’une bibliothèque municipale, sur scène, dans une maison d’architecte, le Lab-Labanque, la magasin à fiction, un café…, à Paris (La Villette, Belleville, Jourdain…), à Montreuil, dans un jardin d’Oise, dans une maison dans le Sud, dans le Nord (Arras, Lille, Béthune…), à Berlin. Dans ces oloé on y croise forcément des livres et des écrivains (Christian Prigent, Arthur C. Clarke, Claude Simon, le Cambouis d’Antoine Emaz, Donna Leon, Hans Fallada, Jean Tardieu, un livre de magie, Jean Paulhan, Dominique Aury, Kits Hilaire, Brigitte Giraud) et ses propres textes achevés ou en cours (Franck, Dita Kepler) mais aussi des artistes (Bob Verschueren, Fernand Léger, Marcel Duchamp), des gens et personnages du théâtre et du cinéma (Éric Elmosnino, Louis Malle, le Cabaret Les filles de joie, Jacques Tati, Catherine Deneuve, Fantômas, Madeleine Renaud) mais également un musicien (Serge Teyssot-Gay).

© Anne Savelli - D-Fiction

Puisque l’auteur envisage la ville « comme un jeu de piste », je me disais qu’il faudrait peut-être envisager les oloé de la même manière, en jouant avec le dehors/dedans, le bruit/silence et le haut/bas/fragile. Les oloé deviendraient ainsi une carte avec laquelle se déplacer en restant libre – liberté dans son rapport à l’autre et au territoire. C’est une des choses que je veux également retenir, cette place qu’elle laisse au lecteur (même dans son « fuir », même dans son « chercher un endroit où… ») tandis qu’elle-même dans ses déplacements (lieu, temps, corps, langue) cherche cette place où lire où écrire mais surtout et d’abord où vivre, où supporter ce qui parfois est insupportable et où trouver malgré tout la beauté (l’inventer si besoin), voir, saisir, appréhender le monde, ses curiosités, ses coups bas, les gestes et les mouvements, l’éphémère, les faiblesses, les doutes. Mais on verra très vite qu’il lui est souvent impossible de s’asseoir, de rester longtemps quelque part. Elle est une femme qui marche (j’écrivais déjà ça au moment de Franck pour définir la narratrice), verticale, à la verticale du réel, du fantasme, de la projection et de l’illusion, une femme aux aguets, une guerrière, toujours sur le seuil et prête à. Elle le note par ailleurs : « Et j’écris en marche puisque c’est ma place ». Mais la balade devient très vite une ballade rock (je pense aux Cowboy Junkies en écrivant ça mais aussi à Lou Reed et à PJ Harvey.)

© Anne Savelli - D-Fiction

En cherchant à approcher l’écriture au plus près on sent bien que c’est sur un fil qu’Anne Savelli marche quand elle ne se tient pas sur un balancier – dans cet équilibre instable ou ce « vital déséquilibre » qu’elle parvient à nommer à travers ses déambulations, marches, excursions, visites et textes. « On voudrait se maintenir au plus haut (…) trouver le point d’équilibre (…) conserver l’abri », écrit-elle. Mais vivre est ailleurs, souvent. Et c’est alors que le récit se casse soudain, prend une autre direction, va creuser plus loin, là où prose et poésie se cherchent, se télescopent, regardent le monde en le restituant chacun à leur manière. Ça fait bang, un trou dans le déroulé parfois, ça inquiète ou amuse. On nage entre deux eaux : « ne pas tenir en place », « partir », « rester ? En faire un point fixe ? Non », « longtemps après, s’asseoir ». Violence et douceur mêlées, comme toujours chez elle (lisez également Franck, Cowboy Junkies / The Trinity Session et Fenêtres open space).

L’auteur a photographié chacun des oloé, un pas de côté là aussi (j’en ai d’ailleurs « volé » quatre au passage pour écrire ce billet). Ces photos illustrent parfois le propos mais viennent surtout le compléter, se glissent dans les blancs du texte, le non-dit, s’attachent aux détails, jouent avec les reflets, les fenêtres et les ciels ouverts. On peut d’ailleurs, grâce au travail remarquable du graphiste, Juan Clemente, lire les oloé de cette manière.

Cet ensemble de textes d’Anne Savelli a d’abord été conçu comme une liste de textes paraissant chaque mois sur le site Mélico entre début 2009 et début 2011, site que je vous recommande (Thierry Beinstingel y tient son roman de bureau en ce moment et Philippe Annocque un indispensable « Écrire, c’est lire encore »). Retrouvez également l’auteur sur les deux blogs qu’elle anime, Fenêtres open space et Dans la ville haute.

 

Un extrait gratuit de ce texte peut être téléchargé ici.

L’ebook complet est disponible dans plusieurs formats (streaming, PDF, ePub) et sans DRM pour 3,99 euros sur tous les sites des libraires partenaires d’ePagine ; en ePub uniquement sur le site internet et le site mobile ePagine.

Plusieurs notes de lectures ont été publiées ces derniers jours sur différents blogs et sites (en attendant d’autres encore j’imagine), sur Liminaire, chez Joachim Séné, Franck Queyraud et brigetoun.

ChG

© ePagine - Powered by WordPress