Le mois dernier j’ai demandé à une trentaine d’auteurs, de blogueurs, d’éditeurs, de bibliothécaires, de libraires, de diffuseurs, de lecteurs rencontrés via le site et le blog ePagine ou sur les réseaux sociaux ainsi qu’à mes collègues d’ePagine quel livre numérique ils conseilleraient aux internautes et sur quel support ils l’avaient lu et/ou le recommandaient. Je précisais dans mon mail que s’ils étaient intéressés par cette idée il leur suffisait de m’envoyer quelques lignes ou plus avec la référence du livre en question (homothétique ou 100 % numérique) pourvu qu’il soit disponible chez les libraires partenaires du réseau ePagine via Place des libraires numérique. J’annonçais aussi que de mon côté je m’occuperais de faire une présentation des contributeurs (avec liens vers leur blog ou site et bibliographie pour les auteurs). J’ai reçu en quelques heures une vingtaine de réponses enthousiastes et, deux jours plus tard, les premières chroniques arrivaient dans la boîte mail. Au départ je pensais lancer cette série pendant les vacances. Comme j’avais envie d’accompagner ces contributions mais que fin juillet je prenais la décision de ne plus alimenter ce blog pendant une quinzaine de jours j’ai naturellement reporté cette nouvelle rubrique baptisée (en attendant mieux) « Qui lit quoi ? » au 18 août…
Ce 18 août est jour de rentrée littéraire. Cela signifie (pour ceux qui ne le sauraient pas encore) que des centaines de romans de « saison » ont commencé depuis ce matin à envahir les tables et les vitrines des libraires. Et tout ça sans franche rigolade… On prévoit en effet que cette rentrée sera beaucoup plus morose qu’à l’accoutumée (on annonce moins de parutions, on annonce déjà moins de ventes en librairie, on condamne les magasins de vente en ligne, on s’agite, on s’énerve, on cherche les coupables). Voilà pour les livres « papier ». Du côté des livres numériques il est très difficile de savoir à ce jour ce qui sera disponible ou non sur les sites vu que les éditeurs traditionnels ont diffusé leurs programmes assez tardivement (souvent incomplets) voire pas du tout et qu’aucun média ne s’est occupé de répertorier les nouveautés prochaines. Du côté des éditeurs pure player, bien qu’ils ne soient pas tout à fait soumis aux mêmes contraintes que leurs confrères du « papier » ils seront également présents en cette rentrée. De nouvelles collections et de nouveaux projets qui n’auraient pas pu voir le jour autrement sont annoncés depuis quelques semaines via twitter, Facebook ou encore Google+. On reparlera de tout ça.
Il y a bien longtemps maintenant que le principe même de « rentrée littéraire » ne m’excite plus guère. Bien qu’il y ait eu de belles découvertes pour moi lorsque j’étais encore en librairie, les livres qui me touchaient le plus ne paraissaient-ils pas plutôt en mars, en novembre ou en janvier ? Si je regardais soudain de près ma bibliothèque, combien de livres (parmi tous ceux lus lors d’une bonne dizaine de rentrées littéraires) trouverais-je encore aujourd’hui au milieu des intemporels ? Néanmoins, cette opération, économiquement et socialement parlant, reste importante pour bon nombre de professionnels de la profession (éditeurs, libraires, diffuseurs, journalistes, jurés de prix…). Et si en temps que blogueur je peux me permettre de douter de toute cette effervescence à l’heure où une partie de la littérature contemporaine se crée chaque jour en temps réel sur Internet, le libraire quant à lui jouera le jeu, informera ceux qui souhaiteront savoir ce que tel éditeur vient de publier et chroniquera sans doute des romans de rentrée. Bien que pour l’instant j’aie fait chou blanc et malgré tout ce qu’on pourra dire il y aura forcément de bons textes… La question sera plutôt de savoir comment et à quel prix ils seront commercialisés en numérique, s’ils contiendront des DRM (verrous) ou pas, des hyperliens ou pas, une recherche plein texte ou pas, s’il y aura un extrait gratuit à télécharger et comment les éditeurs prendront en compte les avis des clients et les nouveaux usages de lecture. D’autres questions m’intéresseront également dans ce maelström actuel : Comment se positionneront, d’un côté, les éditeurs traditionnels et les éditeurs 100 % numérique et, de l’autre, les libraires indépendants face aux géants du commerce en ligne qui sont déjà là ou arrivent tout juste et imposent des règles commerciales parfois asphyxiantes (Apple, Amazon, Google et bientôt Orange, SFR & co) ? Qui travaillera avec qui et comment ?
Bien que n’étant pas cynique par nature, hier je me suis amusé de cette citation de Laurent Margantin pastichant Thomas Bernhard : « la rentrée littéraire est une extinction de la littérature » et je sais déjà que certains éditeurs et libraires me reprocheront de rire d’un sujet aussi « grave ». À ceux-là je vais désormais leur tendre un bâton pour me faire battre. Car ironie du sort, ayant adressé un texte à publie.net il y a un peu plus de deux mois, n’ai-je pas appris la semaine dernière que celui-ci serait publié et mis en ligne dans les prochains jours, c’est-à-dire… à la rentrée littéraire ? Il s’intitulera Va-t’en va-t’en c’est mieux pour tout le monde. Même s’il ne sera pas question ici de rentrée littéraire on y croisera de nombreux textes ainsi que des auteurs de théâtre, des livres bleus aux nuages blancs et des libraires ; entre dérives et virées on y écoutera de la musique dans une voiture de location ; on traversera sur une année entière des aires d’autoroute, une quarantaine de villes françaises (et une belge) et des zones de turbulences (entre je t’aime moi non plus et natures mortes au travail). Je signale d’avance que ce texte n’est pas un roman de rentrée, il n’est d’ailleurs pas un roman du tout, et que vous pourrez le lire de janvier à décembre.
Pour terminer et boucler la boucle (ce billet qui devait être court s’est transformé en « billet de rentrée »), sachez que si ce blog parlera bien de la rentrée littéraire il soutiendra toujours avec autant de force tout texte numérique qui ne serait pas estampillé “rentrée littéraire 2011”, qu’il soit récent ou non, médiatisé ou pas, notamment via cette nouvelle rubrique décrite infra (Qui lit quoi ?) à laquelle je vous convie tous (professionnels du livre ou non) si jamais vous souhaitiez l’alimenter. Pour ce faire vous pouvez me laisser un commentaire sous le billet avec vos coordonnées ou m’écrire à (pensez à enlever les crochets) c[.]grossi[@]epagine[.]fr. Toute proposition sera la bienvenue. Pour aller plus loin, des extraits de ces chroniques (sauf avis contraire) viendront enrichir les pages détails des textes chroniqués sur ePagine (comme ici par exemple) et, s’ils le souhaitent, les sites des libraires partenaires. Les premières chroniques seront publiées dans les prochains jours à raison de deux par semaine pour commencer. Respectant l’ordre d’arrivée sur la boîte mail nous commencerons avec celle qui a tiré plus vite que son ombre, Christine Jeanney, autrement connue pour avoir récemment fait des cartons.
Bonne rentrée !
ChG














