Le 16 mai dernier, nous annoncions ici-même l’entrée au catalogue numérique de 85 titres payants (0.99 €) des éditions de Londres. D’abord diffusés gratuitement sur leur site, ces titres pouvaient cette fois être téléchargés par les internautes chez tous les revendeurs de livres numériques ainsi que sur les sites des libraires en ligne (ePagine et le réseau de libraires partenaires inclus). Dans le même temps, les éditions de Londres avaient eu la bonne idée de proposer 15 autres titres, gratuits ceux-là et toujours aux formats PDF, ePub et Mobi. Aujourd’hui, le catalogue de cette maison d’édition numérique contient 111 textes. On y trouve surtout des classiques d’auteurs francophones (Londres, Verne, Jarry, Maupassant, Lafargue, Voltaire ou encore Xavier de Maistre), des pamphlets, des tragédies, des récits de voyages et des écrits politiques (Aristophane, Bougainville, Élisée Reclus, Bakounine, Étienne de La Boétie, Kropotkine, Marco Polo, Zo d’Axa…) et quelques œuvres d’auteurs oubliés ou trop méconnus (dernièrement Georges Darien). L’originalité de cette maison d’édition, outre de proposer un catalogue très orienté et de soigner ses fichiers, est de proposer à l’intérieur du livre numérique mais également sur le site des contenus fouillés et des points de vue intéressants (préfaces qui permettent d’apporter un angle différent sur l’œuvre choisie, biographies, couvertures originales, critique…).
Il y a un mois, nous découvrions dix textes supplémentaires mais également une nouvelle charte graphique, des couvertures plus visuelles, plus travaillées.
Aujourd’hui (nouveauté attendue puisque annoncée très tôt), la maison d’édition vient de mettre en ligne non pas un texte d’un auteur classique mais d’un auteur contemporain. Et, une fois de plus, les éditeurs n’ont pas fait les choses à moitié. À la fois récit d’aventures initiatique, roman surréaliste, roman à feuilleton dans la tradition dix-neuviémiste, roman à tiroirs (il y a ici tout un jeu de miroir entre l’auteur, le narrateur, le lecteur et un certain Docteur Furtado, jeu qui démarre d’ailleurs dès la préface), road-novel,…, Pacifico (sous titré Roman vrai) joue aussi avec les codes du thriller, les romans conspirationnistes et paranoïaques tout en dénonçant le traitement inhumain des poulets en batterie et en offrant un regard acéré sur les États-Unis actuels. Si en plus de ça vous ajoutez une bonne dose de mystère autour de l’auteur, vous avez là un univers des plus délirants. Ça ne plaira pas à tout le monde c’est certain mais ce choix éditorial a le mérite d’être agréablement accompagné et dignement assumé. Pour en savoir plus, je vous conseille vivement de lire (et de savourer j’espère) la page consacrée à ce roman sur le site de la maison d’édition numérique ainsi que celle qui présente l’auteur de Pacifico, le Comte Louis de Kerkadek, dit La Pérouse, un navigateur, explorateur et écrivain français né au début des années soixante dans un hameau du Nord Finistère (où il vit toujours) dont « des périodes entières de sa vie restent à ce jour un mystère » et qui donne peu d’interviews (dixit les éditeurs).
Après un court résumé de l’histoire, je vous propose de lire infra la préface de l’auteur. Si vous souhaitez lire les trois premiers chapitres avant d’aller plus loin, sachez que vous pouvez télécharger gratuitement un extrait plus important ici. Ce roman, en France, est vendu au même prix partout : 3.99 €.
ChG
Récemment débarqués aux États-Unis, Gaspard et Léo trouvent du travail chez Furtado’s, la célèbre chaîne de poulets frits. Leur vie insouciante leur convient : amour, sexe, violence, cuisson des poulets. Tout semble aller pour le mieux jusqu’au jour où ils rencontrent Lucien, ancien agent de la CIA, qui leur sauve la vie puis leur révèle un incroyable secret : l’apoyotl. Cette plante du Pacifique serait le fil conducteur entre le naufrage de La Pérouse, l’assassinat de Trotsky, l’avance de l’armée rouge en 1944, Woodstock, et la disparition inexpliquée du fondateur de Furtado’s. Car l’apoyotl donnerait accès à l’Autre Monde. Gaspard et Léo comprennent alors que le destin de l’homme se lit dans le poulet, et qu’il leur faut à tout prix trouver le sens de la vie… avant qu’il ne soit trop tard.
Préface de l’auteur
“ Né de terre bretonne et de père lointain, c’est avec une certaine émotion que je vous dédie, cher lecteur, cet ouvrage, dont je suis certain, vous apprécierez à leur juste valeur les qualités humaines et littéraires.
Auteur novice, trop occupé pendant les quarante dernières années à vivre pleinement mes aventures plutôt qu’à les conter je me mis à la plume sur le tard. C’est donc non pas par facétie mais bien par modestie congénitale que je me refusai à la première personne, préférant utiliser le « il » pour narrer mes exploits. Je laissai la première personne au second rôle, à l’exception de la troisième partie. La première personne sera donc endossée par mon disciple, être prometteur que je ne décourage pas de l’ambition légitime qu’il a un jour de me ressembler.
Cet ouvrage, qu’il connaisse la gloire ou l’anonymat, est un organisme vivant, à l’instar des poulets dont il y est question. Déjà le fruit de multiples transformations, il est certainement destiné à enfanter une progéniture nombreuse. Pour le meilleur ou pour le pire, car il est des poulets comme des hommes, il ne faut jamais se fier à sa première impression. Les hommes comme les poulets sont perfectibles, à condition d’ouvrir les portes des hangars où tristement ils s’abîment dans l’oubli.
Un dernier mot. Longtemps j’hésitai entre deux titres : Mémoires d’Outre Tombe, en hommage au malouin Chateaubriand, et La danse macabre du poulet, en hommage aux poulets. Le choix de Pacifico fut le terme ultime d’une litanie de considérations légales. Mais les œuvres littéraires et leurs titres sont comme les poulets voués à disparaître dans l’oubli d’un nuage de plumes.
Comte Kerkadek, dit La Pérouse ”
© Pacifico, Comte Kerkadek, éd. de Londres, juillet 2012
