En février 2010, 45 numéros de la Nouvelle Revue de Psychanalyse entraient au catalogue numérique ; nous en avions parlé sur ce blog à ce moment-là (voir notre billet) ainsi que le mois dernier lorsque nous avons évoqué la disparition de J.-B. Pontalis, fondateur entre autres de la NRP. Cette fois c’est Aude Simon, qui travaille à Tite Live et poursuit des études psychanalytiques à Paris VII, qui souhaitait approfondir ce champ. Grand merci à elle pour sa proposition et ce travail de recherches dans le catalogue. ChG





La Nouvelle Revue de Psychanalyse (NRP), éditée par les éditions Gallimard, fut fondée en 1970 par Jean-Bertrand Pontalis, philosophe, psychanalyste et écrivain français. Le collectif rédactionnel, qui vivra quelques remaniements durant les années de publication de la NRP, est composé de psychanalystes de différentes orientations, dont plusieurs sont issus de l’association psychanalytique de France (APF) – Didier Anzieu, André Green, Guy Rosolato, Victor Smirnoff, Masud R Khan, François Gantheret, Michel Schneider, Michel Gribinski – et de spécialistes en philosophie, ethnologie ou littérature : Jean Pouillon et Jean Starobinski.
Depuis le premier numéro de 1970 nommé Incidences de la psychanalyse jusqu’à L’inachèvement, qui signe l’arrêt brutal de la revue en 1994, la NRP éditera 2 numéros par an. Aujourd’hui, 45 de ces 50 numéros sont désormais numérisés et disponibles au catalogue ePagine.










Le projet de la NRP qui voit le jour en 1970 est rendu possible tant par l’évolution du courant psychanalytique que par la période de libération et d’ouverture de cette décennie. En 1970, le mouvement psychanalytique a déjà relevé plusieurs défis de taille. Durant l’ère militante freudienne de la première moitié du XXe siècle, la mission de l’ensemble du mouvement, en quête de reconnaissance et de légitimité, fut de diffuser son savoir et sa pratique. De 1950 à 1970 succédèrent des guerres intestines avec lesquelles il fallut composer sans s’affaiblir. Et, lorsqu’arrivent les années 1970 s’ouvre progressivement une période d’apaisement : le militantisme freudien appartient à l’histoire du mouvement et les tensions internes, entre freudiens et lacaniens, tendent peu à peu s’effacer. Le mouvement psychanalytique est propice à recevoir une nouvelle impulsion.
C’est grâce à l’entrée dans les années 1970 que le mouvement psychanalytique va se teinter d’un désir nouveau : une volonté d’ouverture, de dialogue et de partage s’exprime peu à peu dans l’orientation nouvelle et générale de la psychanalyse, ouverture dont témoignent divers colloques, conférences et revues. La NRP va saisir cette opportunité et prolonger cette dynamique naissante au sein du courant : la psychanalyse se doit de quitter son « entre soi » et se nourrir de l’émulation intellectuelle ambiante.
Dès son premier numéro, la NRP met en exergue ce phénomène en axant son discours sur le thème de la rencontre. Comme le souligne Pontalis, toute rencontre, tout échange ne peut se faire que dans un entre-deux, dans une zone-frontières dont les quelques orientations suivantes de la NRP seront les témoins : le choix d’une langue commune transparaît dans divers thèmes qu’aborde la NRP tels que Pouvoirs, Dire, Le mal ou La plainte… Loin du jargon et de la doxa psychanalytiques sont privilégiées pour chaque participant une réflexion singulière, la proposition d’une méthode propre.










Cette orientation toute nouvelle du mouvement psychanalytique, dont la NRP est devenue le symbole, permettra qu’au sein d’un unique numéro s’entremêlent des articles d’une riche diversité, et cela sans aucune limitation conceptuelle ou doctrinale.
Citons par exemple le numéro 24 de la NRP où se succèdent divers articles réunis sous le thème de L’emprise : emprise de la réalité fantasmatique d’un sujet sur lui-même dans « La main mauvaise », emprise exercée par le souvenir de la Shoah sur les enfants des survivants dans « La diaspora des cendres », ou encore emprise amoureuse, emprise du pouvoir institutionnel, emprise au sein de la cure analytique… Et par-delà les multiples manifestations de l’emprise que mettent à jour ces réflexions singulières se dessine au fil des pages l’emprise comme configuration psychique spécifique.
Incidence de la psychanalyse comme titre du premier tome de la NRP donne le ton de la revue et rappelle à tous la valeur et l’impact de la psychanalyse :
« L’incidence de la psychanalyse (…) ne se mesure pas à un quelconque bouleversement du savoir qu’elle entraînerait, mais d’abord à une variation de la position du sujet quant à ce savoir – ne serait-ce que parce qu’il cesse de s’identifier à lui – et, par-là, à une modification de l’économie de son désir (de philosophe, d’ethnologue, d’écrivain, de psychanalyste…) »
Dans chaque article se renouvelle cet honnête questionnement psychanalytique conjugué à un souci de dialogue ouvert, se rencontre une pensée en mouvance perpétuelle, une réflexion à la fois questionnée et questionnante. NRP rime avec recherche psychanalytique. Pendant plus de 20 ans, psychanalystes renommés et spécialistes d’horizons variés se côtoieront dans ces numéros, les lecteurs seront fidèles, leur nombre ne cessera de s’accroître, et ce jusqu’à l’arrêt brutal et souvent dit mystérieux de la NRP en 1994.
Inachèvement comme dernier thème, dernière trace… La Nouvelle Revue de Psychanalyse se voulait nouvelle en 1970 mais que dire de cette nouveauté 20 ans plus tard ? C’est à Pontalis que l’on se doit de laisser la parole :
« Il n’est pas certain qu’en se perpétuant, sans se fixer, au moment voulu et contre tout raison, une limite, la NRP eût toujours été nouvelle, comme elle a rêvé de l’être et, mais c’est à nos lecteurs d’en juger, comme peut-être elle l’a été. »















Aude Simon
Après une formation initiale en histoire de la philosophie, Aude Simon poursuit actuellement son parcours en « Études psychanalytiques » à l’université Paris VII-Diderot.
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Numéros de la Revue disponibles en format numérique :
• Incidences de la psychanalyse, n°1 • Objets du fétichisme, n°2 • Lieux du corps, n°3 • Effets et formes de l’illusion, n°4 • L’espace du rêve, n°5 • Destins du cannibalisme, n°6 • Bisexualité et différence des sexes, n° 7 • Pouvoirs, n° 8 • Le dehors et le dedans, n° 9 • Aux limites de l’analysable, n° 10 (non numérisé)
• Figures du vide , n° 11 • La psyché n° 12 • Narcisses, n° 13 (non numérisé) • Du secret, n° 14 (non numérisé) • Mémoires, n° 15 • Écrire la psychanalyse, n° 16 • L’idée de guérison, n° 17 • La croyance, n° 18 • L’enfant, n°19 • Regards sur la psychanalyse en France, n° 20 (non numérisé)
• La passion, n° 21 • Résurgences et dérives de la mystique, n°22 • Dire, n° 23 • L’emprise, n°24 • n°25 (non numérisé) • L’archaïque, n°26 • Idéaux, n°27 • Liens, n°28 • La chose sexuelle, n°29 • Le destin, n° 30
• Les actes, n°31 • L’humeur et son changement, n°32 • L’amour de la haine, n°33 • L’attente, n°34 • Champ visuel, n°35 • Être dans la solitude, n°36 • La lecture, n°37 • Le mal, n°38 • Excitations, n°39 • L’intime et l’étranger, n°40
• L’épreuve du temps, n°41 • Histoires de cas, n°42 • L’excès, n°43 • Destins de l’image, n°44 • Les mères, n°45 • La scène primitive et quelques autres, n°46 • La plainte, n°47 • L’inconscient mis à l’épreuve, n°48 • Aimer, être aimé, n°49 • L’inachèvement, n°50