Le blog ePagine

Conseils de lecture, entretiens, actualité numérique :

le Livre-Avenir ne se fera pas sans les libraires.

11 mai 2012

#VendrediPublie avec Milad Doueihi, Juliette Mézenc, Christine Jeanney, Antoine Boute et Cathie Barreau

 

C’est la deuxième semaine du #VendrediPublie. Les utilisateurs de twitter comprendront (j’espère) la présence de ce mot-clé étrange ici. Pour les autres, si vous avez manqué les épisodes précédents (ici et ), sachez que la coopérative d’auteurs publie.net donne désormais rendez-vous à ses lecteurs chaque vendredi en proposant 5 titres issus du catalogue numérique à un prix découverte jusqu’au lundi soir. Parmi ces cinq découvertes vous trouverez la ou les nouveautés de la semaine mais également des titres remis à jour ou en avant. De la littérature contemporaine (poésie, récits) bien sûr mais aussi des essais, des romans noirs, de la SF et des grands classiques de la littérature mondiale. Aujourd’hui vendredi 11 mai, et jusqu’à lundi 14 minuit, chaque internaute pourra bénéficier du prix découverte publie.net (0.99 €) sur chacun des 5 titres suivants :


• NOUVEAUTÉ NUMÉRIQUE. Paru aux éditions du Seuil en septembre 2011, Pour un humanisme numérique de Milad Doueihi, a de suite fait partie des quelques livres importants qui s’intéressent en profondeur aux rapports entretenus entre les nouvelles technologies, le numérique, les réseaux sociaux, l’individu et la société via notamment la question de la « culture ». C’est d’ailleurs par ça que commence son essai et c’est aussi ce que je vous donne à lire ci-dessous. Grande chance pour nous que ce texte soit enfin disponible en numérique. Il est publié ici dans la collection Washing Machine dirigée par Hubert Guillaud.


• NOUVEAUTÉ NUMÉRIQUE. Après avoir publié Sujets sensibles il y a 3 ans, publie.net vient de mettre en ligne un nouvel ensemble de Juliette Mézenc intitulé Poreuse, un récit polyphonique et labyrinthique, ludique et pensé. Bien que ce récit offre la possibilité d’une lecture non linéaire, les gardes-fous sont ici assez maîtrisés pour que chacun de nous puisse se faire sa propre histoire à partir des fragments écrits par Juliette Mézenc sans avoir l’impression d’être face à un amas de textes. Il y aurait donc, si nous voulions insister, autant d’histoires possibles qu’il y aurait de lectures. Les hyperliens permettent cette exploration, cette aventure, avec possibilité d’avancer, de prendre une autre histoire en cours ou bien de revenir en arrière. Très vite vous comprendrez qu’il y a là trois personnages. Ce sont eux que vous suivrez. Au-delà du côté ludique et technologique, au-delà de la prise de risque et de l’inventivité, on est bien ici dans un beau projet littéraire où l’écriture ciselée et le sujet (avec tonalités sensibles, cyniques et politiques) méritent d’être salués. Deux extraits ci-dessous pour vous donner une idée de ce projet.


• REMISE EN AVANT. Je suis très heureux que cet ensemble de textes avec photos de Christine Jeanney (et ses 50 contributeurs) soit repris aujourd’hui. Les sirènes on ne les voit pas un couvercle est posé dessus ce sont 180 todo listes, les 180 premières devrais-je dire puisque aujourd’hui Christine Jeanney vient de publier sur son site la 315ème. Une rigueur oulipienne et une prouesse littéraire d’abord. Une inventivité renouvelée, un regard singulier sur l’autre et le monde, une œuvre poétique et politique avec beaucoup d’humour. À ne pas manquer surtout ! Un deuxième tome est en préparation me semble-t-il. Pour ceux qui aimeraient en savoir plus j’avais fait une présentation de ce premier tome ici.


• REMISE EN AVANT. Brrr… de Antoine Boute est un vrai roman policier. « En fait, non. Plein de romans policiers – des rêves ou des cauchemars pire que des romans policiers. Tous les codes, hémoglobine, marques de chaussures, coprophagie même, ça décape. Et parmi les personnages de passage, pas moins que Jésus, King Kong ou la poésie lettriste elle-même. Ou faire un best-seller avec un livre sur la vie des têtards composé via Internet, vous sauriez, vous ? C’est bien un seul polar géant et malsain de 150 pages qu’on propose d’avaler – ça secoue la réalité. » (présentation de publie.net)


• REMISE EN AVANT. Refuge sacré de Cathy Barreau. « Si ce livre est si fort, c’est que Cathie a choisi le risque maximum : l’hôpital psychiatrique de Ville-Évrard, dont l’existence ne s’est pas arrêtée avec Antonin Artaud et Camille Claudel. Elle choisit la forme du carnet de voyage, s’y rendre, villes, traversées, et puis ce qu’on y fait. Ateliers d’écriture, performance théâtrale des textes. Discussions de fond avec les soignants. La façon dont tout cela s’imbrique. Ce qui est posé par Cathie Barreau, outre la force d’abîme de l’expérience elle-même, c’est la question même de la littérature et du langage dans le lieu même d’où ils ont été détruits, et qu’on ne renonce pas à l’humain. » (présentation par François Bon)


Je rappelle que ces cinq titres peuvent être téléchargés (notamment au format ePub) depuis le site ePagine ainsi que chez tous les libraires partenaires. Sur ces sites-là, ils vous sont proposés sans DRM mais avec un tatouage numérique (watermark).

Bonnes découvertes !

ChG


_________________________________________________
Extrait de Pour un humanisme numérique de Milad Doueihi,
publie.net, collection Washing Machine

 

POURQUOI UN HUMANISME NUMÉRIQUE ? Non par goût de la provocation mais plutôt par souci de réalisme. Cet humanisme qui donne son titre à cet essai n’est point l’expression d’une volonté archaïque ni d’une quelconque nostalgie de l’antique, d’une époque supposée plus stable, plus sereine et plus cohérente. L’humanisme numérique est au contraire le résultat d’une convergence entre notre héritage culturel complexe et une technique devenue un lieu de sociabilité sans précédent. D’une convergence qui, au lieu de simplement renouer l’antique et l’actuel, redistribue les concepts, les catégories et les objets, comme les comportements et les pratiques qui leur sont associés, dans un environnement nouveau. L’humanisme numérique est l’affirmation que la technique actuelle, dans sa dimension globale, est une culture, dans le sens où elle met en place un nouveau contexte, à l’échelle mondiale, et parce que le numérique, malgré une forte composante technique qu’il faut toujours interroger et sans cesse surveiller (car elle est l’agent d’une volonté économique), est devenu une civilisation qui se distingue par la manière dont elle modifie nos regards sur les objets, les relations et les valeurs, et qui se caractérise par les nouvelles perspectives qu’elle introduit dans le champ de l’activité humaine.

Cette dimension culturelle est évidente dans la crise actuelle de certains de nos objets les plus classiques. En premier lieu, les objets hérités de la culture de l’imprimé et du livre, avec leur support complexe et multiple, leur matérialité, sont aujourd’hui confrontés aux réalités des pratiques et des contraintes de l’environnement numérique. Si le livre comme objet résiste, la culture du livre et de l’imprimé est en crise en grande partie à cause des pratiques courantes et quasi naturelles dans l’environnement numérique. La convergence entre la technique et l’héritage culturel nécessite une remise en question des valeurs attachées à des pratiques éditoriales et juridiques ancrées dans une tradition avec un poids économique important, une fonction symbolique puissante et un rôle politique majeur. Car les objets sont aussi associés à des institutions qui sont des lieux de production, de transmission et de préservation du savoir. Et la fragilisation actuelle de ces objets implique une déstabilisation de ces espaces lettrés et savants, de même que leur soumission aux pressions suscitées par les modèles de la production du savoir inhérente à l’environnement numérique. Ainsi, la mutation induite par le numérique touche d’abord à la stabilité de cet espace dans toute sa diversité. Qu’il s’agisse de l’institution et de ses extensions (université, édition, revues scientifiques, etc.) ou des archives (bibliothèques), la culture numérique transforme les pratiques courantes et risque de modifier la nature même des objets de notre savoir comme de l’espace censé les accueillir et les faire circuler. Cette dimension spatiale est essentielle, voire déterminante, car elle participe d’une manière remarquable à ce bouleversement général qui semble caractériser notre aventure numérique.

© Milad Doueihi et publie.net

 

_______________________________
Extrait de Poreuse de Juliette Mézenc,
publie.net, Hors collection

 

On était cinquante personnes, on est rentrés dans un pirogue, on avait un GPS, qui nous montrait le chemin. Depuis le deuxième jour, le GPS s’est tombé dans l’eau, ça ne marchait plus, on ne sait plus là où on est. Le pirogue, ça bougeait trop, y avait beaucoup de vagues, sur les pirogues et y avait quelqu’un là-dedans, il ne pouvait plus se lever, il avait trop faim, il avait trop froid, il était malade aussi. Même si on le levait, il se tombait. Il est mort. On l’a emmené, au port de Ténérife. Les gens de Ténérife, y nous a vus dans l’eau, avec un hélicoptère. Depuis qu’il nous a vus, on a levé notre main à lui. Après, l’équipe de sauvetage est partie, il nous cherchait avec un bateau, à ce moment-là (rire) j’étais très content, parce que je, j’ai (rire) je croyais que j’étais mort. Quand je suis arrivé à Ténérife beaucoup de prières, pour Dieu, parce que, on croyait tous qu’on était morts.
Physiquement, j’étais mal parce que, mes muscles des genoux, ça me faisait très mal. Et aussi j’avais arrêté de manger, ça faisait trois jours. J’avais trop de faim. Ils ne voulaient pas que je vienne, ils avaient très peur, mais, je les ai forcés, ils m’ont laissé partir, mon père, il est cultivateur. Ma mère, elle est ménagère. Et, la pluie, ça ne pleut pas beaucoup là-bas. J’étais un peu fort en étude, mais, j’avais peur après pour mon avenir, parce que je voyais mes grands frères à la maison, ils avaient les diplômes, ils n’avaient rien.
Moi j’ai dit. Il faut que j’aille. À Ténérife, c’est très différent, le climat, c’est pas bon, il n’y a pas d’argent, on fait l’école, il n’y a pas de travail, faut que je sors, c’est ça mon défi. Or, je n’ai pas été perdu dans le voyage, je ne peux pas se perdre ici. Moi j’ai dit il faut que j’aille plus loin, faut que je sors, comme ça que j’ai repris un bateau, comme ça que j’ai débarqué ici.

En novembre, les Sétois se divisent en deux classes bien distinctes : il y a les couillons, que le vol des étourneaux mène par le bout du nez — avez-vous déjà suivi des yeux cette écriture serrée serrée comme un poing au-dessus de la ville, et qui soudain s’étire, frissonne, miroite, on croirait des poissons échappés et il y a les monstres qui frémissent et lèvent les yeux au ciel avant de cracher sur le trottoir les mots « chiures », « puanteur » ou encore, attestant alors une pensée plus élaborée, plus distanciée, le mot « nuisances ».
C’est l’heure à laquelle les enfants sortent de l’école tandis que le soleil se couche, offrant alors aux oiseaux, c’est pas trop tôt, un décor à leur hauteur : horizon mauve sur le bleu dur de la mer, barre de nuages cotonneux posée sur les contreforts des Cévennes, ciel blanchi, guirlandes qui s’allument sur les grues du port. Un homme invisible — missionné par la mairie, sans doute — fera exploser des pétards et c’est le ciel en entier qui s’animera alors par-dessus les têtes levées. De gigantesques nuages se formeront en un clin d’œil, palpiteront sans effort visible, certains y verront des ballets de baleines à bosse, d’autres rien de spécial, mais peut-être verront-ils, eux.
Les premiers, donc, contemplent bouche bée, et c’est risqué, mais ils n’y pensent pas, vous pensez bien.
Les seconds, et bien, ils pensent, ils pensent même beaucoup. À leur voiture garée sous un platane et qui risque de se retrouver criblée de crottes corrosives ; à la somme qu’il faudra débourser pour faire repeindre la carrosserie ; à leurs semelles qu’il faudra nettoyer avant de s’accorder un repos bien mérité ; à leur conjoint dont il faudra subir les invectives à l’annonce des dégâts ; et enfin et surtout, à la semaine, qui avait été bien assez chiante comme ça sans en remettre une couche !
Il va sans dire que les deux catégories peuvent éventuellement coexister chez la même personne, une attitude cédant le pas sur l’autre en fonction du jour et de l’humeur. Parmi eux, il y a Mathilde, Jacques et Guillaume.

© Juliette Mézenc et publie.net

5 mai 2012

plomberie & humanité (histoire moderne) | Le Chauffe-eau, Antoine Martin

On reproche souvent aux auteurs français de ne pas avoir de projets littéraires ambitieux. On les trouve égotistes, étriqués. Bref, on critique leur manque de vision. L’écrivain Antoine Martin, lui, a décidé, de ne plus donner raison à tous ces détracteurs et il n’ira pas par quatre chemins pour nous le démontrer. Trois suffiront. En trois actes ou plutôt en trois actes mais sous la forme de fragments, il a décidé de s’emparer du quotidien via l’histoire de l’humanité. Mais pas n’importe quelle humanité et pas n’importe comment (c’est là qu’il est malin Antoine Martin – on pensera d’ailleurs plus d’une fois aux Mythologies de Barthes, à La Vie mode d’emploi de Perec ou encore à La Carte et le Territoire de Houellebecq) : en allant trifouiller dans la tuyauterie, celle qui parle à tous, LA PLOMBERIE, celle qui nous esclavagise, celle qui nous domine, nous refroidit sur-le-champ ou nous brûle les ailes. Celle qui nous inonde de son arrogance, celle qui choisit le plus souvent la fuite en avant ou nous plombe. La plomberie c’est notre épopée moderne (c’est d’ailleurs le sous-titre de son livre). La plomberie c’est une expérience humaine sans précédents, une histoire de désirs, de peurs, de manques et de frustrations, l’histoire d’un défi que se lancent les hommes d’aujourd’hui, contre la technique, l’histoire de l’homme moderne face au doute existentiel, celle du citoyen-bricoleur face à Cumulus qu’il va falloir séduire, dompter, calmer, refroidir (selon la situation). Voilà, tout est (et rien n’est) dit : ce premier fragment est très drôle et vivement le prochain !

Le chauffe-eau (épopée) (Histoire de l’humanité, fragment 1) d’Antoine Martin est édité aux éditions Au diable Vauvert. Disponible dans sa version papier (5 €) il est également téléchargeable au format ePub (1.49 €) sur tous les sites de vente de livres numériques (même prix partout en France). Il peut être lu depuis un ordinateur, une liseuse, une tablette, un smartphone et il ne contient pas de DRM mais un tatouage numérique (watermark). Si vous aussi vous avez des problèmes de plomberie et que vous souhaitez acquérir ce mode d’emploi qui est aussi une formidable histoire de l’humanité (comme détaillée supra avec la clé à molette du diable), rendez-vous sur ePagine ou sur l’un des sites des libraires partenaires du réseau ePagine (liste à jour ici). Et maintenant, passons à la pratique en lisant un fragment du Chauffe-eau, intitulé « La Cuve ».

ChG

___________

La Cuve

Dans un coin sombre du garage, le chauffe-eau existait, impénétrable et muet comme un Moloch stoïque. C’est vrai qu’on en savait peu sur lui et, d’ailleurs, la famille ne s’en souciait guère. On savait quoi, au juste ? Que ses entrailles, électriquement stimulées à des heures fixes, fabriquaient une onde très chaude. Et cela paraissait science suffisante. De l’eau chaude, il faut l’avouer, la famille en consommait plus que de raison, en toute indifférence, avec surtout l’ingratitude puissante que procure l’inconscience. On en puisait à flots pour les usages d’hygiène. On barbotait inlassablement dans des bains bien tempérés. On lavait la vaisselle à grand débit, enfin, sans s’interroger sur quoi demain pourrait être fait, sans jamais songer à célébrer, hélas, les surnaturelles vertus du chauffe-eau.
L’entité, au demeurant, présentait les dehors d’une placide fidélité domestique. C’était un long cylindre blanc, une cuve émaillée selon les meilleurs canons de l’esthétique électroménagère, une simple cuve de trois hectos où se vérifiait, pourtant, la théurgie silencieuse de la transfiguration : l’eau entrait froide d’un côté, fumante à soixante et quelques bons degrés elle sortait de l’autre. Pendant plusieurs années, la famille vécut insouciante de la grandeur du prodige. On ne s’inquiétait pas de découvrir d’où jaillissait le fluide lustral. Après tout, c’était pour remplir cette charge thermique, nulle autre, qu’on avait acquis et fait onéreusement installer le calorifère par un homme de l’Art plombier.
Le culte ordinaire du chauffe-eau s’accommode d’observances très brèves. Deux fois par jour, en ces heures précisément où l’étincelle électrique animait ses organes cachés, il laissait échapper quelques décilitres résiduels, goutte après goutte, à travers un robinet spécialement voué à cette fonction. Un seau rouge judicieusement placé sous le robinet spécial (que le père, au fil des tribulations qu’on verra, apprit à nommer groupe de sécurité) suffisait à contenir cette miction modeste. Nul ne s’avisa alors que le fond incarnat du récipient pâlissait sous les affronts têtus d’un ennemi, plus sournois que cent bouillons débandés de bactéries, qu’on saurait bientôt désigner sous l’appellation redoutée de tartre.
Bref, pour la famille, ce fut un moindre embarras que de vider, quand il s’avérait nécessaire, le produit du trop-plein. C’était une servitude somme toute légère, si on la comparait à l’agrément de pouvoir se doucher chaud ad libitum.
On était loin, à vrai dire, de comprendre le pourquoi de la chose, mais on chassa comme impie l’idée d’une fuite. On préférait croire que le liquide excédentaire était comme une transpiration de l’appareil, comme une preuve implicite qu’il exécutait honnêtement son office. On ignorait que, une comparaison en valant une autre, le goutte-à-goutte quotidien promettait plutôt les larmes prochaines.

© Antoine Martin, Le chauffe-eau (épopée) (Histoire de l’humanité, fragment 1), Au diable Vauvert, 2012.

4 mai 2012

l’offre découverte publie.net c’est chaque vendredi 5 titres à 0.99 €

On en parlait il y a quelques jours ici-même : la coopérative d’auteurs (maison d’édition 100% numérique) publie.net proposera désormais chaque vendredi cinq titres issus de son catalogue au prix de 0.99 €, et ce jusqu’au lundi soir : la ou les nouveautés de la semaine mais également des titres remis à jour ou en avant. Il y aura au choix (selon l’arrivage comme on dit sur mon marché de la Croix de Chavaux) de la littérature contemporaine (poésie, récits), des essais, des romans noirs, de la SF et des grands classiques de la littérature mondiale. Pour tous les goûts, donc (comme on dit…). Aujourd’hui vendredi 3 mai, et jusqu’à lundi 7 minuit, chaque internaute pourra bénéficier du prix découverte publie.net (0.99 € chaque titre) pour les 5 titres suivants :


• une réédition d’un livre important de Jean-Michel Maulpoix devenu difficilement trouvable en papier, Ne cherchez plus mon coeur (1ère publication chez P.O.L en 1994, texte qui sera repris par publie.net en POD) (voir aussi l’extrait ci-dessous)


• une reprise du dictionnaire délirant de Josée Marcotte, La petite apocalypse illustrée (auteur également de Marge qui avait été chroniqué ici)


• une remise en avant de Déplacements de Marie Cosnay qu’on avait pu lire en 2007 aux éditions Laurence Teper et qui est aujourd’hui indisponible dans cette édition


• la remise à jour des mains d’Orlac de Maurice Renard, roman qui bascule dans l’étrange et qui a inspiré de nombreux auteurs et cinéastes du monde entier


• et enfin Questions d’importance de Claude Ponti, auteur qui depuis les années 80 « tromboline et foulbazar » dans la littérature jeunesse en retournant le rapport à l’image et au langage. Ici, un texte-poème, une liste de pourquoi qui font mouche, interrogent notre rapport au monde, à la nature et à l’humanité de manière touchante, décalée et parfois plus brutale.


Je rappelle que ces cinq titres peuvent être téléchargés (notamment au format ePub) depuis le site ePagine ainsi que chez tous les libraires partenaires. Sur ces sites-là, ils vous sont proposés sans DRM mais avec un tatouage numérique (watermark).

Enfin, un grand merci à tous de votre confiance. Grâce à vous, Le jeu continue après ta mort de Jean-Daniel Magnin (auteur pourtant inconnu du grand public mais qui avait bénéficié d’un prix de lancement très attractif) sur ePagine a dépassé en nombre de téléchargements deux des auteurs les plus vendus (lus ?) en France (devinez lesquels !). Et je suis très heureux que ce thriller ai rejoint liseuses et tablettes ces derniers jours.

ChG


____________________________________________
Extrait de Ne cherchez plus mon cœur de Jean-Michel Maulpoix
paru aux éditions P.O.L en 1986 et repris en numérique chez publie.net

 

Cela qui s’aventure ne porte pas de nom. La langue toute est son domaine. Agenouillé, il fouille avec des branches : un peu de terre dérange le ciel, de minces araignées patinent parmi les reflets.

C’était sur les rives de la Meuse, à peu de pas du déversoir au tumulte incessant, ou bien en altitude, auprès d’un lac silencieux cerné de sapins, serti très haut dans la fraîcheur.

Cela mélange ses eaux. Des paysages se superposent. Quelque source soudain imagine de jaillir, une écorce éclate, le torrent transparent enveloppe de glace les chevilles parmi les pierres.

 

Il déchiffre en lui-même un murmure indistinct où la clarté d’une voix vient le surprendre. A certaines heures, se souvient-il, la lumière semblait y mieux voir. Ainsi la tiédeur de la cloche que frappe à la vesprée un rayon de soleil oblique.

Sa mémoire s’écoule en poussière Cependant il exulte. Il s’évide mais s’obstine à parler de travers, rebondissant dans la blancheur comme une balle insonore.

Il démêle son désir à peine et remonte avec précaution vers des cimes lointaines où des phrases malhabiles furent griffonnées jadis sur des papiers pliés en quatre. Il poursuit sa propre fable en surplomb, jusqu’au corridor de la naissance éboulée dans l’herbe et le sang. Il froisse une fraîcheur d’église, un après-midi silencieux dans le souvenir de l’Office, quand le Dieu avec son cortège dort sous le bois ciré et que la croix s’égoutte au fond.

 

Cela s’égare dans son amour. Il se blottit: buste de femme et taille, couchés dans le trèfle, genoux pressés, sueur, linges sur les hanches, toison, échine, cheveux dénoués et bras nus. Il empoigne, caresse, se déplie se relève, puis s’agenouille encore…

Ce sont les gestes lents du soir dont la brûlure exauce un vœu ancien : dès maintenant mourir. Il invente cela pour se perdre et ne pourra cesser d’y croire, comme celui qui aime en détresse et dont l’amour disperse la vie entière.

 

© Jean-Michel Maulpoix, 2000.

3 mai 2012

Viviane Hamy | une nouvelle offerte pour l’achat d’un polar d’Antonin Varenne

 

 

Antonin Varenne est une nouvelle grande voix du polar français. Son dernier roman Le Mur, le Kabyle et le Marin a reçu en avril le Prix des lecteurs Quai du Polar/20 minutes. Une histoire orchestrée avec grande intelligence sur fond de boxe et de guerre d’Algérie. Une écriture, un traitement et une construction qui dépassent largement le cadre même du polar. Un roman noir oui mais surtout une plongée dans les blessures encore ouvertes de la guerre d’Algérie et une course-poursuite impressionnante !

Afin de faire découvrir cet auteur, les éditions Viviane Hamy proposent d’offrir gratuitement une nouvelle inédite d’Antonin Varenne (Super Discount) aux lecteurs qui téléchargeront l’un de ses deux romans en version numérique Le Mur, le Kabyle et le Marin ou Fakirs.

Des extraits de ses deux romans peuvent être téléchargés gratuitement ici (format ePub) et lus depuis un ordinateur, une liseuse, une tablette ou un smartphone.

Les fichiers ne contiennent pas de DRM mais un tatouage numérique (watermark).

Je rappelle qu’un dossier de 9 extraits de la collection Chemins Nocturnes chez Viviane Hamy peut également être téléchargé gratuitement sur ePagine (dans lequel vous retrouverez d’ailleurs Antonin Varenne).

Cette opération commerciale est déployée sur tous les sites de vente de livres numériques. Vous trouverez une liste à jour des libraires partenaires de ePagine en cliquant ici.

Bonne découverte !

ChG


19 avril 2012

Portrait du blogueur en marcheur (avec provisions)

Filed under: Conseils de lecture,Journal de bord — Mots-clefs :, , — Christophe @ 09:30

Ce marcheur, ça pourrait être moi. Un sweat rayé j’en ai un ; des cheveux, il m’en reste encore et le sourire jusqu’aux oreilles, je devrais pouvoir trouver ça dans un coin de ma mémoire. Les yeux bleus, non, là il y a erreur (il doit porter des lunettes rondes sans doute).

Ce marcheur arpente Berlin, ça ne se voit pas, pour ça que je précise.

Il est parti très tôt ce matin. D’ailleurs, à l’heure où ce billet a été posté (programmé) il est en train de marcher (à moins qu’il ait déjà choisi de tester le U-Bahn berlinois) (à moins que l’avion se soit crashé) (etc.).

Ce marcheur voyage léger. Il est parti avec une tablette de lecture. À première vue il pourrait lire plus d’un mois d’affilée (24/24) sans rien télécharger d’autre. Et pourtant ce marcheur ne part que quelques jours. Mais il ne reviendra pas sur ce blog avant une semaine. La chose est dite.

Je sais : ce marcheur est un être abject.

Mais le marcheur a quelques scrupules. Il s’est même dit que ça ne se faisait pas de partir comme ça, sans prévenir, sans faire coucou par le hublot, sans dire quelles couvertures étaient alignées sur la fausse bibliothèque Ikea en bois de sa tablette.

Ce marcheur vous informe donc qu’il a bien pris son guide de voyage et qu’il a l’intention de terminer ça et ça, de lire ça, ça, ça et de relire ça aussi. Il exagère toujours.

Ceci dit, ces derniers jours ont été très intenses, certains s’en sont rendu compte. Pour les autres, le futur-ex-marcheur-berlinois vous informe que plusieurs billets ont parfois été publiés dans la même journée (excusez du peu). Comme vous n’avez sans doute pas tout lu (voire rien du tout), voici un petit rappel après quoi nous nous saluerons tous ou plutôt, je vous saluerai à la place du marcheur (ne perdez donc pas votre temps à répondre, il a annoncé qu’il ne se connecterait pas (à voir)).


Rappel de quelques billets publiés ces 6 derniers jours :

4 nouveautés ONLIT BOOKS et une nouvelle offerte (Edgar Kosma (roman), Emmanuelle Urien, Corentin Jacobs et Simon Auclair (nouvelles) – littérature contemporaine, littérature fantastique et noire, SF)
7 titres de Irvin Yalom chez Galaade éditions en numérique (dont Le Problème de Spinoza, son nouveau roman)
Le Dalaï-lama et Stéphane Hessel chez Indigène éditions (Déclarons la paix, même collection que pour Indignez-vous)
Vote et tais-toi par StoryLab (12 mesures chocs pour sauver la France de la faillite, humour)
Les Guides MAF et Léonard de Vinci : vente à prime (15 avril – 14 mai) (traverser l’Europe sur les traces du grand Léonard)
10 nouveaux titres des éditions de Minuit à lire en numérique (classiques du XXe et contemporains ensemble, Paul Eluard, Claude Simon, Nathalie Sarraute, Alain Robbe-Grillet mais aussi Christian Gailly, Jean-Philippe Toussaint et Laurent Mauvignier)
Relire La bascule du souffle de Herta Müller (grand grand grand texte, au prix d’un livre de poche)


À très bientôt – vers le 26 avril !

ChG… qui voulait faire court (encore raté)

Older Posts »

© ePagine - Powered by WordPress