Le blog ePagine

Conseils de lecture, entretiens, actualité numérique :

le Livre-Avenir ne se fera pas sans les libraires.

20 mai 2016

La Fabrique des Pervers, Sophie Chauveau

 

La Fabrique des Pervers, Sophie Chauveau, Gallimard, collection Blanche

L’inceste insiste.

Christine Angot plonge. Elle enchaîne les cinquante mètres, nage, performe, force la distance et prolonge en apnée.
Sophie Chauveau plonge. Elle ouvre les yeux dans l’eau chlorée, récupère les mannequins, sort de l’eau, respire et nous sèche.

9782072672200_1_75

Sophie Chauveau, La Fabrique des Pervers

Celle qui cherche et trouve, celle qui recherche et retrouve c’est elle : Sophie Chauveau. Elle le fait pour elle, pour ses enfants et elle le fait pour nous. On ne peut obliger personne à lire ce livre. Et pourtant à sa lecture on se sent obligé. Pourquoi  lisons-nous ? Pourquoi écrivons-nous ? Pourquoi achetons-nous ou vendons-nous des livres ? Pourquoi conseillons-nous des livres ?
Ai-je eu alors l’intuition de notre histoire commune ? Aujourd’hui j’en suis sûre, mais à l’époque ma survie m’interdisait de creuser plus avant. Désormais je peux hélas nommer ladite perversion qui s’est effectivement propagée dans le chaos de nos enfances, sans beaucoup de cris, et pour certains sans le savoir… Combien nous ont fait le coup du chaudron ? 
La Fabrique des pervers, Sophie Chauveau
On ne peut obliger personne à lire ce livre. Et pourtant à sa lecture nous sommes son obligé.

Médias

« Il n’est qu’un remède aux modes comme aux secrets (qui ont le même effet d’occultation) : c’est de situer les faits cliniques dans leur genèse, d’en remonter le fil et d’en baliser la place. » Paul-Claude Racamier – 1991 – gruppo 7
Quand Christine Angot décrypte l’inceste et son histoire, elle plonge. Elle écrit, elle dit, elle stance haut et fort. Elle plonge et enchaîne les longueurs performantes. Elle ne manque pas de courage. Elle nage, longe ses personnages et prolonge et nous plongeons avec elle et nos lectures prolongent encore. C’est cela l’inceste, il insiste, il exige, il dicte le prolongement et c’est interminable et on ne sait plus comment arrêter ses effets. On ne sait pas comment dire. On cherche à vaincre l’interdit de le dire mais cela ne suffit pas si on ne trouve pas aussi comment sortir du courant, et comment arrêter de nager dans le courant du véritable interdit qui n’est plus celui de le dire, qui était l’interdit de le faire et reste l’interdit de le maintenir à jamais réactualisé.
Sophie Chauveau tente autre une autre voie, d’une autre voix. Elle aussi a plongé et nagé en tout sens, sans toujours le savoir. On comprenait cela déjà dans Les Noces de Charbon, son roman précédent. Mais de ce dernier livre elle sort de l’eau et se sèche. Elle prend le risque encore difficilement mesurable de réellement passer à autre chose. Elle décrypte un système. Ah c’est énervant, c’est compliqué, c’est même parfois ennuyant ces gens qui tente cette description de ce qui vit de sa répétition. Mais elle est écrivain, elle est historienne, elle est narratrice. Alors elle cherche et trouve des appuis romanesques, historiques, familiaux, généalogiques, personnelles, et politiques. Elle trouve ce qu’elle cherche, elle perçoit toutes sortes de coïncidences, de collages, de créations, de liens, mais c’est pour s’en défaire, le dépasser et stopper. Pour le plaisir de notre lecture elle va jusqu’à chercher ses appuis dans un rocambolesque dont il ne faut pas douter que le plus incroyable est le plus vraisemblable. Essai est transformé.
Quelque chose qui s’arrête c’est moins excitant, moins facile et moins médiatisable que quelque chose qui n’en finit pas. Le sujet est d’actualité. A ce jour (23/05/2016) dans la presse écrite Bruno Frappat dans La Croix du 12/05 signale ce livre. On comprend pourquoi tant il a fort à faire avec les silences et les inconséquences de l’église catholique : « Si la prise de parole par les victimes de potentats du sexe choque les institutions, que ceux qui les dirigent lisent ce livre authentique. Ils comprendront que le silence et le déni ont un allié objectif : le bourreau. » On suivra grâce à Bibliosurf ce qu’il en sera de la presse web, mais à ce jour Toute La Culture signale le livre.
ePagine 24 mai 2016

Livres

La fabrique des perversNoces de CharbonUn amour impossibleLa porte du fond

Librairies

  • SOPHIE CHAUVEAU À L’ARMITIÈRE

    Le 7 juin

    à Rouen

  • SOPHIE CHAUVEAU À LA LIBRAIRIE NOUVELLE D’ORLÉANS

    Le 17 juin à 18h

    à Orléans

Rouen, Orléans…  Ne vous inquiétez d’autres librairies dans d’autres villes vous proposerons certainement de rencontrer Sophie Chauveau. N’en déplaise à Orléans qui dans la semaine de la sortie du livre, durant les fêtes de Jeanne D’Arc, invitait traditionnellement à défiler en passant sous les armes de Gilles De Rais, Compagnon de Jeanne d’Arc.

  • SOPHIE CHAUVEAU À LA LIBRAIRIE CHARLEMAGNE

    Le 24 juin à 19h

    Toulon

 

 

Autres livres de Sophie Chauveau disponibles en eBooks sur ePagine.fr (maj au 20 mai 2016)

  • La fabrique des perversNoces de CharbonPatience, on va mourirDébandadeHygiène et santé en Europe

 

Librairie – Bibliographie

placedeslibraires sophie chauveau 2016

2016 : La fabrique des pervers, Gallimard, roman/essai

2015 : Manet, le secret, Télémaque, roman/essai
2015 : Avec Fragonard… Dans Des Draps D’aube Fine, Invenit Ekphrasis, Beaux-Arts

2013 : Noces de charbon, Gallimard, roman

2011 : Fragonard. L’Invention du bonheur, Folio, roman/essai
2011 : Fragonard, l’invention du Bonheur, Télémaque, roman/essai

2010 : Diderot, le génie débraillé, Folio, roman/essai
2010 : Diderot, le génie débraillé : Tome 2, Les encyclopédistes 1749-1784, Télémaque, roman/essai
2009 : Diderot, le génie débraillé : Tome 1, Les années bohème 1728-1749, Télémaque, roman/essai

2008 : Léonard de Vinci, Folio, roman/essai
2007 : L’Obsession Vinci, Télémaque, roman/essai
2007 : Le Rêve Botticelli, Folio, roman/essai
2004 : La Passion Lippi, Folio, roman/essai
2005 : Le Rêve Botticelli, Télémaque, roman/essai
2004 : La Passion Lippi, Télémaque, roman/essai
2002 : Pages de garde, Gallimard, essai
2001 : Sourire aux éclats, Robert Laffont, essai

1999 : Les Vanités de Brandon, Œuvre gravée. Beaux-Arts
1995 : Eloge de l’Amour au temps du sida, Flammarion, essai
1993 : Femmes, Images. Beaux-Arts
1992 : Les Belles Menteuses,Paris, Robert Laffont, roman
1992 : La Liseuse, Terrain Vague, Beaux-Arts
1990 : Patience, on va mourir, Robert Laffont, essai
1988 : Mémoires d’Hélène, Robert Laffont, roman
1985 : Carnet d’adresses, JJ. Pauvert, roman
1982 : Débandade, Alésia, à Paris essai

Dans la revue Les Temps Modernes

Hilary Mantel : Révolution 1

Filed under: + Conseils de lecture,Non classé — Yann @ 14:42

 

Révolution 2 est à paraître le 9 juin. eP

19 mai 2016

Yishaï Sarid, Israël tel quel, Tel Aviv telle qu’elle…

Filed under: + Conseils de lecture,Non classé — Yann @ 14:46

Une proie trop facile, Yishaï Sarid, Actes Noirs / Sud

Le Poète de Gaza, Yishaï Sarid, Actes Noirs / Sud

16 mai 2016

Erri De Luca

Filed under: + Conseils de lecture,Non classé — Yann @ 19:14

Le plus et moins, Erri De Luca, du Monde Entier

1 mars 2016

ePagine Mars 2016

Filed under: + Conseils de lecture,Non classé — Yann @ 10:11

 

 

 

Anacharsis Mars 2016 2 Anacharsis Mars 2016

 

BRUXELLESMARS2016TXT

 

 

 

BRS2016

 

 

1 février 2016

ePagine Févirer 2016

Filed under: + Conseils de lecture,Non classé — Yann @ 09:52

1cadiotFracCentreOrleans 2cadiotFracCentreOrleans

 

 

 

 

 

 

 

 

 

MWAFRembrant 2

QAErembrant 1

 

 

 

eco1

1 janvier 2016

Elena Ferrante

Filed under: + Conseils de lecture,Non classé — Yann @ 09:27

ferrante_amieprodigieuse_smeP ferrante_nouveaunom_smeP

ePagine – Janvier 2016

Filed under: + Conseils de lecture,Non classé — Yann @ 08:26


DSC_0010

minuit2echenoz

 

edouardlouishistoire dela violence

eddyedouardlouishistoire dela violence

cubesjanvier1Esprit



dumondeentierjv2016ferrante

dumondeentierjv2016jensgrondahllesportesdefer

 

 

lyoneltrouillotkannjawou albinmicheljanvier revermigrerjanvier2016 sylviegermainalatabledeshommes

 

http://www.frac-centre.fr/

http://www.epagine.fr/

http://www.librairietempsmodernes.fr/

8 décembre 2015

Hier était écrit. Demain est écrit. La fiction n’est pas une fiction.

Filed under: + Conseils de lecture,Non classé — Stéphane Michalon @ 08:29

 

« Aujourd’hui nous sommes pris par les mirages de politiques sans principe, d’affaires sans morale, de fortunes sans travail, d’éducations sans caractère, de sciences sans humanité, de plaisirs sans conscience, de religions sans spiritualité, et de compétences sans responsabilité professionnelle. » Abdulghafur El-Busaiyn, Nairobi (AFP)© 2015

ePagine s’inscrit dans une responsabilité professionnelle qui ne veut rien censurer ni les livres ni les lecteurs et cherche au contraire à proposer vers le plus de territoires possibles le catalogue numérique le plus large possible en littérature française et étrangère. Continuons, c’est notre profession, de vous signaler et de vous vendre des livres qui font appel à toute notre intelligence, et sur ce point sans doute n’avons nous pas besoin qu’on nous fasse la morale mais plutôt qu’on nous rafraîchisse la mémoire.

epagine.fr20151207

Hier était écrit. Vous trouverez ci-dessous un vers Rien où poser sa tête, le formidable récit de Françoise Frenkel. Terrible et heureux récit qu’il faut lire si l’on veut oser dire quoi que ce soit sur la question de l’accueil des étrangers en France. Faut-il croire que seule Angela Merkel lit aujourd’hui Françoise Frenkel ?
Vous trouverez ci-dessous un liens vers l’érudite réédition critique du texte original de Lucien Rebatet, Les Décombres, paru fin juillet 1942, et connu pour avoir été le « best-seller » de l’Occupation (dont l’éditeur était Robert Denoël, et dont le chef de fabrication n’était autre que René Barjavel). La première phrase de son avant-propos résonne avec tant d’actualité qu’il nous faut tout le travail universitaire de Bénédicte Vergez-Chaignon pour nous accompagner dans sa relecture. Libre à vous de la lire en téléchargeant  l’extrait proposé par l’éditeur sur epagine.fr.

Demain est écrit. La fiction n’est pas une fiction. Le réel est dans la littérature. Voilà pourquoi nous continuons de vous proposer aussi, sans relâche depuis leurs sorties, 3 livres d’auteurs contemporains qui nous le souhaitons seront aussi des meilleures ventes de leur temps ; La Fin de l’homme rouge de Svétlana Alexievitch, la Boussole de Mathias Enard, et l’année 2084 de Boualem Sansal, « Meilleur livre de l’année 2015 » en son temps.

Bonne semaine de lectures.
A dimanche soir prochain.

Pour ePagine, Stéphane Michalon
epagine.fr 07/12/2015 (maj 08/12/2015)

Rien où poser sa tête

  • ebook (ePub)11.99 €

 

Le Dossier Rebatet

  • ebook (ePub)19.99 €

 

La fin de l'homme rouge

  • ebook (ePub)17.99 €

 

Boussole

Boussole

Mathias Enard

extrait gratuit

  • ebook (ePub)15.99 €

 

2084. La fin du monde

  • ebook (ePub)13.99 €

 

Demain est écrit. La fiction n’est pas une fiction. Le réel est dans la littérature.

epagine.fr20151207-2

Demain est écrit

  • ebook (ePub)10.99 €

 

Le Pays de la littérature. Des Serments de Strasbourg à l'enterrement de Sartre

  • ebook (ePub)12.99 €

 

Disparaître de soi

  • ebook (ePub)14.99 €

 

Assises internationales du roman 2014

  • ebook (ePub)9.99 €

 

7 octobre 2015

Rien où poser sa tête, Françoise Frenkel, l’arbalète gallimard

Rien où poser sa tête

Françoise Frenkel

« Le destin éditorial de certains livres est à l’exacte mesure du texte qu’ils nous offrent, émouvant, surprenant, généreux, tout autant qu’irrémédiablement mystérieux. L’unique ouvrage de Françoise Frenkel, Rien où poser sa tête,publié en Suisse en 1945, et rédigé en 1943 et 1944 « sur les bords du lac des Quatre-Cantons » où son auteure, juive d’origine ­polonaise, avait trouvé refuge, en est l’exemple récent le plus ­saisissant.

De sa redécouverte à Nice, fin 2010, dans un vide-grenier des Compagnons d’Emmaüs, à sa ­parution chez Gallimard, que Patrick Modiano a accepté de préfacer, c’est une « histoire tramée par les livres » qui s’est déployée, selon les mots de Michel Francesconi, l’heureux découvreur de l’exemplaire. Un « mouvement d’intérêt et de solidarité, impliquant de nombreuses personnes, en France et en Allemagne, pour reconstituer le puzzle d’un texte et d’une auteure sur lesquels on ne savait rien », dit Frédéric Maria, qui a œuvré pour le faire éditer, et s’est chargé du dossier qui l’accompagne aujourd’hui. L’« histoire de gens qui sont tous fous de livres, qui ont fait passer celui-ci des mains des uns à celles des autres avec une simplicité telle qu’il paraît presque invraisemblable que l’aventure finisse par aboutir », comme le résume Thomas Simonnet, directeur de la collection « L’arbalète », chez ­Gallimard. »

Florence Bouchy


En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/livres/article/2015/10/29/contre-l-oubli-de-francoise-frenkel_4798905_3260.html#565XuCiRdlo5OPqa.99

Rien où poser sa tête, Françoise Frenkel, l'arbalète gallimard

Rien où poser sa tête, Françoise Frenkel, l’arbalète gallimard

l’arbalète – gallimard

15 octobre 2015

Il faut saluer les éditions L’Arbalète-Gallimard d’avoir exhumé le livre de Françoise Frenkel qui est pour l’histoire de la présence du livre français à Berlin un legs inestimable.

Dans ses rapports à l’institution tout comme à la communauté francophone des années 1920, ainsi qu’au public exigeant d’amoureux du livre d’ici, c’est d’une collègue libraire impliquée dans son époque dont le premier chapitre de ce récit modianien avant la lettre, se propose de retranscrire la vérité.

Par le témoignage de ces rencontres d’auteurs où Henri Barbusse et René Crevel parmi tant d’autres éminents représentants de l’actualité francophone, venaient croiser là. Par l’obsession pour un lieu habité de livres dont les voix l’on hantée, à l’heure de plier boutique, en butte à la censure de la Gestapo.

Par la joie et la force que la parole écrite apporte à tous ses amoureux et ses flâneurs, qu’ils soient d’Orient ou d’Occident, de Méditerranée ou de Scandinavie, notre boussole à nous, libraires indépendants, Maison du livreou ZADIG Buchhandlung, n’est-elle pas de porter haut les couleurs d’un temps retrouvé, en mémoire des proses migrantes de demain ou d’hier ? Tenter de prolonger l’inaliénable rêve éveillé d’une culture européenne éprise d’ouverture aux mondes !

Patrick Suel – Librairie Zadig, Berlin

À l’occasion de la foire du livre de Francfort, ZADIG ouvrira sa porte au livre numérique…

Logo_Zadig_patrick_Suel

26 août 2015

SONATINE / R. J. Ellory : La Sœur & Les Assassins

Sticker_SonatineRoseBasic

 

 » Si tu regardes trop longtemps l’abîme, l’abîme aussi regardera en toi. »» Friedrich Nietzsche

À tous ceux qui ont regardé l’abîme, mais sans jamais perdre l’équilibre.

lesassassinsRJEllory9782355843525_1_75

 

Pendant longtemps, John Costello tenta d’oublier ce qui s’était passé.

Fit semblant, peut-être, que ça n’était jamais arrivé.

Le diable se présenta sous la forme d’un homme, enveloppé par l’odeur des chiens.

À voir sa tête, on aurait cru qu’un inconnu lui avait donné un billet de 50 dollars dans la rue. Un air surpris. Une sorte d’émerveillement satisfait.

John Costello se souvenait d’un bruit d’ailes affolées lorsque les pigeons fuirent la scène.

Comme s’ils savaient.

Il se souvenait que l’obscurité était tombée à la hâte ; retardée quelque part, elle était maintenant soucieuse d’arriver à l’heure dite.

C’était comme si le diable avait le visage d’un acteur – un acteur oublié, au nom effacé, mais dont la tête rappellerait vaguement quelque chose.

« Je le connais… Oui, c’est… c’est… Chérie, l’autre type, là. Comment il s’appelle, déjà ? »

Il avait plein de noms.

Tous signifiaient la même chose.

Le diable possédait le monde entier mais il se souvenait de ses racines. Il se souvenait d’avoir été jadis un ange jeté dans la géhenne pour avoir trahi et s’être révolté, et il faisait de son mieux pour se contenir. Parfois, il n’y arrivait pas.

C’était aussi paradoxal que de coucher avec une vilaine putain dans un motel pas cher. Partager quelque chose de si intense, de si intime, sans jamais donner son nom. Ne se croire coupable de rien de grave, donc se croire innocent.

John Costello avait presque 17 ans. Son père possédait un restaurant où tout le monde allait manger.

Après ça, John ne fut plus jamais le même.

Après ça… Mon Dieu, aucun d’entre eux ne fut plus jamais le même.

 

bandeaulesAssassinsRJELLORY6_2378

 

 

Pour la sortie du dernier polar de R.J. Ellory, Les Assassins, votre librairie vous offre Chicagoland #1 – La Soeur. Il est à téléchargé ici (sur le portail Librel.be).

 

24 août 2015

Booming, Mika Biermann, Anacharsis (24 août 2015)

Accrochez-vous : Booming est un western quantique qui se joue des balles et du temps qui passe.

Surgis du fin fond du décor, Lee Lightouch et Pato Conchi, le grand maigre et le petit gros, se rendent à Booming pour raison sentimentale.

« Personne ne va à Booming » ; « Prenez un bonbon, je ne crois pas qu’ils en aient » : on les avait pourtant prévenus. Kid Padoon et sa bande font régner la terreur à Booming, le shérif à leur botte, le bordel à leur service, le saloon à leur disposition, le croque-mort aux petits soins.

Mais ça n’est encore rien : il y a quelque chose de détraqué à Booming, un truc qui coince, qui débloque, qui recoince et qui vous rend cinglé.

 

Mika Biermann vit à Marseille, dont il a adopté l’accent bien que sa langue maternelle soit l’allemand. Il développe cependant sans accent et directement en français une œuvre littéraire des plus originales dans le paysage contemporain. Après Ville propre (La Tangeante, 2007), il publie en 2013 le très remarqué Un Blanc chez Anacharsis, puis, coup sur coup, Palais à volonté (POL, 2014) et Mikki et le village miniature (POL, 2015)

 

 

booming9791027901166_1_75

 

 

Ça commence comme ça :

 

Une porte s’ouvre sur le désert.
Les méchants sont vêtus de manteaux.
Un homme tire plus vite que son ombre.
On aura tout vu.
Presque tout.

Lee Lightouch et Pato Conchi franchirent la frontière à l’aube. Lightouch était habillé de cuir, Conchi de lin. Le premier portait un couvre-chef gras de sueur, le deuxième allait boucles au vent. L’un était grand, l’autre rond. Le grand maigre, arborant moustache et barbiche, marchait mains dans les poches, le gros glabre avait glissé une machette dans sa ceinture. Leur mule les suivait comme une ombre. Ils voyagèrent cinq jours d’affilée. Le soir, ils mangèrent du lard ; une couenne était attachée au bat. Ils firent de petits feux sans fumée. Le matin, ils burent une infusion de chicorée. Les nuages à l’horizon ne changeaient ni de taille ni de couleur, quelle que soit l’heure, quel que soit le jour. Sauf le soir, quand ils viraient au rouge, comme d’ailleurs le reste du monde.
— C’est magnifique, dit Lightouch.
— Bof, dit Conchi.

Le sixième jour, ils entrèrent dans le village de Townsend. Lightouch se rendit à l’Eden Saloon. Accoudé au zinc, il leva son verre et regarda le barman barbu à travers le liquide ambré.
— Nous voudrions nous rendre à Booming.
— Booming ?
Le barman chauve expédia un mollard dans le crachoir.
— Personne ne va jamais à Booming.
— Pourquoi pas ?
— N’y a rien là-bas.
— Je suis artiste, mon ami. Vous ne voulez pas une belle fresque au mur ? Une chasse au bison ? Une charge de cavalerie ? Je vous fais un prix.
Le barman cracha de nouveau.
— Non.
Lightouch haussa les épaules. Il finit son whisky, bien mauvais d’ailleurs. Il avait bu pire, mais pas souvent. Ce qu’il aimait, c’était du champagne avec une goutte de sirop de figue. Il adorait le vin noir de Smyrne. Il ne crachait pas sur un verre de raki turc. Dans cette contrée, on avalait partout du whisky fait à base d’épluchures de patates et de la bière faite à base d’épluchures de patates. Il avait vu des durs à cuire vomir leurs tripes. Il n’aimait pas les cow-boys. Ils n’avaient jamais vu Rome.
— Vous avez déjà vu une cathédrale ?
—’Sais pas.
— C’est une énorme église, dont les flèches jettent leur ombre sur la ville. Le long du toit pendent des cages en fer où on enfermait les hérétiques. La pierre de la façade est travaillée comme une dentelle, même au sommet, là où personne ne la voit jamais. Des gargouilles, monstres hideux ou vierges ailées, crachent leur eau vers le dédale des rues. Autour du portail virevoltent des anges, et des saints décapités portent leurs têtes sous le bras. Une fois à l’intérieur, on se croit au fond d’une eau tiède et parfumée. Des losanges multicolores de soleil mouchettent les dalles. Un million de bougies chauffent l’air. Du vieil or entoure les tableaux de saints oubliés. Au plafond, on voit les blasons de rois morts et de villes détruites. Les colonnes torsadées de l’autel portent des nuages d’étain chevauchés par des putti aux derrières rebondis qui se perdent dans les combles. Dans les reliquaires jaunissent les osselets des martyrs. Des vieilles minuscules, écrasées par ces piliers, cette pénombre, cette odeur de cire, prient à genoux, à toute vitesse. L’orgue murmure un plain-chant. Une soif inexplicable vous serre la gorge.
— Je vous ressers ?
— D’accord…

À la Cantina de Townsend, Conchi buvait du lait de chèvre. Son bol était émaillé de bleu. Dans son assiette en grès fumaient d’énormes haricots blancs. La robe de la dueña lui rappelait un étang couvert de lentilles d’eau, ses cheveux les nuits d’été au bord du Pacifique.
— C’est très bon, dit-il, la bouche pleine.
— Mon oisillon, mon bébé, mon héros, tu voudrais un piment pour te rafraîchir la bouche ?
— Ma caille, envoie le piment.
Un rideau de perles se sépara sur un garçon qui portait un panier. Les piments étaient longs et rouges et luisaient comme des flammes.
— C’est le tien ? demanda Conchi.
Il caressa la tête de l’enfant qui se laissa faire.
— Le mien, mon loup. Lui, et six autres, tous en bonne santé et vifs comme argent. Béni soit Dieu qui nous gâte ainsi.
— Amen !
La bouche pleine de haricots, ça sortait « ham’ ».
— Tu vas où ainsi, mon beau voyageur ?
— À Booming.
— Ne va pas à Booming. Il n’y a rien là-bas. Reste avec moi.
— Et ton mari, que dira-t-il ?
— Il te battra comme plâtre.
— Tu vois bien, mi corazón, ma fleur jolie-jolie, que je dois continuer mon chemin.
— Promeneur, il n’y a pas de chemin, seulement un sillage sur la mer, dit le garçon.
En passant devant la Cantina, Pato Conchi y voit un homme attablé, portant les mêmes vêtements que lui, coiffé des mêmes boucles huileuses, de la même corpulence, en train de manger des burritos. Il entre, s’assoit en face de l’étranger et engage la discussion. Ils parlent de la pluie et du beau temps, de Booming et de Townsend, des femmes et des prostituées, de mets et de boissons, de l’homme et de son destin. Ils sont d’accord : pour le bordel que c’est, on y vit avec un certain plaisir, dans ce monde, et pas dans l’autre. Quand Conchi se lève pour se retirer, l’homme l’arrête.
— Excuse ma question, l’ami, mais qui es-tu ?
— Qui je suis, répond Conchi, ça, je n’en sais rien. Mais j’ai toujours voulu avoir une petite conversation avec moi-même.
Ils se retrouvèrent devant l’étable. Lightouch paya les vingt cents pour une nuit dans le foin. Le lendemain matin, ils firent des provisions à la quincaillerie tenue par un homme grassouillet affublé d’un tablier. Lee essaya de marchander.
— Trois dollars pour une outre ? Je vous en donne la moitié.
— C’est à prendre ou à laisser.
— Qu’est-ce que vous en dites, Pato ?
— Et si on prenait quelques harengs ?
Conchi était penché sur un tonneau d’où s’échappaient les effluves évidents du poisson salé.
— C’est une outre premier choix, dit le commerçant. En peau de chèvre, cousue par ma femme. Garantie increvable. Touchez pas à ça !
Conchi recula devant une pyramide de cylindres en fer-blanc.
— C’est quoi, ces trucs ?
— C’est des boîtes de conserve.
— Qu’est-ce qu’il y a dedans ?
— Vous ne savez pas lire les étiquettes ?
— « Pêches au sirop », déchiffra Conchi. « Langue de bœuf ». « Haricots en sauce ». « Graisse de canard ». « Pemmican extra ». Lee, ça te dit, une boîte de saucisses de Francfort ? Comment ça s’ouvre ?
— Avec un ouvre-boîte.
— Combien, les saucisses ?
— Trois dollars. Et cinq dollars pour l’outil.
— Ça va pas la tête ? Cinq dollars pour l’ouvrir ?
— Vous pouvez toujours essayer avec une pierre pointue.
— Deux dollars pour l’outre, dit Lightouch. Il nous faut également une couenne de lard, un sac de haricots, une tresse d’oignons, une cruche de whisky, une pelle. Faites-nous un prix.
— Vous allez où, comme ça ?
— À Booming.
— À Booming ?
— C’est ça.
Le commerçant indiqua une jarre sur le comptoir.
— Personne ne va à Booming. Prenez un bonbon. Je ne crois pas que là-bas, ils en aient.
La piste de Santa Fe partait à gauche, vers les montagnes aux cimes blanches de neige ; la piste de Cribbs à droite, vers une rangée de cactus candélabre. Le chemin qui menait à Booming allait tout droit jusqu’au lieu-dit du Doigt-Dieu au bord de la grande falaise. Dans cette direction, la poussière était vierge de toute trace de botte, sabot ou roue.
— Maintenant vous allez me dire ce qu’on va faire à Booming, dit Lightouch.
— On va chercher une femme.
— Comment ça, une femme ? Une femme quelconque ? Pourquoi là-bas, où la terre s’arrête, où commence le brasier de Jahannam ?
— On va chercher ma femme.
— Vous n’êtes même pas marié.
— Tu ne peux pas comprendre, compadre. J’aime Conchita. Elle a été enlevée par un hijo de puta nommé Kid Padoon.
— Qui c’est, Kid Padoon ?
— Un petit voyou. Je ne l’ai jamais vu. Quelqu’un m’a dit les avoir vus à Booming.
— Je pourrais attendre votre retour sous un saule…
— Ne dis pas de bêtises, Lightouch. Il n’y a pas de saules ici.
— Je ne serai d’aucune utilité dans votre entreprise de récupération sentimentale.
— Au contraire. Je n’y arriverai pas tout seul. Aide-moi, amigo.
— Quand c’est si gentiment demandé…
Tous deux se mirent en branle, direction le Doigt-Dieu. La mule, n’ayant pas le choix, suivait du pas résigné de la bête de somme.

Une tortue traversa le sentier à la recherche d’ombre. En temps normal, elle évitait les heures chaudes, pendant lesquelles elle cuisait dans sa carapace, et les terrains sablonneux, où elle avançait à reculons. Un petit renard l’avait délogée de sa cavité sous les pierres en lui urinant dessus. Lee et Pato débattirent longuement de sa valeur culinaire, puis de son régime alimentaire. De toute évidence, elle ne chassait ni la souris ni la mouche. La limace eût été à sa portée, mais les gastéropodes n’existaient pas dans ces contrées.

… à suivre ; en achetant ce livre dans une « des dizaines de librairies indépendantes françaises qui vous permettent, via leur site Internet, d’acheter les livres numériques du catalogue Anacharsis. »

Booming

 

« À propos de la jouissance et de la lecture numérique »

« Les livres numériques préparés par les éditions Anacharsis sont commercialisés sans protection spécifique, autrement appelés DRM ou « verrous numériques ».

Pour Anacharsis, il est essentiel que le lecteur dispose avec sa copie numérique de droits de jouissance similaires à ceux d’un livre papier.

Pourtant, si vous achetez votre copie directement à partir de votre périphérique de lecture, au sein de la librairie en ligne associée à la marque de votre liseuse ou tablette, vous ne pourrez sans doute jamais transférer votre livre ailleurs, sur un appareil qui dispose d’un environnement de lecture différent.

Acheter vos livres numériques dans les magasins intégrés à chaque plate-forme de lecture est une démarche facilitée par les fabricants. Ils espèrent de cette manière faire de vous une clientèle captive et soumise, qui ne peut d’aucune manière transférer sa bibliothèque dans un autre environnement de lecture.

Les éditions Anacharsis considèrent que les droits concédés sur une copie numérique ne doivent pas être limités au seul droit d’accès à partir d’un environnement de lecture particulier, déterminé par la marque d’une tablette ou d’une liseuse.

À l’heure actuelle, il existe des dizaines de librairies indépendantes françaises qui vous permettent, via leur site Internet, d’acheter les livres numériques du catalogue Anacharsis. Dans ce cas, aucune restriction de lecture ne vous est imposée. Vous voilà libre. »

Anacharsis

à noter  :

Ce livre numérique a été fabriqué par Lekti.

En exergue de  Booming on trouve :

 La vérité doit forcément être plus étrange que la fiction, dit Basil avec calme. Car la fiction n’est qu’une création de l’esprit humain et, par conséquent, est à sa mesure.

Gilbert Keith Chesterton, Le Club des métiers bizarres

À la recherche du temps perdu

Titre d’un roman en sept tomes de Marcel Proust (1871-1922).

« Nous avons peut-être un peu exagéré, mais je ne savais pas comment terminer autrement. »

Howard Hawks, à propos de la fin de Red River.

Nous aimerions qu’à la fin les méchants mordent la poussière et les bons dans la brioche. Or, la réalité n’est pas faite ainsi. Le Far West a ses propres lois, et l’une d’elles stipule que rien ne peut aboutir, ni ce livre ni l’agonie des bisons ni la longue marche des Indiens ni le vol paresseux de la balle qu’un brave ou qu’un bandit envoie sur sa trajectoire vers une cible qui se dérobe toujours et à jamais.

William Hintercaler, The Bad Sheriff

Les volumes de la collection WESTERN sont imprimés en très grande série. Un incident technique peut se produire en cours de fabrication et il est possible qu’un livre souffre d’une imperfection qui a pu échapper aux services de contrôle. Dans ce cas il ne faut pas hésiter à nous le renvoyer.

Il sera immédiatement échangé.

Les frais de port seront remboursés.

Note de l’éditeur pour La Vengeance de Kate Lundy de Louis L’Amour.

ePagine

 

 

 

Older Posts »

© ePagine - Powered by WordPress