Le blog ePagine

Conseils de lecture, entretiens, actualité numérique :

le Livre-Avenir ne se fera pas sans les libraires.

8 mars 2014

Newsletter mars 2014

Filed under: + ePagine publications,+ Newsletter — Mots-clés : — David @ 17:21
ePagine « Au Tournant »

 

Le Monstre de fer
Bonus Space invader !

 

ePagine vous offre
Le Monstre de fer
Avec cet ouvrage, ePagine inaugure sa nouvelle collection, « Au Tournant ».
À chaque livre un objet et sa réception ; des textes, des illustrations qui traduisent les réticences et les peurs contemporaines de la mutation technique ou esthétique qu’il représentait.

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Symbole d’un renouveau architectural, la tour Eiffel a fait l’objet lors de sa construction de sombres projections : « Babel de fer », « déshonneur de Paris »…
Ses détracteurs – parmi lesquels Maupassant et Allais – n’ont pas manqué de verve pour condamner une révolution esthétique qui les apeurait.
Découvrez ces pamphlets dans Le Monstre de fer.

 

Int: tour Eiffel en construction, Gabriel Loppé
Int: La tour Eiffel foudroyée, Gabriel Loppé
Int : Vue de la tour Eiffel, Robert Delaunay
Le numérique, un tournant à prendre !

« Lectrice, lecteur, fais moi un cadeau : apprends autant que j’ai appris, ris parfois, rebelle toi souvent, et change le monde. »

 

« L’internet ne vient pas s’ajouter au monde que nous connaissons. Il le remplace. »
Pierre Bellanger, La souveraineté numérique, éditions Stock.

9 décembre 2013

La table et l’étagère. « Le Monde des Livres » et la Librairie

Filed under: + Conseils de lecture,+ ePagine publications,+ Journal de bord,+ Sans attendre Godot — Mots-clés : — Stéphane Michalon @ 07:00

Cette semaine Jean Birnbaum, consacre l’éditorial du « Monde des Livres  » aux « Propos sur le métier de libraire », livre écrit par sept libraires amis et édité en numérique avec ePagine. Nous reproduisons ci-dessous cet éditorial dans son intégralité.

 

Le Monde des Livres
Vendredi 6 décembre 2013
Editorial

Prière d’insérer

La table et l’étagère

Le 31 octobre, ici même, nous réagissions aux attaques racistes contre Christiane Taubira en citant un essai paru il y a plus de dix ans, cosigné par Elisabeth Roudinesco et Jacques Derrida (De quoi demain, Fayard/Galilée, 2001). Peu après, dans sa chronique, Nicolas Offenstadt analysait la révolte des  » bonnets rouges  » à la lumière de l’étude que l’historien Hugues Neveux publia en 1997 sur Les Révoltes paysannes en Europe. XIVe-XVIIe siècle(Albin-Michel). A chaque fois, donc, se trouvait réaffirmé ce principe : si l’équipe de votre supplément littéraire doit rendre compte des parutions, il lui incombe aussi de montrer que l’actualité des livres, c’est leur capacité durable, et toujours renouvelée, à éclairer le cours du monde et de nos vies.

Le geste du critique rejoint ainsi celui du libraire qui prend un livre du fonds, publié il y a un an ou un siècle, pour l’extraire d’une étagère et le remettre sur une table, au beau milieu des nouveautés. Geste à la fois anodin et crucial, qui signe l’engagement propre aux compagnons du texte.  » Par ses assortiments et ses associations, le libraire ouvre le livre à des devenirs nouveaux : on re-lie, donc on re-lit « , dit joliment Josette Vial, qui dirige la librairie Compagnie, à Paris, dans un précieux volume où sept libraires indépendants évoquent, sous forme d’entretiens, l’avenir de leur profession (Propos sur le métier de libraire, 66 p., Editions Rue des Gestes, disponible sur demande, voir Syndicat-librairie.fr). Face aux incertitudes économiques, en pleine révolution numérique, chacun insiste sur la nécessité de s’inscrire dans une continuité, de tenir bon sur son identité, donc de remettre sans cesse le  » stock  » en mouvement grâce à une vraie politique de catalogue.  » Veiller à ce que les livres ne soient pas vécus comme en sursis, candidats à une mort prochaine. Donner le sentiment du temps long, vivant, actif « , affirme Christian Thorel, le patron d’Ombres blanches, à Toulouse. Lisant ces mots,  » Le Monde des livres  » y reconnaît sa propre vocation.

Jean Birnbaum © Le Monde

A chaque métier son atelier.

Amateurs du livre, curieux et intéressés par la cuisine de ce métier de libraire, vous êtes les bienvenus .

Professionnels d’un des métiers du livre et libraires en réflexion permanente, ce livre est écrit pour vous, par vos confrères.

A lire et à partager, « Propos sur le métier de libraire » est notamment disponible au SLF, sur ePagine.fr, et chez chacun des libraires auteurs des 6 articles qui composent ce recueil.

  • Josette Vial (librairie Compagnie à Paris) : le plaisir d’assortir des livres
  • Philippe Touron (librairie le Divan à Paris) : « Un métier de patience et d’humilité » – management et gestion en librairie
  • Pascal Thuot (librairie Millepages à Vincennes) : « Vendre en librairie ? Une aventure de tous les jours »
  • Jean-Jacques Tonnet (librairie Tonnet à Pau) : « Tu seras libraire tout le temps » – de l’animation en librairie
  • Isabelle Schulmann et Antoine Fron (librairie l’Arbre à lettres Mouffetard à Paris) : la transmission en librairie : une « folie raisonnée »
  • Christian Thorel (librairie Ombres blanches à Toulouse) : la librairie en « représentations » ?

Stéphane Michalon
ePagine

14 novembre 2013

ePagine vous offre Le Bar de la Fourche d’Auguste Gilbert de Voisins

Après Les Dimanches de Jean Dézert de Jean de La Ville de Mirmont (juillet 2012), L’homme qui plantait des arbres de Jean Giono (décembre 2012), L’Homme en proie aux enfants d’Albert Thierry (février 2013), Quelques pas de solitude de Pascal Dessaint (mars 2013), César Capéran de Louis Codet (juillet 2013), La Grande panne de Théo Varlet et le collectif de libraires Propos sur le métier de Libraire. Conversations sur le commerce des livres (octobre 2013), ePagine vient de fabriquer (via son studio ePub) et de mettre en ligne un huitième titre : Le Bar de la Fourche de Auguste Gilbert de Voisins. Cet ouvrage et les sept précédents, Hors Commerce, sont offerts en permanence sur la librairie ePagine avec tout téléchargement de livres. Cliquez ici pour accéder à la liste complète.

Le Bar de la Fourche est un roman d’aventures (voire un western) d’Auguste Gilbert de Voisins sur les chercheurs d’or, dans l’Ouest américain. Il a été publié la première fois en 1909.
Ce roman a inspiré le film éponyme d’Alain Levent qu’il a réalisé en 1972, avec Jacques Brel, Isabelle Huppert et Pierre-François Pistorio pour incarner les personnages principaux.

Cette édition numérique comporte des illustrations originales d’André Collot, sans doute de 1943. En dépit de ses efforts, ePagine n’a pas retrouvé les ayants droit d’André Collot. Si vous disposez d’une information, merci de contacter le service Fabrication (Sébastien Cretin, Karen Etourneau, Damien Desroches et Xavier Mottez) qui a conçu de bout en bout cette édition numérique. Infra, la notice biographique d’Auguste Gilbert de Voisins réalisée par Karen Etourneau ainsi qu’un extrait du Bar de la Fourche.

 

Notice biographique d’Auguste Gilbert de Voisins

Marie Auguste Gilbert de Voisins naît le 7 septembre 1877 à Paramé (ancienne commune d’Ille-et-Vilaine). Il descend d’une vieille famille de noblesse parlementaire.
Il passe son enfance en Provence et s’installe à Paris à 21 ans. Il entreprend alors de voyager, en Europe d’abord, puis dans les colonies : Afrique du Nord, Sénégal et Dahomey (actuel Bénin).
Il publie ses premiers romans à 23 ans. Cinq ans plus tard, en 1905, paraît Sentiments au Mercure de France, son recueil d’essais littéraires. Il y loue certains de ses amis proches, qu’il admire, comme Pierre Louÿs et Paul Valéry. L’année suivante sortent Les Moments perdus de John Shag, poèmes en prose teintés d’exotisme, sans doute influencés par la consommation de l’opium et publiés sans nom d’auteur.
Le Bar de la Fourche, en 1909, lui vaut de ne pas être aujourd’hui totalement oublié. Tout comme le journal de bord de la mission archéologique de dix mois qu’il effectue la même année en Chine avec son ami Victor Segalen : Écrits en Chine, publié en 1913. Segalen en tirera, lui, Le Grand Fleuve. Accompagnés de Jean Lartigue, les deux hommes repartent en Chine l’année suivante pour une seconde mission archéologique et géographique, interrompue par la Première Guerre mondiale.
Auguste Gilbert de Voisins épouse en 1915 Louise de Heredia, fille du poète et écrivain José-Maria de Heredia, divorcée de Pierre Louÿs. Suit une production romanesque parfois qualifiée de « mièvre ». On sait peu de choses sur les dernières années de sa vie. Cette anecdote toutefois : il se rend chaque année à Venise pour rejoindre ses amis du « Club des longues moustaches », dont faisaient notamment partie les écrivains Abel Bonnard et Edmond Jaloux.
Il reçoit en 1926 le Grand prix de littérature de l’Académie française pour l’ensemble de son œuvre.
Il  meurt le 8 décembre 1939 à Paris.

Photo : Auguste Gilbert de Voisins, 1899. Dédicace : « À mon cher Pierre, son ami, Voisins. »

 

EXTRAIT

L’averse venait de fuir. Sur l’horizon, un arc-en-ciel dessinait sa fabuleuse fusée.
Mon père m’appela :
— Si tu faisais attention à ton travail, grand imbécile, au lieu de regarder les nuages !
Je me trouvais chez nous, au fond de l’enclos des poneys.
C’était l’époque où l’on poussait vers l’ouest le chemin de fer du Nord entre Skykomish et Tocoma, dans l’extrême Far-West, au delà de l’Idaho.
— Hé !… Viens par ici !
Depuis seize ans que maman avait succombé en me mettant au monde, l’humeur de mon père était restée constante : je veux dire acariâtre, orageuse ou, pour le moins, bizarre.
— Arrive !… et plus vite que ça !
Ce jour-là, mon père se fâchait de peu. J’avais simplement oublié d’attacher le licol de Cruchette et Cruchette s’était échappée. Bien que l’on eût ramené la bête à l’écurie, tout aussitôt et sans accident, mon père m’injuriait.
— Regarde-moi dans les yeux, canaille ! Regarde-moi !
Je m’étais approché de lui, tenant par le bridon Loupard, un petit cheval bai que je menais chez le maréchal ferrant.
Je regardai mon père.
— Baisse les yeux, insolent !
En baissant les yeux, je haussai les épaules.
— Quoi… comment !… Tu…
Et il fit sa mauvaise action…
C’est bien à cause d’elle que je ne le pleurai pas, trois ans plus tard, quand j’appris sa mort.

Georges Saruex, mon père, était un homme instruit et, par certains points, un gentilhomme. Protestant du Jura, il avait traversé la moitié du monde pour faire fortune, et n’était arrivé à se composer qu’une aisance médiocre. Sans doute savait-il trop de choses. Si j’étais resté avec lui, au lieu de me promener sur la vaste terre, je serais peut-être plus savant, mais beaucoup moins renseigné. De plus, je n’aurais pas le sou. Toutefois, soyons juste : mon père m’apprit à regarder, à raisonner et à souffrir. La nature se chargea du reste en me fournissant de bons muscles.
Et puis, que voulez-vous ! La maison était intolérable ! Prières du matin, prières du soir, discours, exhortations, cantiques chantés tout le long des dimanches. Il y en avait trop !… Sans compter mille invectives qui se terminaient par des explosions de fureur.
Le grand ennemi du vieux, c’était le Pape. Je ne sais ce que le Pape lui avait fait, toujours est-il que mon père ne laissait pas s’achever une journée sans le prendre violemment à partie, dans les termes les plus crus.
Sans doute afin de lui être désagréable, il me donna le nom d’Olivier ! Le nom de Cromwell ! Quel beau nom : Olivier Saruex ! Quel beau nom de protestant !
Ah ! mon père connaissait bien le Ciel ! Il devinait les desseins de Dieu, il prévoyait ses désirs… et malheur à nous, si les prévisions étaient inexactes !
Vous concevez ?… Une telle vie manquait de charme ! Le vieux traitait les hommes de la ferme comme des chiens, son fils plus mal encore. Il avait beau nous parler de Dieu tant que durait le jour, il n’arrivait pas à nous la faire aimer, cette puissance invisible, cruellement ennemie du Pape, et qui, pour seul confident, avait pris un protestant jurassien, émigré dans le Far-West.

 

Parce que je haussais les épaules, mon père fit sa mauvaise action : il me cracha au visage.
À seize ans, j’avais le sang chaud. Ça ne pouvait s’arranger. Botter les fesses aux petits garçons, leur tirer les oreilles, très bien, mais cracher à la figure d’un homme de seize ans !… Oh ! Non ! non ! impossible ! Je pris mon lasso, pendu à la selle de Loupard, et j’en appliquai un cinglon sur le dos du vieux, un beau cinglon qui le fit tourner au pâle, de rouge qu’il était.
Le reste se passa vite. Le vieux courut à la maison, en rapporta la Bible, une bible couverte de notes qui avait appartenu à la mère de maman, et, sur cette bible, jura le grand serment qu’il ne me reverrait de sa vie ou bien me casserait la figure.
Ces histoires, c’est rarement utile. — Je n’avais pas l’intention de rester. — Je partis.
Il disait vrai, tout de même, le vieux ! S’il ne m’a pas cassé la figure, du moins ne m’a-t-il pas revu. Et, maintenant, il est mort, et, moi j’écris un livre ; mais ce matin-là, je m’en fus prendre une couverture et marchai vers la gare, où j’avais des amis. La gare était à huit heures de chez nous. J’arrivai comme tombait le soir. Le train venait d’entrer et allait passer la nuit. Oh ! comme je m’en souviens bien, après tant d’années, de cette nuit si vite close et qui rétrécissait le paysage ! Pas de lune, peu d’étoiles… On voyait à peine son chemin.
Cependant, la veine me toucha. L’homme qui devait nettoyer la machine était ivre. Alors, comme je me trouvais là, j’aidai à faire son travail, et, en guise de salaire, priai le mécanicien de me transporter, le lendemain, jusqu’aux chantiers de construction.
Ce fut ma première étape.

© extrait du Bar de la Fourche d’Auguste Gilbert de Voisins, ePagine publications numériques, 2013. Les illustrations originales sont d’André Collot.

9 octobre 2013

Six libraires et ePagine vous offrent Propos sur le métier de Libraire

Après Les Dimanches de Jean Dézert de Jean de La Ville de Mirmont (juillet 2012), L’homme qui plantait des arbres de Jean Giono (décembre 2012), L’Homme en proie aux enfants d’Albert Thierry (février 2013), Quelques pas de solitude de Pascal Dessaint (mars 2013), César Capéran de Louis Codet (juillet 2013) et La Grande panne de Théo Varlet, ePagine, pour le compte de six librairies, vient de fabriquer (via son studio ePub) et de mettre en ligne un septième titre : Propos sur le métier de Libraire. Conversations sur le commerce des livres. Cet ouvrage et les six précédents, Hors Commerce, sont offerts en permanence sur la librairie ePagine avec tout téléchargement de livres numériques payants ou gratuits ou bien encore sur simple demande.

Propos sur le métier de Libraire. Conversations sur le commerce des livres est la réunion de six grands entretiens réalisés par Olivier Carrérot en avril 2013 avec sept responsables de six librairies françaises : Compagnie (Josette Vial) et Le Divan (Philippe Touron) à Paris, Millepages (Pascal Thuot) à Vincennes, Tonnet (Jean-Jacques Tonnet) à Pau, L’Arbre à Lettres Mouffetard (Isabelle Schulmann & Antoine Fron) à Paris et Ombres Blanches (Christian Thorel) à Toulouse. Ces six conversations « thématiques » sont précédées d’une introduction que nous reproduisons infra. Lors de ces échanges lucides et toniques sont passés à la moulinette tous les ingrédients du quotidien d’une librairie : de l’assortiment (stock, offre, fonds/nouveautés, rotation…) à la « mise en scène » du libraire dans son rapport au lieu, à son équipe, à ses clients, à son quartier, à sa ville, aux institutions en passant par le travail avec les diffuseurs, la gestion et le management, l’accueil, le conseil et la vente en magasin, l’animation (tables, vitrines, débats, lectures, signatures,…), la vente en ligne, le numérique ou encore la transmission. Une fois ses voix entendues se dessine plus précisément le portrait d’une grande partie de la librairie française actuelle voire même une forme de définition assez complète de ce métier en mutation constante. La passion, la patience, l’organisation et l’opiniâtreté sont également très partagées par ces sept expériences. La version papier à la Foire de FrancfortSans doute pourrons-nous y noter quelques manques (il y en a toujours) mais c’est à ça aussi que sert cet ensemble : ouvrir le dialogue, appeler « des réponses, des réactions, des contestations. Et pourquoi pas d’autres entretiens, d’autres professions de foi », comme l’introduction le souligne.

Cette version électronique de Propos sur le métier de Libraire. Conversations sur le commerce des livres de Josette Vial, Philippe Touron, Pascal Thuot, Jean-Jacques Tonnet, Isabelle Schulmann & Antoine Fron et Christian Thorel a été réalisée par ePagine Publications numériques. Elle repose sur l’édition papier du même ouvrage publié par les Éditions Rue des Gestes. Publié sous un ISBN lié aux Éditions Rue des Gestes et en numérique sous un ISBN lié à ePagine publications numériques, ce livre collectif Hors Commerce ne peut être vendu mais offert.

ChG

Info de dernière minute : Stéphane Michalon, en direct de la Foire de Francfort, nous apprend à l’instant que le lancement de cet ouvrage est, selon des sources fiables, l’événement de cette première journée de la Foire. Les nombreux lecteurs qui avaient fait spécialement le déplacement étaient unanimes et enthousiastes, précise notre envoyé spécial.

 

EXTRAIT

 

« Il est rare que l’on ne soit pas sensible au devenir des livres, comme à celui de leur commerce. Or, jamais comme aujourd’hui le sort de nos librairies n’aura fait l’objet d’autant de commentaires, d’analyses, de spéculations, de projections. Si la librairie en tant que lieu paraît encore évident, comme procédant de la nature de nos villes, sa réalité reste peu connue, moins encore l’esprit avec lequel les libraires abordent la mission qui est la leur de veiller à mettre en lien les livres avec celles et ceux qui les lisent.
Il est apparu à quelques-uns parmi nous, libraires, que la mutation de notre société, le rapport à son commerce, les changements de modes de consommation, plus encore ceux qui affectent la lecture et les livres, nécessitaient une réponse coordonnée de notre part. Nous nous sommes retrouvés, sept libraires, de manière circonstancielle, entre affinités et nécessités, avec l’idée de rendre compte collectivement de ce qui agite chacun de nous individuellement. Dans ce livre projeté en avril et réalisé en juin, et face au discours crépusculaire dominant, nous avons voulu rendre compte de nos désirs, de notre enthousiasme, de nos espoirs comme de nos difficultés. Non seulement il s’est agi ici de faire le point sur les aspects dominants de notre profession, l’assortiment, la vente, la direction d’équipe, mais nous avons voulu solliciter le lecteur sur le métier, ses invariants, leur avenir, les évolutions. Il fallait convenir d’une forme. Nous avons opté pour une série de longs entretiens. Après une répartition préalable des grands thèmes du métier, ces six entretiens ont été conduits par Olivier Carrérot, qui en a entrepris la rédaction, donnant à l’ensemble l’homogénéité qui permettra à ce livre collectif de rendre au métier ce que chacun des libraires a pu y trouver comme expression singulière.
Il est souhaitable que de cet ensemble procède une meilleure connaissance des libraires, de l’objectivité de leurs problèmes comme de leurs modes de travail, de leur subjectivité comme de leur engagement.
Nous espérons aussi et surtout que l’on y trouve dans ce court livre la spontanéité et l’authenticité de son caractère éphémère. Ces « mots pour dire » la librairie ne sont pas une leçon, ils portent autant d’interrogations que d’assurances de la part de ce (fugace) Groupe des Sept. Ils appellent des réponses, des réactions, des contestations. Et pourquoi pas d’autres entretiens, d’autres professions de foi. Enfin, si ce livre est destiné plus particulièrement aux acteurs des professions du livre, nous serions heureux qu’il rencontre quelques échos, parmi tous les lecteurs de toutes les librairies de ce pays, ces lecteurs qui font part aujourd’hui de leur soutien à des modes de médiation dans lesquels le rôle des librairies est le premier. »

© Introduction de Propos sur le métier de Libraire. Conversations sur le commerce des livres, collectif Hors Commerce, éditions Rue des Gestes, 2013, pour l’édition papier et ePagine publications numériques, 2013, pour la version numérique.

13 septembre 2013

ePagine publications numériques vous offre La Grande panne de Théo Varlet

 

Après Les Dimanches de Jean Dézert de Jean de La Ville de Mirmont (juillet 2012), L’homme qui plantait des arbres de Jean Giono (décembre 2012), L’Homme en proie aux enfants d’Albert Thierry (février 2013), Quelques pas de solitude de Pascal Dessaint (mars 2013) et César Capéran de Louis Codet (juillet 2013), ePagine vient de fabriquer (via son studio ePub) et de mettre en ligne sur epagine.fr son sixième livre numérique : La Grande panne de Théo Varlet, un roman d’anticipation publié en 1930 par un passionné d’astronomie et de sciences, à la fois poète et auteur de science-fiction, un visionnaire souvent salué par la critique littéraire dans les années vingt et trente mais dont l’œuvre n’a quasiment pas été rééditée après sa mort. À lire la préface que Xavier Dollo consacre à ce roman et dans laquelle il revient sur cette découverte qui a modifié son parcours de lecteur, une préface que nous publions en partie infra.

Ce texte et les cinq précédents sont offerts en permanence sur la librairie ePagine avec tout téléchargement de livres numériques payants ou gratuits ou bien encore sur simple demande. Avec cette collection, ePagine souhaite planter sa forêt numérique : éditer, au gré des idées et des envies de toute son équipe, des œuvres libres de droits et partager ces textes qui, le plus souvent, n’ont jamais été édités en ePub ou ne sont disponibles que sur des sites concurrents des librairies indépendantes. Ainsi, plutôt que de produire à la volée des centaines de textes issus du domaine public, ePagine préfère publier peu mais avec la garantie que les fichiers sont soignés et de qualité (composition et correction). ePagine propose donc des textes choisis à l’unanimité par son « comité éditorial », des textes qui bénéficient du savoir-faire de Sébastien Cretin et de son équipe (Karen Etourneau, Damien Desroches et Xavier Mottez) : graphisme, écriture xhtml, feuilles de style (CSS, navigation interne, activation des tables des matières, index, hyperliens, nouvelles compositions typographiques (mise en page, polices, lettrines, taille des titres, des signatures,…)), relecture, recherches et notices bio-bliographiques. Ces éditions sont presque toutes enrichies d’une préface ou d’une dédicace qui fait sens ainsi que d’une bio-bibliographie fouillée et soignée.

Toute l’équipe de ePagine tient à remercier Xavier Dollo, auteur de la préface de cette édition numérique de La Grande panne.

ChG

 

Extrait de la préface de La Grande panne par Xavier Dollo

« Il est des écrivains que, parfois, l’on croit être seul à connaître et aimer. On trouve même cet état de fait profondément injuste et frustrant, parce que l’on admire l’écrivain. Sans contestation possible, Théo Varlet entrerait dans cette catégorie des mal aimés et des mal connus. (…) Grand oublié, à mon sens, de l’omnibus consacré à la science-fiction ancienne dirigé par Serge Lehman, Chasseurs de Chimères, Théo Varlet n’en reste pas moins une figure marquante du merveilleux scientifique, lui qui était doté d’un style attrayant, d’une langue maîtrisée et d’un imaginaire vraiment original, éclectique et atypique. De la poésie au roman, Varlet aura exploré de nombreuses facettes de la science-fiction ; avec André Blandin, par exemple, il signe une belle uchronie avant l’heure, La Belle Valence, explore une poésie classique – il aime le sonnet – mais originale dans son approche thématique, le terme de poésie « cosmique » étant assez parlant ; avec Les Titans du Ciel (premier volume de l’Épopée Martienne), en collaboration avec Octave Joncquel, il imagine un système solaire rempli de vie extraterrestre où la Terre prend contact avec les martiens et les joviens, où les martiens – voir ici l’influence déjà très forte de H.G. Wells – ont des intentions nocives envers notre planète.
(…) La Grande Panne, paru en 1930, raconte l’épopée d’une jeune femme intrépide, Aurore Lescure – Varlet se démarque déjà de son époque par cette utilisation d’un personnage féminin fort – qui a tenté d’atteindre la Lune dans une fusée construite par son père, un savant américain. Cependant, elle rapporte dans ses bagages un organisme qui se nourrit d’électricité ! (…) Derrière un récit d’aventures très bien mené, Varlet explore à sa manière des questions de société, l’avenir de l’humanité et les conséquences des progrès scientifiques. »

Xavier Dollo,
auteur et éditeur de science-fiction

 

Théo Varlet : quelques éléments bio-bibliographiques

Né en 1878 à Lille, Théo Varlet passe une grande partie de sa jeunesse à voyager en France et en Europe. Après trois recueils publiés avant la première guerre mondiale, il traduit dans les années 20 et 30 de nombreux auteurs anglo-saxons dont Stevenson, Melville et Kipling et publie également une vingtaine de recueils de poésie, de récits et de romans d’anticipation, souvent salués par la critique. Malgré les éloges, quasiment aucun de ses ouvrages n’a été réédité après sa mort survenue en 1938.

Quelques œuvres marquantes : Heures de rêve (Ninez et Lecocq, 1898), Notes et poèmes (éditions Du Beffroi, 1905), Les Titans du ciel (en collaboration avec Octave Joncquel, E. Malfère, 1921), L’Agonie de la terre (en collaboration avec Octave Joncquel, E. Malfère, 1922), La Belle Valence (en collaboration avec André Blandin, E. Malfère, 1923), Le Roc d’or (Plon et Nourrit, 1927), Ad astra et autres poèmes (A. Messein, 1929), La Grande Panne (éditions des Portiques, 1930), Aurore Lescure, pilote d’astronef (L’Amitié par le livre, 1943).

7 juillet 2013

ePagine publications numériques vous offre César Capéran de Louis Codet

Après Les Dimanches de Jean Dézert de Jean de La Ville de Mirmont (juillet 2012), L’homme qui plantait des arbres de Jean Giono (décembre 2012), L’Homme en proie aux enfants d’Albert Thierry (février 2013) et Quelques pas de solitude de Pascal Dessaint (mars 2013), ePagine vient de fabriquer (via son studio ePub) et de mettre en ligne son cinquième livre numérique, César Capéran de Louis Codet. Pour rappel, tous les textes de ePagine publications numériques sont offerts en permanence sur la librairie epagine.fr avec tout téléchargement de livres numériques payants ou gratuits ou bien encore sur simple demande.

Avec cette collection, ePagine souhaite planter sa forêt numérique : éditer, au gré des idées et des envies de toute son équipe, des œuvres libres de droits et partager ces textes qui, le plus souvent, n’ont jamais été édités en ePub ou ne sont disponibles que sur des sites concurrents des librairies indépendantes. Ainsi, plutôt que de produire à la volée des centaines de textes issus du domaine public, ePagine préfèrera publier peu mais avec la garantie que les fichiers seront soignés et de qualité (composition et correction). ePagine proposera donc des textes choisis à l’unanimité par son « comité éditorial », des textes qui bénéficieront du savoir-faire de Sébastien Cretin et de son équipe (Karen Etourneau, Damien Desroches et Xavier Mottez) : graphisme, écriture xhtml, feuilles de style (CSS, navigation interne, activation des tables des matières, index, hyperliens, nouvelles compositions typographiques (mise en page, polices, lettrines, taille des titres, des signatures,…)), relecture, recherches et notices bio-bliographiques. Ces éditions seront presque toutes enrichies d’une préface ou d’une dédicace qui fait sens ainsi que d’une bio-bibliographie fouillée et soignée.

Pour en savoir plus sur le projet de ePagine publications numériques et les modalités pratiques, je vous invite à consulter ce billet sur lequel tout est expliqué : ePagine jour après jour plante sa forêt numérique. Toute l’équipe de ePagine tient également à remercier la famille de Louis Codet qui a gentiment accepté que le portrait de l’écrivain soit reproduit dans le fichier ePub et ici même (photo également mise en ligne par l’association des lecteurs de Claude Simon sur le site qui lui est consacré, le père de Louis Codet étant un cousin germain de la mère de Claude Simon).

 

Présentation de César Capéran et bio-bibliographie de Louis Codet

Cette novela (entre la longue nouvelle et le court roman) raconte l’histoire d’un personnage énigmatique et original prénommé César Capéran, « Gascon gasconnant », « Gascon taciturne » et « digne campagnard » selon le narrateur. Ce provincial tout en paradoxes (retenues et exultations soudaines) est également un être plein d’ambitions même s’il préfère la plupart du temps se taire ou faire parler « la tradition » symbolisée par Pascal, Bossuet, Diderot ou Poussin. Monté à Paris pour des raisons d’abord obscures mais avec en tête de vagues projets littéraires, il passe la plupart de son temps à… ne rien faire sinon boire le vin de son pays, fumer et parler avec le narrateur dans sa chambre ou dans sa mansarde au Ministère des Colonies. En vrai dilettante, le jeune Gascon, sorte de Bartleby ou de Jean Dézert, aura un destin que n’envieront sans doute pas ses aïeux, les personnages balzaciens. Texte désopilant, pince-sans-rire et original, écrit au tout début du siècle par un auteur mort sur les Champs d’honneur.

César Capéran de Louis Codet a d’abord été publié dans la revue Les Marges, puis par Gallimard en 1918 et a été accueilli chaleureusement par les critiques.

Louis Codet est né à Perpignan le 8 octobre 1876. Fin dandy, cette personnalité artistique parisienne reconnue a fréquenté les précurseurs du surréalisme et s’est lié d’amitié avec Guillaume Apollinaire et Marie Laurencin. Il a collaboré à plusieurs revues indépendantes (La Revue blanche, La Vogue et Les Marges), a participé au premier numéro de la Nouvelle Revue française et a publié La Rose du jardin (son premier roman) chez Fasquelle en 1907 et La Petite Chiquette, son œuvre la plus connue, en 1908 (même éditeur).
Mobilisé dès le début de la guerre, il est blessé à Steenstrate (Flandres belges) le 5 novembre 1914, touché à la gorge par un éclat d’obus. Il est alors évacué au Havre mais, mal soigné, il meurt six semaines plus tard. Il est enterré dans son village de Saint-Junien.
L’œuvre de Louis Codet est en grande partie posthume : César Capéran en 1918, La Fortune de Bécot en 1921 et Louis l’indulgent en 1926.

 

Louis Codet | César Capéran (extrait)
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I
LE PENSEUR DU CAFÉ VACHETTE

Je fis la connaissance de César Capéran au café Vachette, du temps que j’étais étudiant.
Imaginez un grand gaillard de vingt-deux ou vingt-trois ans, dodu, ventru, fleurant la santé, ayant l’œil très noir et la joue bien pleine, avec quelque chose de napoléonien dans le menton. Toujours propre, toujours rasé, il était coiffé d’un grand feutre noir, et ne portait qu’un vêtement noir ample et sévère.
Il s’asseyait, tout seul, et passait la soirée en fumant sa pipe silencieusement, non loin du coin où nous faisions notre poker. Je l’avais remarqué, pour son air majestueux. On eut dit un Curiace de l’Odéon, ou, encore, un moine romantique, un moine vénitien.
Un soir, quelqu’un nous le présenta et il s’assit à notre table. Je me souviens que ce jour-là le poker prit fin de bonne heure et que l’on entama une discussion philosophique ; je demandai à Capéran, le nouveau venu, quel était son avis.
Il me regarda, ôta lentement de ses lèvres sa longue pipe Jacob et posa une main sur ma hanche.
— Moi, je ne discute jamais, mon ami. Je suis simplement un homme qui pense, me dit-il.
Je souris, nous sourîmes tous, devant une telle déclaration, prononcée d’une belle voix de baryton qu’ennoblissait encore l’accent de Toulouse. Mais déjà César Capéran s’était retiré en lui-même et s’enveloppait d’un nouveau nuage de fumée.
Cependant, à dater de ce jour, Capéran fit partie de notre bande au Vachette : entendez qu’il s’asseyait sur la banquette à côté de nous, car il ne se mêlait point à nos jeux. Jamais je ne le vis toucher une carte. Il ne lisait pas non plus les journaux ; il ne faisait rien ; il fumait.
C’était vraiment un drôle de corps. S’il arrivait, de loin en loin, qu’il énonçât son opinion, il s’exprimait en des termes synthétiques et lapidaires. Par exemple, quand on agitait entre nous les mérites de quelque peintre ou d’un écrivain :
— C’est de l’art français, dans la tradition ! disait Capéran.
Ou, au contraire :
— Ce n’est pas dans la tradition !
Et, ayant dit, jamais il ne s’expliquait davantage.
Lorsqu’il s’agissait de payer les consommations, il tirait de son gousset une pièce de cinq francs, qu’il nommait un écu, et il me jouait son verre contre le mien « au jeu ancien de pile ou face ! »
Vous avez sans doute observé déjà que les gens d’humeur silencieuse ne peuvent nous être indifférents. Il faut qu’on juge un homme qui se tait. Il faut qu’on se dise, ou : « c’est un sot » ou : « c’est un homme très intelligent, au fond. C’est un artiste, un érudit… » Je crois que nous inclinions vers ce dernier parti ; Capéran nous en imposait véritablement.
Certes, on le plaisantait parfois ; on l’appelait le Penseur, ou le Gascon Taciturne : un étudiant normand glissé dans notre bande avait trouvé ce second surnom, qui le peignait assez bien. Mais nul ne demeurait si grand, si impassible sous la plaisanterie. Et Poupoun lui-même y perdait ses flèches. Celui que nous nommions Poupoun était un petit étudiant en droit, brun comme une taupe, portant lorgnon et barbe en pointe ; un Méridional, comme Capéran, mais c’était le Méridional maigre et rageur, qui gesticulait, qui pétaradait, et qui fonçait à tout propos sur le prochain.
— Si notre Penseur national, si Sa Majesté Capéran Premier voulait bien nous faire l’honneur, au lieu de ricaner dans sa pipe, de nous exposer là-dessus le point de vue de la tradition ? s’écriait Poupoun.
Capéran répondait avec placidité de sa voix enflée, noble et grave, de sa voix de prédicateur :
— Je ne vous écoutais pas, mon ami. Je rêvais aux belles filles de chez moi…
Poupoun haussait les épaules, et, ricanant lui-même, revenait à l’attaque. On eut dit le combat du jaguar et du superbe éléphant.
Leurs assauts les plus remarquables se livrèrent à propos de la question religieuse.
En ce temps-là, on discutait la Séparation à la Chambre, et nous en causions quelquefois ; Poupoun figurait parmi nous l’anticlérical à tous crins, le féroce mangeur de curés. Ce fut pour Poupoun une belle journée lorsque nous apprîmes par hasard que Capéran allait à l’église.
Je ne sais qui l’avait aperçu à je ne sais quelle cérémonie, dans Notre-Dame. Non ! vous ne pouvez concevoir la joie de Poupoun, et combien de fois par soirée il traitait l’autre de calotin, de tartufe, de théatin, d’enfant chéri de Loyola, de chevalier du goupillon…
Une des plaisanteries de Poupoun consistait à renifler les vêtements de Capéran :
— Mais tu sens l’eau bénite rance, mon pauvre Penseur ! Voyons, entre chez le barbier et colle-toi du parfum, pour combattre ce vieux relent de sacristain ?…
Capéran répondait avec sérénité :
— Sachez que je suis un incrédule, mon ami !… Et néanmoins, toute ma vie, j’irai à la messe et aux vêpres, afin de rendre hommage aux pompes magnifiques de l’Église romaine !
— Hardi, Capéran ! faisions-nous en chœur. Mords-le ! Défends-toi !
— Et si vous n’avez jamais assisté, reprenait la voix de Capéran, si vous n’avez jamais assisté à une des cérémonies de Notre-Dame, je crois que vous n’êtes pas digne de lire !…

 César Capéran de Louis Codet, ePagine publications numériques, 2013

21 mars 2013

Salon du livre de Paris 2013 : Ombres Blanches & ePagine offrent un livre numérique à leurs lecteurs

« Un écrivain en arrivera toujours à parler de l’avantage que la solitude lui procure. J’aime être seul jusque dans la foule, oui, seul parmi les autres alors que pour beaucoup il s’agirait là de la pire des choses. Dans le flot, la cohue même, rien ne me distingue ou presque et je peux devenir très étrange en moi, jusqu’à être libre, si ça me chante, de ne plus me ressembler […] et il faut croire que j’ai besoin aussi de continuer à m’accrocher au réel, un temps au moins. C’est ce temps exaltant où l’esprit bouillonne, où tout s’écrit vivement à l’intérieur de soi, au risque que certaines idées, que l’on estime originales, se perdent en chemin. » Pascal Dessaint, Quelques pas de solitude

 

À l’occasion du Salon du Livre de Paris et de la parution prochaine aux éditions Rivages de Maintenant le mal est fait (le 3 avril), la librairie Ombres Blanches à Toulouse et ePagine offrent à tous les lecteurs un récit de Pascal Dessaint, Quelques pas de solitude.

Après Les Dimanches de Jean Dézert de Jean de La Ville de Mirmont, L’homme qui plantait des arbres de Jean Giono et L’Homme en proie aux enfants d’Albert Thierry fabriqués par ePagine publications numériques, un quatrième titre vient en effet d’être mis en ligne sur la librairie epagine.fr : Quelques pas de solitude de Pascal Dessaint, auteur de polars, de chroniques (et bientôt d’un roman) aux éditions Rivages, une œuvre dans laquelle il est beaucoup question des rapports complexes et parfois ambigus que l’Homme entretient avec la Nature.

Ce titre, contrairement aux trois autres, est le fruit d’une association entre la librairie Ombres Blanches à Toulouse et ePagine. Tout d’abord, l’été dernier, la librairie Ombres Blanches a édité hors commerce et à tirage limité le récit Quelques pas de solitude de Pascal Dessaint. Ce texte (bientôt collector dans sa version papier) a ensuite été remis à Sébastien Cretin et à toute l’équipe du studio ePub (Karen Etourneau, Damien Desroches et Xavier Mottez) et depuis quelques jours il est également disponible en format numérique.

Comme pour les précédents titres disponibles sur le site de la librairie epagine.fr, ce récit de Pascal Dessaint sera offert en permanence avec tout téléchargement de livres numériques payants ou gratuits mais également sur simple demande. Et comme ePagine sera sur le Salon du Livre de Paris du 22 au 25 mars 2013, Quelques pas de solitude sera offert à tout visiteur (pas besoin de créer de compte ou de s’identifier, c’est cadeau !). Rendez-vous sur le stand ePagine (Allée E, stand 21), demandez le livre numérique et commencez à lire !

En offrant à ses lecteurs ce texte de Pascal Dessaint, variation sur le thème de la solitude, la librairie Ombres Blanches à Toulouse et la librairie ePagine.fr souhaitent remercier tous ceux qui restent fidèles aux livres et aux librairies, sociétés de toutes nos solitudes, lieux de partage de toutes les lectures et de toutes les productions singulières ou collectives.

Pour en savoir plus sur le projet de ePagine publications numériques et les modalités pratiques, je vous invite à consulter ce billet : ePagine jour après jour plante sa forêt numérique.

ChG

 

14 février 2013

Construire une société à hauteur d’homme | Albert Thierry, Philippe Meirieu & ePagine publications numériques

 

En ce jour de l’International Book Giving Day qui consiste à faire découvrir à son entourage un livre que l’on a aimé (cf. le billet d’ActuaLitté), ePagine joue le jeu et offre un livre à ses lecteurs. Après Les Dimanches de Jean Dézert de Jean de La Ville de Mirmont et L’homme qui plantait des arbres de Jean Giono, ePagine vient en effet de fabriquer (via son studio ePub) et de mettre en ligne son troisième livre numérique, L’Homme en proie aux enfants d’Albert Thierry (présentation de ce roman d’apprentissage infra par Philippe Meirieu et biobigliographie d’Albert Thierry). Pour ne pas s’arrêter en si bon chemin, ces trois textes seront d’ailleurs en permanence offerts sur la librairie epagine.fr avec tout téléchargement de livres numériques payants ou gratuits ou bien encore sur simple demande.

Avec cette collection, ePagine souhaite planter sa forêt numérique : éditer, au gré des idées et des envies de toute son équipe, des textes libres de droits et partager ces textes qui, le plus souvent, n’ont jamais été édités en ePub ou ne sont disponibles que sur des sites concurrents des librairies indépendantes. Ainsi, plutôt que de produire à la volée des centaines de textes issus du domaine public, ePagine préfèrera publier peu mais avec la garantie que les fichiers seront soignés et de qualité (composition et correction). ePagine proposera donc des textes choisis à l’unanimité par son « comité éditorial », des textes qui bénéficieront du savoir-faire de Sébastien Cretin et de son équipe (Karen Etourneau, Damien Desroches et Xavier Mottez) : graphisme, écriture xhtml, feuilles de style (CSS, navigation interne, activation des tables des matières, index, hyperliens, nouvelles compositions typographiques (mise en page, polices, lettrines, taille des titres, des signatures,…)) et relecture. Ces éditions seront toutes enrichies d’une préface ou d’une dédicace qui fait sens ainsi que d’une biobibliographie fouillée et soignée.

Pour en savoir plus sur le projet de ePagine publications numériques et les modalités pratiques, je vous invite à consulter ce billet sur lequel tout est expliqué : ePagine jour après jour plante sa forêt numérique. Toute l’équipe de ePagine tient également à remercier particulièrement Philippe Meirieu pour sa contribution. Nous reproduisons d’ailleurs sa préface à L’Homme en proie aux enfants ci-dessous.

ChG

Biobibliographie d’Albert Thierry : il naît le 25 août 1881 à Montargis d’un père maçon et d’une mère au foyer. Se sentant très impliqué dans le milieu éducatif, il entre à l’École Normale Supérieure de Saint-Cloud en 1900 pour y préparer un professorat dans le primaire. Durant cette période, il commence à écrire des poèmes, ainsi qu’une tragédie qu’il achèvera en 1906 et qui sera publiée à titre posthume en 1929, Le Révélateur de la douleur. Malgré son antimilitarisme, il effectue son service au camp de Châlons-sur-Marne mais refuse tout logiquement de suivre le peloton d’officiers. Puis, devenu boursier, il visite Weimar, Munich, Vienne et Leipzig, entre autres, en l’espace de deux ans. Lorsqu’il revient en France en 1905, il s’établit à Melun où il devient professeur à l’École Primaire Supérieure jusqu’en 1911. Il est ensuite professeur à l’École Normale d’Instituteurs de Versailles entre 1911 et 1914. Il publie la série des Réflexions sur l’éducation. En août 1914, quelques semaines après ses fiançailles avec Suzanne Jacoulet, il est envoyé au front comme simple soldat. Le 26 mai 1915, à 33 ans, il meurt à Noulette, à la Tranchée des Saules, ce qui lui vaudra une médaille militaire. (extrait de la biobibliographie établie par Xavier Mottez)

 

Philippe Meirieu | Préface
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Albert Thierry a 24 ans quand il prend son premier poste d’instituteur à Melun. Intellectuel libertaire, passionné de littérature, il est bien décidé à transmettre à ses élèves les grandes œuvres de notre culture. Il est convaincu que les adolescents qui vont lui être confiés n’aspirent qu’à apprendre et à s’émanciper. Peut-être même – il l’espère profondément – vont-ils l’accueillir comme un véritable libérateur qui pourra, en arrachant leurs préjugés, leurs ouvrir des horizons radicalement nouveaux.

Nous sommes en 1905. Bien avant les ZEP et autres « zones sensibles ». On ne parle encore ni de « publics difficiles » ni de « parents intrusifs » et les « hussards noirs de la République » jouissent d’un prestige incontesté auprès de la population… Certains croient même encore aujourd’hui que l’enseignement allait alors de soi et que la transmission des savoirs s’opérait « naturellement » grâce aux rituels officiels de l’institution scolaire. Dans une école forgée selon les idéaux républicains, on imagine volontiers que les intelligences étaient mobilisées spontanément par l’attraction méritocratique et les sujets collectivement « institués » par l’autorité des enseignants. Au temps des ardoises et de l’encre violette, du Grand Meaulnes et de Marcel Pagnol, on n’avait pas de problème – pense-t-on – pour « tenir » et faire travailler des élèves… nul ne contestait les maîtres et chacun se soumettait docilement aux décisions de la grande institution.

Dure déception pour les nostalgiques de « l’âge d’or scolaire » qui vont lire les pages qui suivent. À la mesure du choc vécu par Albert Thierry en septembre 1905 et revécu des milliers de fois en écho, à chaque rentrée scolaire, par tant d’enseignants.

« J’arrivais, explique Albert Thierry, dans une maturité dogmatique et déclamatoire. Mes élèves s’en moquèrent. » Et le voilà qui doit affronter l’indifférence et la raillerie. Alors qu’il attendait l’adhésion – ou, au moins, l’attention –, les quolibets le disputent à l’apathie. Ses élèves, dont il aurait voulu faire des disciples enthousiastes, s’engluent dans la passivité, quand ils ne lui renvoient pas un mépris ostensible… Ainsi, au cours d’une de ses premières classes de français, et alors que Thierry lit avec une émotion non dissimulée un extrait des Misérables, ses élèves se mettent à vaquer à des occupations diverses et à tourner en dérision le texte qui leur est lu. Tandis que l’instituteur est au bord des larmes, tant le passage qu’il lit le touche profondément, ses élèves ridiculisent les expressions de Victor Hugo et, lorsque quelques minutes plus tard ils se retrouvent en récréation, ils parodient avec violence et méchanceté ce que leur maître voulait leur faire admirer : « Et moi j’étais humilié, je plaignais la beauté », note alors Thierry dans son journal de bord, un texte étrange… à la fois œuvre littéraire et traité de pédagogie, roman d’apprentissage et témoignage fabuleusement actuel d’un « homme en proie aux enfants ».

Et nous voilà au « point critique » – on pourrait presque dire au « point de fusion » – de l’« entreprise éducative » : quand l’éducateur rencontre la résistance de l’enfant ou de l’adolescent à sa volonté de l’éduquer. Quand il butte sur son refus, mais sans, pour autant, renoncer à sa tâche ni désespérer de l’éducabilité de chacune et de chacun. Quand il fait l’expérience que « l’apprentissage ne se décrète pas », mais ne se résigne pas à « passer en forces ». Quand il ne cherche pas à briser brutalement la résistance de l’autre ou à pratiquer la séduction doucereuse, mais tente d’entendre « ce qui résiste » et de mobiliser l’irréductible liberté d’un élève-sujet qui restera toujours, pour lui, un mystère. Quand il évite les facilités de la culpabilité et de l’auto-flagellation qui désespèrent toute initiative, mais se met en quête de toutes les ressources possibles pour mobiliser celui à qui il veut faire découvrir la joie de penser et les satisfactions de « l’œuvre accomplie ». Quand il accepte l’infinie fragilité de la relation pédagogique, mais sait qu’un instant suffit parfois, contre toute attente, pour que « de la transmission opère » et qu’un fugace moment de partage rachète des heures d’ennui. Quand il est capable de saluer cette fulgurance, même si elle n’est, comme le dit Albert Thierry, « qu’un matin de printemps dans un arbre de mille ans »… Parce qu’« un matin de printemps dans un arbre de mille ans » suffit finalement à justifier toute une carrière !

Ainsi Albert Thierry découvre-t-il la nature étrange de la relation pédagogique. Elle est écartelée entre le principe de l’éducabilité de tous et celui de la liberté de chacun. Elle est mue par l’ardent désir de transmettre et doit reconnaître que nul ne peut apprendre à la place de quiconque. Elle s’adresse à tous les élèves et à ce qu’ils ont de commun, mais doit composer avec la radicale singularité de chacun d’entre eux.

« Je vis un jour le Marcel brun souffrir sous ma pensée comme on souffre sous le fer rouge. » Fabuleuse lucidité d’Albert Thierry. Lucidité heureusement contagieuse pour qui lit L’homme en proie aux enfants. Lecture salutaire si l’on refuse de réduire l’entreprise éducative à la « gestion des flux » et à l’organisation technocratique de la sélection. Lecture essentielle si l’on tient, comme Albert Thierry, que l’insurrection fondatrice du pédagogue contre toutes les injustices et les fatalités permet seule de construire une société à hauteur d’homme.

Philippe Meirieu
Professeur à l’université LUMIÈRE-Lyon 2

14 décembre 2012

ePagine jour après jour plante sa forêt numérique

Après Les Dimanches de Jean Dézert de Jean de la Ville de Mirmont, ePagine vient de fabriquer et de mettre en ligne son deuxième livre numérique, L’homme qui plantait des arbres de Jean Giono. Ces deux textes (et les prochains) seront en permanence offerts sur la librairie epagine.fr avec tout téléchargement de livres numériques payants ou gratuits ou bien sur simple demande. C’est ainsi qu’ePagine, jour après jour, comme Elzéard Bouffier a reboisé avec patience et détermination une partie de la montagne en Haute-Provence, est en train de planter sa forêt numérique.

 

ePagine publications numériques

Cet été, dans l’esprit des Clubs des libraires, ePagine offrait en exclusivité à tous les abonnés à sa newsletter un livre numérique réalisé par son service e-fabrication sous la marque ePagine publications numériques : Les Dimanches de Jean Dézert de Jean de La Ville de Mirmont. Un geste pour remercier celles et ceux qui, en créant leur compte sur epagine.fr, avaient choisi de soutenir une entreprise au service de la librairie indépendante francophone. Quelques jours plus tard, cet ebook au format ePub pouvait être téléchargé gratuitement par tout internaute et lu sur différents supports de lecture. Pour en savoir plus, cliquez ici.

En cette fin d’année, ePagine publications numériques vient de mettre en ligne un nouveau livre numérique, L’homme qui plantait des arbres de Jean Giono (on en parle plus bas). D’autres titres suivront en 2012 : le prochain est quasiment prêt et le suivant est en cours de fabrication.

Avec cette collection, ePagine souhaite planter sa forêt numérique : éditer, au gré des idées et des envies de toute son équipe, des textes libres de droits et partager ces textes qui, le plus souvent, n’ont jamais été édités en ePub ou ne sont disponibles que sur des sites concurrents des librairies indépendantes. Ainsi, plutôt que de produire à la volée des centaines de textes issus du domaine public, ePagine préfèrera publier peu mais avec la garantie que les fichiers seront soignés et de qualité (composition et correction). ePagine proposera donc des textes choisis à l’unanimité par son « comité éditorial », des textes qui bénéficieront du savoir-faire de Sébastien Cretin et de son équipe (Karen Etourneau, Damien Desroches et Xavier Mottez) : graphisme, écriture xhtml, feuilles de style (CSS, navigation interne, activation des tables des matières, index, hyperliens, nouvelles compositions typographiques (mise en page, polices, lettrines, taille des titres, des signatures,…)) et relecture. Ces éditions seront toutes enrichies d’une préface ou d’une dédicace qui fera sens ainsi que d’une biobibliographie fouillée et soignée.

 

 

Comment se procurer ces titres ?

Ces deux premiers livres numériques, édités et fabriqués par le service e-fabrication de ePagine, seront en permanence offerts sur le site de la librairie epagine.fr avec tout téléchargement de livres numériques payants ou gratuits ou sur simple demande à Stéphane Michalon.

Pour se les procurer, créez d’abord un compte sur epagine.fr ou identifiez-vous si vous l’avez déjà créé. Choisissez ensuite dans le catalogue numérique un livre numérique gratuit ou payant. Lorsque vous aurez validé votre panier, vous recevrez immédiatement un courriel récapitulatif. Vous retrouverez là tous les titres achetés (gratuits ou payants) ainsi qu’un lien de téléchargement vers la liste des titres fabriqués par ePagine publications numériques. Ces titres offerts par ePagine sont sans DRM et pourront être lus sur le support de lecture de votre choix (liseuse, tablette, smartphone ou ordinateur).

 

 

Jean Giono
L’homme qui plantait des arbres

Au cours d’une de ses promenades en Haute-Provence, Jean Giono a un jour rencontré un personnage extraordinaire, Elzéard Bouffier, un berger solitaire et paisible qui plantait des arbres, des milliers d’arbres. Au fil des ans, le vieil homme a réalisé son rêve : les arbres ont grandi, la lande aride et désolée est devenue une terre pleine de vie…

Vous trouverez dans ce format ePub, en plus du texte intégral, un fac similé d’une lettre de Giono et un lien vers toutes les éditions poches et grand format illustrées et annotées aux Éditions Gallimard et Gallimard-jeunesse. Vous trouverez également en page dédicace de ce livre numérique un hommage à Olivier Ferrand, député français, également fondateur du think tank Terra Nova, décédé à l’âge de 42 ans le 30 juin 2012. À travers son histoire et l’histoire de ce texte, ePagine adresse cette simple dédicace à tous ceux qui d’une façon ou d’une autre consacrent aujourd’hui leur vie à planter des arbres pour l’avenir.

ChG

31 juillet 2012

ePagine publications numériques vous offre Les Dimanches de Jean Dézert de Jean de La Ville de Mirmont

Mercredi dernier, dans l’esprit des Clubs des libraires, ePagine a offert en exclusivité à tous les abonnés à sa newsletter (et non pas à l’ensemble des inscrits) un livre numérique réalisé par son service e-fabrication sous la marque ePagine publications numériques : Les Dimanches de Jean Dézert de Jean de La Ville de Mirmont. Un geste pour remercier celles et ceux qui, en créant leur compte sur epagine.fr, ont choisi de soutenir une entreprise au service de la librairie indépendante francophone. Cet ebook au format ePub est désormais en ligne. Il est téléchargeable gratuitement sur ePagine mais également sur l’ensemble des sites des libraires partenaires (liste à jour ici) et peut être lu sur différents supports (ordinateur, smartphone, liseuse, tablette).

L’équipe ePagine continuera à offrir de nouvelles publications numériques à tous ses abonnés dès la rentrée (les textes seront ensuite mis en ligne). Pour recevoir ces ebooks en avant-première, il suffit juste de s’inscrire sur le site et de ne pas oublier de cocher la case (obligation légale) : « Je souhaite m’inscrire à la newsletter et recevoir des ebooks en exclusivité ».

Parce qu’offrir une lecture dans de bonnes conditions est essentiel pour qui souhaite partager les textes qu’il aime, cette édition des Dimanches de Jean Dézert a fait l’objet d’une attention particulière (recherches bibliographiques et typographiques, mise en page, création de l’ePub, du visuel de couverture, corrections,…) de la part de tout le service e-fabrication que dirige Sébastien Cretin. Cette première publication numérique de l’équipe ePagine lui doit beaucoup ainsi qu’à Karen Etourneau, Damien Desroches et Xavier Mottez (merci spécial à ce bibliophile averti). Outre une biobibliographie, cette édition contient en postface une lecture de Patrice Delbourg (merci à Karen et au Castor Astral). J’ai, pour ma part, signé une courte préface à ce roman que j’aime faire lire depuis plusieurs années maintenant. Je publie ci-dessous la version (un peu plus) longue. N’hésitez pas à lire ce texte et à le partager !

ChG


 

JEAN DÉZERT OU LA « SINGULIÈRE BANALITÉ »

Jean de la Ville de Mirmont est mort au front en 1914 à quelques jours de son vingt-huitième anniversaire. S’il n’a publié de son vivant qu’un court roman, Les Dimanches de Jean Dézert, il laisse derrière lui plusieurs recueils de poésie (dont L’Horizon chimérique mis en musique par Fauré), des Contes et des dizaines de lettres à sa famille et à ses amis qui sont essentielles pour découvrir (et comprendre peut-être) la personnalité complexe de ce bordelais né en 1886, fils rebelle d’un universitaire et ami de Mauriac. Peut-être parce qu’il n’a pas cherché à « faire carrière » en littérature, Jean de la Ville est aujourd’hui beaucoup moins connu que Louis Pergaud, Alain-Fournier ou Charles Péguy. Et pourtant, pour tous ceux qui l’ont lu, son Jean Dézert figure parmi les romans les plus étonnants du début du XXe siècle, et plus généralement, parmi ces intemporels qui, depuis qu’il a été remis au goût du jour par Bernard Grasset en 1929 et redécouvert par Michel Suffran dans les années 60, passent régulièrement de bouche à oreille et de main en main.

Déniché dans les années 90 alors que j’étais libraire aux Sandales d’Empédocle à Besançon, je n’ai eu de cesse de conseiller ce roman qui m’a souvent rappelé la douce ironie et la politesse du désespoir d’un Emmanuel Bove, notamment lorsque celui-ci portraiture les employés de bureaux et tous ceux qui se fondent dans la masse, ou encore le Bartleby de Melville. Son écriture simple, voire minimaliste, son lyrisme discret, son regard distancié qui, par un effet de bascule imprévu, l’amène à décentrer la phrase, ses pas de côté et ses mises en abîme, les monomanies de ses personnages et leur singulière banalité (si je peux me permettre cet oxymore) m’ont également souvent fait penser aux textes de Robert Pinget ainsi qu’aux tout premiers romans de Jean-Philippe Toussaint.

Jean Dézert est un jeune homme solitaire, sans épaisseur ni fantaisie, un passant, une ombre dans la foule. Ni triste ni gai, on ne le voit jamais vraiment plombé ni euphorique (et lorsqu’il le deviendra, il lui en coûtera). Jean Dézert a toutefois une passion dérisoire dans sa vie ordonnée : attendre le dimanche et, en suivant scrupuleusement les prospectus publicitaires amassés la semaine, errer dans Paris. C’est ainsi qu’il fera la rencontre de drôles de personnages, dont une fantasque jeune fille… mais on n’en dira pas plus.

Ce roman est aussi une sorte de photographie du Paris de la Belle Époque qu’on traverse dans tous les sens, à pied ou en métro, en tramway à vapeur ou en train électrique – de la rue du Bac à Saint-Michel en passant par la rue Monge, la rue du Faubourg-Montmartre, la rue de Vaugirard, le boulevard Sébastopol ou encore la rue de la Gaîté. On ira aussi faire un tour du côté de la barrière du Trône, dans les catacombes, au musée Grévin, sur le Pont-Royal, dans la colonne de la Bastille et on sortira même une fois de Paris.

Je vous laisse maintenant entrer dans la chambre au plafond bas de la rue du Bac et rejoindre la communauté des « dézerteurs » !

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