Le blog ePagine

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le Livre-Avenir ne se fera pas sans les libraires.

21 mars 2013

Salon du livre de Paris 2013 : Ombres Blanches & ePagine offrent un livre numérique à leurs lecteurs

« Un écrivain en arrivera toujours à parler de l’avantage que la solitude lui procure. J’aime être seul jusque dans la foule, oui, seul parmi les autres alors que pour beaucoup il s’agirait là de la pire des choses. Dans le flot, la cohue même, rien ne me distingue ou presque et je peux devenir très étrange en moi, jusqu’à être libre, si ça me chante, de ne plus me ressembler […] et il faut croire que j’ai besoin aussi de continuer à m’accrocher au réel, un temps au moins. C’est ce temps exaltant où l’esprit bouillonne, où tout s’écrit vivement à l’intérieur de soi, au risque que certaines idées, que l’on estime originales, se perdent en chemin. » Pascal Dessaint, Quelques pas de solitude

 

À l’occasion du Salon du Livre de Paris et de la parution prochaine aux éditions Rivages de Maintenant le mal est fait (le 3 avril), la librairie Ombres Blanches à Toulouse et ePagine offrent à tous les lecteurs un récit de Pascal Dessaint, Quelques pas de solitude.

Après Les Dimanches de Jean Dézert de Jean de La Ville de Mirmont, L’homme qui plantait des arbres de Jean Giono et L’Homme en proie aux enfants d’Albert Thierry fabriqués par ePagine publications numériques, un quatrième titre vient en effet d’être mis en ligne sur la librairie epagine.fr : Quelques pas de solitude de Pascal Dessaint, auteur de polars, de chroniques (et bientôt d’un roman) aux éditions Rivages, une œuvre dans laquelle il est beaucoup question des rapports complexes et parfois ambigus que l’Homme entretient avec la Nature.

Ce titre, contrairement aux trois autres, est le fruit d’une association entre la librairie Ombres Blanches à Toulouse et ePagine. Tout d’abord, l’été dernier, la librairie Ombres Blanches a édité hors commerce et à tirage limité le récit Quelques pas de solitude de Pascal Dessaint. Ce texte (bientôt collector dans sa version papier) a ensuite été remis à Sébastien Cretin et à toute l’équipe du studio ePub (Karen Etourneau, Damien Desroches et Xavier Mottez) et depuis quelques jours il est également disponible en format numérique.

Comme pour les précédents titres disponibles sur le site de la librairie epagine.fr, ce récit de Pascal Dessaint sera offert en permanence avec tout téléchargement de livres numériques payants ou gratuits mais également sur simple demande. Et comme ePagine sera sur le Salon du Livre de Paris du 22 au 25 mars 2013, Quelques pas de solitude sera offert à tout visiteur (pas besoin de créer de compte ou de s’identifier, c’est cadeau !). Rendez-vous sur le stand ePagine (Allée E, stand 21), demandez le livre numérique et commencez à lire !

En offrant à ses lecteurs ce texte de Pascal Dessaint, variation sur le thème de la solitude, la librairie Ombres Blanches à Toulouse et la librairie ePagine.fr souhaitent remercier tous ceux qui restent fidèles aux livres et aux librairies, sociétés de toutes nos solitudes, lieux de partage de toutes les lectures et de toutes les productions singulières ou collectives.

Pour en savoir plus sur le projet de ePagine publications numériques et les modalités pratiques, je vous invite à consulter ce billet : ePagine jour après jour plante sa forêt numérique.

ChG

 

14 février 2013

Construire une société à hauteur d’homme | Albert Thierry, Philippe Meirieu & ePagine publications numériques

 

En ce jour de l’International Book Giving Day qui consiste à faire découvrir à son entourage un livre que l’on a aimé (cf. le billet d’ActuaLitté), ePagine joue le jeu et offre un livre à ses lecteurs. Après Les Dimanches de Jean Dézert de Jean de La Ville de Mirmont et L’homme qui plantait des arbres de Jean Giono, ePagine vient en effet de fabriquer (via son studio ePub) et de mettre en ligne son troisième livre numérique, L’Homme en proie aux enfants d’Albert Thierry (présentation de ce roman d’apprentissage infra par Philippe Meirieu et biobigliographie d’Albert Thierry). Pour ne pas s’arrêter en si bon chemin, ces trois textes seront d’ailleurs en permanence offerts sur la librairie epagine.fr avec tout téléchargement de livres numériques payants ou gratuits ou bien encore sur simple demande.

Avec cette collection, ePagine souhaite planter sa forêt numérique : éditer, au gré des idées et des envies de toute son équipe, des textes libres de droits et partager ces textes qui, le plus souvent, n’ont jamais été édités en ePub ou ne sont disponibles que sur des sites concurrents des librairies indépendantes. Ainsi, plutôt que de produire à la volée des centaines de textes issus du domaine public, ePagine préfèrera publier peu mais avec la garantie que les fichiers seront soignés et de qualité (composition et correction). ePagine proposera donc des textes choisis à l’unanimité par son « comité éditorial », des textes qui bénéficieront du savoir-faire de Sébastien Cretin et de son équipe (Karen Etourneau, Damien Desroches et Xavier Mottez) : graphisme, écriture xhtml, feuilles de style (CSS, navigation interne, activation des tables des matières, index, hyperliens, nouvelles compositions typographiques (mise en page, polices, lettrines, taille des titres, des signatures,…)) et relecture. Ces éditions seront toutes enrichies d’une préface ou d’une dédicace qui fait sens ainsi que d’une biobibliographie fouillée et soignée.

Pour en savoir plus sur le projet de ePagine publications numériques et les modalités pratiques, je vous invite à consulter ce billet sur lequel tout est expliqué : ePagine jour après jour plante sa forêt numérique. Toute l’équipe de ePagine tient également à remercier particulièrement Philippe Meirieu pour sa contribution. Nous reproduisons d’ailleurs sa préface à L’Homme en proie aux enfants ci-dessous.

ChG

Biobibliographie d’Albert Thierry : il naît le 25 août 1881 à Montargis d’un père maçon et d’une mère au foyer. Se sentant très impliqué dans le milieu éducatif, il entre à l’École Normale Supérieure de Saint-Cloud en 1900 pour y préparer un professorat dans le primaire. Durant cette période, il commence à écrire des poèmes, ainsi qu’une tragédie qu’il achèvera en 1906 et qui sera publiée à titre posthume en 1929, Le Révélateur de la douleur. Malgré son antimilitarisme, il effectue son service au camp de Châlons-sur-Marne mais refuse tout logiquement de suivre le peloton d’officiers. Puis, devenu boursier, il visite Weimar, Munich, Vienne et Leipzig, entre autres, en l’espace de deux ans. Lorsqu’il revient en France en 1905, il s’établit à Melun où il devient professeur à l’École Primaire Supérieure jusqu’en 1911. Il est ensuite professeur à l’École Normale d’Instituteurs de Versailles entre 1911 et 1914. Il publie la série des Réflexions sur l’éducation. En août 1914, quelques semaines après ses fiançailles avec Suzanne Jacoulet, il est envoyé au front comme simple soldat. Le 26 mai 1915, à 33 ans, il meurt à Noulette, à la Tranchée des Saules, ce qui lui vaudra une médaille militaire. (extrait de la biobibliographie établie par Xavier Mottez)

 

Philippe Meirieu | Préface
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Albert Thierry a 24 ans quand il prend son premier poste d’instituteur à Melun. Intellectuel libertaire, passionné de littérature, il est bien décidé à transmettre à ses élèves les grandes œuvres de notre culture. Il est convaincu que les adolescents qui vont lui être confiés n’aspirent qu’à apprendre et à s’émanciper. Peut-être même – il l’espère profondément – vont-ils l’accueillir comme un véritable libérateur qui pourra, en arrachant leurs préjugés, leurs ouvrir des horizons radicalement nouveaux.

Nous sommes en 1905. Bien avant les ZEP et autres « zones sensibles ». On ne parle encore ni de « publics difficiles » ni de « parents intrusifs » et les « hussards noirs de la République » jouissent d’un prestige incontesté auprès de la population… Certains croient même encore aujourd’hui que l’enseignement allait alors de soi et que la transmission des savoirs s’opérait « naturellement » grâce aux rituels officiels de l’institution scolaire. Dans une école forgée selon les idéaux républicains, on imagine volontiers que les intelligences étaient mobilisées spontanément par l’attraction méritocratique et les sujets collectivement « institués » par l’autorité des enseignants. Au temps des ardoises et de l’encre violette, du Grand Meaulnes et de Marcel Pagnol, on n’avait pas de problème – pense-t-on – pour « tenir » et faire travailler des élèves… nul ne contestait les maîtres et chacun se soumettait docilement aux décisions de la grande institution.

Dure déception pour les nostalgiques de « l’âge d’or scolaire » qui vont lire les pages qui suivent. À la mesure du choc vécu par Albert Thierry en septembre 1905 et revécu des milliers de fois en écho, à chaque rentrée scolaire, par tant d’enseignants.

« J’arrivais, explique Albert Thierry, dans une maturité dogmatique et déclamatoire. Mes élèves s’en moquèrent. » Et le voilà qui doit affronter l’indifférence et la raillerie. Alors qu’il attendait l’adhésion – ou, au moins, l’attention –, les quolibets le disputent à l’apathie. Ses élèves, dont il aurait voulu faire des disciples enthousiastes, s’engluent dans la passivité, quand ils ne lui renvoient pas un mépris ostensible… Ainsi, au cours d’une de ses premières classes de français, et alors que Thierry lit avec une émotion non dissimulée un extrait des Misérables, ses élèves se mettent à vaquer à des occupations diverses et à tourner en dérision le texte qui leur est lu. Tandis que l’instituteur est au bord des larmes, tant le passage qu’il lit le touche profondément, ses élèves ridiculisent les expressions de Victor Hugo et, lorsque quelques minutes plus tard ils se retrouvent en récréation, ils parodient avec violence et méchanceté ce que leur maître voulait leur faire admirer : « Et moi j’étais humilié, je plaignais la beauté », note alors Thierry dans son journal de bord, un texte étrange… à la fois œuvre littéraire et traité de pédagogie, roman d’apprentissage et témoignage fabuleusement actuel d’un « homme en proie aux enfants ».

Et nous voilà au « point critique » – on pourrait presque dire au « point de fusion » – de l’« entreprise éducative » : quand l’éducateur rencontre la résistance de l’enfant ou de l’adolescent à sa volonté de l’éduquer. Quand il butte sur son refus, mais sans, pour autant, renoncer à sa tâche ni désespérer de l’éducabilité de chacune et de chacun. Quand il fait l’expérience que « l’apprentissage ne se décrète pas », mais ne se résigne pas à « passer en forces ». Quand il ne cherche pas à briser brutalement la résistance de l’autre ou à pratiquer la séduction doucereuse, mais tente d’entendre « ce qui résiste » et de mobiliser l’irréductible liberté d’un élève-sujet qui restera toujours, pour lui, un mystère. Quand il évite les facilités de la culpabilité et de l’auto-flagellation qui désespèrent toute initiative, mais se met en quête de toutes les ressources possibles pour mobiliser celui à qui il veut faire découvrir la joie de penser et les satisfactions de « l’œuvre accomplie ». Quand il accepte l’infinie fragilité de la relation pédagogique, mais sait qu’un instant suffit parfois, contre toute attente, pour que « de la transmission opère » et qu’un fugace moment de partage rachète des heures d’ennui. Quand il est capable de saluer cette fulgurance, même si elle n’est, comme le dit Albert Thierry, « qu’un matin de printemps dans un arbre de mille ans »… Parce qu’« un matin de printemps dans un arbre de mille ans » suffit finalement à justifier toute une carrière !

Ainsi Albert Thierry découvre-t-il la nature étrange de la relation pédagogique. Elle est écartelée entre le principe de l’éducabilité de tous et celui de la liberté de chacun. Elle est mue par l’ardent désir de transmettre et doit reconnaître que nul ne peut apprendre à la place de quiconque. Elle s’adresse à tous les élèves et à ce qu’ils ont de commun, mais doit composer avec la radicale singularité de chacun d’entre eux.

« Je vis un jour le Marcel brun souffrir sous ma pensée comme on souffre sous le fer rouge. » Fabuleuse lucidité d’Albert Thierry. Lucidité heureusement contagieuse pour qui lit L’homme en proie aux enfants. Lecture salutaire si l’on refuse de réduire l’entreprise éducative à la « gestion des flux » et à l’organisation technocratique de la sélection. Lecture essentielle si l’on tient, comme Albert Thierry, que l’insurrection fondatrice du pédagogue contre toutes les injustices et les fatalités permet seule de construire une société à hauteur d’homme.

Philippe Meirieu
Professeur à l’université LUMIÈRE-Lyon 2

14 décembre 2012

ePagine jour après jour plante sa forêt numérique

Après Les Dimanches de Jean Dézert de Jean de la Ville de Mirmont, ePagine vient de fabriquer et de mettre en ligne son deuxième livre numérique, L’homme qui plantait des arbres de Jean Giono. Ces deux textes (et les prochains) seront en permanence offerts sur la librairie epagine.fr avec tout téléchargement de livres numériques payants ou gratuits ou bien sur simple demande. C’est ainsi qu’ePagine, jour après jour, comme Elzéard Bouffier a reboisé avec patience et détermination une partie de la montagne en Haute-Provence, est en train de planter sa forêt numérique.

 

ePagine publications numériques

Cet été, dans l’esprit des Clubs des libraires, ePagine offrait en exclusivité à tous les abonnés à sa newsletter un livre numérique réalisé par son service e-fabrication sous la marque ePagine publications numériques : Les Dimanches de Jean Dézert de Jean de La Ville de Mirmont. Un geste pour remercier celles et ceux qui, en créant leur compte sur epagine.fr, avaient choisi de soutenir une entreprise au service de la librairie indépendante francophone. Quelques jours plus tard, cet ebook au format ePub pouvait être téléchargé gratuitement par tout internaute et lu sur différents supports de lecture. Pour en savoir plus, cliquez ici.

En cette fin d’année, ePagine publications numériques vient de mettre en ligne un nouveau livre numérique, L’homme qui plantait des arbres de Jean Giono (on en parle plus bas). D’autres titres suivront en 2012 : le prochain est quasiment prêt et le suivant est en cours de fabrication.

Avec cette collection, ePagine souhaite planter sa forêt numérique : éditer, au gré des idées et des envies de toute son équipe, des textes libres de droits et partager ces textes qui, le plus souvent, n’ont jamais été édités en ePub ou ne sont disponibles que sur des sites concurrents des librairies indépendantes. Ainsi, plutôt que de produire à la volée des centaines de textes issus du domaine public, ePagine préfèrera publier peu mais avec la garantie que les fichiers seront soignés et de qualité (composition et correction). ePagine proposera donc des textes choisis à l’unanimité par son « comité éditorial », des textes qui bénéficieront du savoir-faire de Sébastien Cretin et de son équipe (Karen Etourneau, Damien Desroches et Xavier Mottez) : graphisme, écriture xhtml, feuilles de style (CSS, navigation interne, activation des tables des matières, index, hyperliens, nouvelles compositions typographiques (mise en page, polices, lettrines, taille des titres, des signatures,…)) et relecture. Ces éditions seront toutes enrichies d’une préface ou d’une dédicace qui fera sens ainsi que d’une biobibliographie fouillée et soignée.

 

 

Comment se procurer ces titres ?

Ces deux premiers livres numériques, édités et fabriqués par le service e-fabrication de ePagine, seront en permanence offerts sur le site de la librairie epagine.fr avec tout téléchargement de livres numériques payants ou gratuits ou sur simple demande à Stéphane Michalon.

Pour se les procurer, créez d’abord un compte sur epagine.fr ou identifiez-vous si vous l’avez déjà créé. Choisissez ensuite dans le catalogue numérique un livre numérique gratuit ou payant. Lorsque vous aurez validé votre panier, vous recevrez immédiatement un courriel récapitulatif. Vous retrouverez là tous les titres achetés (gratuits ou payants) ainsi qu’un lien de téléchargement vers la liste des titres fabriqués par ePagine publications numériques. Ces titres offerts par ePagine sont sans DRM et pourront être lus sur le support de lecture de votre choix (liseuse, tablette, smartphone ou ordinateur).

 

 

Jean Giono
L’homme qui plantait des arbres

Au cours d’une de ses promenades en Haute-Provence, Jean Giono a un jour rencontré un personnage extraordinaire, Elzéard Bouffier, un berger solitaire et paisible qui plantait des arbres, des milliers d’arbres. Au fil des ans, le vieil homme a réalisé son rêve : les arbres ont grandi, la lande aride et désolée est devenue une terre pleine de vie…

Vous trouverez dans ce format ePub, en plus du texte intégral, un fac similé d’une lettre de Giono et un lien vers toutes les éditions poches et grand format illustrées et annotées aux Éditions Gallimard et Gallimard-jeunesse. Vous trouverez également en page dédicace de ce livre numérique un hommage à Olivier Ferrand, député français, également fondateur du think tank Terra Nova, décédé à l’âge de 42 ans le 30 juin 2012. À travers son histoire et l’histoire de ce texte, ePagine adresse cette simple dédicace à tous ceux qui d’une façon ou d’une autre consacrent aujourd’hui leur vie à planter des arbres pour l’avenir.

ChG

31 juillet 2012

ePagine publications numériques vous offre Les Dimanches de Jean Dézert de Jean de La Ville de Mirmont

Mercredi dernier, dans l’esprit des Clubs des libraires, ePagine a offert en exclusivité à tous les abonnés à sa newsletter (et non pas à l’ensemble des inscrits) un livre numérique réalisé par son service e-fabrication sous la marque ePagine publications numériques : Les Dimanches de Jean Dézert de Jean de La Ville de Mirmont. Un geste pour remercier celles et ceux qui, en créant leur compte sur epagine.fr, ont choisi de soutenir une entreprise au service de la librairie indépendante francophone. Cet ebook au format ePub est désormais en ligne. Il est téléchargeable gratuitement sur ePagine mais également sur l’ensemble des sites des libraires partenaires (liste à jour ici) et peut être lu sur différents supports (ordinateur, smartphone, liseuse, tablette).

L’équipe ePagine continuera à offrir de nouvelles publications numériques à tous ses abonnés dès la rentrée (les textes seront ensuite mis en ligne). Pour recevoir ces ebooks en avant-première, il suffit juste de s’inscrire sur le site et de ne pas oublier de cocher la case (obligation légale) : « Je souhaite m’inscrire à la newsletter et recevoir des ebooks en exclusivité ».

Parce qu’offrir une lecture dans de bonnes conditions est essentiel pour qui souhaite partager les textes qu’il aime, cette édition des Dimanches de Jean Dézert a fait l’objet d’une attention particulière (recherches bibliographiques et typographiques, mise en page, création de l’ePub, du visuel de couverture, corrections,…) de la part de tout le service e-fabrication que dirige Sébastien Cretin. Cette première publication numérique de l’équipe ePagine lui doit beaucoup ainsi qu’à Karen Etourneau, Damien Desroches et Xavier Mottez (merci spécial à ce bibliophile averti). Outre une biobibliographie, cette édition contient en postface une lecture de Patrice Delbourg (merci à Karen et au Castor Astral). J’ai, pour ma part, signé une courte préface à ce roman que j’aime faire lire depuis plusieurs années maintenant. Je publie ci-dessous la version (un peu plus) longue. N’hésitez pas à lire ce texte et à le partager !

ChG


 

JEAN DÉZERT OU LA « SINGULIÈRE BANALITÉ »

Jean de la Ville de Mirmont est mort au front en 1914 à quelques jours de son vingt-huitième anniversaire. S’il n’a publié de son vivant qu’un court roman, Les Dimanches de Jean Dézert, il laisse derrière lui plusieurs recueils de poésie (dont L’Horizon chimérique mis en musique par Fauré), des Contes et des dizaines de lettres à sa famille et à ses amis qui sont essentielles pour découvrir (et comprendre peut-être) la personnalité complexe de ce bordelais né en 1886, fils rebelle d’un universitaire et ami de Mauriac. Peut-être parce qu’il n’a pas cherché à « faire carrière » en littérature, Jean de la Ville est aujourd’hui beaucoup moins connu que Louis Pergaud, Alain-Fournier ou Charles Péguy. Et pourtant, pour tous ceux qui l’ont lu, son Jean Dézert figure parmi les romans les plus étonnants du début du XXe siècle, et plus généralement, parmi ces intemporels qui, depuis qu’il a été remis au goût du jour par Bernard Grasset en 1929 et redécouvert par Michel Suffran dans les années 60, passent régulièrement de bouche à oreille et de main en main.

Déniché dans les années 90 alors que j’étais libraire aux Sandales d’Empédocle à Besançon, je n’ai eu de cesse de conseiller ce roman qui m’a souvent rappelé la douce ironie et la politesse du désespoir d’un Emmanuel Bove, notamment lorsque celui-ci portraiture les employés de bureaux et tous ceux qui se fondent dans la masse, ou encore le Bartleby de Melville. Son écriture simple, voire minimaliste, son lyrisme discret, son regard distancié qui, par un effet de bascule imprévu, l’amène à décentrer la phrase, ses pas de côté et ses mises en abîme, les monomanies de ses personnages et leur singulière banalité (si je peux me permettre cet oxymore) m’ont également souvent fait penser aux textes de Robert Pinget ainsi qu’aux tout premiers romans de Jean-Philippe Toussaint.

Jean Dézert est un jeune homme solitaire, sans épaisseur ni fantaisie, un passant, une ombre dans la foule. Ni triste ni gai, on ne le voit jamais vraiment plombé ni euphorique (et lorsqu’il le deviendra, il lui en coûtera). Jean Dézert a toutefois une passion dérisoire dans sa vie ordonnée : attendre le dimanche et, en suivant scrupuleusement les prospectus publicitaires amassés la semaine, errer dans Paris. C’est ainsi qu’il fera la rencontre de drôles de personnages, dont une fantasque jeune fille… mais on n’en dira pas plus.

Ce roman est aussi une sorte de photographie du Paris de la Belle Époque qu’on traverse dans tous les sens, à pied ou en métro, en tramway à vapeur ou en train électrique – de la rue du Bac à Saint-Michel en passant par la rue Monge, la rue du Faubourg-Montmartre, la rue de Vaugirard, le boulevard Sébastopol ou encore la rue de la Gaîté. On ira aussi faire un tour du côté de la barrière du Trône, dans les catacombes, au musée Grévin, sur le Pont-Royal, dans la colonne de la Bastille et on sortira même une fois de Paris.

Je vous laisse maintenant entrer dans la chambre au plafond bas de la rue du Bac et rejoindre la communauté des « dézerteurs » !

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