Le blog ePagine

Conseils de lecture, entretiens, actualité numérique :

le Livre-Avenir ne se fera pas sans les libraires.

27 novembre 2012

Entretien avec Sylvie Vassallo, directrice du Salon du livre et de la presse jeunesse en Seine-Saint-Denis

Le 28e Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil, dont le thème cette année est l’Aventure, ouvrira ses portes mercredi 28 novembre et les refermera lundi 3 décembre 2012. Comme j’ai fait partie du pré-jury qui devait sélectionner 5 titres dans la catégorie « Pépite de la création numérique » (les 8 titres lauréats des Pépites 2012 ont été décernées la semaine dernière), que Place des libraires et ePagine font cette année partie de l’aventure et qu’il sera beaucoup question des nouveaux outils de lecture ainsi que de la complémentarité des supports et des lectures entre papier et numérique, l’occasion était trop belle pour le blog ePagine. Nous installerons donc notre QG dans l’Espace Paris-Est-Montreuil pendant une semaine. Et, une fois n’est pas coutume, nous y parlerons surtout de la littérature jeunesse en partenariat avec les organisateurs du salon. Pour tout connaître du programme, par jour et par heure, il vous suffira de vous rendre sur leur nouveau site. Mais avant cela, je vous propose de lire cet entretien avec Sylvie Vassallo qui était chargée du pôle multimédias pour le Salon avant d’en devenir la directrice en 2001. Grand merci à elle pour cet échange des plus toniques.

ChG

 

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Entretien avec Sylvie Vassallo
directrice du Salon du livre et de la presse jeunesse en Seine-Saint-Denis

 

Comment en êtes-vous venue à contacter Place des Libraires et ePagine ?

Ça fait des années que la question de relier notre site à des libraires en ligne, m’intéresse. Amazon, la Fnac et d’autres nous sollicitent depuis dix ans pour faire le lien entre les livres qu’on met en avant et la vente en ligne. Au départ, les demandes concernaient les livres papier, mais nous n’y avons jamais répondu. Nous avons eu du mal à trouver des libraires indépendants qui avaient la capacité de vendre seuls des livres en ligne. Nous trouvions ça dommage puisque nous sommes prescripteurs tout au long de l’année. Il n’y avait pas non plus de plateforme du Syndicat de la Librairie Française comme vous le savez. Nous avons attendu patiemment la mise en place du site 1001libraires.com qui s’est crashé avant même d’avoir réellement démarré. Cette année, comme nous refaisions notre site Internet, nous avions vraiment envie d’apporter ce service en ligne à nos lecteurs. Avec les prix littéraires, nous sommes prescripteurs de 45 titres et ça nous semblait important pour le Salon qu’on puisse proposer de les acheter. C’est comme ça que nous nous sommes tournés cette année vers Place des libraires, pour les livres papier au départ mais également, via ePagine, pour les livres au format numérique. Ça a été une bonne surprise pour nous parce que nous ne connaissions pas ePagine.

 

Lisez-vous en numérique ici ou chez vous ?

Comme nous allons poursuivre dans cette voie mais que nous sommes peu ici à être intéressés par la lecture numérique, j’ai commencé à regarder comment fonctionnait votre site. Et personnellement je lis déjà sur iPad. Je trouve ça intéressant, même sur une tablette, et peut-être plus que sur une liseuse d’ailleurs. Pour l’instant je lis des romans. Mais plutôt que de les acheter chez Apple, je serais plutôt partante pour aller les télécharger ailleurs. Et si nous sommes plusieurs à nous y intéresser et à savoir le faire, nous pourrons réellement essaimer.

 

Pour répondre aux nécessités de médiations liées aux différents genres littéraires et aux multiples supports, vous avez créé de nombreux outils que vous appelez « Salons Mobiles ». Pouvez-vous, par exemple, nous parler du Juke-box ?

On sélectionne chaque année depuis 6 ans, avec un jury de bibliothécaires et de documentalistes, de six à neuf romans ados parus dans l’année qui nous semblent intéressants. On favorise des écritures et des genres littéraires très différents à l’intérieur de la littérature ado. On met ça en scène au Salon dans une boîte qui s’appelle le Juke-box avec des courtes vidéos d’auteurs qui répondent tous à dix questions. Depuis le départ, ce sont les dix mêmes questions : cinq sur leur rapport à la culture et cinq sur leur livre. Pour la première série, par exemple, on leur demande de nous parler de leur adolescence ou d’un film culte ainsi que des questions qui permettent d’aller vers la sensibilité de l’artiste. Et les cinq autres questions porteront plus sur leur livre, les héros, le thème, l’écriture… Ce sont des entretiens vidéo en noir et blanc avec une minute par réponse. Aujourd’hui, on a plus de dix heures de vidéos dans cette boîte. C’est une application qui a été créée par la boîte de communication avec laquelle on travaille depuis dix ans maintenant. Chaque année, il y a donc une saison supplémentaire qui s’ajoute. Ces auteurs viennent au Salon. Comme on a un label européen depuis deux ans, l’an passé on a rajouté trois artistes européens. On en aura donc six cette année. Et c’est vraiment un moyen d’aller vers la lecture. Cette appli n’est visible que dans le Juke-box. Ensuite, on fait circuler ça dans les bibliothèques, les écoles… Mais on pourrait très bien extraire ces vidéos et les relier à d’autres projets.

 

Et la tablette XXL ?

Elle date de l’an passé. C’est une tablette géante qui reprend les cotes de l’iPad et dans laquelle on reproduit les applications choisies pour le salon.

 

Vous avez un nouvel outil numérique, non ?

Oui, il s’appelle la Biblioconnection. En partant de livres papier, on est allé montrer que l’écran pouvait également permettre de lire des livres numérisés. Ce sont des livres dont les originaux sont exposés dans notre exposition sur L’Aventure. C’est une autre manière de regarder ces originaux et de valoriser tous ces artistes qui sont réunis dans cette expo. On leur a demandé des droits d’exploitation, temporaires mais étendus puisqu’on leur a dit qu’on allait adapter leur lecture. On n’a ni touché au texte ni aux images mais, selon les ouvrages, on les a proposés de manière différente. Par exemple, pour les BD, les cases arrivent grossies et le texte défile. On a également réalisé l’adaptation en langue des signes, en audio-descriptif et, pour certains textes, en audio pour montrer que c’était possible. Le tout est une bibliothèque qui va se projeter sur un écran de 4 mètres sur 3. Les images sont immenses. Pour le coup, c’est un autre rapport au livre. L’interface est gestuelle. On tourne les pages avec son corps, avec sa main, on entre dans les livres en avançant le pied, etc. On reprend un peu les codes du jeu vidéo, en tout cas les codes du corps en mouvement avec une petite idée supplémentaire : interroger le corps lisant. Le corps est en effet très impliqué dans la lecture, que ce soit dans une lecture individuelle ou en famille, mais on l’oublie, on n’en parle plus. On avait envie de montrer qu’il y avait d’autres mouvements du corps liés à la lecture. On a travaillé l’intuitivité et la simplicité. Le résultat n’est pas très spectaculaire parce que c’est surtout le fait d’aller vers la lecture et non vers le jeu qui était important pour nous. On voulait reprendre ces codes tout en travaillant le temps de lecture, la pause, le mouvement qui va permettre de lire… On l’a ensuite testé pendant un mois auprès d’enfants et j’étais assez impressionnée par le résultat. En plus de ça, comme il y a peu d’albums et de BD qui sont disponibles sur les supports numériques qui circulent dans les hôpitaux, on a adapté cette bibliothèque avec une série d’interfaces gestuelles qui s’adressent à un public de handicapés.

 

Est-ce que tous ces outils pourraient s’adapter sur d’autres supports ?

J’ai posé la question à notre prestataire. Moi, cette application, je l’ai sur mon ordinateur. Ce sont des fichiers Flash.

 

Cette année, j’ai participé pour la première fois au pré-jury des Pépites numériques, une catégorie qui a été créée l’an passé. Comment a-t-elle été reçue ?

Plutôt bien. D’ailleurs, ces questions autour du numérique, je dirais que ce sont des débats qui sont réglés par la pratique des gens. Il suffit de voir des enfants avec une tablette. Ces pratiques de lecture m’intéressent personnellement. Et même si elles ne m’intéressaient pas, je n’essaierais même pas de lutter. C’est évident qu’il vaut mieux plutôt investir un peu d’énergie et y mettre du contenu plutôt que de lutter contre parce que ça va dans ce sens-là. Par ailleurs, on voit bien que rien ne remplacera le livre papier. Et ce qui m’intéresse est de travailler sur les passerelles possibles. Vous avez participé au pré-jury, vous avez donc vu l’application qui a reçu la mention spéciale du jury, Uropa de Bernard Islaire et Laurence Erlich, je me suis régalée avec cette histoire qui mêle web-documentaire, photo-reportage, dessins et carnets.

 

Entretien réalisé par Christophe Grossi pour le blog ePagine. © Photo Éric Garault – SLPJ

28 novembre 2011

Entretien avec Lise Belperron, éditions Métailié

Éditeur de littérature étrangère aux éditions Métailié, depuis janvier Lise Belperron s’occupe également de la partie numérique (10 à 15 % de son temps de travail). Même si elle n’a pas encore franchi le pas de lire en numérique et si au départ elle n’était pas destinée à réfléchir à cette question, elle a aujourd’hui, à force de rencontres et de réflexions, une expérience intéressante qui m’a poussé à la rencontrer. Pour rappel, les éditions Métailié publient majoritairement des auteurs espagnols, portugais, latino-américains, brésiliens, allemands, écossais, islandais mais également quelques Français. Sur les 845 titres figurant à leur catalogue une petite trentaine est disponible en numérique à ce jour parmi lesquels on trouvera des textes de Luis Sepúlveda, Arnaldur Indridason, John Burnside, Lídia Jorge mais aussi de Pierre Christin, François Arango, Stéphane Fière ou Olivier Christin. Grand merci à Lise d’avoir accepté de répondre à mes questions dans les locaux de la maison d’édition et de m’avoir permis de prendre quelques photos.


Lise Belperron, reflet

 

Blog ePagine : Lisez-vous en numérique ?
Lise Belperron : Pas vraiment. Je n’arrive pas à aimer quelque chose sur une tablette de lecture mais c’est sans doute un problème psychologique. En revanche, parce que je ne suis pas fan de nouvelles technologies mais de littérature, la question du numérique m’intéresse. Ensuite, ce travail m’a amenée à discuter avec Eden, avec Apple, avec d’autres acteurs. Ça m’a propulsée d’emblée dans un monde qui n’est pas du tout le mien. Une fois par mois, je regarde la progression des ventes de nos titres en numérique. Pour la fabrication, nous sommes deux à suivre ça. Mais vu les ventes et la lenteur des choses, on hésite à faire des demandes de subvention globales au CNL, tant qu’on n’a pas un projet d’envergure, une vision claire. Ma question serait plutôt : Que peut-on faire à long terme, avec qui ? Parce que je ne crois pas au numérique pour le numérique.

Blog ePagine : Comment ça ?
Lise Belperron : Ce qui se vend aujourd’hui en numérique est ce qui se vend déjà dans les relais de gare principalement. À part la littérature sentimentale, le polar et la science fiction, on achète ce qui est déjà tout en haut de l’affiche. Le public littéraire, notre lectorat disons, n’est pas encore équipé en liseuses ou en tablettes. Et d’autre part, j’ai l’impression que sur Internet on ne cherche pas un livre précis en numérique, on regarde les pages d’accueil où sont souvent présentés des best-sellers. Par ailleurs, sur bon nombre de sites marchands, les classifications par genres sont aberrantes ; il n’y a même pas le genre « littérature » sur la plupart des plateformes. Par exemple, chez Métailié on a sorti toute l’œuvre traduite de Luis Sepúlveda et ça ne s’est presque pas vendu alors que ce sont des titres qui continuent à être beaucoup achetés en librairie. Très vite ils se sont retrouvés relégués au fond des catalogues numériques, ils sont donc introuvables, sauf si on les cherche précisément. Sur Internet, on ne flâne pas entre des étagères.

Blog ePagine : À moins que ce ne soit relayé par les libraires ?
Lise Belperron : Oui, ou à moins de faire une opération. Mais je ne veux pas en faire à chaque fois qu’on sort un titre en numérique. Et c’est faire du marketing alors qu’il est déjà difficile d’avoir un interlocuteur sur la plupart des plateformes ; ça me prendrait beaucoup de temps pour un bénéfice moindre. Et puis je vous le redis, il n’y a rien qui vient spontanément à soi sur Internet, et d’ailleurs ce qui vient en général n’est pas satisfaisant. Lorsque je fais une recherche je ne trouve jamais rien. Les vitrines des librairies numériques sont à l’opposé de ce que va chercher un lecteur dans une librairie. Ça n’a aucun sens.

Blog ePagine : Si les libraires s’emparaient du numérique avec une bonne base de données, une arborescence pensée, un système de tags (mots-clés) qui permettraient à des livres très différents (un roman, un essai, un livre jeunesse par exemple autour de la question du corps) de se retrouver ensemble, est-ce qu’on ne retrouverait pas le travail du libraire mais adapté au support ?
Lise Belperron : Oui mais ma réflexion est à l’instant présent. Vu ce qui se vend aujourd’hui je trouve que le libraire a du mal à trouver sa place dans le circuit de la vente du livre numérique ; l’accès aux livres numériques me paraît encore très compliqué, les libraires ne peuvent pas disposer de la force de frappe des multinationales, qui possèdent les tuyaux, les outils de lecture, les solutions technologiques. En revanche, si je regarde Apple : acheter un livre numérique sur iPhone ou iPad est d’une telle simplicité, c’est sidérant. D’ailleurs je suis presque sûr qu’il y a des gens qui achètent des livres numériques sans s’en rendre compte. Vous cliquez sur Extrait et derrière vous avez le bouton Achetez. Ailleurs on vous demande de vous identifier, on télécharge un lien, il faut vraiment faire un effort pour avoir le fichier. Et puis, pour répondre à votre question sur les libraires, fin août, par exemple, on a proposé un dossier à télécharger gratuitement qui contenait des extraits de notre rentrée. Presque personne ne l’a mis en avant. C’est décevant. On reproche toujours aux éditeurs de ne rien faire et d’être passifs mais globalement dans la chaîne personne ne s’entraide. Il n’y a pas de cercle vertueux.

Blog ePagine : Du côté d’ePagine on ne pouvait pas mettre en avant ce dossier vu qu’il y avait là des extraits dont certains titres de la rentrée Métailié n’étaient pas disponibles en numérique ; les internautes n’auraient pas compris pourquoi on leur proposait un extrait en numérique et pas le reste. Ils auraient pu nous le reprocher. Pour les autres librairies en ligne je ne peux pas répondre à leur place. Mais sinon, pour revenir à ce qu’on disait, Indridason a un peu mieux marché non ?
Lise Belperron : Indridason est un best-seller en papier déjà. Il s’en vend beaucoup. Quand la collection Points Seuil fait une campagne il est affiché dans toutes les gares. C’est une présence massive et c’est donc logique qu’il soit un best-seller numérique. Comme les acteurs du numérique ont besoin de vendre ils le mettent en avant très volontiers. C’est un succès. Mais pour le reste de notre catalogue, c’est compliqué. Depuis qu’on publie des livres numériques, c’est-à-dire huit ou neuf mois, la plupart des titres n’ont aucune existence numérique alors qu’ils en ont une dans les librairies physiques. La question, c’est : est-ce qu’on numérise à tout-va pour dire qu’on a tout numérisé, qu’on est à la pointe, ou est-ce qu’on cherche un moyen de mettre en avant certains titres en attendant que la lecture numérique devienne démocratique et que les lecteurs achètent de tout ? A l’heure actuelle, on ne sait pas trop sur quel pied danser, on se dit qu’il faut continuer à élargir le catalogue, même si la plupart des titres passeront inaperçus.

Blog ePagine : Au niveau des contrats où en êtes-vous ?
Lise Belperron : La plus grosse difficulté pour nous est de refaire les contrats avec tous les agents ; nous publions très majoritairement des écrivains étrangers, les négociations sont longues et ardues pour un marché encore balbutiant. Les éditeurs étrangers et les agents partent du principe qu’on est comme le marché américain ; ils mettent des clauses qui ne correspondent pas du tout au marché français et qu’on ne peut pas accepter. Du coup, blocage. Et on met vraiment longtemps à avoir les droits numériques. C’est ce qui explique que les sorties numériques ne soient pas systématiques.

Blog ePagine : Est-ce que les auteurs français de votre catalogue sont demandeurs ?
Lise Belperron : Pas spécialement. Et pour ceux qui sont en numérique, la plupart du temps ils ne demandent même pas d’exemplaire justificatif. D’ailleurs, ils ne sont pas équipés en tablettes ou liseuses. En plus, comme nos auteurs français ne sont pas très connus, à part Bernard Giraudeau, ils ont peu de chance d’être mis en avant. Il peut y avoir des exceptions : par exemple, le polar de François Arango, Le jaguar sur les toits, a connu un « succès » numérique surprenant : c’est un polar, et ce genre est plutôt recherché en numérique, ça lui a permis d’être accessible et même un peu visible.

Blog ePagine : Auriez-vous des projets purement numériques ?
Lise Belperron : Je ne pense pas. Nous sommes avant tout des éditeurs ; nous publions des textes. Nous n’avons ni les compétences, ni l’envie de proposer des « produits » numériques ; par contre, nous pouvons réfléchir à des manières d’améliorer les textes pour leur version numérique (sur le plan de la forme), histoire de ne pas les traiter comme des versions dégénérées du livre papier. On a beaucoup d’auteurs étrangers qui ont un blog ou un site et qui font des expériences d’écriture en live mais pour l’instant ça ne se transforme pas en demande spécifique autour du numérique.

Blog ePagine : On parle de plus en plus de la lecture nomade, qu’en pensez-vous ?
Lise Belperron : En France, on a une religion pour le roman. Si vous regardez la production éditoriale en Amérique latine, vous vous rendrez compte qu’elle est beaucoup plus variée qu’ici. Il y a énormément de jeunes auteurs qui écrivent des nouvelles et qui n’ont aucune difficulté à les publier. En France c’est plus difficile mais j’ai l’impression qu’avec le numérique ça peut changer. C’est typiquement une forme qui peut avoir sa chance. Mais je reste persuadée qu’il faut un éditeur pour passer du blog ou du site internet à la publication, qu’elle soit numérique ou imprimée. Il faut donc réfléchir à d’autres formes mais également à d’autres modèles parce que je ne suis pas sûr que l’achat d’un livre numérique à l’unité soit le bon modèle à terme. Pour moi, un ebook ne s’offre pas mais un abonnement, oui. C’est pour ça qu’il serait intéressant de réfléchir à autre chose qu’une reproduction pure et simple de la chaîne du livre papier, qui permettrait à tous les acteurs de participer.

Blog ePagine : D’accord. Alors, comment feront les libraires pour proposer des abonnements à leurs clients ? Donnerez-vous vos fichiers à ces libraires, comme vous les donnez à Apple, pour qu’ils puissent proposer des bouquets d’abonnements ?
Lise Belperron : C’est une question que je ne maîtrise pas. C’est Eden, notre distributeur, qui s’occupe de ça pour nous. On nous dit qu’Apple avait fourni des garanties. Pour moi la détention des fichiers n’était qu’une question technique ; en ce moment je me rends compte que ce n’est pas le cas.

Blog ePagine : C’est important de savoir où vont vos fichiers, non ? Ce n’est pas parce que vous les donnez à Apple qu’ils sont en sécurité.
Lise Belperron : Non, ce que je veux dire c’est que la décision n’a pas été prise par la maison d’édition. D’ailleurs, on ne nous a pas posé la question.

Blog ePagine : Ces accords passés entre Eden Livres avec Amazon ou Apple mais pas avec la librairie indépendante me posent question. Avez-vous votre mot à dire en tant qu’éditeur indépendant diffusé par La Martinière / Volumen et distribué pour la partie numérique par Eden ?
Lise Belperron : Nous sommes dans une phase d’apprentissage ; nous commençons tout juste à travailler avec tous ces acteurs, et c’est vrai que certaines décisions, au niveau de la distribution, nous échappent – ce que je regrette. Il faut être vigilant. Il faudrait aussi que l’information circule un peu plus, y compris avec les libraires numériques indépendants : ce sont des questions qui méritent d’être discutées.

Blog ePagine : Si d’un côté les libraires n’arrivent pas à trouver un terrain d’entente, si de l’autre les éditeurs privilégient les géants de la distribution, d’après vous que risque-t-il de se passer ?
Lise Belperron : J’ai toujours pensé qu’Eden était là pour protéger la librairie indépendante. Dans les faits j’ai l’impression que c’est la prime aux plus gros, mais c’est aussi parce qu’on a affaire à des logiques très différentes : d’un côté des rouleaux-compresseurs qui cherchent à enrichir leur offre numérique en termes quantitatifs, de l’autre des libraires indépendants qui essayent d’être visibles sur un marché encore très restreint et très monopolistique. Individuellement ils ne pourront pas faire un contrepoids suffisant à Amazon, Apple et compagnie.

Blog ePagine : Anne-Marie Métailié a su créer un lien privilégié avec les libraires indépendants depuis la création de sa maison. Avec le numérique ne risque-t-elle pas de se retrouver en porte-à-faux vis à vis des libraires ?
Lise Belperron : Avec le numérique on ne sait pas encore comment travailler avec les libraires ni comment faire en sorte que nos lecteurs, s’ils veulent acheter du numérique, se fournissent chez les libraires indépendants et non pas uniquement sur la Fnac, chez Apple ou sur Amazon par exemple. Mais a priori, à notre niveau, le numérique intéresse peu les libraires. C’est dommage. Nous avons décidé de ne pas faire de ventes directes ; sur notre site on renvoie sur la page d’Eden où sont indiqués tous les sites revendeurs. Dans l’hypothèse où il y aurait un groupement de libraires efficace, simple d’utilisation, la page renverrait vers leur site ; nous n’avons absolument aucun intérêt à privilégier Apple, la Fnac ou Amazon. Ceci dit, vu ce qui se vend aujourd’hui en numérique, très peu en réalité, les libraires préfèrent se concentrer sur ce qu’ils savent faire, quelque part je les comprends. Car au-delà de la vente de livres numériques ils devraient se mettre à animer un site, faire des vidéos… en gros, et c’est le problème avec Internet, ils devraient savoir tout faire, et investir massivement, pour un résultat plus qu’incertain. Dans le domaine du numérique, la différence de taille et de culture entre les revendeurs est énorme, abyssale ! Les grands groupes nous démarchent depuis des mois. Parmi tous ces gens certains au début certains voulaient même des remises à 70%, juste pour fournir un canal (ils n’ont pas obtenu gain de cause !). Ces entreprises n’ont aucun point commun avec les librairies ; ce sont souvent des gens qui ne lisent pas, qui ne trient pas, qui ne réfléchissent pas à la question de la présentation ou des logiques de classement, et présentent tous les livres alignés dans l’ordre des meilleures ventes, comme si tout était équivalent. Leur travail consiste simplement à mettre en lien une communauté potentielle de lecteurs et une infinité de contenus sans autres distinctions. C’est ce que deviennent nos livres : des contenus. Et ça, moi ça m’interroge vraiment.

Blog ePagine : Dernière question qui concerne les DRM. Métailié est une des rares maisons d’édition diffusées par Volumen/La Martinière et distribuées par Eden (avec Minuit, Sciences humaines, L’Opportun) à proposer des ebooks protégés par filigrane mais sans DRM. Pourquoi ce choix ?
Lise Belperron : Pour moi, quelqu’un qui achète un fichier numérique fait déjà un gros effort. Partir du principe que ce lecteur va sans doute filouter et prêter son livre ou le diffuser sur des plateformes de téléchargement illégales, c’est soupçonner son lecteur. C’est la dernière chose à faire pour un éditeur. Il y a un minimum de libre circulation pour l’utilisateur à garantir. Poser des DRM, alors qu’elles sont rapidement « crackables », c’est comme si on se faisait peur et qu’on cherchait à se rassurer avec un outil qui ne marche pas, et qui pénalise le lecteur. Je trouve ça exagéré ; il me semble qu’on peut lutter contre la piraterie par d’autres moyens, en soignant l’offre, en ayant une politique de prix raisonnable, en responsabilisant les lecteurs.

 


 

Propos recueillis par Christophe Grossi pour le blog ePagine, novembre 2011.

15 décembre 2010

Entretien avec Françoise Prêtre, éditrice jeunesse de La Souris Qui Raconte

Un nouvel éditeur jeunesse 100% numérique, La Souris Qui Raconte (LSQR pour les intimes), vient de faire son entrée sur ePagine. À travers trois collections, elle propose aux enfants de 7-10 ans des lectures en ligne (et qui peuvent être téléchargées). Ici la lecture est abordée de manière innovante, intuitive et sensorielle. Ne s’appuyant sur aucun livre édité, toutes ses créations sont originales et les histoires éco-citoyennes et solidaires contiennent des illustrations animées et interactives de qualité. Plus ludiques et plus attractives, elles enrichissent le récit, lu et sonorisé. Les textes inédits parlent sans tabou des faits de notre société et prônent des valeurs altruistes, humanistes et généreuses. Pour des raisons techniques (qui j’espère pourront se régler rapidement), ePagine ne propose pour l’instant qu’un seul titre à télécharger (le fichier audio, format mp3, d’Adhi le petit porteur de soufre) alors que la maison d’édition a déjà 8 titres à son actif. En attendant, retrouvez le catalogue complet sur immatériel ou directement sur le site de la maison d’édition. Mais sans plus tarder, faisons connaissance avec Françoise Prêtre, fondatrice et responsable de cette maison mais également auteur jeunesse, qui a eu la gentillesse de répondre à nos questions très indiscrètes (avec la participation de la souris bien sûr).

© photo : Laurence de Terline

Racontez-moi, Françoise, l’histoire cette « souris qui courait plutôt dans le web que dans l’herbe ».
Il était une fois… on peut aussi se la jouer international : Once upon a time…, toutes les histoires commencent par là, et c’est pareil dans toutes les langues du monde ! Celle de la souris web addict a commencé il y a presque deux ans, c’est un peu long à raconter, alors je vais essayer de condenser. Après un diplôme de designer graphique, j’ai servi, avec un grand sens des responsabilités et du travail bien fait, des PME dans les secteurs de la communication, de l’édition pré-presse, et de la production. Et cela pendant plus de 20 ans ! Travailler dans des structures à taille humaine, était un choix délibéré. Ça a eu plusieurs avantages. Être proche d’une équipe de femmes et d’hommes impliqués dans une réussite commune. Être multi-taches ou multi-fonctions ; dans une équipe à taille humaine, il n’y a personne pour vous faire les photocopies, et il n’était pas rare de mettre les mains dans le cambouis pour débrouiller une situation problématique. C’était marrant, et très édifiant ! Par contre, le revers de la médaille, c’est que les PME n’ont pas forcément les reins aussi solides que les grosses structures, c’est donc un licenciement qui a été le point de départ de mon aventure (vous me direz, il n’y a pas que les petites structures qui licencient, mais bon !). Me faire virer à 52 ans m’a obligé à deux actions.
1) Faire l’analyse de ma carrière professionnelle. En gros, d’où j’étais partie à 23 ans, et où j’en étais à 52 !
2) Comment utiliser cette carrière, mon expérience et mon expertise métier au profit d’un avenir un peu inquiétant quand même ?
La réponse immédiate à ma première analyse était de revenir à mes premières amours, la création. Entre l’édition de catalogues multilingues et l’édition en général, ce sont juste les personnes qui changent, sinon les ressorts sont les mêmes. Et trouver les bonnes personnes pour accomplir les bonnes actions, est quelque chose que j’ai fait pendant 20 ans ! Édition, création, j’en suis tout naturellement arrivé à l’édition jeunesse, étant à mes yeux la plus créative !

Et autrement dit, pourquoi et comment avez-vous été amenée à créer cette maison ?
Après cette période de réflexion, il fallait que je trouve le moyen de donner vie à mon idée embryonnaire. J’ai d’abord écrit des histoires pour les enfants et dans le même temps j’ai beaucoup tourné dans les salons, bibliothèques, librairies. C’est fou ce que le secteur jeunesse est prolixe et qualitatif ! Me lancer dans l’édition jeunesse faisait son chemin, à toute vitesse. Mais comment pouvais-je me distinguer de ceux, reconnus s’il en fut, qui occupaient la place avec autant de force ? Quelle serait ma différence ? Une maison d’édition jeunesse, OK, mais numérique, pour les digital natives ! La Souris Qui Raconte (celle de l’ordinateur, à ne pas confondre avec Mickey Mouse), ce projet un peu fou est né comme ça ! En regardant, comparant, analysant… J’ai aussi rencontré des tonnes de personnes, éminentes pour certaines, Philippe Jannet (lemonde.fr), Virginie Clayssen (editis), François Nawrocki (CNL), Xavier Cazin (immateriel.fr, évidemment) chacune d’elles ayant un rôle majeur dans l’édition numérique. Tous ont été charmants et accueillants, vraiment, mais tous m’ont prises pour une illuminée je pense ! Ont-ils raison ? La France est un pays englué dans ses fonctionnements (ou dysfonctionnements au choix). Un parcours ne se réalise qu’en suivant un sentier bien tracé, case A, puis B, puis C. Emprunter la case A, puis la M pour revenir à la G, c’est être un illuminé, ou agir comme tel ! J’assume, mais parfois c’est lourd !

Quelles sont les particularités de chacune de vos trois collections ?
Ah, les trois collections, qui seront au nombre de quatre j’espère rapidement. Les différenciations se font surtout au niveau de l’interactivité, et du prix – lequel (j’en profite pour faire ma pub) est largement inférieur au prix moyen d’un album de l’édition jeunesse. 4,95€ pour la collection « Histoires à lire » c’est deux fois et demi en dessous des 12€ moyen du papier. Pour en revenir aux particularités « techniques » on va dire, s’il y avait trois niveaux d’interaction : 0 serait pour les « Histoires à lire » ; 1 pour les « Histoire à jouer » ; 2 pour les « Histoires à inventer ». Encore que certaines histoires à lire soient interactives, c’est le cas de Chabada, Ogre-Doux ou Voyage sur les ondes. Elles ont dans tous les cas moins d’interactivité que Polo le Clodo ou Antiproblemus veut sauver la terre. Quant aux histoires à inventer, à paraître en 2011, le récit aussi est interactif, un début, plusieurs fins ! Et puis la quatrième collection s’appellera « Histoires d’école », puisque ce sont des histoires que La Souris Qui Raconte met en œuvre avec des écoles. La première sera mise en ligne en mai 2011.

Toutes les histoires inédites de La Souris Qui Raconte sont créées pour que les enfants puissent les lire sur ordinateur mais peuvent-elles être également téléchargées ?
S
ur le site de La Souris Qui Raconte, les histoires ne sont pas téléchargeables, mais une fois achetées, elles sont acquises et consultables dans l’espace bibliothèque. Par contre un fichier MP3, offert avec toute histoire achetée (collection à lire ou à jouer seulement) est lui téléchargeable. L’enfant peut écouter et réécouter l’histoire chargée dans son baladeur. C’est bien pour les longs trajets en voiture non ? Et puis pour l’avoir expérimenté, réécouter l’histoire sans les images, c’est se réapproprier le récit différemment, ça booste l’imagination ! Si vraiment un parent voulait posséder l’histoire, c’est encore possible, La Souris pense à tout (essaye), il suffit d’aller sur le site immateriel.fr, où La Souris Qui Raconte est présente, au même prix que sur LSQR, les fichiers y sont téléchargeables, sans DRM (même pas peur !).

Vous écrivez que « les protagonistes, auteurs, illustrateurs et conteurs, ont fait des merveilles. Ils se sont pris au jeu, et pour satisfaire au besoin de la cause, ont changé et se sont adaptés. » De quelle cause voulez-vous parler ?
Celle du numérique ! Je le disais plus haut, changer d’habitudes, tout le monde ne le peut pas ! Lorsque j’ai contacté les auteurs et les illustrateurs pour leur parler de La Souris Qui Raconte, leur dire que :
1) LSQR serait 100% numérique, pas de papier ;
2) parlerait écran et pas page ;
3) le récit serait tronçonné en épisodes
et tout ça dans un nouveau format, avec de nouvelles règles et vendu moins cher, fallait y aller ! On écrit beaucoup de choses sur le numérique. Vous êtes bien placé pour le savoir. Mais quand je vois les problèmes techniques auquel je suis confrontée avec le format que j’utilise actuellement (le flash), c’est dingue ! Un mot qui fâche par ailleurs, presque un gros mot, flash ! Un mot boudé par Apple. Je pense à LA tablette iPad ! Parce que l’iPhone a un écran bien petit pour de jeunes lecteurs, non ? Eh bien à cela je réponds (non flash n’est pas un gros mot) que lorsque j’ai démarré le projet de La Souris Qui Raconte, gourou Steve n’avait encore rien dit à personne sur son dernier joujou ! La tablette a commencé à défrayer les chroniques en avril 2010, La Souris Qui Raconte SARL est née le 1er juin 2010, je n’allais pas tout recommencer pour une histoire de gros mot ! Et puis de vous à moi, les choses évoluent tellement vite, l’iPad sera-t-elle encore leader sur son marché dans 6 mois ? Mais de vous à moi encore, cela ne m’empêche évidemment pas de réfléchir à des solutions, c’est dans les tuyaux !

Dans les histoires que j’ai pu lire, les auteurs abordent avec finesse des thèmes pourtant pas faciles (l’exclusion, la perte d’un parent, les solitudes urbaines, les droits de l’enfant…). Ce n’est pas un hasard j’imagine ?
En effet non ! Je suis extrêmement inquiète sur l’avenir de notre monde. Il est unique, comme notre vie, à ceci près que LA vie se transmet. Si notre monde est unique et que nous transmettons la vie, avons-nous le droit de le saborder ? Qu’en feront ceux qui nous survivront ? Avons-nous le droit d’être indifférents ? Avons-nous le droit de rester dans l’ignorance ? Évidemment non ! Parce que j’ai un immense respect pour notre Terre et toux ceux qui la peuplent, et que La Souris Qui Raconte s’adresse aux enfants qui demain seront des hommes et des femmes, parler sans tabou me paraît essentiel et fondamental. Il ne s’agit pas de le faire n’importe comment bien sûr. Mais je suis convaincue que dire les choses aux enfants telles qu’elles sont, les aident à mieux comprendre leur environnement et ses enjeux, ils suffit juste de le dire avec les bons mots !

Si je comprends bien votre souris est éducative, pédagogique, écocitoyenne, engagée et humaniste. Quoi d’autre ?
Humble ! Et si je reviens sur ce que je disais plus haut sur les changements d’habitude, le pari « numérique » qu’elle a fait est loin d’être gagné ! Car La Souris Qui Raconte est d’abord un business, avec des gens formidables impliqués dedans. Mais il n’existe pas de business sans clients !

J’ai lu sur votre blog que l’histoire d’Adhi, le petit porteur de soufre (écrite par vous et illustrée par Laure du Faÿ) avait été rapportée de Java. Pouvez-vous nous parler de cette expérience ?
P
our mes 50 ans, mon mari (très impliqué dans LSQR et aux commandes de toute la sonorisation des histoires) m’a offert un voyage en Indonésie. Notre périple passait par Java, et le volcan Kawah Ijen est célèbre pour son lac d’acide. L’Indonésie est une région sublime. Les gens y sont chaleureux et accueillants quelle que soit leur condition. Mais ils sont aussi très pauvres pour la plupart. Cette région de Java, particulièrement. Pour vivre, des hommes accomplissent des ascensions quotidiennes à l’assaut de ce volcan. Ils en extirpent le soufre qui est traité ensuite pour être utilisé dans l’industrie. Leur travail est surhumain et j’ai été extrêmement choquée de voir ces hommes d’à peine 40 ans en faire 60 ! Epuisés par les dizaines de kilomètres parcourus dans la journée, les poumons brûlés par les vapeurs toxiques, les épaules déformées par le poids de la charge ! Pour autant généreusement souriants et accueillants ! Un bel exemple d’abnégation !

Quels seront vos prochains projets ?
Des histoires et encore des histoires, avec de belles surprises pour 2011. Et puis prendre une place dans les écoles et dans les bibliothèques, au même titre que les éditeurs papier, au fond !

Qu’allez-vous demander au Père Noël ?
D’apporter plein d’histoires numériques éditées par La Souris Qui Raconte aux enfants francophones !

Propos recueillis par Christophe Grossi pour le blog ePagine

29 novembre 2010

Entretien avec Bernard Strainchamps, libraire en ligne sur Bibliosurf

Bibliosurf est une librairie en ligne (« votre librairie sur le net ! » lit-on en page d’accueil) qui propose des livres physiques et des livres numériques (presque 20.000 références). Bibliosurf, c’est un homme, un seul, Bernard Strainchamps, ancien bibliothécaire et libraire sagace. Les yeux devant l’écran, les mains dans les colis et « dans » l’ordinateur, les doigts sur le clavier et la souris, il sait lire, conseiller, répondre à un client, envoyer les commandes dans les plus brefs délais, référencer et scénariser son site ; il propose également des rubriques inédites : « Je ne sais pas quoi lire mais j’aime les livres numériques », « fil de la presse et du web » et multiplie les outils de recherche afin que chaque internaute puisse trouver des idées de livres. « Bibliosurf propose des tables virtuelles de présentation dédiées à un genre, un thème, à une rentrée littéraire… très web 2.0 : nuage de tags, forum, agrégation raisonnée, timeline, géolocalisation », précise-t-il si vous cliquez sur Guides de lecture. Il est également depuis de nombreux mois partenaire d’ePagine. Et voilà bien longtemps que je souhaitais lui proposer un entretien, lui qui en réalise des dizaines pour son site : ce qui est bien avec lui c’est que 1. il est toujours partant et 2. il vous répondrait presque avant d’avoir reçu les questions. Pour ceux qui ne connaîtraient pas encore son travail, voici donc une série de questions. Un grand merci à lui pour son accueil et sa spontanéité.


Entretien avec Bernard Strainchamps, librairie en ligne Bibliosurf.

Pourrais-tu rappeler en quelques mots ton parcours ?
Avant de créer la librairie en ligne Bibliosurf, j’ai exercé dix ans la profession de bibliothécaire ; durant cette période, j’ai animé un site dénommé Mauvais genres et dédié au roman policier et à la science fiction. Ce fut une réelle expérience de travail en réseau avec des outils que l’on n’appelait pas alors encore web 2.0. C’était un vulgaire site en html alimenté par une liste de discussion très active. J’ai arrêté cette activité bénévole et financée sur mes deniers au bout de six ans : je n’ai pas réussi à trouver un établissement public qui veuille financer ce site qui mettait pourtant en réseau auteurs, lecteurs, bibliothécaires, éditeurs, festivals, associations…

Avec Bibliosurf, on peut dire que tu inaugures une nouvelle manière d’envisager le métier de libraire. Tu en as déjà parlé ailleurs mais pourrais-tu nous décrire une ou deux journées types de la vie d’un libraire derrière l’écran ?
Comme mon boulot va du code informatique à la mise en colis en passant par la constitution du catalogue, la médiation et la communication avec les clients actuels ou futurs, il n’existe pas de journée type. C’est selon mon temps et les priorités du moment – d’autant que je donne aussi des formations.

Quand on travaille en ligne, puisque le client-lecteur n’est pas devant soi, les outils de communication mais aussi les outils sociaux sont inévitables pour se faire connaître, rester en contact, se développer… Et c’est vrai que tu es très actif et innovant en la matière. Qu’as-tu mis en place ? Parviens-tu à fidéliser une partie de ta clientèle, à la renouveler… ?
Jusqu’à ce jour, je ne me lève pas encore en me disant : il faut que je développe ma clientèle. Libraire, j’essaie de poster les colis le plus rapidement possible… en fonction des disponibilités. Et j’enrage de certaines lenteurs quand la commande part au distributeur. Dans tous les cas, je ne fonctionne pas comme A et cie. Je ne relance pas un client quand il a effectué une commande. J’attends qu’il revienne de lui même, et en attendant, je travaille à constituer un catalogue attractif que je popularise via une lettre d’information, via la syndication et les réseaux sociaux Facebook et Twitter. Je n’ai pas innové dans ce domaine. C’est plutôt au niveau de la scénarisation du catalogue que j’ai avancé.

Quelles sont tes relations avec les auteurs et les éditeurs ? Comprennent-ils que ton site n’est pas seulement une vitrine ni une bibliothèque ni un blog mais une librairie en ligne qui, s’adressant à des internautes, se doit d’être inventive ?
En trois ans j’ai réalisé et publié 270 interviews et portraits sur Bibliosurf, ce qui m’a permis de développer de nombreuses relations dans l’édition. Mais en fait, peu d’acteurs de l’édition voire d’auteurs s’intéressent réellement à ce que je fais. Ils répondent à mes demandes et passent leur chemin. Le très bon référencement de Bibliosurf et l’appui de quelques auteurs commencent toutefois à changer la donne.

Une des batailles sur le Net c’est le référencement via les contenus que tu proposes (interviews, revue de presse, chroniques d’internautes et autres contenus enrichis). Pourrais-tu expliquer ça à ceux qui auraient envie de comprendre comment ça se passe ?
Donc or ni car, Bibliosurf n’est pas un blog mais un catalogue à taille humaine, fortement indexé avec des mots matières, des dates (en format date) et des lieux (latitude et longitude), scénarisé et enrichi par le libraire avec des interviews, par les lecteurs avec des commentaires modérés, et par le net grâce à l’agrégation de contenu indexé. Les dossiers rentrée littéraire, géolocalisation, timeline, roman policier… sont à ma connaissance uniques sur le web. C’est ce qui fait en partie le succès de Bibliosurf. Concernant le référencement, c’est certes technique… mais aussi tout bête. Si vous enrichissez un catalogue, un moteur de recherche va automatiquement considérer celui-ci comme plus intéressant. Aussi, c’est parce que je travaille beaucoup ce catalogue que Bibliosurf est très bien référencé et non parce que j’ai une science du référencement. C’est pour cette raison que dans une étude proposée par le Motif, Bibliosurf est la librairie indépendante en ligne la mieux référencée. Travail, travail… travail sur le catalogue, et cela permet d’avoir 5 millions de visiteurs en trois ans et demi.

Une autre bataille, très classique celle-là puisque commerciale, c’est de vendre. Comment t’en sors-tu ?
Je viens de boucler mon troisième bilan et je suis toujours vivant ! En fait, je gère Bibliosurf comme un épicier en limitant au maximum toutes les dépenses, même celle qui consiste à me payer ! Le chiffre d’affaires est encore faible puisque la vente des livres papier est encore inférieure à 100 000 euros par an. La solution passe à présent par une offre plus importante. J’y travaille.

Tu as commencé à vendre des livres physiques puis très rapidement tu as également proposé des livres numériques via un corner amené par ePagine. Par rapport à tes attentes, quel bilan ferais-tu aujourd’hui de ce partenariat ?
ePagine, pour moi c’est avant tout une personne providentielle : Stéphane Michalon. Il a bataillé auprès des distributeurs pour faire reconnaître Bibliosurf comme une librairie à part entière. Le corner d’ePagine, c’est l’outil facile et peu onéreux qui a été grandement amélioré dans sa nouvelle version, sans toutefois offrir les mêmes possibilités que SPIP (logiciel libre que j’utilise pour le papier) de malaxer le catalogue. Aussi, je ruse un peu en récupérant le contenu enrichi produit par Bibliosurf via un widget et en proposant une revue de presse dédiée au seul livre numérique. Les ventes sont encore faibles et oscillent entre 150 euros et 1000 euros par mois. J’attends à présent beaucoup de l’arrivée imminente des catalogues d’Hachette et d’Editis pour propulser Bibliosurf comme librairie numérique incontournable.

Enfin, cher libraire, quel livre numérique conseillerais-tu aux internautes et pourquoi celui-là ?
Aujourd’hui, je propose Les prunes de Tirana de Michèle Kahn pour deux raisons. C’est un excellent texte qui m’a fait voyager, re-vivre des émotions, imaginer des situations ; un texte ambigu, très brutal sur l’Albanie avant la chute du mur, et parfumé comme une confiture de prune. Il est par ailleurs publié par la coopérative d’auteurs Publie.net qui est une expérience unique dans l’édition numérique et avec qui j’aimerais envisager d’autres possibles numériques*.

* la nouvelle vient de tomber : Bernard Strainchamps vient de prendre chez publie.net la direction éditoriale d’une nouvelle collection (« mauvais genres ») dédiée au roman noir et au polar. Les deux premiers auteurs annoncés sont Dominique Manotti et Marc Villard. À suivre de près !

Propos recueillis par Christophe Grossi pour le blog ePagine.

6 octobre 2010

Entretien avec Brigitte Giraud, directrice de la collection « la forêt » (Stock)

Il y a deux semaines, Franck d’Anne Savelli, récit publié début septembre aux éditions Stock dans la collection « la forêt », était chroniqué ici. Aujourd’hui, je vous propose de lire l’entretien que j’ai eu avec la directrice de cette collection, l’écrivain Brigitte Giraud (grand merci à elle). Pour compléter cet entretien, je reviendrai ensuite sur les deux titres publiés à ce jour dans sa collection (celui d’Anne Savelli et celui de Fabio Viscogliosi qui vient de recevoir la Bourse de découverte Prince Pierre de Monaco) ainsi que sur son dernier roman à elle, publié chez Stock en août 2009, Une année étrangère. Sachez également que Brigitte Giraud sera présente demain à la librairie Les Buveurs d’encre lors de la soirée consacrée à Anne Savelli qui, en compagnie de Pierre Ménard (souvenez-vous), proposera une lecture croisée d’extraits de Franck et de Cowboy Junkies /the trinity session (éditions Le mot et le reste). Pour toutes ces raisons, ePagine a créé un bandeau (mise en avant numérique) que vous retrouverez sur la page d’accueil du site. Bonne promenade dans la Forêt !

5 questions à Brigitte Giraud

Vous êtes une femme-orchestre, Brigitte ! Auteur de romans, de récits et de nouvelles, vous êtes également une des responsables de la Fête de Bron depuis de nombreuses années et maintenant éditrice chez Stock…

Non, non je ne suis pas une femme-orchestre, j’ai été en effet Chargée de la programmation de la Fête du Livre de Bron (près de Lyon) pendant une quinzaine d’années et ne suis depuis deux ans plus que Conseiller Littéraire, c’est-à-dire toujours impliquée, mais moins dans le quotidien, dans cet événement auquel je suis très attachée. C’est un choix que j’ai décidé de faire pour pouvoir me consacrer davantage à l’écriture. La proposition de collection que m’a faite Jean-Marc Roberts est récente et m’a enthousiasmée parce qu’elle me permet de défendre des textes singuliers de littérature contemporaine, dont l’écriture est un engagement fort. C’est en tout cas ainsi que je vois « la forêt » où je publierai de 4 à 6 textes par an.

J’avais déjà beaucoup aimé le premier titre paru dans votre collection : Je suis pour tout tout ce qui aide à traverser la nuit de Fabio Viscogliosi. Comment a-t-il été reçu ?

Je suis heureuse du succès d’estime qu’a reçu le texte de Fabio, les libraires l’ont porté et beaucoup défendu pour certains, des critiques littéraires l’ont aussi découvert avec enthousiasme et passion parfois. Je crois que Fabio, qui avait déjà une belle reconnaissance en tant que musicien et dessinateur, est à présent considéré comme un écrivain à suivre, repéré pour son premier livre qui, il faut le dire, est un texte rare et d’une grande beauté et intelligence.

Franck d’Anne Savelli est le deuxième titre de la collection « la forêt ». Comment avez-vous découvert l’auteur ? En lisant ses deux textes précédents parus chez le Mot et le reste ? Via son blog ? Et pouvez-vous nous dire pourquoi ce récit vous a touchée ?

Oui, j’avais lu son « Cowboy Junkies » et je connaissais et aimais sa voix. Le manuscrit m’a été transmis par l’intermédiaire d’une amie libraire qui avait compris que ce texte me toucherait. J’ai été saisie à sa lecture par la force de l’écriture, son tempo, sa mécanique, la façon dont la voix de l’écrivain résonne pour approcher un sujet rare et délicat. Anne Savelli fait le portrait d’un homme (qu’elle a aimé) en parlant des lieux dans lesquels il a vécu, qu’il s’agisse des squats, des halls de gare, des stations de métro ou de Fleury-Mérogis… C’est le portrait d’un homme indésirable, qui n’a de place nulle part et dont le destin est d’être chassé. Le travail d’Anne Savelli sur les lieux est unique, il tente de comprendre comment les lieux jettent au lointain ceux qui n’ont ni statut, ni légitimité, ni argent. C’est la première fois que je lisais une approche aussi sensuelle et précise du parloir en prison, saisi de l’intérieur. Savoir ce que vit la « visiteuse » quand, après avoir parcouru des kilomètres et imaginé ce moment attendu pendant des jours, elle voit enfin son homme le temps de quelques minutes et que ni la parole ni les gestes ne sont à la hauteur de ce qu’on voudrait exprimer. C’est bouleversant, de pudeur et de désespoir, c’est un texte fort qui dit comment la machine pénitentiaire broie sans laisser de trace, qui révèle ce qu’on a du mal à affronter, dans une société qui peine à regarder en face la prison et à proposer un vrai débat. Publier ce texte était pour moi un engagement littéraire mais aussi politique.

Certains de vos livres commencent à être disponibles en numérique, ceux de votre collection également. Pensez-vous que c’est une bonne chose ?

Houlà, franchement, je suis assez partagée ! Si le numérique est certain de préserver l’intégralité du droit d’auteur quoi qu’il arrive, et de respecter le lecteur et le libraire, pourquoi pas, mais pour être franche, je suis assez perplexe. Le support papier n’est pas quelque chose de ringard ou de dépassé, il fait partie de la matière du travail, fabriquer un objet n’est pas anodin, l’objet n’est pas qu’un support, c’est bien plus…

Vous avez d’autres projets j’imagine. Pouvez-vous nous en parler ?

D’autres titres de « la forêt » paraîtront en 2011, deux titres prévus pour janvier et mars, hybrides et singuliers. Et pour ma part je travaille à l’écriture d’un roman que je terminerai sans doute cet hiver. A signaler aussi que la prochaine Fête du Livre de Bron aura lieu en février prochain et proposera un regard sur « 25 ans de littérature française », pour fêter son 25e anniversaire.

Les deux titres publiés dans la collection « la forêt » disponibles en numérique

Franck d’Anne Savelli, septembre 2010

Franck traversait déjà Cowboy Junkies / The Trinity Session : il était « celui à qui elle écrivait ». Cette fois, il est nommé, prénommé. Bel et bien absent de la vie de la narratrice, il n’empêche qu’il est toujours là, figure obsédante, d’où l’adresse, d’où le titre, d’où le sujet de ce récit. Elle qui a fait un bon bout de route avec lui et ne l’a jamais laissé tomber. Même et surtout lorsqu’il s’est retrouvé en prison. Malgré les difficultés administratives, malgré les longues attentes, malgré les allers et retours, malgré les courtes entrevues, malgré son impuissance ou son dégoût d’un système kafkaïen qui passe plus de temps à réprimer, à punir et à soigner son image qu’à respecter les hommes et les femmes emprisonnés mais également ceux et celles qui sont enfermés dehors. Mais comment écrire et décrire l’attente qui a été la sienne ? Comment nommer l’innommable quand « celui à qui » n’est plus qu’un matricule et que la naratrice se retrouve soudain dans la masse compacte, anonyme et impuissante des visiteuses ? Comment ne pas être touché par cette écriture forte, visuelle et sonore ainsi que par les deux figures de ce récit prises dans une société déshumanisante, deux êtres inséparables mais séparés ? (extrait de la chronique du 22 septembre 2010)

Je suis pour tout ce qui aide à traverser la nuit de Fabio Viscogliosi, février 2010

Le livre de Fabio Viscogliosi fait partie de ces objets littéraires qu’on met du temps à terminer parce qu’on pressent déjà au bout de quelques pages seulement que la séparation sera difficile. L’écriture est tendue, entre la retenue et le lâcher prise ; le texte-bloc, synthétique, avec ce qu’il faut de touchant et d’humour, est bien maîtrisé. Ici, on peut réellement parler d’une rencontre physique entre la voix de celui qui écrit et celle du lecteur. Oui, ce livre va laisser des traces, on le sait déjà, à cette manière que l’auteur a d’être au monde, de le regarder et de le dire : cet ordonnancement, ce goût pour le détail et l’infiniment petit : ce grain de sable qui aurait pu tout briser, tout changer, tout défaire, cet autre qui a tout sapé.
Et puis il y a cette impression à chaque chapitre (plus de cent cinquante en tout) d’avancer dans un univers familier, connu, vécu, truffé de rencontres, de moments volés ou repris à l’enfance, de références littéraires, cinématographiques, musicales, sportives… mais également de leçons de plomberie, de soudure ou d’électronique. On y croise Raymond Chandler, le chien Snoopy, René Magritte, Henri Calet, l’Italie, le rock, ce qu’il reste de l’enfance pour tenir devant les jours adultes et une figure : celle du père, entre ombre et lumière, qui est celui qui guidera le narrateur jusqu’à l’ultime confession. (extrait de la chronique du 11 juillet 2010)

Le dernier roman publié de Brigitte Giraud

Une année étrangère de Brigitte Giraud, Stock, 2009

Pourquoi cette famille allemande qui a priori n’avait pas besoin de jeune fille au pair en a-t-elle fait la demande ? Voilà la première question que se pose Laura, cette française de 17 ans, dès son arrivée. D’abord bloquée avec la langue (donc avec la pensée), elle est également maladroite car elle ne sait pas ce que cette famille si différente de la sienne (qui, elle, est en train d’éclater suite à la mort du petit frère) attend d’elle. Elle doit donc recomposer « ce qui s’est décomposé en elle », malgré la forêt inquiétante, l’hiver et ses courtes journées et ce qu’on lui cache : le pourquoi de sa présence.
Laura distille les informations et au détour d’une phrase nous livre un élément de sa vie d’avant ou de sa nouvelle vie allemande. En procédant ainsi, par touches, l’auteur parvient à nous plonger dans le même sentiment d’étrangeté que son héroïne, qui s’invente un personnage pour faire la nique au réel ou lit Thomas Mann et Hitler pour mieux comprendre la langue.
Un matin la jeune allemande lui échappe et Laura se perd dans la forêt ; et soudain c’est son frère qu’elle cherche, ce frère qui la hante, cette mort qui lui a fait faire ce voyage de l’autre côté de la frontière, à plus de mille kilomètres des siens. Elle comprend alors que c’est ce deuil impossible qui l’a amenée là, au bord de la Baltique, (« L’expérience du deuil ? Un vertige d’étrangeté », dit-elle), en cet endroit précis où, face à la maladie qui déboussole la famille allemande liée à la France par le grand-père, elle devrait mieux accepter la mort de son frère et enfin rejoindre l’âge adulte.

Les autres titres de Brigitte Giraud en vente sur ePagine

Christophe Grossi

PS : info de dernière minute : lire l’excellent article de François Bon (le tiers livre) publié hier mardi 5 octobre où il revient sur la démarche exemplaire d’Anne Savelli (réponse de l’auteur dans les commentaires), l’audace formelle de son roman et le web comme création critique. Sont également recensés là tous les articles, billets et chroniques consacrés à ce roman.

 

 

 

 

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