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le Livre-Avenir ne se fera pas sans les libraires.

20 mai 2016

La Fabrique des Pervers, Sophie Chauveau

 

La Fabrique des Pervers, Sophie Chauveau, Gallimard, collection Blanche

L’inceste insiste.

Christine Angot plonge. Elle enchaîne les cinquante mètres, nage, performe, force la distance et prolonge en apnée.
Sophie Chauveau plonge. Elle ouvre les yeux dans l’eau chlorée, récupère les mannequins, sort de l’eau, respire et nous sèche.

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Sophie Chauveau, La Fabrique des Pervers

Celle qui cherche et trouve, celle qui recherche et retrouve c’est elle : Sophie Chauveau. Elle le fait pour elle, pour ses enfants et elle le fait pour nous. On ne peut obliger personne à lire ce livre. Et pourtant à sa lecture on se sent obligé. Pourquoi  lisons-nous ? Pourquoi écrivons-nous ? Pourquoi achetons-nous ou vendons-nous des livres ? Pourquoi conseillons-nous des livres ?
Ai-je eu alors l’intuition de notre histoire commune ? Aujourd’hui j’en suis sûre, mais à l’époque ma survie m’interdisait de creuser plus avant. Désormais je peux hélas nommer ladite perversion qui s’est effectivement propagée dans le chaos de nos enfances, sans beaucoup de cris, et pour certains sans le savoir… Combien nous ont fait le coup du chaudron ? 
La Fabrique des pervers, Sophie Chauveau
On ne peut obliger personne à lire ce livre. Et pourtant à sa lecture nous sommes son obligé.

Médias

« Il n’est qu’un remède aux modes comme aux secrets (qui ont le même effet d’occultation) : c’est de situer les faits cliniques dans leur genèse, d’en remonter le fil et d’en baliser la place. » Paul-Claude Racamier – 1991 – gruppo 7
Quand Christine Angot décrypte l’inceste et son histoire, elle plonge. Elle écrit, elle dit, elle stance haut et fort. Elle plonge et enchaîne les longueurs performantes. Elle ne manque pas de courage. Elle nage, longe ses personnages et prolonge et nous plongeons avec elle et nos lectures prolongent encore. C’est cela l’inceste, il insiste, il exige, il dicte le prolongement et c’est interminable et on ne sait plus comment arrêter ses effets. On ne sait pas comment dire. On cherche à vaincre l’interdit de le dire mais cela ne suffit pas si on ne trouve pas aussi comment sortir du courant, et comment arrêter de nager dans le courant du véritable interdit qui n’est plus celui de le dire, qui était l’interdit de le faire et reste l’interdit de le maintenir à jamais réactualisé.
Sophie Chauveau tente autre une autre voie, d’une autre voix. Elle aussi a plongé et nagé en tout sens, sans toujours le savoir. On comprenait cela déjà dans Les Noces de Charbon, son roman précédent. Mais de ce dernier livre elle sort de l’eau et se sèche. Elle prend le risque encore difficilement mesurable de réellement passer à autre chose. Elle décrypte un système. Ah c’est énervant, c’est compliqué, c’est même parfois ennuyant ces gens qui tente cette description de ce qui vit de sa répétition. Mais elle est écrivain, elle est historienne, elle est narratrice. Alors elle cherche et trouve des appuis romanesques, historiques, familiaux, généalogiques, personnelles, et politiques. Elle trouve ce qu’elle cherche, elle perçoit toutes sortes de coïncidences, de collages, de créations, de liens, mais c’est pour s’en défaire, le dépasser et stopper. Pour le plaisir de notre lecture elle va jusqu’à chercher ses appuis dans un rocambolesque dont il ne faut pas douter que le plus incroyable est le plus vraisemblable. Essai est transformé.
Quelque chose qui s’arrête c’est moins excitant, moins facile et moins médiatisable que quelque chose qui n’en finit pas. Le sujet est d’actualité. A ce jour (23/05/2016) dans la presse écrite Bruno Frappat dans La Croix du 12/05 signale ce livre. On comprend pourquoi tant il a fort à faire avec les silences et les inconséquences de l’église catholique : « Si la prise de parole par les victimes de potentats du sexe choque les institutions, que ceux qui les dirigent lisent ce livre authentique. Ils comprendront que le silence et le déni ont un allié objectif : le bourreau. » On suivra grâce à Bibliosurf ce qu’il en sera de la presse web, mais à ce jour Toute La Culture signale le livre.
ePagine 24 mai 2016

Livres

La fabrique des perversNoces de CharbonUn amour impossibleLa porte du fond

Librairies

  • SOPHIE CHAUVEAU À L’ARMITIÈRE

    Le 7 juin

    à Rouen

  • SOPHIE CHAUVEAU À LA LIBRAIRIE NOUVELLE D’ORLÉANS

    Le 17 juin à 18h

    à Orléans

Rouen, Orléans…  Ne vous inquiétez d’autres librairies dans d’autres villes vous proposerons certainement de rencontrer Sophie Chauveau. N’en déplaise à Orléans qui dans la semaine de la sortie du livre, durant les fêtes de Jeanne D’Arc, invitait traditionnellement à défiler en passant sous les armes de Gilles De Rais, Compagnon de Jeanne d’Arc.

  • SOPHIE CHAUVEAU À LA LIBRAIRIE CHARLEMAGNE

    Le 24 juin à 19h

    Toulon

 

 

Autres livres de Sophie Chauveau disponibles en eBooks sur ePagine.fr (maj au 20 mai 2016)

  • La fabrique des perversNoces de CharbonPatience, on va mourirDébandadeHygiène et santé en Europe

 

Librairie – Bibliographie

placedeslibraires sophie chauveau 2016

2016 : La fabrique des pervers, Gallimard, roman/essai

2015 : Manet, le secret, Télémaque, roman/essai
2015 : Avec Fragonard… Dans Des Draps D’aube Fine, Invenit Ekphrasis, Beaux-Arts

2013 : Noces de charbon, Gallimard, roman

2011 : Fragonard. L’Invention du bonheur, Folio, roman/essai
2011 : Fragonard, l’invention du Bonheur, Télémaque, roman/essai

2010 : Diderot, le génie débraillé, Folio, roman/essai
2010 : Diderot, le génie débraillé : Tome 2, Les encyclopédistes 1749-1784, Télémaque, roman/essai
2009 : Diderot, le génie débraillé : Tome 1, Les années bohème 1728-1749, Télémaque, roman/essai

2008 : Léonard de Vinci, Folio, roman/essai
2007 : L’Obsession Vinci, Télémaque, roman/essai
2007 : Le Rêve Botticelli, Folio, roman/essai
2004 : La Passion Lippi, Folio, roman/essai
2005 : Le Rêve Botticelli, Télémaque, roman/essai
2004 : La Passion Lippi, Télémaque, roman/essai
2002 : Pages de garde, Gallimard, essai
2001 : Sourire aux éclats, Robert Laffont, essai

1999 : Les Vanités de Brandon, Œuvre gravée. Beaux-Arts
1995 : Eloge de l’Amour au temps du sida, Flammarion, essai
1993 : Femmes, Images. Beaux-Arts
1992 : Les Belles Menteuses,Paris, Robert Laffont, roman
1992 : La Liseuse, Terrain Vague, Beaux-Arts
1990 : Patience, on va mourir, Robert Laffont, essai
1988 : Mémoires d’Hélène, Robert Laffont, roman
1985 : Carnet d’adresses, JJ. Pauvert, roman
1982 : Débandade, Alésia, à Paris essai

Dans la revue Les Temps Modernes

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