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13 avril 2014

Thomas Géha – Portrait et interview

Portrait

Portrait de Thomas GéhaCe n’est pas dévoiler un secret que de dire que Thomas Géha est le pseudonyme d’un auteur, éditeur, libraire, critique, jury de prix, préfacier habitant Rennes.
Et non ce n’est pas le pseudonyme d’un collectif, mais bien d’une seule et même personne.
Thomas Géha a sorti son premier livre, A comme Alone en 2005, aux éditions Rivière Blanche.
Depuis, ce ne sont pas moins de 13 nouvelles et 8 romans que Thomas Géha a fait publier. Son premier diptyque, A comme Alone et A contre Alone vient d’être réédité au format papier sous une forme augmentée par les éditions Critic. De plus, le Sabre de Sang (Tome 1 et 2) vient lui d’être réédité au format poche chez Folio SF.

Et côté nouveautés ?

Couverture Cent visagesUn premier roman jeunesse est sorti le 9 avril en numérique chez Rageot Editions, Cent Visages (7,99€, Collection Rageot Thriller).
2025, aux environs d’Évry. Adolescent, Gregor appartient à la frange marginalisée de la population. Alors qu’il pénètre dans un entrepôt en quête de nourriture, il surprend le criminel Cent Visages et est agressé par un inconnu qui lui injecte un produit dans le bras. Gregor s’échappe grâce à une clandestine qui lutte contre le pouvoir autoritaire en place et l’entraîne à Paris chez les militants de la Capucine. Mais ne cherchent-ils pas à l’instrumentaliser ? Et quels liens les relient à Cent Visages ?

On regrettera que la version numérique soit avec une DRM, surtout pour un roman jeunesse. On le sait bien, la DRM d’Adobe nuit à l’usage facile d’un ouvrage numérique.

Interview

eP : Tout d’abord l’exercice bateau, peux-tu nous présenter Cent Visages, sans nous refaire la 4ème ?
Thomas Géha : c’est un thriller d’anticipation dont l’idée m’est venue pendant le mandat de Nicolas Sarkozy. A l’époque, on parlait beaucoup de l’exclusion des Roms, de les renvoyer manu militari… où au fait ? Dans des camps ? Dans un pays… d’où ils ne sont pas ? Les parquer dans un ghetto ? En règle générale, je commence à trouver plus qu’ignoble la façon dont nos gouvernements successifs traitent les gens, en termes d’humanité. Cent Visages part de ce constat : j’ai donc imaginé une France alternative, qui aurait pu être, qui commence peut-être à être, allez savoir, où les gens qui ont refusé l’identification biométrique sont parqués dans des ghettos autour des villes, où les campagnes sont désertifiées, et où la pauvreté est encore décuplée. Évidemment, tout cela n’est qu’une toile de fond, sans doute plus légère que je ne l’aurais voulu, parce que le roman reste avant tout un thriller d’aventures pour la jeunesse, que j’ai voulu trépidant et plein d’action. On suit donc un jeune garçon du ghetto d’Evry, Gregor, pris dans une histoire compliquée, après avoir croisé le chemin d’un criminel masqué (comme Fantomas un peu) que tout le monde appelle Cent Visages. Son destin va être intiment lié à celui du criminel.

eP : Cent Visages est une virée de ta part dans deux lieux que tu ne nous avais jamais présentés : la jeunesse et le thriller. Après la science-fiction et la fantasy, pourquoi le thriller (même si celui-ci baigne dans l’anticipation ou comme tu le dis sur ton blog avec « une teinte dystopique ») ?
Thomas Géha : j’ai envie de te répondre simplement : parce que Guillaume Lebeau, le directeur de la collection Rageot thriller, est venu me proposer le projet à grands coups de pieds dans l’arrière-train. C’est plus lui que moi qui y a cru parce que la première fois qu’il m’a proposé la chose, j’ai pensé qu’il me faisait une blague… du coup, j’avais laissé filer l’opportunité. On s’est revus au salon du livre de Paris 2013 et c’est là qu’il m’a relancé, par l’entremise d’Anne Fakhouri. Ensuite, comme je ne me sens pas particulièrement enfermé dans un genre en particulier (sic), tant que je me sens l’envie ou plutôt à l’aise, je dis oui ou non. Là, je sentais bien le truc, donc j’ai dit oui.

eP : Et pourquoi destiné d’abord à la jeunesse (même si la lecture du roman sera forcément agréable aussi à un adulte) ? Par envie ou est-ce une commande ?
Thomas Géha : comme on l’a deviné dans mes autres réponses, c’est une sorte de commande de la part de Guillaume Lebeau pour Rageot. J’ai néanmoins dû passer par l’étape du synopsis avant d’être « validé ». La jeunesse, oui, j’avais déjà des envies. J’ai une idée de série qui traîne dans mon placard virtuel depuis des années. Je me dis que Cent Visages, c’est aussi une entrée et un apprentissage. Et que le projet de série jeunesse que j’ai pourrait bien trouver preneur plus facilement par la suite. Enfin, pas avant que j’aie rendu les trois autres romans adultes qu’on m’a demandés !

eP : Ta liste d’ouvrages à venir est bien remplie (un roman de fantasy urbaine écrit à mains avec Anne Fakhouri, et deux autres, en space-opéra et en fantasy rurale (???). Penses-tu qu’écrire un pur thriller adulte te plairait ?
Thomas Géha : pourquoi pas. Mais le pur thriller, ça ne me fait pas fantasmer plus que ça. Je n’ai pas d’idée. Pas de bonne en tout cas. Je serais plus proche d’écrire un roman noir qu’un thriller. Dommage, les romans noirs, ça ne vend pas… on m’a refusé le projet, que j’ai reconstruit dans ma tête, du coup, et transformé en roman noir fantasy rurale (!!!), que je compte écrire pour un éditeur que j’adore.

eP : Tu as eu affaire il y a quelques temps à une petite aventure en relation avec un forum de diffusion gratuite voire pirate de livres numériques, tu es toi-même éditeur et pas encore numérique. Quel est ton rapport avec le livre numérique ? Lis-tu toi-même sur tablette ou liseuse ?
Thomas Géha : c’est faux (^___^). Ad Astra a publié deux ouvrages de son catalogue en numérique. Ils sont disponibles sur le site. Preuve que je n’ai rien de particulier contre le numérique. La différence avec les acharnés du tout numérique, c’est que je suis un modéré (c’est beau ce que je dis ?), et qui plus est un amoureux du livre papier. Je ne considère pas un ebook comme un livre. Un ebook c’est un ebook. Un livre, c’est un autre objet. Les deux sont compatibles, et les deux sont capables, à mon sens, de coexister, parce qu’une banane n’est pas une pomme, même si ce sont deux fruits, si tu vois ce que je veux dire. Ce qui me dérange, dans tous les domaines, c’est le fanatisme. Eh bien, le fanatisme du numérique, ça me dérange aussi. Je trouve ça crétin et contre-productif. Ça ne m’empêche pas de penser qu’il y a de l’avenir dans l’édition numérique et ça ne m’empêche pas de lire sur ma liseuse (la très bonne Bookeen Odyssey). Oui, j’en ai une, je la trouve bien pratique quand je suis en déplacements. J’y lis avant tout des classiques de la littérature et des manuscrits. Je ne l’utilise jamais chez moi, en revanche. Je n’ai toujours rien trouvé de plus plaisant que de m’allonger sur mon lit avec un bon bouquin papier.

Quelques dates

Thomas Géha sera présent en juin à Étonnants Voyageurs , mais le rendez-vous majeur de ce mois sera Les Imaginales à Epinal, où cette année il est invité. Il y sera présent pendant toute la durée du festival, qui se tiendra du 22 au 25 mai. Une de ses nouvelles, « Guetteurs de Nuages », figurera au sommaire de l’anthologie officielle du festival. Comme d’habitude désormais, le livre paraîtra aux éditions Mnemos et est dirigé par Sylvie Miller et Lionel Davoust.
- En juin, du 13 au 15, il sera au festival ImaJn’Ere à Angers, festival dont il est un des parrains avec David S. Khara.

David Queffélec

 

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