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3 juillet 2012

jusqu’au 31 juillet, 20 titres à petits prix chez Christian Bourgois éditeur

Depuis ce matin, et ce jusqu’au 31 juillet, le site ePagine et tous les libraires partenaires du réseau (liste à jour ici) proposent aux lecteurs et lectrices de livres numériques, qui s’apprêtent peut-être à partir en vacances avec leurs liseuses et tablettes, une sélection de 20 titres issus du catalogue de littérature française et étrangère des éditions Christian Bourgois éditeur. Si 9 de ces titres incontournables bénéficient déjà de prix attractifs (entre 4.99 € et 7.49 €), la maison d’édition a choisi pour l’occasion de baisser le prix de vente des 11 autres titres de cette sélection : ils seront proposés entre 5.99 € et 10.99 € alors qu’ils sont vendus habituellement entre 8.99 € et 17.99 €.

Cette sélection se veut la plus large possible. Ouverte sur le voyage, l’étonnement et la découverte, elle devrait plaire aux amateurs de romans et de nouvelles mais également aux passionnés d’enquêtes policières et de mondes imaginaires. On retrouvera là tous les genres littéraires mais surtout les auteurs phares de cette maison d’édition qui construit depuis 1966 l’un des plus beaux catalogues de littérature française et étrangère : Henry Miller et sa trilogie sur la naissance de son écriture, celle de la Crucifixion en rose (Sexus, Plexus, Nexus), le grand auteur portugais Fernando Pessoa, les deux suisses-allemands Peter Stamm et Martin Suter (l’auteur du magnifique Small world qui propose cette fois une série d’enquêtes policières autour d’Allmen, à la fois gentleman cambrioleur et enquêteur), Bernard Comment qui a reçu le Goncourt de la nouvelle 2011 avec Tout passe, le très envoûtant in memoriam de Linda Lê, Laura Kasischke qui fait un tabac en librairie (3 romans dans cette sélection), les italiens Pino Cacucci, Alberto Garlini et Marco Malvaldi, l’écossais Alan Warner, la trilogie noire et jazzy de Charlotte Carter ou encore l’incontournable Tolkien.

Ci-dessous la sélection complète (avec liens) suivie d’un court extrait de Plexus de Henry Miller, deuxième tome de sa trilogie de la Crucifixion en rose où il revient sur son enfance, les personnages rencontrés à ce moment-là, ou encore le rôle essentiel que va jouer la dévouée Mona, sa compagne, pour qu’il aille au bout de ses intuitions et de ses désirs : cesser de travailler pour devenir écrivain. C’est d’ailleurs de la naissance de son écriture dont il est question dans l’extrait que j’ai choisi de reproduire après ces quelques mots de Georges Belmont : « L’on n’écrit bien que sur les morts, et il est trop vivant. (…) L’on n’a pas à présenter Miller – il est présent. L’on n’a pas à expliquer Miller – on le vit. C’est sans doute pourquoi, d’année en année, les générations nouvelles ne cessent pas de le découvrir et de relayer la flamme de son œuvre. Les professeurs et la critique n’y sont, grand merci, pour rien. »

ChG

 


 

Liste des 20 titres de la sélection Lectures d’été avec Christian Bourgois éditeur

Ce que savent les baleines de Pino Cacucci
À la baguette ; Coq au vin ; Rhode Island Red de Charlotte Carter
Tout Passe de Bernard Comment
Venise est une fête d’Alberto Garlini
Les Revenants ; Un oiseau blanc dans le Blizzard ; En un monde parfait de Laura Kasischke
in memoriam de Linda Lê
Le mystère de Roccapendente de Marco Malvaldi
Sexus ; Plexus ; Nexus de Henry Miller
Le Banquier Anarchiste de Fernando Pessoa
Sept ans de Peter Stamm
Allmen et les libellules ; Almen et le diamant rose de Martin Suter
Les Enfants de Húrin de J.R.R. Tolkien
Les étoiles dans le ciel radieux d’Alan Warner

 

(…) Je me levai et me mis à me promener de long en large. L’atmosphère était toute d’élégance, de simplicité et de sérénité. J’étais profondément remué mais nullement triste. Je me sentais comme l’argonaute chambré foulant les sables du temps. Je fis glisser la porte de séparation entre notre appartement et celui qui était inhabité sur le derrière. J’allumai un lampadaire tout au fond de l’appartement vide. Les vitraux répandaient une sourde lueur. J’allais et venais dans l’ombre, laissant mon esprit vagabonder librement. Mon cœur était en paix. De temps à autre je me demandais rêveusement où elle était allée. Je savais qu’elle reviendrait bientôt et serait à l’aise. J’espérais qu’elle penserait à rapporter quelque chose à manger. J’étais d’humeur à rompre de nouveau le pain et à boire un peu de vin. C’est dans de telles dispositions, me disais-je, qu’on doit s’asseoir pour écrire. J’étais attendri et ouvert, fluide, soluble. Je voyais combien il était facile, l’atmosphère voulue une fois donnée, de passer de la vie d’employé salarié, de bête de somme, d’esclave, à celle d’artiste. Il était si délicieux d’être seul, de s’enivrer de ses pensées et ses sensations. L’idée ne me venait guère que je devais écrire sur quelque chose ; tout ce à quoi je pensais était qu’un jour, justement dans les mêmes dispositions, j’écrirais. L’important était d’être perpétuellement ce que j’étais en ce moment, de sentir comme je sentais, de faire de la musique. Depuis l’enfance, ç’avait été mon rêve de rester tranquillement assis et de faire de la musique. Je commençais à peine à me douter que, pour cela, il fallait se changer d’abord en un exquis et sensible instrument. Il fallait cesser de vivre et respirer. Enlever les patins à roulettes. Débrancher tous les contacts avec le monde extérieur. Il fallait parler en particulier, avec Dieu pour témoin. Oh oui, c’était cela. Certes, oui. Soudain je devins inaltérablement certain de ce que je venais de comprendre…
Car le Seigneur ton Dieu est un Dieu jaloux…
Chose étrange, pensais-je, presque tous ceux que je connaissais me considéraient déjà comme un écrivain, bien que je n’eusse pas fait grand’chose pour le prouver. Ils posaient en principe que je l’étais, non seulement à cause de mon comportement, toujours excentrique et imprévisible, mais aussi de ma passion pour le langage. Depuis que j’avais appris à lire, je n’étais jamais sans livre. La première personne à qui je me risquai à lire à haute voix fut mon grand-père ; je m’asseyais sur le bord de la table de travail où il cousait des vêtements. Mon grand-père était fier de moi mais aussi un peu inquiet. Je me souviens qu’il conseillait à ma mère de m’enlever les livres… A peine quelques années plus tard, et je lis à haute voix pour mes petits amis, Joey et Tony, au cours des visites que je leur rends à la campagne. Parfois je faisais la lecture à une douzaine d’enfants ou plus, réunis autour de moi. Je lisais et lisais jusqu’à ce qu’ils s’endormissent l’un après l’autre. Si je prenais le trolley ou le métro, je lisais debout, même à l’extérieur, sur la plate-forme du train aérien. En descendant du métro je continuais à lire… lire les visages, lire les gestes, les démarches, l’architecture, les rues, les passions, les crimes. Tout, oui, tout, était noté, analysé, comparé et décrit – pour usage futur. Étudiant un objet, un visage, une façade, je les étudiais de la manière dont ils devaient être consignés (plus tard) dans un livre, y compris les adjectifs, les adverbes, les prépositions, les parenthèses, que sais-je encore. Avant même que je n’eusse ébauché le plan de mon premier livre, mon esprit foisonnait de centaines de personnages. J’étais un livre ambulant, parlant, un compendium encyclopédique qui ne cessait d’enfler, telle une tumeur maligne. Si je tombais sur un ami ou une personne de connaissance, voire un étranger, je continuais d’écrire tout en conversant avec lui. Il ne me fallait pas plus de quelques secondes pour mettre la conversation dans mon sillon à moi, de fixer ma victime d’un œil hypnotique et de la submerger. Si c’était une femme que je rencontrais j’y parvenais encore plus facilement. Les femmes se prêtaient à ce genre de choses mieux que les hommes, j’ai remarqué. Mais c’est avec un étranger que cela allait mieux qu’avec personne. Mon langage grisait toujours l’étranger, premièrement parce que je faisais un effort pour lui parler clairement et simplement, deuxièmement parce que sa tolérance et sa sympathie plus grandes tiraient le meilleur de moi. Je parlais toujours à un étranger comme si je connaissais les us et coutumes de son pays ; je le laissais sous l’impression que je faisais plus de cas de son pays que du mien, ce qui était généralement la vérité. Et je ne manquais jamais d’implanter en lui le désir de mieux se familiariser avec la langue anglaise, non parce que je la tenais pour la meilleure langue du monde, mais parce que personne de ma connaissance ne s’en servait dans sa pleine puissance.
Si en lisant un livre il m’arrivait de tomber sur un merveilleux passage, je le refermais sur-le-champ et j’allais me promener. Je détestais l’idée d’arriver à la fin d’un bon livre. Je faisais durer le plaisir, retardant l’inévitable aussi longtemps que possible. Mais toujours, quand je tombais sur un grand passage, je cessais immédiatement de lire. Je sortais, qu’il plût, grêlât, neigeât ou gelât, et je ruminais. On peut devenir si plein de l’esprit d’un autre être qu’on a littéralement peur d’éclater. Chacun, j’imagine, en a fait l’expérience. Cet « autre être », qu’on me laisse le faire observer, est toujours une sorte d’alter ego. Il ne s’agit pas simplement de reconnaître une âme sœur, on se reconnaît soi-même. Se trouver brusquement face à face avec soi-même ! Quel instant ! Refermant le livre, on poursuit l’acte de création. Et ce processus, ce rite devrais-je dire, est toujours le même : communion sur tous les fronts à la fois. Finies les barrières. Plus seul que jamais, on est néanmoins soudé au monde comme jamais encore auparavant.
Incorporé au monde. Soudain on voit clairement que lorsque Dieu créa le monde, il ne l’abandonna pas pour s’asseoir dans la contemplation – quelque part dans les limbes. Dieu créa le monde et y entra : voilà le sens de la création. 

© Henry Miller, Plexus, traduit de l’anglais par Elizabeth Guertic, Christian Bourgois éditeur

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