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21 juin 2012

L’été sera SHOT avec les mini thrillers de Jabre, Ayreault, Modat & Le Forestier (StoryLab éditions)

Le premier titre de la collection ONE SHOT a été publié par la maison d’édition 100 % numérique StoryLab il y a un peu plus d’un an maintenant. C’était en mai 2011 exactement. Et ce lancement n’est pas passé inaperçu, loin de là, puisqu’à peine mise en ligne, la nouvelle déjantée et alcoolisée d’Elias Jabre, Absolut barbarian trip, faisait déjà partie des titres les plus téléchargés toutes plateformes confondues. Deux autres mini thrillers de ce même auteur ont paru depuis, avec le même succès (nous nous étions d’ailleurs entretenus avec Elias Jabre ici-même) mais également des textes d’autres jeunes auteurs. Des traversées ou des plongées, souvent urbaines, et au bout de la rue ou de la route, des morts qui se ramassent à la pelle.

 

 

J’aime beaucoup cette collection qui se joue des genres littéraires. Si toutes ces nouvelles plaisent aux lecteurs de nouvelles noires et de mini thrillers, elle est aussi très suivie par les lecteurs qui aiment avant tout les styles très marqués, l’humour noir et le regard que ces textes portent sur le monde actuel (il est souvent question de la rue, de dérives sentimentales et de notre rapport à la consommation ou au travail). Si ces histoires tiennent toutes debout (pas comme les personnages qui, eux, tombent comme les cordes du ciel parisien depuis deux mois), ce sont les écritures serrées, nerveuses et incarnées ainsi que l’humour noir, qui donnent à cette collection une couleur particulière. En cela je trouve que ces quatre auteurs renouvellent à leur manière la nouvelle à la française, jouant avec les codes des séries TV, des meilleurs romans de Fante ou de Bukowski et des films des frères Coen ou de David Fincher. Avec One shot, on peut vraiment dire que ça pince, que ça mord, que ça rit jaune. Décapantes, noires et saignantes, ces nouvelles d’Elias Jabre, de Sébastien Ayreault et, tout dernièrement, d’Éric Le Forestier et d’Arnaud Modat, vous l’aurez compris, sont à lire et à faire lire.

Les One shot sont habituellement proposés chacun à 0.99 € et sans DRM. Face au succès de cette collection, StoryLab a décidé de proposer pour l’été une compilation (on dit « coffret » aussi) des meilleurs titres de cette série dans un seul fichier à 4,99 €. On l’appellera donc L’intégrale One Shot #1. Jusqu’au 31 août, vous pourrez partir avec six mini thrillers pour moins de 5 €, pas mal non ? Mais attention il paraît qu’on n’en sort pas indemne ! Maintenant place à une petite présentation (je commencerai par ceux que je n’avais pas encore lus ni chroniqués) et en avant la musique !

Pour rappel, ces titres peuvent être téléchargés (au même prix partout) sur toutes les plateformes de vente de livres numériques. Les liens ici renvoient vers ePagine mais vous retrouverez également ces One shot sur les sites des libraires partenaires. Si vous souhaitez tester ces univers et écritures avant d’aller plus loin, sachez que chacune des nouvelles contient un extrait à télécharger gratuitement. Pour cela, rien de plus simple, cliquez sur la/les couverture(s) ou les liens.

ChG

 

Comic Strip, Arnaud Modat
Ici, sur le boulevard Desproges, les tapineurs se font appeler Buster, Coluche ou encore Raymond Devos, les maquereaux sont des clowns, la Cour des miracles (les recalés du Jamel Comedy Club) attend ses clients et ce n’est pas la chtouille qui se refile mais le cynisme. Ici comme ailleurs les frustrations vont bon train mais Arnaud Madat a remplacé les histoires de passes à la sauvette par des crises de rire bon marché. Mais, parce que c’est un One shot, il y a des chances que tout cela finisse dans un grand cimetière… Cet auteur est une découverte pour moi. Et j’irais bien voir qui il a pu sacrifier dans sa fée Amphète (un recueil de nouvelles qui vient également d’être mis en ligne par les éditions Quadrature).

Cinquante balles pour la peau, Éric Le Forestier
Drôle de nouvelle que Cinquante balles dans la peau mais pas drôle. Et quel style incisif, efficace, impeccable que celui d’Eric Le Frorestier que je découvre également ! On m’avait dit, tu verras c’est une sorte de Fight club à la française et on ne s’était pas trompé. C’est dur, très dur, très violent, et sans jamais trop en faire ni trop en dire, l’auteur dégomme en passant un certain nombre des vices actuels. Dans cette nouvelle urbaine, noire et rouge, l’auteur confronte le monde des SDF à celui des paris ignobles : un type à la rue se fait payer trois fois rien pour être tabassé par des femmes sapées SM dans un bois. Ça commence comme ça puis ça va plus loin et ça dérape…

Le cri de l’oiseau moqueur, Sébastien Ayreault
Le cri de l’oiseau moqueur se lit en moins d’une demi-heure. On retrouve ici la même ambiance, la même auto-dérision, le même univers, noir, glauque et attachant, que dans Sous les toits (du même auteur), via un récit polyphonique sur fond de fin du monde, une structure narrative plus éclatée et une virée à travers les USA en compagnie de déjantés de première. En la terminant je me suis dit que les frères Coen devraient adapter cette nouvelle. (extrait de notre chronique consacrée à cette nouvelle et au roman urbain de Sébastien Ayreault, Sous les toits, que je vous conseille toujours et encore).

La gaîté démente du poulet triomphant, Elias Jabre
« Devenir riche en une fraction de seconde ? Et si la chance souriait enfin à Greg et Farid, un duo de réalisateurs de clips hip-hop à la recherche du succès, à qui l’on promet une grosse somme d’argent en échange d’un « petit » service ? » (présentation de l’éditeur).

Absolut Barbarian Trip, Elias Jabre
Cette nouvelle d’Elias Jabre semble avoir été écrite à cent à l’heure ; ici, belle descente infernale, le trip (vous le lirez dans tous les sens du terme) vous emmènera sur une île où il fait beau et chaud (ça vous changera peut-être), une île paradisiaque sur laquelle des jeunes gens (dont le narrateur de cette histoire) ont été sélectionnés pour participer à un jeu où les règles (sex & drugs & rock’n'roll) étaient sans doute trop simples pour être honnêtes…

Un psychopathe et demi, Elias Jabre
Ne soyez pas étonnés si, lisant cette nouvelle construite dans la lenteur et la tension permanentes, vous vous retrouviez soudain à vouloir ouvrir une fenêtre et à chercher un peu d’air… C’est normal car dans ce huis-clos très angoissant, Elias Jabre s’empare, via le thriller, de nos petites lâchetés avec une radicalité effrayante. Pas immorale cette nouvelle mais amorale !

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