Tous les amateurs des littératures de l’imaginaire (science fiction, fantastique, fantasy…) connaissent le webzine actusf.com. Depuis 2000, sur ce site, on y parle romans, nouvelles, BD et films à destination des adultes et de la jeunesse via des critiques, des dossiers thématiques, des entretiens, des anthologies, des concours de nouvelles… En 2003, le webzine lance sa propre maison d’éditions, ActuSF. Un livre par an au départ, surtout des anthologies de textes de jeunes auteurs, des petits recueils de nouvelles et des novellas. Petit à petit le site se professionnalise, le catalogue s’étoffe, la maison qui se fait un nom dans le milieu de la SF et de la fantasy publie désormais une dizaine de titres par an, essentiellement des auteurs français (collection Trois souhaits) et quelques auteurs étrangers (collection Perles d’Épice). Nouvelle étape : depuis février de cette année les premiers ebooks (formats PDF et ePub, sans DRM et avec un tatouage numérique) d’ActuSF commencent à enrichir le catalogue des sites de vente en ligne de livres numériques avec des titres de fonds (surtout des recueils de nouvelles) et des nouveautés.
Le catalogue numérique de cette maison d’éditions comporte aujourd’hui 21 titres pour 13 auteurs francophones, jeunes et moins jeunes, débutants ou reconnus, et un auteur étranger, un grand nom de la SF. Quant aux prix, suivant s’il y a une ou plusieurs nouvelles, ils varient entre 0.99 € et 7.99 €. On y trouve pour l’heure deux titres de Thomas Day (auteur également publié au Bélial ou encore en Folio SF, 16 titres à son actif au catalogue numérique) et quatre titres de Roland C. Wagner ainsi que ceux de Jean-Michel Calvez (2 autres titres disponibles en numérique de cet auteur, chez Lokomodo et Asgard), Jean-Marc Ligny (auteur qui a un autre titre disponible en numérique chez Syros Jeunesse), Étienne Barillier, Charlotte Bousquet (3 autres titres en numérique de cet auteur, chez Mnémos, Archipel et Gulf Stream), Sylvie Denis, Mélanie Fazi (un autre titre de cet auteur a été publié par la revue numérique Angle mort), Éric Holstein (un autre titre de cet auteur en numérique, également chez Angle mort), Thierry Marignac, Maïa Mazaurette, Laurent Queyssi ou encore Christian Vila. Pour terminer, vous pourrez télécharger et lire trois titres de George R.R. Martin, auteur emblématique des éditions Pygmalion avec son cycle Le Trône de Fer (15 titres de cet auteur sont actuellement disponibles en numérique).
Parlons actualité maintenant. Alors qu’il paraîtra en papier le 14 juin, vient d’arriver en numérique un recueil de huit nouvelles de Mathieu Gaborit (+ une interview de l’auteur), D’une rive à l’autre (4.99 €, marquage sans DRM), un auteur de science fiction et de fantasy baroque très estimé pour Les Chroniques des Féals (3 titres en numérique chez Bragelonne), Les Chroniques des Crépusculaires (3 tomes chez Mnémos réunis en un seul), Abyme (2 tomes chez Mnémos réunis en un seul) ou encore Chronique du soupir (Le Pré au Clercs). Dans ce recueil les personnages s’appellent Jog (pilleur de cadavres sur les champs de bataille), Eyhide (un enfant méduse dont les serpents sont malades), Lozio (un sorcier éperdument amoureux d’une ondine) ou encore Nathan (jeune enfant icarien qui pilote un immense vaisseau spatial). Pour vous donner un avant-goût de la tonalité de ce recueil, petit extrait à lire en ligne ci-dessous de Aux Frontières de Sienne (cette nouvelle, la deuxième du recueil avait été publiée en 2000 dans une anthologie intitulée Royaumes aux éditions Fleuve Noir).
Tous ces titres peuvent être téléchargés sur ePagine ainsi que sur l’ensemble des sites des libraires partenaires (liste à jour ici).
ChG
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Aux frontières de Sienne
© Mathieu Gaborit & ActuSF
in D’une rive à l’autre, 2012
“Un soleil franc cognait aux fenêtres colorées d’Also Malaga, chambellan du roi. L’homme rejeta le mince drap de soie qui couvrait sa nudité et, sous l’œil averti d’une vieille gouvernante, accepta la bassine d’eau qu’elle lui tendait. En vingt longues années passées au service de l’empereur, il ne s’était jamais soustrait à ce rituel matinal. Il commençait par étendre la main vers une table de chevet de bois noir dont un compartiment abritait les essences rares celles que les capitaines impériaux allaient quérir aux frontières du nord dans d’étranges marchés de brume puis, d’un geste gourmand, il en retira une fiole cornue contenant des larmes de dryade. Il en fit couler quatre dans la bassine et attendit que l’eau se teinte d’une nuance gris clair augurant de la précieuse alchimie qui préserverait ses mains du travail à accomplir. Lorsque la couleur fut à son goût, il trempa un à un ses doigts dans le mélange parfumé et conclut le cérémonial par un claquement de langue satisfait.
Parfait, cette journée sera parfaite.
Il adressa un sourire à Zerbine, la gouvernante, et se leva d’un bond.
Mes habits, ma douce, dit-il en jaugeant son ventre maigre et noueux. Qu’en penses-tu ? lança-t-il alors qu’elle ouvrait un vaste placard pour y saisir le costume. J’ai encore maigri, tu ne trouves pas ?
La gouvernante se retourna et inclina la tête.
Autant qu’il le fallait, mon maître.
Oui, répéta-t-il dans un souffle, autant qu’il le fallait.
Il leva les yeux au plafond et fronça les sourcils en distinguant le visage du Zéphir prisonnier dans sa sphère. La créature cristalline chargée de conserver la pièce à une température clémente commençait à s’épuiser. Ses traits d’ordinaire lissés comme la glace s’affaissaient et gouttaient sous l’effet de la chaleur.
Il se fatigue… lâcha le chambellan d’une voix sentencieuse, tu veilleras à le remplacer. J’ai failli avoir chaud cette nuit.
Zerbine hocha la tête et évita de faire remarquer à son maître qu’elle ne supportait plus de condamner à mort ces petites créatures. Elle connaissait les vertus du silence et préféra taire cette blessure secrète, cette émotion inexplicable qui la saisissait dès qu’un Zéphir devait être sacrifié dans la gueule noire des fourneaux qui ronronnaient dans les cuisines du château.
Nous partirons au zénith, ma douce, fit le chambellan en boutonnant sa veste de satin écarlate. Ne sois pas en retard cette fois ci. Et apporte moi ma canne !
Un sourire s’élargit sur le visage d’Also Malaga lorsque sa main se referma sur le pommeau argent de la canne de cérémonie qui ne reflétait les lueurs du soleil qu’en de rares et funestes occasions.
La mort d’un duc…
Combien d’entre eux se partageaient l’empire sous l’autorité d’Icario le Septième, empereur de Sienne ? Même le chambellan ignorait à ce jour le nombre exact de ses seigneurs de province qui se pliaient, avec plus ou moins de bonne volonté, à la loi des Morts.
Also Malaga fit toquer le bout de sa canne sur les tommettes qui couvraient le sol.
Laisse-moi, ordonna-t-il à Zerbine.
La servante s’éclipsa sans un mot et l’abandonna à la tiédeur de sa chambre. Also Malaga y demeura un moment, le temps de goûter encore à ce doux frisson qui l’avait saisi la veille au soir lorsqu’un valet avait apporté une missive cachetée du duché de Galidea. Elle annonçait la mort du duc et demandait humblement la sentence du chambellan impérial pour renouveler les frontières du duché.
La loi des Morts…
En ce moment-même, le corps du défunt devait être exposé sur un catafalque tandis que les ducs voisins tremblaient en sentant le vent se lever. De sa force dépendraient les limites du duché de Galidea. Dans l’empire de Sienne, les frontières se renouvelaient en fonction de l’odeur de putréfaction exhalée par le corps du défunt. Si le vent se voulait clément à l’égard du mort et si le soleil, lui aussi, daignait accorder ses faveurs, les frontières s’élargiraient et provoqueraient à coup sûr colère et ressentiment dans les rangs des ducs voisins. Also s’en délectait d’avance, persuadé qu’il assisterait une fois encore au merveilleux spectacle des jalousies.”
