On en parlait il y a quelques jours ici-même : la coopérative d’auteurs (maison d’édition 100% numérique) publie.net proposera désormais chaque vendredi cinq titres issus de son catalogue au prix de 0.99 €, et ce jusqu’au lundi soir : la ou les nouveautés de la semaine mais également des titres remis à jour ou en avant. Il y aura au choix (selon l’arrivage comme on dit sur mon marché de la Croix de Chavaux) de la littérature contemporaine (poésie, récits), des essais, des romans noirs, de la SF et des grands classiques de la littérature mondiale. Pour tous les goûts, donc (comme on dit…). Aujourd’hui vendredi 3 mai, et jusqu’à lundi 7 minuit, chaque internaute pourra bénéficier du prix découverte publie.net (0.99 € chaque titre) pour les 5 titres suivants :
• une réédition d’un livre important de Jean-Michel Maulpoix devenu difficilement trouvable en papier, Ne cherchez plus mon coeur (1ère publication chez P.O.L en 1994, texte qui sera repris par publie.net en POD) (voir aussi l’extrait ci-dessous)
• une reprise du dictionnaire délirant de Josée Marcotte, La petite apocalypse illustrée (auteur également de Marge qui avait été chroniqué ici)
• une remise en avant de Déplacements de Marie Cosnay qu’on avait pu lire en 2007 aux éditions Laurence Teper et qui est aujourd’hui indisponible dans cette édition
• la remise à jour des mains d’Orlac de Maurice Renard, roman qui bascule dans l’étrange et qui a inspiré de nombreux auteurs et cinéastes du monde entier
• et enfin Questions d’importance de Claude Ponti, auteur qui depuis les années 80 « tromboline et foulbazar » dans la littérature jeunesse en retournant le rapport à l’image et au langage. Ici, un texte-poème, une liste de pourquoi qui font mouche, interrogent notre rapport au monde, à la nature et à l’humanité de manière touchante, décalée et parfois plus brutale.
Je rappelle que ces cinq titres peuvent être téléchargés (notamment au format ePub) depuis le site ePagine ainsi que chez tous les libraires partenaires. Sur ces sites-là, ils vous sont proposés sans DRM mais avec un tatouage numérique (watermark).
Enfin, un grand merci à tous de votre confiance. Grâce à vous, Le jeu continue après ta mort de Jean-Daniel Magnin (auteur pourtant inconnu du grand public mais qui avait bénéficié d’un prix de lancement très attractif) sur ePagine a dépassé en nombre de téléchargements deux des auteurs les plus vendus (lus ?) en France (devinez lesquels !). Et je suis très heureux que ce thriller ai rejoint liseuses et tablettes ces derniers jours.
ChG
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Extrait de Ne cherchez plus mon cœur de Jean-Michel Maulpoix
paru aux éditions P.O.L en 1986 et repris en numérique chez publie.net
Cela qui s’aventure ne porte pas de nom. La langue toute est son domaine. Agenouillé, il fouille avec des branches : un peu de terre dérange le ciel, de minces araignées patinent parmi les reflets.
C’était sur les rives de la Meuse, à peu de pas du déversoir au tumulte incessant, ou bien en altitude, auprès d’un lac silencieux cerné de sapins, serti très haut dans la fraîcheur.
Cela mélange ses eaux. Des paysages se superposent. Quelque source soudain imagine de jaillir, une écorce éclate, le torrent transparent enveloppe de glace les chevilles parmi les pierres.
Il déchiffre en lui-même un murmure indistinct où la clarté d’une voix vient le surprendre. A certaines heures, se souvient-il, la lumière semblait y mieux voir. Ainsi la tiédeur de la cloche que frappe à la vesprée un rayon de soleil oblique.
Sa mémoire s’écoule en poussière Cependant il exulte. Il s’évide mais s’obstine à parler de travers, rebondissant dans la blancheur comme une balle insonore.
Il démêle son désir à peine et remonte avec précaution vers des cimes lointaines où des phrases malhabiles furent griffonnées jadis sur des papiers pliés en quatre. Il poursuit sa propre fable en surplomb, jusqu’au corridor de la naissance éboulée dans l’herbe et le sang. Il froisse une fraîcheur d’église, un après-midi silencieux dans le souvenir de l’Office, quand le Dieu avec son cortège dort sous le bois ciré et que la croix s’égoutte au fond.
Cela s’égare dans son amour. Il se blottit: buste de femme et taille, couchés dans le trèfle, genoux pressés, sueur, linges sur les hanches, toison, échine, cheveux dénoués et bras nus. Il empoigne, caresse, se déplie se relève, puis s’agenouille encore…
Ce sont les gestes lents du soir dont la brûlure exauce un vœu ancien : dès maintenant mourir. Il invente cela pour se perdre et ne pourra cesser d’y croire, comme celui qui aime en détresse et dont l’amour disperse la vie entière.
© Jean-Michel Maulpoix, 2000.
