Aujourd’hui, découverte d’un auteur : Sébastien Ayreault qui vient de publier coup sur coup un roman et une nouvelle en numérique, Sous les toits et Le cri de l’oiseau moqueur, chez StoryLab (les illustrations sont de Noémie Barsolle). Et ça dépote !

© Noémie Barsolle
David Serre est le nom du personnage et le double de Sébastien Ayreault. C’est la deuxième fois qu’il apparaît. Après Dieu vit au-dessus du frigo (Ex-Æquo, novembre 210), il débarque Sous les toits de Paris (StoryLab) et on me dit même qu’un troisième volet lui serait consacré (à Atlanta cette fois ?).
David Serre n’est donc plus un enfant, il a quitté l’Ouest de la France pour Paris avec en tête pas mal d’ambitions et un peu de fric en poche mais très vite dépensé. David Serre s’ennuie un peu, picole beaucoup, mange mal, se masturbe entre une ou deux mésaventures dans son immeuble et quelques poèmes scatologiques griffonnés. Dans ses errances urbaines, David Serre rencontre des types pas si paumés que ça et forcément attachants ainsi que des filles qu’il ne sait (ou ne peut) pas retenir. Car David Serre ne sait pas où il va mais il y va. Et, à partir du moment où il se met à lire Miller, Bukowski, Fante ou encore Calaferte, David Serre se dit qu’il a trouvé sa voie, qu’il sera écrivain ou rien. Je ne sais pas si alignées comme ça ces phrases peuvent donner envie d’aller lire Sous les toits de Sébastien Ayreault. Pourtant cet auteur vaut le détour et son histoire décolle très vite, servie par des phrases qui font mouche, un style direct qui peut rappeler les auteurs cités supra mais sans mimétisme, sans maniérisme (sauf au début peut-être, le temps de s’y coller).
Peu importe l’histoire ici, d’ailleurs je ne la raconterai pas. Ce n’est pas ça qui a retenu mon attention. Que David Serre aille se cogner dans Paris, en banlieue, à Katmandou ou bien qu’il fasse et défasse ses premières armes n’y changera rien. C’est l’écriture qui compte, comme toujours, et le fait que celle-là contienne tout ce que le monde contemporain nous injecte (parfois de plus déstabilisant) m’a plu. Les déplacements ne sont juste là que pour décentrer David Serre et montrer la dispersion ou au contraire le sentiment de claustrophobie qui habitent ce personnage. Car pour moi ce roman de Sébastien Ayreault est avant tout un regard sur notre aujourd’hui, la dérive (avec tentative de s’en sortir et non de revenir à la case départ…) d’un jeune type qui doit traverser Paris + banlieue dans tous les sens pour survivre, une plongée dans l’intérim et la vie en usine ainsi qu’une saignée de la réalité sans cesse déformée par les litres d’alcool descendus. C’est aussi une vision, certes plus trash que ce qu’on nous propose en général en tête de gondoles, sur l’inquiétude d’être vivant et sur l’incertitude d’être soi d’un qui ne calculerait pas, jamais. D’ailleurs, le présent et l’écriture le travaillent tant qu’il est capable d’oublier ceux qui vivent à ses côtés. Oui David Serre est un personnage égoïste, instable, fragile comme tout, et borderline. Le constat est parfois sévère même si l’auteur jamais ne juge ni ne cherche d’excuses ou de justifications à ses actes. On est là, avec lui, au jour le jour, dans sa peau, son corps même, ses gueules de bois et ses descentes… Et si ça file à cent à l’heure c’est bien parce que David Serre vit tout intensément (quand il ne déprime pas) malgré les nombreuses galères et avec le minimum d’entraves. Et parce que David Serre cherche une solution pour gagner sa vie le plus facilement possible afin d’avoir du temps pour écrire. Comme l’usine ne lui permet pas ça, la musique sera peut-être son salut. À vous de lire…

© Noémie Barsolle
Pour ceux qui préfèrent les textes plus courts, les nouvelles, Sébastien Ayreault vient de publier Le cri de l’oiseau moqueur qui se lit en moins d’une demi-heure. On retrouve ici la même ambiance, la même auto-dérision, le même univers, noir, glauque et attachant, que dans Sous les toits, via un récit polyphonique sur fond de fin du monde, une structure narrative plus éclatée et une virée à travers les USA en compagnie de déjantés de première. En la terminant je me suis dit que les frères Coen devraient adapter cette nouvelle.
Pour aller plus loin, Sébastien Ayreault anime également son propre blog et nous permet d’écouter ses dernières chansons. Il a également écrit sur ventscontraires et a proposé un feuilleton sur le site des éditions de l’Abat-Jour. Et maintenant deux extraits. Le premier est issu de Sous les toits et l’autre du Cri de l’oiseau moqueur. Ils sont tous deux accompagnés d’illustrations saignantes de Noémie Barsolle qui a également signé la couverture de Sous les toits.
Ces deux titres sont disponibles chez tous les revendeurs de livres numériques, notamment sur ePagine ainsi que sur les sites des libraires partenaires (liste à jour ici).
ChG
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Extrait de Sous les toits,
illustrations de Noémie Barsolle,
StoryLab, coll. Urban stories, 2.99€
« L’usine, les jours, les semaines, les mois qui défilent à la pointeuse. Identiques, sans un souffle de vent. Les mêmes blagues, les mêmes histoires de famille, les mêmes gueules dans le fumoir, la même Vierge en pendentif, la même paie. Mes siestes l’après-midi. Luba à l’université. Mes soirées à enregistrer chez Phil. Luba endormie à mon retour. L’alcool, les drogues, les aspirines 1000 vitaminées au réveil. Et puis Le If disparu à jamais.
J’avais fini par ouvrir un blog. J’y publiais les textes de mes chansons, des petites nouvelles, des poèmes, quelques états d’âme. J’avais deux, trois lecteurs. Deux, trois lecteurs qui écrivaient aussi. On s’envoyait des compliments, des commentaires et souvent, je me sentais misérable. Souvent, Cambrasse couchée sur mes genoux, je repensais à mon hamster, rongeant ses barreaux, courant comme un con dans sa roue blanche. J’avais complètement zappé mon histoire avec Laura, mais pas celle avec Agnès. J’avais retrouvé son numéro de téléphone dans l’annuaire. Elle vivait toujours au même endroit. J’avais envie de l’appeler, de lui parler. Minuit à la pendule. Je regardais le téléphone, j’hésitais, et puis je partais à la fenêtre. Une fenêtre pleine nuit. Je rêvassais. J’imaginais une de mes chansons passant à la radio et Agnès, dans sa voiture, qui soudain reconnaissait ma voix. A l’autre bout de l’appartement, à des kilomètres de là, Luba dormait. Luba dormait de plus en plus. J’avais trouvé une boîte d’antidépresseurs planquée dans son sac. Lui en parler, avouer que je fouillais dans ses affaires… Je me taisais. Ce n’était pas nos vies de tous les jours qui s’accordaient mal – on riait, on buvait, on dansait nu sur des musiques débiles – plutôt nos rêves qui grinçaient les uns contre les autres. Luba voulait parcourir le monde et moi le monde, je m’en foutais. Du moins, le monde pouvait attendre. J’étais complètement parti dans cette affaire de chanteur. Je me voyais tout là-haut. Je me voyais number ONE, mal rasé, à la télé, à la radio, sur des affiches dans le métro. Je me voyais partout, causant de tout, donnant mon avis sur tout. Et plus ma découpeuse découpait, séparait et empilait les relevés de banque, plus je délirais. Et ouais, j’allais taper sur des bambous, gagner quelques millions, et sûr putain, sûr que ça m’irait vachement bien.
N’oublie jamais : « Peu importe ce que tu fais. Il y aura toujours des gens pour aimer, d’autres pour détester, et la plupart pour s’en foutre. » »
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Extrait du Cri de l’oiseau moqueur,
illustrations de Noémie Barsolle,
StoryLab, coll. One shot, 0.99€
« J’ai toujours aimé écrire. Des bouts de phrases sur des bouts de papier. Éphémères.
Je n’ai pas su quoi en faire. L’abandonner au bord de la route n’était pas une solution. Pas que j’en avais spécialement quelque chose à foutre qu’il se laisse crever, j’avais surtout la trouille qu’il aille se dénoncer à la police. Et ça, il en était hors de question. Je l’avais payée assez cher ma liberté.
Fin octobre – marre de rouler, marre des motels, marre de fuir – j’ai loué une maison dans le sud de l’Idaho, à Cedar City. C’est de là que j’écris, en ce 20 décembre 2012.
Il fait chaud. Étrangement chaud. Par la fenêtre, je l’aperçois en train de peindre cette cabane en bois. Voilà plusieurs jours qu’il est dessus. C’est pour les oiseaux moqueurs, qu’il dit. En souvenir de Billy. Après ça, il descendra à la rivière, il y restera une bonne heure, et puis il reviendra, s’effondrera devant la télé, et je lui donnerai ses médicaments. Quinze jours qu’on n’a pas baisés. Je crois que c’est le rouge. Il ne me parle plus de la fin du monde. Aucun besoin. Parce que la fin du monde, elle est en lui. Il la porte en lui. Pire qu’un poison. (Hillary, Carnet intime, feuilles déchirées, retrouvés dans un pick-up…)«

J’ai lu les deux, et oui, ça dépote !
Une belle écriture, très cinématographique, des illustrations qui ne laissent pas indifférent…bref 2 très belles découvertes.
Commentaire by Fonzy — 24 janvier 2012 @ 11:39
Je suis totalement fan d’Ayreault, depuis un bout de temps déjà, alors je ne te contredirai certainement pas!
Bravo pour cet article, belle analyse, sensible… A noter que le feuilleton sur le site de l’Abat-jour est d’un autre style, ce qui a, semble-t-il, déconcerté certains de ses lecteurs; personnellement j’ai adoré cet univers surréaliste!
Donc, oui, je recommande vivement. Et les illus de Noémie collent parfaitement à l’univers de Sébastien.
Commentaire by Mélusine — 24 janvier 2012 @ 23:25