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14 octobre 2011

Sur la route du lirécrire 2 : Rouler de Christian Oster

Sur la route du lirécrire est une nouvelle rubrique du blog (lire la présentation) dans laquelle je tenterai de parler de textes qui ont pour sujet la route, la marche, le déplacement, les trajectoires…, un sujet très souvent traité en littérature qui répond, à chaque fois pour celui est en mouvement et écrit, à une tentation très forte de saisir le monde et de se présenter à lui à travers les territoires et les paysages traversés. Marcher, rouler, se déplacer c’est aussi aller à la rencontre de l’autre et/ou de soi, même si les moyens de locomotion et de communication ont évolué. Certes, on continue à errer en pleine nature mais aussi dans ces lieux de la démesure que sont les mégalopoles. On peut partir à l’autre bout du monde ou arpenter chaque rue d’un quartier précis ; on s’y déplace à pied, à cheval, en avion, à dos de mulet, en TGV, en Vélib’, dans une barque,…, on peut choisir les chemins de traverses ou les autoroutes, grimper, voler, aller sous terre de mille et une manières tout en restant connecté aux autres et en racontant son parcours en temps réel si on le souhaite et s’il y a « du réseau ». Mais on peut aussi (volontairement ou non) s’y perdre. C’est tout ça qui m’a intéressé dans les textes que j’ai pu lire et dans ceux que je continue à découvrir. Bien qu’il y en ait de plus en plus de disponibles en numérique, le catalogue reste encore bien mince. Néanmoins (et sans même parler de mes lacunes) il y a déjà de quoi faire. La preuve aujourd’hui avec Christian Oster et son Rouler.



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Rouler de Christian Oster

éditions de L’Olivier

track : Annobon
Aldo Romano, Louis Sclavis & Henri Texier


Auteur surtout apprécié pour son auto-dérision et pour savoir allier dans ses romans le quotidien à l’absurde, la banalité à l’incongruité (Loin d’Odile, Mon grand appartement, Une femme de ménage, par exemple), Christian Oster, avec Rouler, fait monter dans une voiture un personnage dépressif qui, la chose est certaine, va quitter Paris pour Marseille mais ne prendra pas le chemin le plus court. On pourra être surpris de trouver dans cette errance plus de mélancolie et de noirceur que de rires jaunes et pourtant il me semble que tous ses textes précédents portaient déjà en eux, malgré la présence plus importante de décalages et d’humour noir, cette politesse du désespoir. Je me dis que certains lecteurs n’iront peut-être pas s’y risquer et que ce texte ne sera pas le plus lu de lui. Ce serait dommage car il y a là, sous l’ordinaire surface de ce road novel, un pari assez fort et risqué sur le temps, le vieillissement et la mort qui m’a plu, ainsi que des écarts qui sont la marque de fabrique de cet auteur (« Si j’avais été sommé de faire le point à ce moment, j’aurais dit que j’éprouvais seulement un gros besoin d’essence. D’avoir pas mal d’essence devant moi, dans un pays bien équipé en stations ».) Après plus de vingt années passées aux éditions de Minuit, Christian Oster arrive aux éditions de l’Olivier, et, vu la teneur de ce récit aux faux accents américains (tout au moins pour le regard quasiment jamais introspectif), ce n’est sans doute pas un hasard.

« Ma pensée cependant vagabondait vers Paul, que j’imaginais rejoindre sa voiture, ou l’avoir rejointe, déjà, et rouler au hasard dans l’idée de nous retrouver, puis se lasser, à force, et rentrer, ou au contraire prendre le genre d’option que j’avais prise en partant de Paris, rouler, finalement, rouler puisqu’il ne voyait pas quoi faire d’autre, et je me prenais à me demander combien on était comme ça, lancés au hasard sur des trajectoires absurdes. »

On prend donc la route avec le narrateur. Et avec lui on quitte Paris pour aller à Marseille. La chose paraît simple et pourtant il quittera très vite l’autoroute pour retarder au maximum son arrivée. Il s’arrangera pour se perdre ou pour prendre des auto-stoppeurs peu pressés d’arriver. Il grimpera des cols, visitera des vallées et des villages aussi perdus que lui. Il s’ennuiera le plus souvent mais il ne rebroussera pas chemin pour autant. Il traversera le Massif Central, il se blessera la cheville, il ouvrira la portière côté passager à une femme prête à tout pour lâcher son quotidien et il tombera aux portes de Marseille sur un pseudo ancien ami de fac. C’est là qu’il s’arrêtera de rouler pour un temps, dans cette maison d’hôtes qui n’a du château que le nom. Quand enfin un mort aura remplacé cette autre qui l’obsédait depuis le début, alors il entrera modifié dans cette ville méditerranéenne.

« Puis j’ai pensé que non, que j’étais vivant, que la vie en moi travaillait, en somme, travaillait encore et souterrainement, et que je la guettais au sortir de son trou, mais qu’elle ne ressemblerait pas à ce que j’avais connu, que peut-être même c’était maintenant qu’elle surgissait, et qu’en effet je ne la reconnaissais pas. »

Avec ce road novel écrit au passé-composé on est loin des grands espaces et des longues lignes droites américaines. C’est le ton adopté qui pourrait nous y ramener, souvent sec, et une propension pour l’ellipse aussi. Ici les chemins sont sinueux et boueux et l’horizon souvent bouché. Malgré tout, le personnage qu’on suit dans cette sorte de quête aux tonalités gris clair ne fait pas que fuir (il lui arrive de prendre des décisions) même si le plus souvent il recherche la solitude (« je voulais être seul, avec du temps devant moi et le moins possible derrière ») ou se pose régulièrement cette question : pourquoi roule-t-il (ou pour qui) – question qu’on s’est tous posés au moins une fois, non ?

Au moment de poster ce billet je suis tombé sur cette vidéo proposée par la librairie Mollat. C’est une autre manière d’aller à la rencontre de ce texte via cet entretien avec Christian Oster. Bonne route !

 

 

Retrouvez ce texte sur ePagine ainsi que sur tous les sites des libraires partenaires (liste à jour ici) dont la nouvelle librairie en ligne 100% numérique de Bernard Strainchamps, ebooksurf. Quel que soit le site vous pourrez télécharger gratuitement, si vous le souhaitez, un extrait au format ePub.

ChG


Prochain rendez-vous sur la route du lirécrire : L’Explosion de la durite, Jean Rolin.

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