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Conseils de lecture, entretiens, actualité numérique :

le Livre-Avenir ne se fera pas sans les libraires.

31 octobre 2011

Sur la route du lirécrire 3 avec Jean Rolin et InterzOne

Sur la route du lirécrire #3 en compagnie du texte de Jean Rolin, L’Explosion de la durite, éditions P.O.L (2007) et en musique (si ça vous chante) avec le magnifique On the road/Melody from Syria (2005) d’InterzOne (Khaled Aljaramani et Serge Teyssot–Gay).


Joseph Conrad en compagnie de David Bone et de Muirhead Bone sur le Tuscania

Sur la route du précédent lirécrire nous avions suivi le narrateur de Rouler de Christian Oster (éditions de l’Olivier) à travers un parcours sinueux entre Paris et Marseille en passant par le Massif Central. Aujourd’hui le vent va nous porter au-delà des eaux territoriales françaises. Vous l’aurez compris, cette fois la voiture ne sera pas le seul moyen de locomotion. On peut même aisément avancer que dans L’Explosion de la durite de Jean Rolin (éditions P.O.L) celle-ci n’est qu’un prétexte. Car si l’objectif du narrateur de ce récit est d’acheminer une Audi 25 de Paris au Congo (l’ex Zaïre, l’ancien Congo belge) et de la transformer en taxi, l’incident quasi liminaire, celui de la durite qui explose à quelques dizaines de kilomètres de Kinshasa, n’est que le point d’entrée à partir duquel l’auteur va cartographier sa géographie intérieure, littéraire et politique. Homme et voiture passeront en réalité plus de temps à naviguer qu’à rouler. Et dans ce périple seront convoqués autant d’écrivains et de voyageurs que d’hommes politiques (Joseph Conrad, Marcel Proust, W. G. Sebald, Che Guevara, Patrice Lumumba, Joseph-Désiré Mobutu ou encore Kabila père et fils, entre autres). Le récit n’est donc pas si linéaire que ça et celui-ci ne suit pas seulement ce que voit, entend, entreprend,…, le narrateur mais également ce que les images vont faire surgir : images de ses lectures, de ses traversées, de ses rencontres, images échappées de ses propres souvenirs et des chemins de traverse, images où s’entrechoquent le temps et le lieu du lirécrire, celui du voyage, de l’attente, des doutes lors des escales, sur mer, sur piste ou dans les chambres d’hôtel. Ici la route est plurielle et le réel fragmenté autour d’un prétexte et de mille autres petits et grands événements.

Taxis (neufs) à Kinshasa

Chez Jean Rolin la phrase se déroule à la manière d’un Proust, longue, et sinusoïdale, mais plus nerveuse toutefois (et ce n’est pas un hasard si le narrateur lira ici la totalité de la Recherche du temps perdu). Avec beaucoup d’autodérision, une prise sensible sur les événements et une faculté à se projeter, Jean Rolin embrasse large, des années 60 aux années 2000 (sa jeunesse, l’Histoire du Congo, les flux, l’écriture, les existences hors du commun ou étriquées, les tragédies, les fuites…). En une phrase l’auteur peut nous entraîner de Berlin à Pointe-Noire en passant par la Place de Clichy. Car la notion d’espace préoccupe Jean Rolin. Une seule de ses phrases nous fait sortir d’une bouche de métro, grimper dans un taxi parisien, prendre un avion ou monter sur un bateau, et dix années peuvent soudain avoir été traversées. Car l’espace-temps intéresse Jean Rolin. Une seule phrase nous fait partager la jeunesse dorée d’enfants d’expatriés, les manigances de voyous à col blanc ou le quotidien d’un ancien militaire africain devenu vigile dans un McDoc français et qui attend ici des jours meilleurs. Mélanger les anonymes et les personnalités a toujours nourri Jean Rolin. Et si ses phrases (ses boucles) nous retiennent à ce point c’est bien parce qu’elles nous parlent à nous qui sommes du voyage, parce qu’elles parlent de nous, de notre rapport au temps, à la maladie, la mort, l’amour… C’est là que Jean Rolin vient placer sa voix qui est avant tout une manière de voir le monde qui l’entoure (paysages et gens), monde qui le questionne, l’interpelle, le fait douter, lui donne envie d’avancer, de se moquer gentiment de nos faiblesses ou de nos stéréotypes mais surtout de sortir des chemins battus. Mélancolique, rêveur, moqueur, Jean Rolin est surtout acteur de sa propre expérience (même si elle tangue parfois), sa vision anti-exotique, son lirécrire en bandoulière n’est jamais brandi, toujours dans un retrait où la langue se fait. Et là encore, après La Clôture (2002), Terminal frigo (2005) ou L’Homme qui a vu l’ours (2006), Jean Rolin, avec moi, a fait mouche – beaucoup plus d’ailleurs qu’avec son dernier roman qui le hisse pourtant en tête des meilleures ventes, Le ravissement de Britney Spears, mais ça c’est une autre histoire.

L’extrait que je reproduis ci-dessous se situe aux trois-quarts du texte. J’aime particulièrement ce moment où le narrateur vient de terminer sa longue traversée en bateau et attend à Pointe Noire que l’Audi soit débarquée avant de l’acheminer à Kinshasa. Un autre extrait (le début du texte) peut être téléchargé gratuitement en ePub sur tous les sites des libraires partenaires d’ePagine (liste à jour ici).

ChG


Extrait de L’Explosion de la durite
Jean Rolin
, éditions P.O.L

Sur la route du lirécrire... de Paris à Kinshasa

« (…) la vie que je menais à Pointe-Noire était pour l’essentiel celle d’un retraité des couches inférieures ou moyennes de la fonction publique. Tous les matins, j’allais chercher des journaux français dans une librairie où j’étais sûr de n’en trouver aucun, ou alors il s’agissait d’un exemplaire datant de plusieurs semaines et ayant perdu tout attrait, même s’il faisait état d’événements survenus pendant mon embarquement et donc à mon insu. À défaut, j’achetais des journaux congolais, qui témoignaient d’une emphase et d’une confusion telles que je n’arrivais jamais à déterminer s’ils soutenaient les vues des autorités ou critiquaient ces dernières, une explication possible de cette obscurité, à la décharge des journalistes congolais, étant la nécessité de se dérober, derrière un écran de fumée, aux poursuites de la censure.
À midi, j’allais déjeuner d’une crêpe bretonne au salon de thé La Citronnelle, celui dont le décor et l’atmosphère me rappelaient si étrangement le Dakar des années soixante. Quelquefois, je partageais mon repas avec le chauffeur que la compagnie avait mis à ma disposition, et qui était un homme d’une piété confondante, presque toujours en train de se remettre d’une nuit passée à prier avec des pasteurs d’une quelconque « Église du réveil », ou de préparer la suivante.
Dans l’après-midi, il arrivait que je me promène avec lui, allant par exemple jusqu’à la frontière du Cabinda, ou encore visiter le club de tennis (ou de golf), dont je feuilletais distraitement le livre d’or, plein de photos de banquets réunissant des Blancs et, en plus petit nombre, des Noirs de même condition sociale qu’eux.
Dans la soirée, je remontais à pied, dans l’obscurité, l’avenue Barthélemy-Boganza jusqu’à son intersection avec l’avenue du Général-de-Gaulle, déclinant en chemin une demi-douzaine de propositions de baise qui émanaient souvent de filles très attirantes, puis je m’installais pour dîner à la terrasse du restaurant Le Kactus, lequel était fréquenté principalement par des expatriés. De ma place, je pouvais voir l’enseigne lumineuse de la station-service Total, de l’autre côté du carrefour, juste en face celle de la succursale du Crédit Lyonnais, avec son distributeur automatique de billets, et un peu plus loin, sur l’avenue du Général-de-Gaulle, celle de l’agence Air France. Le Kactus n’était donc pas un endroit où l’on pouvait se sentir dépaysé. Afin de limiter encore les risques d’un tel accident, j’y dînais invariablement d’une pizza Ninja – dont le nom me paraissait de circonstance, car c’était également celui d’une des milices qui s’étaient affrontées, quelques années auparavant, dans les guerres civiles de ce pays – et d’une bouteille de bière Ngok, dont l’étiquette représentait un crocodile vert sur fond jaune. Souvent dînaient à côté de moi, en gloussant, des filles pour expatriés, dont certaines me faisaient regretter le parti que j’avais pris de les éviter. Assis en contrebas de la terrasse, des membres du personnel s’entretenaient surtout en français, et tantôt dans une langue qui était probablement le lingala, si bien qu’au moment où la conversation prenait un tour intéressant, elle me devenait incompréhensible.
« Le mal d’amour tue, disait l’un, je vois bien que tu souffres, tu ne le sais pas toi-même, mais moi je le vois. » « Ton père a souffert, poursuivait-il, et toi, tu veux souffrir comme ton père : personnellement, jamais il n’y aura de femme chez moi. » Mais lorsque l’amoureux souffrant développait sa propre argumentation, et peut-être prenait la défense des femmes qui font souffrir, ou des hommes qui aiment à souffrir de telles femmes, c’était en lingala. »

© Jean Rolin, L’Explosion de la durite, P.O.L

29 octobre 2011

Anne Savelli lit Mon traître et Retour à Killybegs de Sorj Chalandon

Aujourd’hui Qui lit quoi ? #8 en compagnie d’Anne Savelli qui nous propose une lecture de deux romans de Sorj Chalandon, Mon traître et Retour à Killybegs (qui vient de recevoir le Grand Prix de l’Académie française). Ces deux textes publiés chez Grasset sont disponibles dans leur version imprimée mais également en numérique (en ePub). Ils peuvent être téléchargés sur les sites de tous les libraires partenaires de ePagine (liste à jour ici). Grand merci à Anne Savelli pour son billet qui mêle expérience et lecture personnelles. Sa chronique est suivie d’une rapide présentation de son travail ainsi que de celui de Sorj Chalandon. Plus bas encore vous pourrez lire un extrait de Retour à Killybegs (le prologue ainsi que le début du premier chapitre), extrait trouvé sur le site de la librairie Numilog qui propose un extrait plus long à feuilleter ici. ChG


J’avais déjà lu Sorj Chalandon dans Libération, sans doute, avant de découvrir Le Petit Bonzi, son premier roman paru en 2005, mais n’avais pas vraiment fait le lien, alors. Je travaillais pour les sites web des éditions Hachette, rédigeais anonymement des présentations de livres, interrogeais des écrivains et des éditeurs, remplissais des pages et des pages de « Six belles histoires pour la fête des mères », « Cent conseils pour bien jardiner », « Les grands romans de la rentrée », « Six pavés pour l’été » (600 signes par livre et 6 livres, toujours, si je me rappelle bien). Ouvrages blancs, jaunes, bleus que l’on recevait par dizaines, souvent semblables, dont j’avais peur de finir irrémédiablement écœurée.
Un jour, sur l’étagère de l’entreprise de com’ (on dit com’ oui) qui m’employait, est apparu Le Petit Bonzi.
Deux ans plus tard, dans ma boîte aux lettres, est arrivé Mon traître. Je ne travaillais plus pour le site Hachette (qui, sous la forme que je lui ai connue, a disparu depuis) mais devais me trouver sur une liste de services de presse. Sur la quatrième de couverture était écrit :

Il trahissait depuis près de vingt ans. L’Irlande qu’il aimait tant, sa lutte, ses parents, ses enfants, ses camarades, ses amis, moi. Il nous avait trahis. Chaque matin, chaque soir…

J’ai du mal, souvent, avec les « romans romans », la narration classique, les personnages. Mes lectures de l’époque « com » n’ont rien arrangé. Mais voilà. Parmi les livres jaunes, blancs, bleus, il y a eu Mon traître, dont Retour à Killybegs est le pendant, le second versant.

Mon traître n’est pas un « roman roman ». Même si le narrateur est luthier, non journaliste, le livre s’inspire fortement de la relation d’amitié que Sorj Chalandon, envoyé spécial en Irlande du Nord, a entretenue avec un militant de l’IRA, Denis Donadson. Et l’on parcourt Belfast, des années 70 à nos jours, en ayant l’impression de longer les murs, d’entrer dans les pubs, de croiser les patrouilles britanniques ; de savoir les gestes, les déplacements du corps ; d’entendre l’accent, de boire avec ceux qui boivent ; de comprendre la nostalgie du narrateur revenu à Paris lorsqu’il dit :

J’ai renversé ma chaise. Je suis parti. J’ai claqué la porte. J’ai marché dans la nuit d’avril avec les poings fermés. Je n’étais plus de ce lieu, de ces immeubles qui empêchent le ciel. Je n’étais plus rien ici. Je voulais Tyrone Meehan, Jim, leur regard, Falls Road, le sourire de Bobby Sands, l’odeur de tourbe à l’âtre, les clins d’œil au coin des rues, une main sur mon épaule, le cahot des taxis collectifs, les enfants en uniformes d’écoliers, les frites graissant le journal roulé en cornet, ma pinte de bière noire, le métal des blindés ennemis, l’aigrelet des fifres, le sourd des tambours, le ciel d’Irlande, sa pluie, sa peau.
(Mon traître, pages 124-125)

Ce que ça change, par rapport à une fiction « classique » ? Je ne sais pas vraiment – on parlera d’authenticité, sans doute. Authentique oui, la force de la relation qui lie Antoine, le luthier, à Tyrone, leader charismatique, objet de fascination. Authentiques, bien sûr, la violence de la rupture, l’intensité de la déception lorsque le narrateur découvre l’ampleur du mensonge, la duplicité de son « père de substitution » (je mets cette expression entre guillemets : si elle est exacte, elle est également réductrice). Chagrin de l’homme trahi qui cherche à découvrir, tout au long du récit, comment cela a pu advenir sans jamais réussir à le comprendre et continue d’aimer le traître, sentiment qui irrigue, porte, rythme, donne envie à son tour d’aimer.

Autant dire que j’attendais avec impatience la parution de Retour à Killybegs, dans lequel le narrateur n’est plus Antoine, mais Tyrone lui-même. Bien sûr, il y avait le désir de comprendre pourquoi et comment ce dernier en était arrivé là, avait, des années durant, menti à tout le monde. Mais ce que je voulais, surtout, c’était retrouver l’Irlande du Nord de Chalandon, son travail sur la nuit, le déchirement, l’humiliation, la résistance.
J’avais peur d’être déçue. Que la force vitale du premier n’y soit plus (entre temps, il y avait eu La Légende de nos pères, que j’aime moins, j’avoue). Comment parler de la même chose, de l’autre côté, avec autant d’acuité ? Comment, à nouveau, nous donner envie d’aimer (un homme, un paysage, un peuple, un pays…) ?
Sorj Chalandon y parvient. Il réussit à nous faire comprendre pourquoi Tyrone a trahi (ce qui n’excuse rien). Mieux : il nous place, nous, qui sommes Antoine (puisque nous avons lu Mon traître), dans la peau de Tyrone, et le fait en douceur, même si tout commence par la violence exercée par un père sur son fils.
Passant par Killybegs, lieu de l’enfance, revenant à Belfast, il nous plonge dans cet étonnement : être le traître. Et continuer de l’aimer.

Anne Savelli, octobre 2011.


Anne Savelli est écrivain et vit à Paris. Des quatre livres qu’elle a publiés, deux ont été chroniqués sur ce blog, Franck (Stock, 2010, disponible dans deux versions, imprimée et numérique) et Des oloé, espaces élastiques où lire où écrire (D-Fiction, 2011, disponible en numérique uniquement). Les deux précédents s’intitulent Fenêtres open space (Le mot et le reste, 2007) et Cowboy Junkies/The Trinity Session (Le mot et le reste, 2008). Elle anime également de manière très régulière le blog Fenêtres open space sur lequel elle publie textes et photos, journal d’écriture et de résidence, vases communicants,… ainsi que Dans la ville haute, site sur lequel elle met en ligne le journal de publication de Franck ainsi que des photos inédites et où, petit à petit, elle enregistre aussi l’intégralité de ce récit. Son prochain texte (avec Thierry Beinstingel), Autour de Franck, paraîtra en numérique chez publie.net (textes, photos et lecture audio).

 

Sorj Chalandon a été journaliste au quotidien Libération de 1974 à 2007 et il est depuis 2009 journaliste au Canard enchaîné. Grand reporter, il est l’auteur de reportages sur l’Irlande du Nord et le procès de Klaus Barbie qui lui ont valu le prix Albert-Londres en 1988. Auteur, il a publié cinq romans chez Grasset dont Le petit Bonzi (2005), Une promesse, prix Médicis 2006, Mon traître (2008) ou encore La légende de nos pères (2009). Il a obtenu en octobre 2011 le Grand Prix du roman de l’Académie française avec Retour à Killybegs.

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Prologue

« Maintenant que tout est découvert, ils vont parler à ma place. L’IRA, les Britanniques, ma famille, mes proches, des journalistes que je n’ai même jamais rencontrés. Certains oseront vous expliquer pourquoi et comment j’en suis venu à trahir. Des livres seront peut-être écrits sur moi, et j’enrage. N’écoutez rien de ce qu’ils prétendront. Ne vous fiez pas à mes ennemis, encore moins à mes amis. Détournez-vous de ceux qui diront m’avoir connu. Personne n’a jamais été dans mon ventre, personne. Si je parle aujourd’hui, c’est parce que je suis le seul à pouvoir dire la vérité. Parce qu’après moi, j’espère le silence. »

Killybegs, le 24 décembre 2006
Tyrone Meehan

1

Quand mon père me battait il criait en anglais, comme s’il ne voulait pas mêler notre langue à ça. Il frappait bouche tordue, en hurlant des mots de soldat. Quand mon père me battait il n’était plus mon père, seulement Patraig Meehan. Gueule cassée, regard glace, Meehan vent mauvais qu’on évitait en changeant de trottoir. Quand mon père avait bu il cognait le sol, déchirait l’air, blessait les mots. Lorsqu’il entrait dans ma chambre, la nuit sursautait. Il n’allumait pas la bougie. Il soufflait en vieil animal et j’attendais ses poings.
Quand mon père avait bu, il occupait l’Irlande comme le faisait notre ennemi. Il était partout hostile. Sous notre toit, sur son seuil, dans les chemins de Killybegs, dans la lande, en lisière de forêt, le jour, la nuit. Partout, il s’emparait des lieux avec des mouvements brusques. On le voyait de loin. On l’entendait de loin. Il titubait des phrases et des gestes. Au Mullin’s, le pub de notre village, il glissait de son tabouret, s’approchait des tables et claquait ses mains à plat entre les verres. Il n’était pas d’accord ? Il répondait comme ça. Sans un mot, les doigts dans la bière et son regard. Les autres se taisaient, casquettes basses et les yeux dérobés. Alors il se redressait, défiait la salle, bras croisés. Il attendait la réplique. Quand mon père avait bu, il faisait peur.

Un jour, sur le chemin du port, il a donné un coup de poing à George, l’âne du vieux McGarrigle. Le charbonnier avait appelé son animal comme le roi d’Angleterre pour pouvoir lui botter les fesses. J’étais là, je suivais mon père. Il marchait à pas heurtés, chancelant de griserie matinale, et moi je trottais derrière. A un angle de rue, face à l’église, le vieux McGarrigle peinait. Il tirait son baudet immobile, une main sur le bât, l’autre sur le licol, en le menaçant de tous les saints. Mon père s’est arrêté. Il a regardé le vieil homme, son animal cabré, le désarroi de l’un, l’entêtement de l’autre, et il a traversé la rue. Il a poussé McGarrigle, s’est mis face à l’âne, l’a menacé rudement, comme s’il parlait au souverain britannique. Il lui a demandé s’il savait qui était Patraig Meehan. S’il imaginait seulement à quel homme il tenait tête. Il était penché sur lui, front contre front, menaçant, attendant une réponse de l’animal, un geste, sa reddition. Et puis il l’a frappé, un coup terrible entre l’œil et le naseau. George a vacillé, s’est couché sur le flanc et la charrette a versé ses galets de houille.
— Éirinn go Brách ! a crié mon père.
Puis il m’a tiré par le bras.
— Parler gaélique, c’est résister, a-t-il encore murmuré.
Et nous avons continué notre chemin.

*

Enfant, ma mère m’envoyait le chercher au pub. Il faisait nuit. Je n’osais pas entrer. Je repassais devant la porte opaque du Mullin’s et ses fenêtres aux rideaux tirés. J’attendais qu’un homme sorte pour me glisser dans l’aigre de bière, la sueur, l’humide des manteaux et le tabac froid.
— Pat ? Je crois que c’est l’heure de la soupe, riaient les amis de mon père.
Il levait la main sur moi en secret mais quand j’entrais dans son monde, il ouvrait les bras pour m’accueillir. J’avais sept ans. Je baissais la tête. Je restais debout contre le bar pendant qu’il finissait sa chanson. Il avait les yeux fermés, une main sur le cœur, il pleurait son pays déchiré, ses héros morts, sa guerre perdue, il appelait au secours les Grands Anciens, les insurgés de 1916, la cohorte funèbre de nos vaincus et tous ceux d’avant, les chefs de clans gaëls et saint Patrick en plus, avec sa crosse à volute pour chasser le serpent anglais. Moi, je le regardais par-dessous. Je l’écoutais. J’observais le silence des autres et j’étais fier de lui. Quand même, et malgré tout. Fier de Pat Meehan, fier de ce père-là, malgré mon dos lacéré de brun et mes cheveux arrachés par poignées. Lorsqu’il chantait notre terre, les fronts étaient levés et les yeux pleins de larmes. Avant d’être méchant, mon père était un poète irlandais et j’étais accueilli comme le fils de cet homme. Dès la porte passée, j’avais de la chaleur en plus. Des mains dans le dos, des bourrades d’épaules, un clin d’œil d’homme à homme moi qui étais enfant. Quelqu’un laissait tremper mes lèvres dans la mousse ocre brun d’une bière. Mon amertume vient de là. Et je goûtais. Je buvais ce mélange de terre et de sang, ce noir épais qui serait mon eau de vie.
— Nous buvons notre sol. Nous ne sommes plus des hommes. Nous sommes des arbres, chantait mon père lorsqu’il était heureux.
Les autres quittaient le pub comme ça, le verre reposé et la casquette sur la tête. Mais pas lui. Avant de franchir la porte, il racontait toujours une histoire. Il capturait une dernière fois l’attention. Il se levait, enfilait son manteau.
Puis, nous rentrions, lui et moi. Lui titubant, moi croyant le soutenir. Il montrait la lune, sa clarté sur le chemin.
— C’est la lumière des morts, disait-il.
Sous ses reflets, nous avions déjà des manières de fantômes. Une nuit de brumes, il m’a pris par l’épaule. Devant les collines mouvantes, il m’a promis qu’après la vie, tout serait ainsi, tranquille et beau. Il m’a juré que je n’aurais plus rien à craindre de rien. Passant devant le panneau barré Na Cealla Beaga qui annonçait la fin de notre village, il m’a assuré qu’on parlait gaélique au paradis. Et que la pluie y était fine comme ce soir, mais tiède avec un goût de miel. Et il riait. Et il remontait mon col de veste pour me protéger du froid. Une fois même, sur le chemin du retour, il a pris ma main. Et moi, j’ai eu mal. Je savais que cette main redeviendrait poing, qu’elle passerait bientôt du tendre au métal. Dans une heure ou demain et sans que je sache pourquoi. Par méchanceté, par orgueil, par colère, par habitude. J’étais prisonnier de la main de mon père. Mais cette nuit-là, mes doigts mêlés aux siens, j’avais profité de sa chaleur.

*

Mon père a appartenu à l’Armée républicaine irlandaise. Il était volunteer, óglach en gaélique, un simple soldat de la brigade du Donegal de l’IRA. En 1921, lui et quelques camarades se sont opposés au cessez-le-feu négocié avec les Britanniques. Il a refusé l’édification de la frontière, la création de l’Irlande du Nord, le déchirement de notre patrie en deux. Il a voulu chasser l’Anglais du pays tout entier, se battre jusqu’à la dernière cartouche. Après la guerre d’indépendance contre les Britanniques, ce fut la guerre civile entre nous.
— Les traîtres, les lâches, les vendus ! crachait mon père en parlant des anciens frères d’armes rangés derrière la trêve.
Ces félons étaient armés par les Anglais, habillés par les Anglais, ils ouvraient le feu sur leurs camarades. Ils n’avaient d’irlandais que notre sang sur les mains.

Mon père avait été interné sans jugement par les Britanniques, condamné à mort et gracié. En 1922, il fut arrêté une nouvelle fois, par les Irlandais qui avaient choisi le camp du compromis. Jamais il ne m’a raconté, mais je l’ai su. A six ans d’intervalle, il s’est retrouvé dans la même prison, la même cellule. Après avoir été malmené par l’ennemi, il l’a été par ses anciens compagnons. Il a été frappé pendant une semaine. Les soldats du nouvel Etat libre d’Irlande voulaient savoir où étaient les derniers combattants de l’IRA, les réfractaires, les insoumis. Ils voulaient découvrir les caches d’armes rebelles. Pendant ces heures, ces jours et ces nuits de violence, ces salauds torturaient mon père en anglais. Ils donnaient à leur voix l’acier de l’ennemi. C’est comme s’ils ne voulaient pas mêler notre langue à ça.
— Êtes-vous anglais ? lui avait demandé un jour une vieille Américaine.
— Non, au contraire, avait répondu mon père.
Quand mon père me battait, il était son contraire.

Au mois de mai 1923, les derniers óglachs de l’IRA ont déposé les armes et papa a vieilli. Notre peuple était divisé. L’Irlande était coupée en deux. Pat Meehan avait perdu la guerre. Il n’était plus un homme mais une défaite. Il a commencé à boire beaucoup, à hurler beaucoup, à se battre. A battre ses enfants. Il en avait trois lorsque son armée s’est rendue. Le 8 mars 1925, j’ai rejoint Séanna, Róisín, Mary, tassés tête-bêche dans le grand lit. Sept autres sortiraient encore du ventre de ma mère. Deux ne survivraient pas.

© Sorj Chalandon, Retour à Killybegs, Grasset, 2011.

27 octobre 2011

La biographie de Steve Jobs par Walter Isaacson en ePub

Précision technique (27 octobre 2011, 16:00) : Numilog a bien mis à disposition auprès de tous les libraires la version numérique de la biographie de Steve Jobs mercredi 26 octobre à 10h29. Mais, comme pour les autres titres, ePagine a moissonné celui-ci à 4 heures du matin, aujourd’hui. ePagine va donc dès à présent se rapprocher de Numilog pour mieux caler ses heures de moissonnage.


Hier, sur le site Aldus et ce matin sur twitter, Hervé Bienvault se demandait si la biographie tant attendue de Steve Jobs (publiée chez JC Lattès, éditeur du groupe Hachette et distribué en numérique par Numilog) était en ligne sur ePagine et les sites des libraires partenaires puisqu’elle était déjà disponible depuis hier après-midi sur Numilog. Ma première réponse fut non, je ne le trouvais pas. J’ai alors cherché autrement, notamment en copiant-collant dans l’URL ce qu’on appelle l’EAN (9782709638821) pour le faire apparaître. Cela signifie que l’ebook a dû arriver via les flux cette nuit et qu’il est en train de remonter progressivement sur la base de données d’ePagine et des libraires partenaires (liste à jour ici).


à l'occasion de la sortie de la bio de Steve Jobs, 4 livres ont mis en avant sur ePagine (outre des livres techniques et informatiques, pas grand chose d'autre à se mettre sous la dent dans le catalogue pour l'instant...)


On annonce partout (lire notamment l’entretien avec Walter Isaacson sur le site du NouvelObs) que ce sera la plus grosse vente de l’année dans le monde. On dit (dépêche AFP) que les libraires chinois auraient été en rupture de stock en quelques heures, idem pour Amazon… Dans tous les cas, pour les amateurs, la version numérique est bel et bien arrivée (18.99 € en ePub avec DRM contre 25 € la version imprimée). Nous suivrons les lectures de très près (notamment celle de Bruno Rives) ainsi que la courbe des ventes…

ChG

 

la fiche de présentation telle qu'elle est apparue sur ePagine le 27 octobre au matin.

 


26 octobre 2011

Lectures royales pour le Roi des éditeurs

À l’occasion de la réception organisée en l’honneur du Roi des éditeurs et de ses « chroniques du Moyen Âge de l’édition », une petite table royale a été dressée sur ePagine, table autour de laquelle ont été conviés des rois de toutes sortes, de toutes époques et du monde entier. « Qui cache son fou meurt sans voix », écrivait Henri Michaux, non ? Et Shakespeare n’a-t-il pas dit quelque part que tout roi avait besoin d’un bouffon pour lui rappeler qu’il n’était qu’un homme parmi les hommes, pas un Dieu ? Alors vivent les trublions ! Tant pis pour les rois… Qu’ils meurent et qu’on lise !

Mais au jeu de l’immortalité, s’il ne devait en rester qu’un, lequel choisiriez-vous ?


 

Le Roi des éditeurs, publié par Numerik:)ivres, peut être téléchargé pour 2.99 € sous différents formats sur tous les sites de vente de livres numériques (liste des libraires partenaires d’ePagine ici). Si vous souhaitez en savoir plus sur la « naissance » du Roi des éditeurs et l’histoire de cette satire orchestrée par Laurent Margantin sur twitter jusqu’à cette édition numérique, rendez-vous sur le site ActuaLitté où Nicolas Gary, préfacier de l’édition numérique du Roi des éditeurs, s’en explique longuement.

ChG

24 octobre 2011

liste des éditeurs par distributeur et diffuseur

=> Info du 27 septembre 2012 : une nouvelle liste (à jour) peut être téléchargée en PDF ici / si vous souhaitez lire un billet plus récent avec des chiffres et données actualisées, c’est par là. Merci. ChG

Dans la série des questions qu’on se pose ou qu’on nous pose régulièrement, voici infra une nouvelle liste à consulter et à télécharger en PDF. Celle-ci recense tous les éditeurs présents au catalogue numérique ePagine (et libraires partenaires) par ordre alphabétique de distributeur et de diffuseur. Comme les choses bougent sans cesse je la mettrai à jour le plus régulièrement possible. Et, afin que vous puissiez la retrouver facilement, elle figurera constamment dans la colonne de droite de ce blog (PDF compris).

Distribution : à ce jour 7 distributeurs se répartissent les 455 éditeurs présents au catalogue => EDEN (61), ENTREPÔT NUMÉRIQUE (42), ePagine (51), Eplateforme (47), HARMATTAN (1), immatériel.fr (87), NUMILOG (166)

Diffusion : à ce jour, 17 diffuseurs se répartissent la diffusion des 455 éditeurs présents au catalogue.

- Pour EDEN (61) : Actes Sud (3), CDE (14), Edilarge (1), Flammarion (8), Gallimard (4), Harmonia Mundi (14), Sofedis (4), Volumen (13)
- Pour ENTREPÔT NUMÉRIQUE (42) : ePagine (42)
- Pour ePagine (51) : ePagine (46), Fnac (1), Virgin Megastore (1), Volumen (3)
- Pour Eplateforme (47) : Editis (47)
- Pour HARMATTAN (1) : L’Harmattan (1)
- Pour immatériel.fr (87) : immatériel (87)
- Pour NUMILOG (166) : Hachette (166)



Édition, diffusion & distribution numérique
liste établie le 21 octobre 2011
455 éditeurs


1. Distribution EDEN

diffusion Actes Sud
Éditions Actes Sud
Éditions du Rouergue
Gaïa Éditions

diffusion C.D.E.
Au diable vauvert
Balland
Denoël
Éditions La Branche
Éditions Verdier
Ginkgo
JC Gawsewitch
Joëlle Losfeld
Le Bélial
Liana Levi
Mercure de France
Nouveau Monde éditions
P.O.L
Table Ronde

diffusion Edilarge
Éditions Ouest-France

diffusion Flammarion
13e Note Editions
Arthaud
Aubier
Autrement
Casterman
Climats
Flammarion
Pygmalion

diffusion Gallimard
Gallimard + Verticales
Gallimard (patrimoine numérisé)
Gallimard Jeunesse
Les Grandes Personnes

diffusion Harmonia Mundi
Éditions Allia
Éditions de l’Aube
Éditions Bleu autour
Éditions Champ Vallon
Éditions Philippe Picquier
Éditions Thierry Marchaisse
Éditions Wombat
Éditions Yago
Éditions Zoé
La Fosse aux ours
Indigène éditions
Le Mot et le reste
Les Impressions nouvelles
Passage du Nord Ouest

diffusion Sofedis
Éditions Privat
FFRandonnée
L’Oeuvre éditions
Saint-Augustin

diffusion Volumen
Christian Bourgois
CNRS Éditions
Delachaux et Niestlé
Don Quichotte
Éditions Asphalte
Éditions Sciences Humaines
Éditions de l’Olivier
Éditions de l’Opportun
Fetjaine
La Martiniere
La Martinière J. fiction
Métailié
Minuit
Seuil


2. Distribution ENTREPÔT NUMÉRIQUE

diffusion ePagine
Alliage éditeur
Archimède (Québec, Amérique du Nord)
Bayard Canada
Bouton d’or Acadie
Cogito Média
Dominique et compagnie
Éditions AdA
Éditions Berger
Éditions David
Éditions de la Violette
Éditions de l’Isatis
Éditions Dédicaces
Éditions du CHU Sainte-Justine
Éditions du Vermillon
Éditions la Caboche
Éditions MultiMondes
Éditions Nota bene
Éditions Novalis
Éditions Prise de parole
Éditions Sylvain Harvey
Gaudet Éditeur
Guides de voyage Ulysse
Guy Saint-Jean Editeur
Je suis le héros
La Pastèque
Les Éditions Belle Feuille
Les éditions de la courte échelle
Les Éditions du CRAM
Les Éditions Héritage
Les Éditions La Presse
Les Éditions Manuka
Les Éditions Porte-Bonheur
Les Éditions Québec Amérique
Les Éditions SM
Les Presses de l’Université de Montréal
Les Presses de l’Université d’Ottawa
Marcel Broquet
Option Santé
Presses de l’Université du Québec
Presses de l’Université Laval
Productions André Harvey
Septentrion
Vélo Québec


3. Distribution ePagine

diffusion ePagine
Actes Sud (1 titre)
ActuaLitté
Angle Mort
Bayard Editions
Diabase
D’un noir si bleu
EbooksGratuits.com
Éditions de l’Abat-Jour
Éditions de l’Éclat
Éditions d’Organisation
Éditions du Sirocco
Éditions Le Mono
Éditions Livrior
Éditions Performances
Esprit du livre
Eyrolles
Fleurus
Florent Massot
Gallimard (écoutez lire)
Gereso
gravitons éditions
Guides MAF
Interface
La Découverte – SLF
L’éditeur en ligne
Les moutons électriques
Librii
Mame
Mame Bayard Cerf
Mame-Desclée
Mame-Edifa
Mango
Mariel
Mnémos
Nevicata
Numerik:)ivres dédicace (temporaire)
Parti socialiste (temporaire)
Payot
Presses des Mines
Ravet-Anceau
Revue Phénicienne
Rustica Éditions
Stéphane Million Editeur
Storylab
TDO
Ventana éditions
VM

diffusion Fnac
Fnac.com

diffusion Virgin Megastore
Virgin Megastore

diffusion Volumen
La Volte
Viviane Hamy
Zulma


4. Eplateforme

diffusion Editis
10/18
Acropole
Alma éditeur
Belfond
Bordas Parascolaire
Bordas Pédagogie
Éditions de l’Homme
Equitips
First
First – Gründ
First Interactive
Fleuve noir
Héloïse d’Ormesson
Hors collection
Julliard
La découverte
Langues pour tous
Le Cherche-Midi
Le pré aux clercs
Le Robert
Les nouveaux auteurs
Lonely Planet
Max Milo
Michalon
Michel Lafon
Mordicus
Nathan Jeunesse
Nathan Pédagogie
Nathan Pratique
Nathan Technique
Nil éditions
oh éditions
Omnibus
Paris Méditérranée
Plon-Perrin
Plon-Perrin Presses de la Renaissance
Pocket
Pocket Jeunesse
Presses de la cité
Prisma
Robert Laffont
Romain Pages
Solar
Sonatine éditions
Syros Jeunesse
Versilio
XO Editions


5. Distribution HARMATTAN

diffusion Harmattan
Éditions de L’Harmattan


6. DISTRIBUTION immatériel.fr

diffusion immatériel
ADBS Immatériel
Alphabet de l’espace
Association AMIS
Bragelonne
Candide & Cyrano
Caracolivres
Cavalier Bleu
Chouetteditions.com
Cléo
Coëtquen Editions
Collège de France
Conseil de l’Europe
Des Oreilles Pour Lire
D-Fiction
Digit Books
E,P & LA
E.PHEL
Edern Éditions
e-Diciones KOLAB
Éditions Alain Gravelet
Éditions Asgard
Éditions de la Licorne
Éditions d’En Face
Editions des îlots de résistance
Éditions des Rosiers
éditions È®E
Éditions EMS
Éditions Le Manuscrit
Éditions Ligne Continue
Éditions Lokomodo
Éditions Subjectile
Éditions Textes Gais
Éditions Tisselame
éditions Zinedi
Emue
Encre
ePublier.com
Ex-Æquo
Expressite.fr
Fondation de la Maison des Sciences de l’Homme
Foolstrip
François Dhalmann
Fûdo éditions
GIDEON Informatics
Icasore
Institut français du Proche-Orient
Istesso Tempo
Jean-Luc PETIT Editions
La souris qui raconte
LC éditions
Le Publieur
LePtitLittéraire.fr
Les quatre chemins
Librid
Loze-Dion Éditeur
Maison des sciences de l’homme
Maxima
MCL éditions
Midinnova
Mille saisons
Mosaïque Santé
Must Read Summaries
NUMERIK:)ivres
O’Reilly Media
OWNI
Pearson
Petit Futé
Ptitinédi.com
Publibook
Publie.net
Res Publica
Rocky Nook
Rosenfeld Media
Rue des Promenades
Savoirs et textes
Scarabéa
Suki Éditions
Sully
Telemme
Thaifiction Publishing
TidBITS Publishing, Inc.
Transit Éditeur
Voy’el
Walrus
Wolters Kluwer
Zabouille éditions
Zebook.com

7. Distribution NUMILOG

diffusion Hachette
5PM Consulting
A l’Envers Éditions
Abemadi
ACR Éditions
Adabam
Afnor Éditions
Albin Michel
Almora
Alter Media
Arelire
Armand Colin
Association Terra Incognita
Assouline
Astroemail
Atelier Perrousseaux
Atma-Soul Éditions
Belenus
Belin
Bibli’O
Blanche
BLF Europe
Boris Tzaprenko
Bréal
Calmann-Lévy
Chalagam
Cherche-bruit
City Éditions
ComprendreChoisir.com
Concept Expression Traduction
Diaspora Éditions
Didier
Dominique Leroy
D’Orbestier
Dunod
Dynamite
eBooksLib
Écrits de colère
Ediscience
Éditions AAMC
Éditions 1
Éditions Créer
Éditions de la BnF
Éditions de l’Archipel
Éditions de l’O.C.D.E.
Éditions des Deux Terres
Éditions des Régionalismes
Éditions DésIris
Éditions du Carillon
Éditions du Toucan
Éditions Eagle Counselling and Development
Éditions Gérard de Villiers
Éditions Graphelia
Éditions HoméoPsy
Éditions Idéo
Éditions Jeanne de Rozereuil
Éditions Kawa
Éditions Kéruss
Éditions l’Escalier
Éditions Lungarini
Éditions Matériologiques
Éditions Musarde
Éditions Nora Mégou
Éditions PC
Éditions Rodarima
Éditions Rue d’Ulm
Éditions Sedes
Éditions Solyless
Éditions Zinedi
EDP Sciences
ENI
Entretiens intern. de Monaco
e-theque
Fayard
Fayard/Mazarine
Fayard/Mille et une nuits
Fayard/Pauvert
Fayard/Pluriel
Fluo
Foucher
Grasset
Grasset Jeunesse
Groupe Revue Fiduciaire
Gualino Éditeur
Gulf Stream Éditeur
Hachette Éducation
Hachette Filipacchi Associés
Hachette Français Langue Étrangère
Hachette Jeunesse
Hachette Littératures
Hachette Pratique
Hachette Tourisme
Harlequin
Harlequin K.K./SoftBank Creative Corp.
Hatier
Hermann
Hermès Science
Hland
Ibis Rouge Éditions
ILADI AE
Imago
Institut océanographique éditeur
InterEditions
JBZ Éditions
JC Lattès
JePublie
John Boring Diffusion
La Cause des Livres
La Découvrance
La maison d’éditions
La Musardine
Larousse
L’Autre Éditions
Le Cavalier Bleu
Le Cormoran
Le Grand Large
Le Livre de Poche
Le Masque
le Rocher de Calliope
Le Sureau
Les Belles Lettres
Les Grégoriennes
Les Intouchables
Les Mots en soie
L’Étudiant
LGDJ
L’Herne
L’Industrie du Rêve
Marabout
Mare Nostrum Éditions
Masson
Matière à savoir
Media 1000
Michel de Maule
Micro Application
Microsoft Press
Moulinier et Associés
Neo Cortex
Norbert Crochet présente
NumiLog
Numlivres.fr
Orbit
Oskar
Oxalide
Pika
Premium
Presses Universitaires de Grenoble
Presses Universitaires de Rennes
Puits Fleuri
PyréMonde
QUAE
Quatrième Zone
Ricochet
Rivages
Robert Jauze
Sabine Fournier
Salvator
Samedi Midi Éditions
SARI
SOCEF Éditions
Sorengo Éditions
Spirit of Orion
Stock
Technedit
Terr@ Éditions
Thriller Éditions
Vis-à-Vis
Voyel
Vuibert
Wayaka

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