Aujourd’hui Qui lit quoi ? #4 en compagnie de François Boujard qui a choisi le thème de l’émigration et parlera de deux romans, À bras le cœur de Mehdi Charef (Mercure de France) et Mbëkë mi (À l’assaut des vagues de l’Atlantique) d’Abasse Ndione (Gallimard, collection Continents noirs). Ces deux textes sont disponibles en numérique (formats PDF et ePub) sur les sites des revendeurs de livres numériques, dont ePagine ou Place des libraires numérique. Et merci à François Boujard d’avoir répondu spontanément à mon invitation !
Voici deux titres parmi ceux que j’ai lus sur ma Bookeen et qui m’ont interpellés : À le bras le coeur de Mehdi Charef et Mbëkë mi (À l’assaut des vagues de l’Atlantique) de Abasse Ndione. Ma première impression a été que ces livres parlaient de l’immigration et j’ai cherché comment développer ce thème à l’aide des idées trouvées dans ces lectures. Je me suis aperçu que, mis à part les deux ou trois derniers chapitres de À bras le cœur où Medhi Charef parle de son arrivée en France, je parlais de ces livres autour de moi uniquement parce que j’y trouvais la justification de l’immigration que je recherchais. Dans cette justification se trouvaient pêle-mêle la fuite de la précarité, l’inégalité Nord-Sud ou encore l’admiration pour ces deux auteurs – symboles de l’intégration – qui m’ont touchés ; le tout mélangé avec mes souvenirs de voyages dans des pays où la corruption et l’arrivisme sont aux commandes, laissant à la population très peu de chances de s’en sortir et très peu d’espoir, celui d’un lendemain meilleur. Rien à tirer de tout ça, à part des généralités.
En revenant sur la fiche de Mbëkë mi, je lis dans les tags : « émigration ». Mais oui bien sûr ! Si ces livres m’ont touchés c’est qu’ils parlent de l’émigration et non de l’immigration et que la fiction bien plus qu’un essai nous fait rentrer dans la vraie vie. L’histoire des protagonistes de Mbëkë mi m’a fait comprendre les rapports sociaux centrés sur la tribu en Afrique, tribu qui va jusqu’à organiser l’émigration en choisissant ceux qui partiront puis en récoltant l’argent envoyé par ces derniers afin de le redistribuer. Quant au roman de Medhi Charef (même s’il est autobiographique) il m’a rappelé que l’amour filial et maternel est bien plus puissant que la religion, les coutumes, la politique et la nationalité.
Nous sommes abreuvés d’informations sur l’immigration mais avant cela il y a l’émigration beaucoup plus complexe à appréhender ; ces deux romans m’y ont aidé.
François Boujard est le Directeur Général de TITE-LIVE dont dépend ePagine. TITE-LIVE a été créée en 1983 par Stéphane Magnard et lui-même. Cette société est spécialisée depuis 25 ans dans le développement d’outils d’informations pour les produits culturels à destination des libraires notamment (logiciels de gestions de stock, bases de données, solution Internet, informations statistiques).
Mehdi Charef est un écrivain, réalisateur de cinéma et auteur de théâtre français, né le 24 octobre 1952 à Maghnia en Algérie. Il arrive en France à l’âge de dix ans, et passe une partie de son enfance et adolescence dans les cités de transit et les bidonvilles de la région parisienne (le sujet de À bras le cœur). Fils d’ouvriers, il a lui-même travaillé en usine de 1970 à 1983, comme affûteur. Il arrive au cinéma quand Costa-Gavras lui conseille de réaliser lui-même la version cinématographique de son roman Le Thé au harem d’Archi Ahmed. Depuis il a réalisé de nombreux autres films et a écrit et publié plusieurs romans et pièces de théâtre (lire l’entretien sur fluctuat.net).
Abasse Ndione Fils d’un petit commerçant d’un village du Sénégal, Abasse Ndione suit d’abord l’école coranique locale avant que son père ne les pousse lui et son frère à aller à l’école française. Il suit des études d’infirmier et exercera ce métier jusqu’à sa retraite. Son premier roman, La Vie en spirale mettra 8 ans avant d’être publié au Sénégal. Il attirera l’attention de Gallimard qui le publiera et il est désormais étudié dans les écoles du Sénégal. Pour ses romans, Ndione indique penser d’abord en wolof puis les retranscrire en français. Il habite à Rufisque, une ville de pêcheurs à une vingtaine de kilomètres de Dakar.
