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22 août 2011

Christine Jeanney lit Marge de Josée Marcotte

Comme annoncé la semaine dernière on inaugure aujourd’hui la nouvelle rubrique « Qui lit quoi ? » en compagnie de Christine Jeanney qui propose une lecture avec extraits de Marge de Josée Marcotte, livre numérique publié dans la collection Décentrements chez publie.net, une collection qui accueille des auteurs québécois contemporains. Ce texte est disponible sur le site de l’éditeur ainsi que sur tous les sites des revendeurs de livres numériques, dont ePagine ou Place des libraires numérique (3,49€ sans DRM).

 

Marge est une excroissance de Josée Marcotte qu’elle ne peut contenir. Alors elle joue avec, la manipule comme on tripote un collier de perles. Elle la pose bien en face, la scrute au fond des yeux, aussi. Elle lui crie dessus, lui tourne le dos, puis l’attrape à l’épaule pour la consoler.
Marge, c’est tout ça en fragments : une petite bonne femme un peu terrienne, un peu foldingue, triste, acide, drôle, d’une intelligence redoutable, extravagante, solitaire, naïve, fantasmagorique, qui tous les jours veut dire quelque chose du monde autour d’elle, du sol de sa cuisine, de la file d’attente de l’épicerie, de ses rêves, des folies qu’elle gribouille d’un jet qui deviennent des tableaux.
Marge s’appelle « marge » et elle tutoie la page, lui lance des questions, fortes, remuantes, elle nous dit Secoue-toi ! et ça marche, ça bouscule. Elle tord les idées reçues, les mécanismes qu’on ne voyait même plus à force de les fréquenter, les expressions toutes faites. Marge est une révoltée et on dirait qu’en lire un peu chaque jour nettoie l’organisme.

*

Une compétence de Marge… se cogner partout, constater les bleus, compiler les dégâts et déterminer leur origine…
Elle s’y trompe à chaque fois…

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Quand Marge est tendue, elle se livre à un petit exercice de jonglerie. Elle s’assoie confortablement dans sa chaise berçante, puis elle jongle de tout son corps… un nez par ci, un tibia par là, une fesse, hop-là, une oreille… Ta-dam… Jusqu’à ce qu’enfin tout retombe bien à sa place, jusqu’à une prochaine fois…

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On peut aisément reconnaître Marge à ce signe distinctif… Quand l’envie lui prend, elle porte son cœur au front. Son corps, une broderie qu’elle fait et défait, inlassablement…

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Marge entend encore ce cri insupportable… C’en est trop, il faut faire quelque chose… Elle arrache ses doigts pour s’en faire des bouchons. Le cri persiste…

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Ça y est, un loup a encore soufflé sa maison…
Le travail d’une femme n’est jamais terminé…

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Pendant que son monde s’écroulait, on a refusé tout net à Marge le droit de passer aux douanes sous prétexte qu’elle n’était qu’un personnage fictif… non, mais…

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Et je me retrouvai, avec, entre les mains, ce minuscule corps étranger, déplacé, peut-être disloqué, comment dire, il n’entrait dans aucune de mes poches, être décomposable, ou décomposé, superflu, tenu à bout de bras, s’effritant entre mes doigts et répondant au nom de Marge…

*

Marge a deux yeux tant mieux, deux oreilles pour n’y rien comprendre, une langue pour n’importe quoi, dix doigts pour appuyer sur la fenêtre, des yeux pour vivre, un dos pour tout prendre, un crayon dans l’oreille, le cou de l’autruche, la loterie au fond de la gorge, des fenêtres plein la maison, des plumes plein les ailes de papier, des rires plein les larmes, des lèvres inconnues plein la peau, l’elfe de maison au cœur, l’apocalypse dans la tête, la balançoire aux coins des lèvres, l’affirmation sur la peau, la marionnette facile, la chute récurrente, le pas lent, le cœur à ciel ouvert grossit, les ongles sur le tableau, le vide au bout de la laisse, la solitude impossible et les autres à la fenêtre….

 

Tout ce qui est en italique est extrait de Marge de Josée Marcotte que je vous recommande expressément de lire. Retrouvez également d’autres tribulations maniacofictives de Marge sur le blog du même nom. Par ailleurs Josée Marcotte propose un autre projet d’écriture sur le blog Mémoires d’outre-songe sous-titré « La marge me sied mal, l’apocalypse m’ira peut-être mieux, ou vice versa. »

Cette chronique est écrite par Christine Jeanney, auteur que je suis au quotidien depuis un bon moment maintenant via ses blogs et sites mais aussi à travers ses publications. Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur Christine Jeanney (sans jamais oser le demander) se trouve ici (parutions, projets en cours, chroniques…). Plusieurs de ses textes sont disponibles en numérique. Il m’est arrivé d’en parler, notamment ici et . Grand merci à elle d’avoir répondu si rapidement à ma demande (avec enthousiasme et humour en plus de ça !).

 

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