Il y a quelques semaines l’éditeur pure player StoryLab lançait une nouvelle collection d’ebooks (des nouvelles pour moins d’un euro) : « One shot ». Initiateur de ce projet, Elias Jabre (que je croise depuis quelques mois chez ePagine) est également devenu le premier auteur à rejoindre cette nouvelle collection avec deux de ses nouvelles. Après Absolut barbarian trip (fin mai) c’est au tour de Un psychopathe et demi d’être désormais propulsé sur tous les sites de vente en ligne, mobiles ou non. Deux nouvelles donc et deux univers : Absolut barbarian trip semble avoir été écrit à cent à l’heure ; ici le trip (vous le lirez dans tous les sens du terme) vous entraînera dans une descente aux Enfers sur une île où des jeunes gens (dont le narrateur de cette histoire) ont été sélectionnés pour participer à un jeu où les règles (sex & drugs & rock ‘n’ roll) étaient sans doute trop simples pour être honnêtes… Un psychopathe et demi est en revanche une nouvelle beaucoup plus lente, plus angoissante aussi, quasiment un huis clos. Et ici Elias Jabre s’empare, via le thriller, de nos petites lâchetés avec une radicalité effrayante. Place maintenant à l’entretien auquel Elias a bien voulu participer. Merci à lui.
Entretien avec Elias Jabre
Avec Absolut barbarian trip et Un psychopathe et demi, StoryLab vient d’inaugurer une nouvelle collection (« One shot ») réservée aux textes très courts, mobilité oblige. Qui a eu l’idée ? L’éditeur ? Toi ?
L’idée de lancer une collection de nouvelles me trottait dans la tête depuis un certain temps. On avait commencé à y réfléchir avec un petit groupe à l’époque où on essayait de monter une maison d’édition papier, et en calculant, publier des nouvelles papier à moins de deux euros, s’avérait injouable d’un point de vue économique. Travaillant également dans l’édition numérique, je savais qu’il y avait une autre carte à jouer. J’ai commencé par aller voir un éditeur traditionnel, mais l’ebook lui semblait trop nébuleux pour se lancer. Un jour, j’ai découvert Storylab et j’ai été fortement séduit par leur positionnement. Ils étaient arrivés aux mêmes conclusions : des textes courts, à prix réduit, pour la mobilité, en numérique. J’ai commencé par envoyer Absolut Barbarian Trip, qui a leur a plu, et quand j’ai rencontré Nicolas Francannet, l’un des fondateurs, je lui ai proposé de pousser leur logique jusqu’au bout : des formats « nouvelles » vendues sur le modèle des tracks de musique à 99 cents.
As-tu le projet d’écrire d’autres nouvelles pour cette collection ? Si oui seront-elles ensuite réunies dans un recueil ?
Rien n’est encore défini.
J’imagine que la collection est ouverte à d’autres projets d’écriture, à d’autres auteurs confirmés ou débutants. Qui fait la sélection et comment un auteur doit procéder s’il souhaite envoyer un de ses textes ?
Bien sûr, tant que le texte gagne nos faveurs ! La ligne éditoriale, c’est essentiellement deux critères. Le format court, des nouvelles entre 25 000 et 45 000 signes. Et des histoires, sans limite de thème, du thriller à la science-fiction, etc. L’idée que les auteurs développent des univers forts, à l’instar des séries américaines, nous plaît aussi beaucoup. La sélection est faite par le comité de lecture Storylab, et quelques lecteurs donnent également un premier avis. Les manuscrits peuvent être envoyés ici.
Tu travailles actuellement à un projet en Recherche et Développement pour ePagine, le livre numérique ne t’est donc pas étranger. Tu pourrais nous en parler un peu ?
Je suis le projet SOLEN, c’est une plate-forme de recherche destinée aux libraires qui associera par contexte des contenus de journaux, de revues et des livres numériques, le but étant de multiplier les croisements pertinents entre différents contenus. Concernant l’ebook, étant donné la facilité à produire un livre aujourd’hui (un ebook mais également un livre papier) à un coût limité, je crois que les éditeurs vont devoir réinvestir de façon ferme leur premier rôle, celui d’accompagner les auteurs, en prenant le temps de travailler leurs textes. Désormais, il va falloir se démarquer encore davantage pour être visible, et l’éditeur reste le principal garant des auteurs publiés. En plus de la production foisonnante où il faut trouver sa place, il y a également les nouveaux prescripteurs qui vous attendent au tournant, des nouvelles formes de critique professionnelle avec des sites comme nonfiction, aux critiques de lecteurs regroupés dans des communautés comme Babelio. De leur côté, les prescripteurs libraires vont sans doute voir leur rôle s’accentuer en même temps que leur métier évoluer. Ils pourraient se mettre à gérer des communautés de lecteurs en ajoutant une coloration plus humaine que la simple relation entre internautes qu’offrent les solutions pure web, sans compter leur expertise et leur relation étroite avec les éditeurs et les auteurs. Plus ancrés dans des pratiques traditionnelles, ils sont à même de créer un nouveau type de lien correspondant à une nouvelle évolution d’internet qui reflue vers le physique, et qui mêle le physique au web, le local au global, le ebook au papier. Par exemple, un libraire, aujourd’hui, est amené à proposer à la communauté de clients de sa librairie (physique et numérique) des contenus ebooks qui n’existent pas en papier, des extraits numériques pour des œuvres à paraître (en papier et numérique), les titres en numérique des livres qui sont épuisés au format papier. Il mêlera de plus en plus des offres papier et numérique à travers de nouvelles relations qu‘il reste encore à inventer, en plus des rencontres libraires avec les auteurs et de toutes les autres activités qu‘il propose déjà et qui vont également évoluer. C’est les outils qu’ePagine construit avec eux pour suivre ce mouvement de fond.
Et personnellement tu as quel rapport avec les nouveaux supports de lecture ? As-tu une liseuse, une tablette, lis-tu sur smartphone ? Pratiques-tu les sites, les blogs ? Lesquels ?
J’ai acquis sur le tard un iphone, et peu à peu, à force de lire de la presse, mes mails, et des extraits de nouveautés que je n’avais jamais eu l’idée d’ouvrir en librairie, je me suis fait plus rapidement que je ne pensais à la lecture ebook sur écran LCD. Sans compter des livres du domaine public et gratuits en numériques que je ne pense pas non plus acheter : la vie de Poe par Baudelaire, des nouvelles de Poe que je ne connaissais pas, des aphorismes et poèmes d’Oscar Wilde, etc. Mais je pense que le livre doit rester court, sinon j’ai tendance à revenir au papier. J’avais également obtenu une tablette E Ink d’un précédent travail, et cette fois, il n’y a plus de problème de format. J’ai lu Albertine disparue et la thèse d’un ami de 400 pages (si l’on compte en papier) sans difficulté. En revanche, je ne prenais pas la tablette E Ink avec moi en déplacement, je ne lisais qu‘à la maison. D’une technologie à l’autre, ce ne sont pas les mêmes usages de lectures, les mêmes textes qu’on a envie de lire, etc. Concernant les blogs, j’en fréquente quelques-uns en plus de celui d’ePagine. Par exemple, Le silence qui parle qui fait de belles propositions de textes, des extraits littéraires et critiques, de philo, de danse, de politique, etc.
Ton premier roman, Immortalis publié au Masque en 2004 (Prix du roman fantastique du festival de Gérardmer) était un thriller très enlevé où tu jouais beaucoup avec les codes du genre. On sent que tu t’es également amusé pour écrire Absolut barbarian trip qui pourrait être inspiré par des émissions et des jeux de télé-réalité. Est-ce une de tes marques de fabrique ou un hasard ?
Dans Immortalis, il y avait, je crois, comme une volonté de parodie qui traversait l’histoire, l’écriture et les personnages, tout en mêlant de nombreux codes comme les jeux vidéo et le manga, sans compter un jeu de référence constant à d’autres livres par des citations en début de chapitre, sorte de puzzle qui raconte encore une histoire, mais devenue suspecte à force d’insister sur le fait qu’elle est composée de vieilles pièces, tout en restant une histoire avec tout un mélange clinquant. Absolut barbarian trip est pour moi très différent, ou alors ça passe ailleurs. Aucune parodie directe. Il y a, je crois, une plus grande innocence dans ma façon d’écrire. Mon personnage est en plein dans la marmite et moi avec d’une certaine manière, aucune raison qu’on échappe au dehors et de ne pas être plongé dans cet univers qui va s’avérer tout aussi fabuleux qu’effroyable, aussi loin qu’il semble pousser les limites… Plutôt que les jeux de téléréalité, j’ai dû prendre des bouts de souvenirs, soirées étudiantes, voyages dans des similis Club Med, observations de fêtards en vacances, sans compter le springbreak des étudiants américains qui inspirent les écoles de commerce françaises où les fêtes ne sont peut-être pas encore aussi extrêmes, quoique… Nicolas, après avoir lu ma nouvelle, m’a dit : j’ai immédiatement pensé à l’île de Ricard, elle est réservée par les écoles de commerce pour des séminaires « festifs » ! Cette culture qui mêle fête, beuverie et sexe s’est propagée à très grande échelle. Dans mon autre nouvelle qui vient d’être mise en ligne, Un psychopathe et demi, j’essaye de mettre la même sincérité et jubilation dans l‘écriture, une histoire avec un type enfermé dans un espace conjugal menaçant qui ne supporte plus les coordonnées du monde, et où il ne voit pas d’échappatoire. Peut-on vivre dans les coordonnées que nous donne le monde à tel moment ? Comment se manifestent-elles dans les corps de mes personnages impuissants pour les pousser à l’impensable, à l’infamie, qui deviennent des pistes loufoques qu’il ne faut pas hésiter à explorer pour retrouver de la respiration…
Propos recueillis par Christophe Grossi pour le blog ePagine.


Avec TAZ (Temporary Autonomous Zone ou Zone Autonome Temporaire) Hakim Bey est devenu en une bonne vingtaine d’années un des personnages les plus emblématiques de la contre-culture dans le monde (d’autres
Dans TAZ il y a « autonome » : dans son essai, Hakim Bey appelle, non pas à la révolution mais au soulèvement permanent (où il y aurait selon lui plus de liberté, plus d’autonomie, plus d’invisibilité) avec actions directes et temporaires. Un exemple récent parmi d’autres : en 2004 lors du 
Nous avons souvent parlé ici de 


