Le blog ePagine

Conseils de lecture, entretiens, actualité numérique :

le Livre-Avenir ne se fera pas sans les libraires.

26 février 2011

2 textes 100 % numérique d’André Delauré

Cinq textes d’André Delauré figurent désormais au catalogue numérique ePagine. Si ses trois polars parus dans la collection « suspense » de Calmann-Lévy (Assourdissants silences, Mortelles connivences t.1 ; la banquière et Mortelles connivences, t2 : Les sous-traitants) ont été numérisés par cet éditeur à l’automne dernier, voici que débarquent coup sur coup deux textes 100 % numérique. Le premier a été écrit sous forme d’un feuilleton littéraire en 25 épisodes ; mordant, drôle et bien enlevé, Métamorphoses fait se croiser un directeur général de l’industrie pharmaco-médicale aux pratiques douteuses ; une ex-danseuse du Moulin-Rouge devenue présidente de société ; sa fille, jeune héritière richissime qui a pris la poudre d’escampette ; un chômeur entre deux âges qui gamberge un plan fumeux et une jeune artiste peintre désargentée qui sera chargée d’usurper l’identité de la jeune héritière. Changement de décor avec Fracture mentale propulsé par Numerik:)ivres qui met en scène un schizophrène, tueur  en série d’enfants. Notez que ce polar très très noir contient des scènes si cruelles qu’elles pourront heurter la sensibilité de certains d’entre vous. Dès à présent, je vous propose de découvrir les deux univers de cet auteur « convaincu qu’une nouvelle aire de lecture est en train de voir le jour avec la numérisation des textes et persuadé que l’innovation ne connaîtra le succès qu’à condition de voir les auteurs professionnels confier leurs textes aux éditeurs prenant le risque d’investir sur ce créneau de création ». Ces deux ebooks sont disponibles en ePub sur ePagine, sans DRM. Des extraits plus longs de ces deux textes peuvent être feuilletés en ligne et/ou téléchargés gratuitement en cliquant sur les liens ou les couvertures. Belles découvertes et bon week-end !

ChG

Extrait de « Corruption », premier épisode de Métamorphoses
StoryLab, 2011

à télécharger sur epagine.fr

Je vais te raconter une histoire.
Écoute, un hélicoptère approche. Tu l’entends ?
Imagine un parc paysager sur lequel sont élevés deux bâtiments indus­­triels d’acier et verre bien entretenus. En façade du plus imposant, tu peux lire le nom de l’entreprise : Laboratoires Sanipharma.
Au-dessus des arbres, arrive l’hélico, style haut de gamme pour businessmen opulents. Tu vois le genre.
Patrick Juvancourt, la cinquantaine séduisante, raffinée, habillé sur mesure, flanqué de deux collaborateurs en blouse blanche, franchit le seuil de l’immeuble principal.
Le trio va vers la pelouse tondue au rasoir.
Virant sur lui-même, l’hélico amorce son atterrissage.
Le tournoiement des pales échevelle les trois hommes.
Couverts par le tintamarre, ils se disent quelque chose que tu n’entends pas, mais qui les fait rire.
Le ventilateur s’arrête de tourner. La triplette approche de l’engin où le pilote effectue les contrôles d’usage.
Un premier garde du corps géant à turban et à mine patibulaire descend de l’appareil.
Un très petit homme sévère, à grosses lunettes noires, apparaît. C’est le sous-secrétaire d’État d’une nation qu’il est préférable de ne pas nommer.
Le premier garde l’aide à descendre en se mettant à plat ventre sur le sol pour servir, avec son dos, d’ultime degré au marchepied trop élevé. Tu réalises la vastitude, comme dit l’épouse de mon beau-frère, des échelons sociaux dans le pays d’origine !
Juvancourt et les siens manifestent un étonnement gêné.
Dès que le despote touche le sol, le premier garde se redresse avec une rapidité foudroyante pour se flanquer au côté droit du patron. Un deuxième garde du corps géant, sans turban mais à mine tout aussi patibulaire, se poste au flanc gauche.
Une vague appréhension a gommé les sourires sur les visages du comité d’accueil.
Juvancourt se porte au devant de son visiteur. Ils échangent quelques mots en se serrant la main. Le quasi-ministre reste très froid, son hôte recouvre un embryon de sourire.
Les six hommes se dirigent vers les constructions. Le tyran au petit pied marche si rapidement que les autres ont du mal à le suivre.
Bientôt, le groupe passe le sas d’entrée du siège social où sont affichées les nombreuses plaques d’identification des différents services.
Tous traversent le hall au pas de course.
Ils montent dans l’ascenseur.
Et, là, tu vois un tableau saisissant.
Les malabars, entourant leur chétif chef, se font les plus minces possible afin de ne pas l’écraser dans la cabine extrêmement exiguë pour leur masse.
La porte de l’ascenseur se referme. Tu ne peux pas t’empêcher de penser à une boîte de sardines.
Elle se rouvre à l’étage de la direction générale.
Le sous-secrétaire descend impétueusement le premier. Juvancourt veut sortir derrière lui, il est coincé illico entre les deux gardes géants qui se sont précipités sur les traces de leur boss. Sans ménagement, l’un des gorilles le repousse et lui passe devant. Son collègue réitère le même geste.
Les deux blouses blanches s’offusquent. Sans piper mot, je vais te dire ! D’une mimique, leur supérieur intime l’ordre de ne pas relever l’anicroche.
Le visiteur, impatient, se retourne pour attendre l’hôte qui, épanoui, vient vers lui et l’invite à s’engager plus avant dans le couloir.
Ils arrivent à la direction générale.
Juvancourt ouvre la porte du bureau, moderne et luxueux, puis s’efface afin de laisser passer le presque ministre. Lequel, tu le noteras, n’a toujours pas ôté ses lunettes noires.
Le groupe entre.
Un léger incident oppose le second garde géant et le plus grand des collaborateurs qui s’est approché de l’homme d’État, une main large comme une planche à hacher l’écarte rudement.
Juvancourt contourne son bureau et invite le voyageur à s’asseoir.
Ce qu’il fait.
Tu remarques que ses pieds ne touchent pas le sol.
Juvancourt s’assied. Ses subordonnés font de même.
Les gardes géants restent debout auprès de leur maître.
Étonnement du directeur général. Mais il n’insiste pas, se penche et ouvre un tiroir.
Réflexe immédiat, les défenseurs portent la main à l’aisselle, prêts à dégainer.
Impressionné, avec un sourire jaune, Juvancourt montre qu’il ne retire du tiroir qu’un petit flacon pharmaceutique.
Impassibles, les gorilles croisent les bras.
Juvancourt tend le flacon à l’invité.
Gymnastique au-dessus du bureau pour que leurs doigts se rejoignent car les bras du petit homme sont trop courts.
Le collaborateur le plus gras sert d’intermédiaire.
Le sous-secrétaire examine le flacon, très près de ses lunettes. Après une dizaine de secondes, sa voix sèche et aiguë cisaille le silence.
– Si je vous garantis la vente de trois cents millions de flacons la première année… Combien je touche ?
– Dix pour cent.
Le candidat acheteur éclate d’un rire acidulé.
– Hi, hi, hi, hi ! Les français ont beaucoup d’esprit !
Juvancourt s’étonne.
– Je vous assure que cela équivaut à vous verser une fortune, monsieur le sous-secrétaire d’État !
– Je ne veux pas ce qui équivaut à une fortune. Je veux la fortune. En Occident, ce médicament est totalement illégal, M. Juvancourt. Si vous le distribuez chez vous, vous allez en prison. Moi, je vous amène deux milliards de consommateurs potentiels… Mais c’est fifty-fifty.
Le directeur général est désagréablement surpris.
Il consulte une première blouse blanche du regard.
Elle a une mimique d’acquiescement.
Il consulte la seconde.
Elle n’a pas d’objection.
Il dévisage l’énigmatique petit homme durant une dizaine de secondes.
– Banco.
Le négociateur se crispe sur-le-champ.
Il enlève ses lunettes.
Des yeux métalliques et glacés regardent fixement le docteur en pharmacie corrompu et corrupteur.
– J’aurais dû demander plus ! rage-t-il avec une aigreur hilarante.
Pourtant, tu n’as pas envie de rire !
Quelle saleté il va nous répandre sur la planète ?

© André Delauré, Métamorphoses (StoryLab, 2011)

 

Extrait du premier chapitre de Fracture mentale
Numerik:)ivres, 2011

à télécharger sur epagine.fr

Spectacle ignoble, dans la pinède aux ombres fantasmagoriques d’une nuit à la lune disloquée par les cimes disparates, l’homme trapu, accoutré façon baroudeur, traîne derrière lui un garçon de sept ou huit ans attaché à une solide laisse aux mailles d’acier. Contrefait par la gibbosité de son sac à dos difforme, le barbare fait devancer d’un faisceau jaunâtre de lampe torche le pas pressé de ses jambes courtes.
Surcroît d’abjection, dissimulé en partie par de longs cheveux bruns et raides, l’enfant porte au cou le collier étrangleur des chiens féroces. Décharné, il flotte dans un mince tricot bleu roi aux manches interminables et un vaste pantalon de toile écrue que maintes chutes ont maculés. Sur la souillure terreuse de ses joues creuses, les larmes d’yeux sombres, si découragés, si soumis, ont dessiné des sillons asséchés. Le malheureux geint à chaque traction brutale de la chaîne qui par secousses impatientes ébranle sa frêle carcasse et menace de le faire choir à nouveau.
Par endroits, une palme de fougère géante lui irrite le visage ou bien il heurte l’un des pins qui se raréfient à l’approche de la plage dont la rumeur croissante des flots reste encore lointaine.
Sans son comportement horrible, la face ronde au sourire doux du bourreau inspirerait la confiance, la sympathie même ! En éveillant toutefois la curiosité car sa peau au teint laiteux, constellée d’éphélides, est imberbe, aussi glabre qu’un œuf, particularité inhabituelle à cette heure tardive chez un mâle vraisemblablement quarantenaire. Bien que ses traits reflétant une espèce d’éternelle impuberté ne permettent pas de lui attribuer un âge précis. Jusqu’à ses sourcils et ses cils qui sont pratiquement inexistants. Seule une demi-couronne blonde aux boucles chérubines s’accroche à l’arrière de son crâne par ailleurs parfaitement lisse.
Il esquisse une volte-face, sans cesser de trotter, et tire brutalement la laisse.
— Tu lambines, Désiré, tu lambines.
La voix – un unisson au timbre un peu trop aigu – est affectueuse, plaisante. Mais le brusque branle-bas des chaînons ne prête pas à contestation.
Pourtant, l’enfant objecte, mollement, sans espérance.
— Ça fait mal, Maître, ça fait mal…
— Cesse de gémir comme une fille.
— Si vous m’enlevez le collier, je peux marcher devant vous…
— Pour tenter de t’échapper, une fois de plus ? Je te l’ai dit. Cette nuit, j’ai impérativement besoin de toi, mon cœur… Plus que jamais.
— Je vous promets, je m’échapperai pas.
— Reformule.
— Je ne m’échapperai pas.
— Mais oui, je vais te croire. Prends-moi pour un idiot. Inattendu et cocasse, son rire tintinnabule entre de petits hoquets tandis que, d’un cruel soubresaut, il incruste les crocs de métal du collier dans la chair de sa victime.
— Aaaïïïïe !
Désiré sanglote.
Le maître rit de plus belle en poursuivant sa randonnée.
— Tu es vraiment une fillette, hein ? Allez, presse-toi. Il faut qu’on y soit avant que la marée remonte. PARLE-LUI DU TRÉSOR ! Je lui en ai déjà parlé. Ça ne sert à rien de rabâcher. T’ES VRAIMENT UN CRÉTIN ! T’AS PAS COMPRIS QU’Y A QUE ÇA QUI LE FAIT AVANCER, TRIPLE ANDOUILLE ! Papaaa, ne me traite pas de triple andouille… QU’EST-CE QUE T’ES D’AUTRE ? BOURRIQUE ! PARLE-LUI DU TRÉSOR ! Tu imagines tout ce que l’on fera lorsque nous aurons trouvé le trésor ?
— Je voudrais revoir maman.
— Sûr… Avec le magot que tu vas récolter, tu auras les moyens de lui faire rendre des comptes, à ta maman.
— Je m’achèterai une grosse voiture.
— C’est une sacrée bonne idée, ça.
— Pourquoi les Allemands, ils l’ont enterré si loin, leur trésor ?
— Ils n’allaient pas le camoufler sur la place du village. Et puis, ils avaient le feu au train, crois-moi. Ils ne tenaient pas à s’encombrer pour rentrer chez eux. C’est que c’est lourd, des lingots d’or. Ils se sont dit qu’ils reviendraient chercher ça plus tard, une fois la guerre finie. Ils ne se doutaient pas que le maréchal Leclerc les attendait au virage. Il les a tous exterminés, Leclerc. Tous. Un sacré guerrier.
— Comment vous savez qu’il est là, le trésor ? Pourquoi le maréchal, il leur a pas pris ?
— Reformule.
— Comment savez-vous qu’il est là, le trésor ? Pourquoi le maréchal, le… ne leur a-t-il… ne le leur a-t-il pas pris ? Aïe !
— Ce que tu es douillet… De tous les chiens que j’ai eus, il n’y en a pas un qui se plaignait autant que toi. Ils m’étaient toujours reconnaissants de les emmener en balade.
— Je ne suis pas un chien, moi.
— Oh ! si. Tu es même un de ces petits vicieux de chiens fugueurs qui se régalent de faire courir leur gentil maître, aux cent coups à l’idée de les perdre… Je ne supporterais pas de te perdre… Ça y est, on y est presque.
(…)

© André Delauré, Fracture mentale (Numerik:)ivres, 2011)

24 février 2011

Pascale Bouhénic, Boxing parade | L’arbalète

à télécharger sur ePagine

Après L’alliance (Melville, 2004) et Le versant de la joie, Fred Astaire, jambes, action (Champ Vallon, 2008), l’écrivain et réalisatrice Pascale Bouhénic publie ces jours-ci en papier et en numérique Boxing parade, un recueil nerveux et poétique sur la vie et le parcours de dix grands champions de boxe. Deux de ces récits en vers ont été publiés une première fois dans la revue Vacarme ainsi que sur le site remue.net. Ci-dessous, un extrait de la première Vie, celle du « boxeur M. » dont l’intégralité peut être feuilletée en ligne ou/et téléchargée sur ePagine.

Présentation de l’éditeur

Marcel Cerdan, Jack Johnson, Gene Tunney, Max Schmeling, Daniel Mendoza, Georges Carpentier, Eugène Criqui, Jack La Motta, sont les noms des boxeurs légendaires dont Pascale Bouhénic a choisi de raconter la vie — des vies aussi héroïques que rocambolesques, jalonnées d’histoires d’amour, de drames, de dilemmes, qui démontrent, à qui en douterait encore, à quel point la boxe, est un univers profondément romanesque. Mais ces dix récits ne seraient que de banales biographies, si Pascale Bouhénic, n’avait choisi de les écrire en vers. Un parti pris formel qui donne à ces vies une précision, un rythme (rapide ou lent, enchaîné), et une souplesse qui rappellent ceux des corps de boxeurs, évidemment. Les dix récits qui composent Boxing Parade sont aussi pétillants qu’un film de Chaplin, aussi entraînants que des chansons populaires, aussi rapides et expéditifs qu’un direct du droit envoyé au visage.

Extrait

VIE DU BOXEUR M.

1

J’ai habituellement du goût
Pour les Américains
Et je fais exception, cette fois
Pour parler d’un Français, d’un sombre Algérien
Mais ce n’est pas ainsi qu’on surnommait toujours

Ce coeur pur.

2

Comment il adopta la boxe, personne ne le dit.
On sait qu’en 1916 il est né à Sidi
Qu’il fut un frêle enfant.
On sait que, comme souvent, son père le poussa
À boxer ainsi que ses trois frères —
Le père est charcutier, cela le rendrait fier d’avoir des fils
Boxeurs.

Bref.

3

Le jeune M., nous l’appellerons ainsi
N’est pas très héroïque, de nature.
Et malgré l’étoffe qu’il voit qu’il n’a pas
Des héros de la boxe
La boxe il osera
Progressivement.
Début : allez savoir sur quelle voie s’engager
Car il y a division ou fourche, si vous voulez, entre
La vie la boxe.
Les deux ne peuvent aller

En parallèle.

4

C’est ainsi qu’au stade de Casa, il fait ses premiers pas.
À sept ans, il combat un enfant de son âge
Tous deux, s’ils sont touchés, se mettent à pleurer
Tombent en larmes — c’est normal

Le mal que ça fait.

5

Dans sa quatorzième année, il s’exhibe en boxant.
C’est pas la première fois qu’il doit serrer les dents mais
Boxer ne lui est pas naturel, encore
Ni plaisant
Et il aime mieux le foot.

Parfois il joue avec la Perle noire, Larbi Ben Barek.

6

À l’âge de dix-sept ans, il s’entraîne chez Roupp
L’homme n’est pas un ange
Ni voyou cependant
Sera son manager dans cinq ou dans six ans
Prendra la place du père que certains disent boucher.

Attendant de forcir, M. combat dans les poids mouche.

7

Lancé sans pitié dans le monde de la boxe
Il monte et il progresse
Et cinq ans ont passé.
En 1938, il boxe intensément.
Il combat Humery et son menton de verre
Une première fois.
Il n’a pas réellement d’inquiétude à se faire

Car il gagne souvent. Ça va bien.

8

Mais toujours et toujours et malgré ses exploits
On critique.
Il est vrai, sa boxe est très désordonnée
On reproche à son jeu de la monotonie.
– Variez les tons! dit Max Jacob.
Il a raison. Et pour la boxe aussi.
Moralité :

Le battant doit à présent devenir scientifique

9

Se concentrer.
Concentration qu’est-ce ?
C’est ne penser à rien ?
Être dans la routine ?
C’est rassembler des forces contre sa volonté ? C’est
Se vider entièrement de toutes ses pensées, si l’on en est capable
Ou maintenir l’esprit dans l’immobilité, loin de l’imagination ?
De toute façon, comment faire ?
Exemple :
Cette manie de s’asseoir par terre à ne rien faire
Qu’il a.

C’est peut-être ça.

10

Il bat Kouidri, il bat Turiello, il bat Locatelli, il se concentre pas mal.
Puis, arrive 42. Il rencontre Humery pour la deuxième fois.
C’est juste le printemps — pourquoi je dis cela ?
Parce que c’est le renouveau et
Avant d’avoir dit ouf, Humery est K.-O.

Foudroyé par un coup.

11

On connaît cette technique qui consiste à frapper
Dès le premier instant. M. en use souvent.
Humery, entre vie et mort, conduit à l’hôpital
Inquiète M., qui le veille et qui prie pour un sort
Heureux. Humery s’en sort — heureux :

Pour moins que ça, M. aurait abandonné la boxe.

(…)

© extrait de « Vie du boxeur M. » par Pascale Bouhénic in Boxing parade, L’arbalète / Gallimard, 2011

21 février 2011

Mahigan Lepage, La science des lichens | publie.net

à télécharger sur epagine.fr

Si dans son précédent récit, Vers l’ouest, Mahigan Lepage entremêlait déplacements et projections spatio-temporels ainsi que réflexions et rencontres à travers un formidable road-movie dans les terres canadiennes (lire la chronique ici-même), cette fois, avec La science des lichens, il nous convie à d’autres « déplacements », à d’autres boucles tout en jouant avec les lignes et leurs croisements. Premier déplacement, premier niveau, premier étage : un espace clos, le train du RER B parisien, dans lequel le narrateur se met à dérouler une longue et unique phrase ébouriffante. Ce narrateur, un québécois à Paris (autre déplacement), a cru faire un voyage (toujours cette même phrase de Nicolas Bouvier qui revient mais elle colle si bien ici) et c’est le voyage qui l’a défait : le Népal d’abord (lire à ce propos Carnet du Népal), le Maroc ensuite mais on n’oubliera pas non plus son errance dans la vieille Europe. Toutes ces strates ne sont possibles que parce que Mahigan Lepage regarde avec singularité ce qu’il traverse (les paysages, le temps, l’autre, les territoires…) mais surtout parce qu’il porte en lui une langue. Car ici (comme dans tout ce qu’il écrit d’ailleurs), c’est avant tout une voix qu’on entend – celles des grands. Qu’il soit question d’exotisme ou de lichénologie, de Descartes, de la langue française, de Paris-Plage, du Jardin des Plantes, d’ennui, de chaleur, de duperie, c’est la phrase qui prime, son souffle, son rythme, sa musique. Et celle-ci se déroule, vive, s’étend, malicieuse, prend son temps, mais sans jamais nous lâcher en route. Et moi je ne m’en lasse pas.

Ci-dessous, un extrait de La science des lichens (pas simple d’ailleurs de couper). Sachez que vous pouvez poursuivre la lecture en feuilletant en ligne et/ou en téléchargeant un extrait plus long sur ePagine. Hormis les trois textes numériques cités aujourd’hui (propulsés par publie.net), Mahigan Lepage vient d’annoncer sur son site la parution prochaine en format papier de Relief, texte écrit à Paris et publié aux éditions du Noroît.

ChG

Je demande votre attention s’il vous plaît, on quitte Roissy et je suis fatigué, le soleil est haut dans le ciel, il est tard, c’est l’été ou presque, la chaleur va tomber, il faisait si chaud au Maroc, j’en reviens, comme vous peut-être, non sans doute pas, c’est que voilà, Paris m’épuisait, j’en pouvais plus, alors j’ai décidé d’aller au Maroc, le billet d’avion était pas cher, c’est l’époque, on dit low cost, vols low cost, compagnies low cost, ça siège en Irlande ou en Angleterre, ces compagnies-là mais peu m’importe, comme à vous j’imagine sauf le prix bien sûr, 150 euros Paris-Casa aller-retour, c’est pas beaucoup, alors je me dis pourquoi pas le Maroc, parce que chaque fois que je suis fatigué d’un endroit je le fuis, je m’en éloigne, autant que possible, on fait ce qu’on peut, ainsi l’an passé, c’est l’été ou presque et j’étais à Paris aussi, fatigué de Paris déjà, j’avais décidé de partir au Népal, parce que c’était loin, pas juste loin en kilomètres mais loin de ce que je connais, loin des villes comme Paris ou Montréal, en tout cas je le croyais, les villes de Chine ou du Japon je les imagine comme ici, trop comme ici et je serais pas prêt à dire si vite que j’ai tort, je voulais aller loin au sens culturel du terme si on veut, vers l’exotisme si on veut, bien sûr j’allais vite me rendre compte que ça existe plus, l’exotisme, même au Népal il y a plus d’exotisme, l’exotisme c’est devenu une marque de commerce comme le reste, pour goûter cet exotisme-là pas besoin d’aller jusqu’au Népal, un bar de danseuses ou un salon de massage feront très bien l’affaire, ou même un musée des civilisations ou un truc du genre, mais voilà j’étais allé jusqu’au Népal pour me rendre compte qu’il y avait plus d’exotisme nulle part, pas même au Népal, c’est l’époque, j’avais pris l’avion à Roissy, plus personne dit Roissy, si, tout le monde dit encore Roissy, mais dans le haut-parleur écoutez, Aéroport Charles-de-Gaulle 1, voilà comme ils disent, comme elle dit cette femme, cette voix de femme, dans le haut-parleur, Aéroport Charles-de-Gaulle 2, puis Aéroport Charles-de-Gaulle 1, en ordre décroissant au retour, en ordre croissant à l’allée, je connais bien ce trajet, il y a eu le Népal, j’ai volé de Roissy à Katmandu avec escale à New Delhi pour me rendre compte qu’il y avait plus d’exotisme, j’ai payé 1000 euros et un mois de mon temps pour chercher quelque chose qui existait plus, évidemment j’aurais jamais appelé ça exotisme, plus personne emploie ce mot depuis longtemps, à part dans les salons de massage et les bars de danseuses, reste que c’est ça que je cherchais, et c’est ça qu’ils cherchaient aussi les autres touristes que je rencontrais là-bas, au Népal, eux non plus ils auraient jamais prononcé le mot exotisme, jusqu’au mot tourisme quand il était question d’eux ils évitaient, même sous la torture on aurait pas pu leur faire reconnaître qu’ils étaient des simples touristes qui cherchaient l’exotisme comme tout le monde, ils se disaient voyageurs et ils parlaient jamais d’exotisme, mais en vérité ils parlaient sans cesse d’exotisme, ils disaient je suis allé là-bas où aucun touriste n’était encore allé et caetera, ils disaient en Inde c’est encore plus différent plus chaotique plus étranger et caetera, au Népal les touristes qui avaient vu l’Inde c’était comme s’ils avaient vu un ours, pas un ours brun, pas un ours de base mais un ours complètement différent, un ours mauve par exemple ou autre couleur du genre, d’être allé en Inde c’était une grande fierté pour eux, une authentique fierté de touriste, si vous voulez mon avis, ils affichaient un sentiment de supériorité touristique absolument insupportable, je les appelle touristes même si eux veulent s’appeler voyageurs, qu’ils s’appellent comme ils veulent, qu’ils s’appellent nomades modernes ou néo-découvreurs s’ils veulent, pour moi ça reste des touristes, ils espèrent qu’en se donnant un nom distingué les autres vont reconnaître leur supériorité radicale sur les autres touristes, sous prétexte qu’ils font les touristes plus longtemps, ou qu’ils dévient des circuits dits touristiques, parce qu’il faut bien le reconnaître, ils sont maîtres dans l’art de souiller les derniers endroits encore un peu épargnés par le tourisme international, ils disent on est allés dans un village au fond des montagnes ou des plaines, les enfants avaient jamais vu un appareil photo de leur vie et caetera, moi aussi si vous voulez savoir je suis allé dans un village en haut des montagnes, et les enfants avaient l’air pas mal intrigués par ma pauvre paire de jumelles, j’ai mangé du vieux dhal bat, c’est du riz aux lentilles, dans une cuisine qui avait plutôt l’air d’une grotte, j’ai eu peur de tomber malade, je suis tombé malade et puis j’ai dormi sous un toit de tôle, la tête dévissée sur un oreiller de crin, pendant la nuit on s’est pris une averse de grêle des montagnes, le bruit sur le toit de tôle je vous raconte pas, voilà mon petit récit personnel de voyageur sur les traces de l’exotisme, ça fait pas de moi autre chose qu’un sale touriste international qui est allé foutre ses sales pattes dans un des derniers villages de l’Annapurna auxquels jusque-là on avait à peu près « chu la paix, j’aurais mieux fait de m’en tenir au circuit principal et marcher d’un guest house à l’autre bien gentiment mais non, j’ai préféré grimper une montagne par un sentier impossible et boire de l’eau sale et manger du vieux dhal bat bourré de coliformes fécaux, tout ça pour aller effrayer des enfants avec ma pauvre paire de jumelles, tout en répandant mes billets de banque un peu partout dans le village, avant de redescendre et de rejoindre le chemin principal, avec au cul une bonne vieille diarrhée des montagnes, voilà pour l’exotisme (…)

© Mahigan Lepage, La science des lichens, publie.net, 2011

19 février 2011

Quelques lectures numériques

En attendant nouvelles rubriques (voire nouvelle formule) du blog ePagine, voici une petite sélection non exhaustive de lectures numériques via les blogs et sites que j’ai pu visiter cette semaine : conseils de lecture, veille numérique, entretiens, écritures web… Bon week-end à tou(te)s.

Des livres et des libraires numériques

Librairie Mollat : Bourlinguer avec Blaise
Un anniversaire qui aurait mérité plus de bruit, plus de vagues : les cinquante ans de la mort de Cendrars.

Bibliosurf : Interview de G@rp par Bernard Strainchamps
Entretien qu’on retrouve en bonus dans le polar mordant, hilarant et sacrément bien enlevé de g@rp, Motel et autres légendes urbaines, conçu comme une saison de Série américaine, de celles qui font le fond ronronnant d’un poste de télévision dans un motel de bord de route.

Veille et réflexions autour du numérique

La feuille (le blog d’Hubert Guillaud) : Développer l’offre légale… gratuite
Que cherche-ton ? Comment cherche-t-on ? Ce que l’on trouve. Ce que l’on nous propose. Ce qui pourrait être développé.

Christian Liboiron : La lecture sociale propulsera le livre numérique
Christian Liboiron est l’auteur du prochain titre à paraître chez Numerik:)ivres dans la collection 100% numérique « Comprendre le livre numérique » : La lecture sociale.

ActuaLitté.com : DRM : une grande partie des éditeurs s’y opposent
Pour la protection des oeuvres numériques, les éditeurs français sont censés consentir à l’application de DRM (verrous sur les fichiers numériques) mis en place par Adobe. Toutefois, pas moins de 100 éditeurs français et francophones s’opposent totalement ou en partie à cette solution.

Au coeur du web

Antonio Casilli : Le corps dans les réseaux sociaux : technologie du soi, technologie du nous (avec slides)
5ème séance de son séminaire à l’EHESS : Corps et TIC : approches socio-anthropologiques des usages numériques

Oeuvre collective

Olivier Auber : Générateur Poïétique (version mobile) : appel à contribution
Le Générateur Poïétique (oeuvre libre sans aucun caractère commercial – Licence Art libre) est un jeu en temps réel multi-utilisateurs.

Auteurs en ligne

Fenêtres Open Space (le blog d’Anne Savelli) : Crossroads /13
Rubrique dans laquelle Anne Savelli fait « de temps à autres, peut-être une fois par saison » le point sur ses multiples activités : livres publiés ou à paraître, résidence, lectures, rencontres publiques, revues, vases communicants…

Le blog d’Eric Chevillard : L’autofictif
Chaque jour, trois brefs fragments qui partent des observations et du vécu de l’auteur pour nous emmener au coeur de son univers décalé, acide, drôle et décapant.

Chroniques (blogs et sites)

Brigitte Célérier (sur Babelio) : Lecture et citations des Fichaises de Christine Jeanney
71 textes ciselés mis en ligne chaque matin pendant dix semaines, « alternant « elle » et « il », évoquant en mots alertes, en liaison avec une photo, un être, en ouvrant sur l’étrange étranger qui est en chaque vivant. »

Sébastien Rongier (sur remue.net) : Une lecture de Les petits de Frédérique Clémençon
« Les petits de Frédérique Clémençon, livre composé de huit nouvelles, est traversé par ces petits qui sont aussi bien des enfants que la relation que le monde (comprendre les parents comme la société) entretient avec l’enfance. »

IDBOOX / StoryLab : Des ados, la télé et un Geek
Interview de Hieronymus Donnovan l’auteur de Real TV (StoryLab, éditeur 100% numérique). « Du roman d’ado à la tragédie SF, ce jeune auteur dépeint un univers dans lequel les geeks se retrouveront. »

17 février 2011

Extrait de la nouvelle traduction de « Gatsby » de Fitzgerald par Julie Wolkenstein (P.O.L)

« Été 1922. En pleine Prohibition, Gatsby, un jeune multimilliardaire sorti de nulle part, aux origines et aux ressources douteuses, organise des soirées somptueuses dans sa villa de Long Island. Tandis que le gratin, new-yorkais s’enivre de ses cocktails de contrebande et danse sur ses pelouses, lui n’a d’yeux que pour une petite lumière verte qui scintille de l’autre côté de la baie. Pourquoi s’est-il installé là ? À quoi bon cette fortune prodigieuse ? Aux pieds de qui est-il venu la déposer ? L’a-t-elle attendu, elle aussi ? Le narrateur, impliqué malgré lui dans cette enquête romantique, va peu à peu découvrir, en même temps que la cruauté ordinaire de ceux qui sont nés riches, l’arrière-goût amer des lendemains de fêtes et la fragilité des amours adolescentes. » Ainsi est présentée la nouvelle traduction de Gatsby de Francis Scott Fitzgerald par Julie Wolkenstein aux éditions P.O.L. Et tout de suite, la note d’intention de la traductrice suivie d’un extrait du premier chapitre. Retrouvez la suite de ce premier chapitre en le feuilletant en ligne sur ePagine ou en téléchargeant  gratuitement l’extrait en ePub sur ePagine.

ChG

 


 

« Only Gatsby »

Nick Carraway, narrateur principal de ce roman de Francis Scott Fitzgerald, paru en 1925 et déjà traduit deux fois en français (en 1945 par Victor Liona et en 1976 par Jacques Tournier) commence par faire son autoportrait : il a, dit-il, l’esprit ouvert ; il s’est toujours abstenu de juger ; il était plein d’espoir. Mais, ajoute-t-il aussitôt, il a changé, découvert ses limites, perdu foi dans la nature humaine. Son récit sera celui de cette transformation. De sa misanthropie nouvelle, « seul Gatsby » est exclu : « Seul Gatsby, l’homme qui donne son nom à ce livre… »

« Only Gatsby » : les lecteurs français de The Great Gatsby connaissent le roman sous le titre, trouvé par Victor Liona et conservé par Jacques Tournier, de Gatsby le Magnifique. « Magnifique » pour l’anglais « great », ce qui, traduit littéralement, donnerait Le Grand Gatsby. Magnifique, la trouvaille de Liona l’est aussi, et traîtresse. Ne voyant pas d’équivalent satisfaisant à l’original, je propose Gatsby tout court, Gatsby « only ». C’est souvent ainsi abrégé que les passionnés se le désignaient déjà entre eux, comme un nom de code. C’est d’ailleurs à ce titre, Gatsby, que Fitzgerald a renoncé, parmi d’autres : The Great Gatsby ne lui a jamais vraiment plu. Il lui a imputé, plus tard, l’échec commercial du livre. S’il n’a pas retenu Gatsby, c’est simplement pour se démarquer du best-seller de Sinclair Lewis, Babbitt, publié en 1922.

« Only Gatsby » : je n’ai jamais traduit aucun autre roman, n’en traduirai probablement jamais d’autre. Ce qui précède est le résultat d’une rencontre, d’une histoire d’amour unique avec ce texte.

Julie Wolkenstein

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Chapitre I (extrait)

Quand j’étais plus jeune et plus influençable, mon père m’a donné un conseil que je n’ai cessé de méditer depuis.
« Chaque fois que tu as envie de critiquer quelqu’un, me dit-il, souviens-toi seulement que tout le monde n’a pas bénéficié des mêmes avantages que toi. »
Il n’en dit pas plus. Mais nous nous sommes toujours étrangement bien compris, quoique toujours à demi-mot, et je vis bien que cela signifiait beaucoup plus pour lui. Par conséquent, je préfère m’abstenir de juger : ainsi suis-je devenu le confident de beaucoup de personnalités intéressantes et aussi la victime d’un certain nombre de raseurs invétérés. Les êtres extraordinaires sont prompts à repérer et à apprécier une telle ouverture d’esprit, surtout lorsqu’elle se manifeste chez un individu ordinaire comme moi : si bien qu’à l’université on m’a injustement reproché d’être un intrigant, sous prétexte que j’obtenais de garçons réputés farouches et impénétrables qu’ils me livrent leurs tourments secrets. En réalité, la plupart de ces confidences m’étaient imposées – je faisais souvent semblant de dormir, d’être très occupé, ou affichais une indifférence hostile, quand je me rendais compte (et certains indices ne trompent pas) qu’une révélation intime se profilait à l’horizon ; car les révélations intimes des jeunes gens ou du moins leurs modes d’expression sont rarement inédits et souvent expurgés. S’abstenir de juger permet de conserver indéfiniment de l’espoir. Aujourd’hui encore, j’aurais un peu peur de passer à côté de quelque chose si j’oubliais ce principe que formulait mon snob de père, et que, snob moi-même, j’ai fait mien : le sens des convenances les plus élémentaires est inégalement réparti à la naissance.
Ayant ainsi vanté ma tolérance, je dois maintenant en avouer les limites. Que nos actes reposent sur des fondations solides comme la pierre ou instables comme des marécages, au bout du compte, ça m’est égal. Lorsque je suis revenu de la côte est l’automne dernier, j’aurais aimé que le monde entier se conforme et se soumette pour toujours au même impératif moral ; je voulais renoncer à ces aventures turbulentes qui m’avaient donné un aperçu privilégié sur les tréfonds de l’âme humaine. Seul Gatsby, l’homme qui donne son nom à ce livre, faisait figure d’exception – Gatsby qui représentait pourtant tout ce que je méprise profondément. Si la personnalité de quelqu’un est essentiellement la somme de tout ce qu’il a accompli, alors, oui, il y avait chez lui quelque chose de grandiose, une sensibilité accrue aux promesses de la vie, comme s’il était relié à l’une de ces machines complexes qui détectent les tremblements de terre à quinze mille kilomètres de distance. Cette réceptivité n’avait rien à voir avec la sensiblerie mollassonne qu’on honore sous le nom de « tempérament créatif ». C’était une aptitude extraordinaire à l’espoir, une vocation romantique que je n’ai jamais rencontrées chez personne d’autre et ne rencontrerai probablement jamais plus. Non : Gatsby, lui, a bien tourné finalement ; en revanche, c’est ce qui a perdu Gatsby, cette écume nauséabonde qui flottait dans le sillage de ses rêves, qui a mis fin pour l’instant à mon intérêt pour les peines avortées et les élans brisés des humains.

© Gatsby de Francis Scott Fitzgerald, roman traduit de l’américain par Julie Wolkenstein, P.O.L, 2011, disponible en numérique sur ePagine.

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