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20 janvier 2011

Lorenzo Soccavo, De la bibliothèque à la bibliosphère (Numerik:)ivres)

Avec la collection 100% numérique “Comprendre le livre numérique” disponible sur ePagine, Numerik:)ivres vous invite à mieux saisir les enjeux du livre numérique, les nouvelles pratiques de lecture, de partage, de médiation,…, qu’il induit, les changements radicaux que subit le monde du livre (édition, librairie, bibliothèque) mais aussi quels pourraient être ses effets sur notre quotidien. Le premier titre  de cette collection écrit par Lorenzo Soccavo, De la bibliothèque à la bibliosphère (les impacts des livres numériques sur les bibliothèques et leur évolution) et préfacé par François Bon, est pour moi la preuve sine qua non que cette initiative était nécessaire. Je vous conseille vraiment de le lire. La mise en page est agréable, le propos est très fin, intelligible et riche en prospectives. En plus de ça, cet ebook coûte moins de 2 euros en ePub et peut être lu sur différents supports de lecture (sans DRM, avec marquage immatériel). Les premières pages de cette analyse sont d’ailleurs feuilletables en ligne et téléchargeables gratuitement (en PDF) sur ePagine ainsi que sur tous les sites de ses libraires-partenaires.

L’analyse de Lorenzo Soccavo, De la bibliothèque à la bibliosphère, s’ouvre sur une intervention de François Bon qui donne d’emblée le ton : c’est l’horreur (de la bibliothèque sans livres), l’intitule-t-il. Ici, expériences de lecteur, d’auteur, d’éditeur, réflexions à partir de choses vues lors de sa résidence au Québec, sur les services d’accès à distance en bibliothèque, la prétendue dispersion de la lecture sur écrans multi-tâches, la médiation des supports et, de manière générale, sur l’acte de lecture, annoncent d’ailleurs des projets, des réflexions et des convictions qu’on retrouve développées dans son dernier ensemble de textes mis en ligne hier sur ePagine, Après le livre chez publie.net, et sous-titré qu’est-ce que l’écriture numérique change au destin du livre et aux enjeux de la littérature ? Je vous signale par ailleurs que sa préface au livre de Lorenzo Soccavo est disponible en ligne dans sa version intégrale sur le tiers livre.

Il faut considérer l’ouvrage de Lorenzo Soccavo comme de la prospective, c’est important d’avoir ça en tête. D’ailleurs il y aura plus de questions que de réponses dans son analyse. Revenant d’abord sur les origines du livre (tablettes d’argile, papyrus, codex, imprimerie) pour s’arrêter un temps dans les années 70 aux États Unis quand on a commencé à réellement rêver de livres numériques, l’auteur s’attaque ensuite à 2011 où la dématérialisation n’est plus un projet mais une réalité. « Aujourd’hui, la dématérialisation du livre en tant que contenant et sa volatilité en tant que contenu remettent, à première vue, fondamentalement en cause la pérennité même des bibliothèques. Sinon à les maintenir comme des conservatoires des livres et documents imprimés. », écrit-il. À partir de là, une question centrale nourrira sa réflexion : quels seront/seraient les impacts du livre numérique dans le monde des bibliothèques ? Très vite il en vient à poser comme paradoxe que dématérialisation (les bibliothèques sans livres) ne rime pas forcément avec mort des bibliothèques mais qu’au contraire la dématérialisation du livre pourrait porter en elle les germes d’une nouvelle bibliothèque (la bibliothèque hub à trois niveaux), à la fois s’appuyant sur le classique brick and mortar, sur une interface numérique et sur le virtuel.

Mais avant d’en arriver là, Lorenzo Soccavo se demande s’il ne faudra pas d’abord envisager de reconfigurer la bibliothèque en tenant compte des éléments suivants :

- l’accès libre et le partage gratuit des connaissances au plus grand nombre (l’une des missions des bibliothèques mais aussi l’un des fondements du web) : « enjeux aussi cruciaux et sensibles qu’aux temps héroïques de l’invention des premiers alphabets ».

- le rôle et la place du bibliothécaire en tant que prescripteur dans une bibliothèque sans livres et dans un monde où chacun aura accès intra et extra muros aux mêmes contenus et pourra les partager facilement et rapidement (justement, on ne trouvera peut-être pas la « même chose » partout).

- la médiation culturelle : comment défendre la bibliodiversité dans une société du spectacle, de la best-sellerisation, du mainstream et du cloud computing ?

- la conservation des données et leur pérennité (autre mission des bibliothèques).

De manière générale, l’auteur n’est pas pessimiste même s’il en vient à critiquer en grande partie la plupart des projets de bibliothèques numériques qui, selon lui, manqueraient de stratégie d’ensemble à long terme, d’organisation, de concertation, voire de vision. Il voit d’ailleurs dans cette dispersion un danger majeur : que la bibliothèque ne soit plus  seulement qu’un centre de traitement de données et un catalogue d’accès en ligne alors que pour lui, la bibliothèque de demain devrait plutôt ressembler à une bibliosphère, une « bibliothèque qui tisse sa toile sur la planète entière ». Mais à quoi ressemblera-t-elle alors ? À une sorte d’hyperlivre unique et infini, un seul livre qui contiendra tous les livres ? Et puis après, se demande-t-il, parlerons-nous de livre clonable, de lecteurs transhumains… ? Pour connaître ses réflexions et ses prospectives, je vous invite donc à lire (et à relire) son analyse dans son entier intitulée De la bibliothèque à la bibliosphère et propulsée par Numerik:)ivres dans différents formats numériques pour seulement 1,99 €.

Lorenzo Soccavo est consultant indépendant en prospective du livre et de l’édition, au service de l’ensemble des acteurs de l’interprofession du livre, des centres de formation et des médias… Il est notamment l’auteur de Gutenberg 2.0, le futur du livre, M21 Editions, 2007 (découvrez gratuitement ce livre ici). Retrouvez-le aussi sur le site P.L.E. Consulting. Par ailleurs, Numerik:)ivres annonce déjà le prochain titre de la collection « Comprendre le livre numérique ». La question posée est la suivante : lecture en streaming, partage sur les réseaux sociaux… la promotion du livre numérique passera-t-elle par la lecture sociale ? Cette étude intitulée La lecture sociale sera proposée par Christian Liboiron, gestionnaire en vente et en marketing dans le secteur de l’édition.

Christophe Grossi

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