1er temps de la valse : en février 2010, les éditions Au diable vauvert se lancent dans l’aventure numérique en proposant de télécharger gratuitement sur ePagine le dernier roman de Douglas Coupland, jPod, ainsi que, pour une durée de 24 heures, celui de Nicolas Rey qui venait de paraître. 2ème temps : cet été, la maison choisit cette fois de diffuser sous forme de feuilleton numérique (à raison d’un épisode par semaine mis en ligne sur ePagine) Les derniers hommes de Pierre Bordage (lire billet sur ce blog) ; le 1er épisode en epub était gratuit et les suivants coûtaient tous moins d’un euro. Dans la foulée, elle mettait en ligne le premier numéro (gratuit) de la revue Luxe intérieur conçue par le collectif Gonzaï.com (voir également billet). 3ème temps : aujourd’hui, la maison d’édition ajoute trois nouveaux textes (sur ePagine toujours) dont l’un est écrit par un de ses auteurs emblématiques ainsi que deux premiers romans dont l’un paraît conjointement en papier et en numérique pour la rentrée littéraire de janvier : en epub, sans verrous (DRM) et pour moins de 5 euros. Présentation, donc, de ses trois romans et une vidéo pour terminer. Bonnes lectures !
C’est donc officiel : le diable s’habille désormais en numérique sur ePagine en proposant trois de ses jeunes auteurs français qui tous partagent une forme de gravité désenchantée, une fausse brutalité, des phrases cinglantes et un certain sens de la formule sur fond de crises sociales, existentielles et sentimentales : Nicolas Rey, avec Un léger passage à vide, côtoie de près Romain Monnery, auteur d’un premier roman, Libre, seul et assoupi, paru lors de la rentrée littéraire 2010 et Xavier de Moulins, auteur d’un premier roman lui aussi, Un coup à prendre, qui paraît simultanément en papier et en numérique. Cette initiative devrait plaire aux nombreux jeunes lecteurs de cette maison d’édition située à Vauvert qui a également fait le choix de commercialiser chaque ebook à 4,99 € en epub et sans DRM (marquage Eden) ! Les premières pages de ces trois textes peuvent être feuilletées via ePagine (pour cela, cliquez sur les liens ou sur les couvertures des livres présentés).
Après avoir quitté sa femme au bout de dix années (poussives) de vie conjugale, le narrateur du premier roman de Xavier de Moulins, Un coup à prendre, jeune auteur parisien et père de deux filles, choisit de s’installer à trois rues de chez elle. Au début il y a une autre femme mais très vite Antoine devra résoudre un certain nombre de problèmes. Outre celui de la misère affective, il arpentera également le long chemin qui va de la « rupture à la séparation » et découvrira pour la première fois ce que signifie réellement être père. Les amateurs de phrases mordantes voire cinglantes apprécieront ce roman. Extrait : « C’est pour rester proche de mes filles que je me suis installé à trois rues de leur mère, trois semaines tout juste après l’avoir quittée pour une autre. Pourtant, j’ai toujours été contre la rupture de proximité. Plutôt du genre à penser que lorsqu’un couple se viande et enterre son histoire, il convient de séparer les tombes, ne pas faire cimetière commun. Je m’étais même toujours dit que, si un jour ça nous arrivait à Alice et moi, eh bien que j’irais me refaire à l’opposé, question de principes et de territoire. Bien sûr, j’ai fait l’inverse. Et j’ai cherché la bonne distance, pour installer un nouveau chez-moi. La bonne distance, c’était la croisée des chemins entre vie d’avant et vie à venir, entre deux saisons, l’été et l’hiver. C’était simple en théorie, jeté comme ça sur le papier. La bonne distance, c’était une sorte de Yalta, un partage sinon du monde, du moins d’un arrondissement, d’un quartier, d’une rue, sans casque bleu pour maintenir la paix, mais un processus, un accord tacite comme entre deux pays belligérants, entre deux bandes rivales au lycée. Avec Alice, on s’était mis d’accord dans l’intérêt des enfants. » Notez que l’auteur rencontrera ses lecteurs dans plusieurs librairies françaises : le 14 janvier à 17h à la librairie Doucet au Mans ; le 22 janvier de 16h à 18h chez Sauramps Odyssée à Montpellier ; le 28 janvier à 17h30 à la FNAC Saint Lazare ; le 18 février de 16h à 18h à la FNAC de Nice et le 19 février de 16h à 18h à la FNAC de Marseille.
Libre, seul et assoupi de Romain Monnery est un premier roman qui, lors de sa sortie en papier à la rentrée littéraire dernière, en a énervé plus d’un et en énervera encore. Mais l’inverse est vrai aussi : ce texte en a fait rire plus d’un ; d’ailleurs il a même reçu le soutien de Frédéric Beigbeder, c’est dire ! Pour ceux qui ne l’auraient pas encore lu et qui se demandent s’ils n’auraient pas envie d’essayer maintenant qu’il est en numérique, sachez que ce roman met en scène un certain « Machin » qui, à 25 ans, vient de se faire virer de chez ses parents (pas de Tanguy ici !) et, bac +5 en poche, ne rêve que d’une chose : glander. Se coltinant la précarité en collectionnant les stages bidons, lorgnant du côté du RMI et de son ancienne copine de fac qui l’héberge gentiment, ce désabusé, après s’être fait lourdement exploité, trouvera donc sa voie : il refusera désormais ce que la société propose et ne propose pas aux jeunes et fera tout pour éviter de trouver un boulot (ennuyeux) dans une entreprise (de toute manière) sinistre. (« … je compris très vite que viser un emploi dès la sortie de sa scolarité revenait à sauter d’un avion sans parachute. ») Magnifiquement oisif, un brin provocateur, désillusionné et sans ambition, ce fumiste déclaré, d’ailleurs heureux et fier de l’être, s’essayera donc à ne faire faire : ce sera son activité principale (il additionnera le nombre d’heures passées à regarder la télévision ou à se masturber, le nombre de films vus, de livres de poche lus…) Ses proches auront beau tenter de le ramener dans le droit chemin, Machin refusera tout net : « Je n’ai rien contre l’idée de travailler du moment qu’on ne m’y oblige pas », répondra-t-il. Ce roman qui a paru en plein débat sur les retraites a su faire parler de lui. « Vrai style, sens aigu de l’observation, Monnery est assuré d’un triomphe auprès des jeunes. », écrit d’ailleurs Pierre Vavasseur dans Le Parisien. Après avoir lu son roman, continuez de glander avec l’auteur sur sa page Facebook !
On a déjà beaucoup écrit sur Nicolas Rey, Prix de Flore en 2000 pour Mémoire courte et sur Un léger passage à vide, son sixième roman. Juste signaler que c’est le texte de « l’après », celui qui remet les pendules à l’heure quand la descente a été digérée. Retour sur l’avant donc : ici le narrateur, un trentenaire parisien connaît le succès puis les addictions (whisky, cocaïne, somnifères, anxiolytiques…) ainsi que les manques affectifs et autres ruptures, les crises existentielles, sentimentales et paternelles (paternité et enfance mêlées). Comme ce narrateur connaît bien le milieu parisien, il l’effleure parfois, le déflore souvent mais il a beau s’en moquer il en fait bien partie. On a dit que c’était le roman le plus touchant de Nicolas Rey, qu’il était l’oeuvre d’un romantique, qu’on avait là un descendant direct de Sagan. Un léger passage à vide, dans tous les cas, a fait partie des meilleures ventes (Edistat/L’Express, Datalib, Livres Hebdo,…) et il est désormais disponible, comme les deux autres ebooks cités supra, en epub et au prix de 4,99 €. Jugez donc par vous-même !
Pour terminer cette petite présentation, voici une vidéo dans laquelle Marion Mazauric, éditrice des éditions Au diable vauvert, s’explique sur le numérique.
Bonnes lectures et bienvenue à tous les diables d’auteurs numérisés !
Christophe Grossi

[...] Ce billet était mentionné sur Twitter par Guillaume Vissac et des autres. Guillaume Vissac a dit: RT @christogrossi:Les éditions @AuDiableVauvert font leur rentrée numérique sur ePagine http://bit.ly/gJQNS7 #blogepagine I bonne nouvelle! [...]
Ping by Les tweets qui mentionnent Au diable vauvert fait sa rentrée numérique sur ePagine | Blog.ePagine -- Topsy.com — 6 janvier 2011 @ 11:36