Le blog ePagine

Conseils de lecture, entretiens, actualité numérique :

le Livre-Avenir ne se fera pas sans les libraires.

31 janvier 2011

se lancer dans l’édition numérique | table-ronde au MOTif

Filed under: + Journal de bord — Mots-clefs :, — Christophe @ 10:49

Le MOTif invite les éditeurs franciliens à une demi-journée d’information sur les enjeux du numérique pour leur profession le 7 février de 14h00 à 18h00 au MOTif. Stéphane Michalon, pour ePagine, interviendra lors de la table-ronde animée par Vincent Monadé, en compagnie de Hervé Bienvault (Aldus) et de Rémi Gimazane (Ministère de la culture).

« En 2010, les ventes d’e-books atteignent 594 millions d’euros aux États-Unis selon une étude de l’Idate. Les marchés européens demeurent relativement modestes mais enregistrent de fortes croissances. Cette migration numérique concerne tous les genres littéraires même si certains basculent plus rapidement (littérature sentimentale, science-fiction & fantasy, polar) et se déploie sur une multitude de terminaux (e-readers, PC, téléphones mobiles, consoles de jeux, tablettes, baladeurs multimédia). Fort de ce constat, le MOTif organise une session d’information consacrée aux enjeux du numérique pour les éditeurs. Trois axes ont été retenus :

- le marché aujourd’hui avec une présentation du contexte juridique, réglementaire et des aides accordées par les pouvoirs publics ;
- l’impact du numérique sur la chaîne du livre traditionnelle avec l’arrivée de nouveaux acteurs et les modèles économiques qui se dégagent ;
- la commercialisation de supports d’un genre nouveau, les pratiques de lecture et les usages qui en découlent.

La table-ronde est animée par Vincent Monadé, directeur du MOTif, avec la participation de :

- Hervé Bienvault, consultant indépendant, créateur du blog Aldus ;

- Rémi Gimazane, chef du département de l’édition et de la librairie, Ministère de la culture et de la communication ;

- Stéphane Michalon, directeur d’ePagine, prestataire de solutions numériques pour les éditeurs et les libraires. »

sources : Le MOTif

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Renseignements et inscriptions

Inscription obligatoire auprès d’Elodie Ficot, chargée de projets au MOTif.

Le MOTif, 6 Villa Marcel-Lods, Passage de l’Atlas, 75019 Paris, plan d’accès

29 janvier 2011

123 nouveautés sur ePagine du 22 au 28 janvier

Entre le 22 et le 28 janvier, 123 ebooks chez 34 éditeurs ont été ajoutés au catalogue ePagine (tous formats confondus) : romans et polars, essais, guides (et chapitres de guides) de voyage Ulysse, quelques ebooks pour la jeunesse (Chouetteditions.com), récits d’aventure (notamment ceux de Frison-Roche chez Arthaud, récits de montagnes, roman sur la Résistance, biographie romancée de René Caillié, mémoires, récits d’aventure se déroulant au Nord de la Scandinavie ou dans le désert, reportages africains…), un peu d’érotisme (La Musardine, Sabine Fournier), des auteurs contemporains et des classiques (lire à ce propos le billet de mercredi consacré à publie.net). Promenez-vous sur le site-portail ou chez un des libraires-partenaires d’ePagine, feuilletez les premières pages des ebooks proposés (quand l’éditeur le permet), téléchargez des extraits gratuits, des dossiers thématiques, et bonnes lectures à vous.

ChG

Liste des éditeurs dont des titres ont été ajoutés au catalogue cette semaine (nombre de nouveautés dans la parenthèse) : Albin Michel (3), Archipel (1), Armand Colin (6), Arthaud (7), Atelier Perrousseaux (2), Calmann-Lévy (1), Chouetteditions.com (1), Christian Bourgois éditeur (1), DésIris (4), Dunod (3), Éditions du Vermillon (2), Fayard (1), Flammarion (1), Grasset (3), Gualino Editeur (4), Guides Ulysse (16), Hachette Éducation (17), Harlequin K.K. (5), Hatier (1), ILADI AE (1), La Musardine (1), Larousse (12), LC éditions (1), Le Bélial (1), Les éditions de la courte échelle (1), Les Grégoriennes (4), Nevicata (1), Publie.net (8), Sabine Fournier (1), Septentrion (1), Stock (3), Thriller éditions (2), Voyel (4), Zebook.com (1).

28 janvier 2011

Extrait du « Vrai sang » de Valère Novarina (P.O.L)

à télécharger sur ePagine.

Depuis les années soixante-dix, Valère Novarina écrit, dessine, peint, met en scène et réalise des performances où il mêle les « actions » de dessin ou de peinture, le texte, et parfois la musique ou la vidéo. Bon nombre de ses textes (quasiment tous publiés chez P.O.L) ont été mis en scène au théâtre (par lui ou d’autres) et deux d’entre eux sont aujourd’hui au programme des lycées. Depuis novembre dernier il est également auteur associé du théâtre de l’Odéon où de nombreuses lectures et mises en scène ont eu lieu. Ce cycle se termine avec Le Vrai sang (désormais disponible en numérique sur ePagine), un projet inédit. Metteur en scène et peintre, il en dirige la création à l’Odéon depuis le 5 de ce mois jusqu’au 30 (dépêchez-vous !), en s’appuyant sur sa fidèle équipe de collaborateurs et une dizaine de grands solistes. On retrouvera ici ses fulgurances ainsi que son travail acharné sur la langue, le rythme, la musicalité, la mise en espace ou encore les Noms. Dans l’extrait que je vous propose aujourd’hui (l’amorce de “L’amour géomètre, prologue”), l’auteur s’empare de l’Enfant théorique pour donner vie à ses notes et à ses impressions : c’est un scénographe en plein travail que nous suivons là : la chair de l’artiste. Voici d’ailleurs comment il le présente : « Le modèle secret est peut-être Faust – non celui de Goethe – mais un Faust forain vu enfant à Thonon dans les années cinquante, joué entre deux airs de Bourvil par Gugusse, le « célèbre clown de la Loterie Pierrot ». Faust-Gugusse prétendait que toute notre vie avait lieu « en temps de carnaval », puisque le finale en était un « adieu à la chair » ; Mme Albertine, sa comparse dans le public, lui lançait, en trois mots, de prendre ça comme un don, une offrande : et elle lui proposait toutes les quatre minutes de jouer sa vie aux dés… J’essaye de reconstituer l’ordre des scènes de cette pièce vue enfant … Le Vrai sang est un drame forain, un théâtre de carnaval, en ce sens que les acteurs, d’un même mouvement…  incarnent et quittent la chair, sortent d’homme, deviennent des figures qui passent sur les murs, des traces peintes d’animaux, des empreintes, des signaux humains épars, lancés, disséminés : des anthropoglyphes. » Retrouvez également Valère Novarina sur France Culture le 6 février dans une lecture du Babil des classes dangereuses dirigée par Denis Podalydès.

ChG


L’AMOUR GÉOMÈTRE

prologue

1. Entrez, enfant théortique !

L’ENFANT THÉORIQUE.

L’homme au chiffre parle avant. Aux pierres, à l’asphalte ! Cirque prémonitoire. Prémonitions de cirque : enlevage d’une échelle ; marteau porté sur le billot par l’ouvrier. Cirque prémonitoire : savoir tout sans langage. C’est la main qui parle ! Se débarrasser des objets comme des mots. Rébus contre le langage. Observer l’offensive verbale des mots. Anatomie théomaniaque : symptômes… Mesure ceci et cela : descriptions d’objets mentaux. Au centre de l’univers, un point ici et le point du ici. Vue d’une loterie dont la roue n’indiquerait, ne montrerait, ne désignerait, ne choisirait jamais que le 8. Arrivée des maisons ou des autos ou les deux à la fois, avec la machine déjà emmêlée dedans : et les ventes. Idéal de clarté. Et surtout commencer net ! Mettre fin à ce journal : en passant tout à l’acte ! S’interdire toute activité non manuelle. Développer quatre ou cinq scènes plus longues, quatre ou cinq rosaces en tournoiement, quatre ou cinq monologals. Schéma du récitatif : isidoresques indications du dispositif spatial et notes sur l’atelier spatié actuel qui est un prisme de langue. Méthode prismatique. Voie prismatique. Travailler semaine par semaine : six jours plus un. Retrouver le bois, la main. Les portes, le coup de dé, les personnages de la pensée. Iles et rhétoriques rythmiques : liberté du récit. Cependant, tracer des personnages. La grammaire théâtrale de la page : espace et rythme actifs, agissants. Concentration, dilatation. Temps spasmal. Joie catastrophique. Précipités sur précipités. Il n’y a qu’ouvert qu’il détienne des secrets. Temps chronique et temps rythmique. Le rythme et les structures rimées de la conscience. Aujourd’hui, jour du niement, le jour du miettement, jour de détruire. Quelque chose de l’action à vif du langage pouvant être saisi : le langage capturé vivant. Gestes des logoclastes. Dans la forêt des rébus : un geste est exécuté, l’autre est dit. Aucune scène mais seulement des faits et figures du drame. Sans lieu, sans récit, car c’est le vide qui raconte. Écartèlement du langage dans l’espace, semé. Répétition libre de volutes libératrices. Structure en cristaux. Aimantation. Figures grammaticales chronodulaires et éloge de la différence rythmique. Dans l’espace est la solution de la pensée : dans l’espace le langage se résout. Rebus. Les trois actes sont comestibles. Les chansons sont des attractions passant à l’acte. Essentiel est le thème mécanique. La vie est encore captive de l’alphabet. Focaliser l’espace ventueux. Captif du langage et délivré par lui, captif des mots et délivré par leur respiration : la nature délivrant l’alphabet. Rébus, emblèmes, inscription du langage dans le rebus scénique : inscrire la langue dans l’espace. Le travail donne naissance à des pierres ou à des miettes ou à des verbes selon qu’elles tombent à l’envers ou à l’endroit : les livres sont pour la main, les pierres pour l’espace. Le lancer du langage dans l’espace a lieu à l’aide de tous nos couteaux. Tout exécuter. Utilisation divinatoire d’une machine. Jouer les maximes d’entrersortir : interrogation du tonneau, de la maison, de la fontaine. Quelque chose à creuser du côté du dé, du lancer, du langage. Vente des objets rendus aux hommes en chiffres. Rimes divinatoires, efficacité logodynamique, rébus et charades, énergie du cristal. Écouter la grammaire rythmique. Les planches sont de retour avec les planchers du salut. L’histoire est l’argument de l’espace. La pensée respire. Chanter beaucoup. Même chanté bref… Et des danses pour voir bien la chair à chacun… Adresse dispersée, langage étoilé : avancer par leitmotiv enlevés, par rimes défaites. Chaos d’un ordre. Parenthèses, apartés, inserts : chaque scène représentée comme en sachant plus que la veille. Ne plus toucher aux chiffres ni à la machine ! Le rythme est ordonné par les personnages. Jeu d’osselets. Féerie matérialiste. La spiritualité, c’est-à-dire la respiration. Le temps, le battement du sang rédempteur. Au démonstratif initial ! Sur l’instant, les choses n’existent pas. Un, repentirs ; deux, prémonitions. Deux actes en face à face. Entre la Parole portant une planche. Accident, oraison. L’espace ouvrant sur lui. Le langage est visiblement offert et déversé dans l’espace comme s’il était le vrai sang. Le Vivier des noms, creuser dedans : creusement de surface. L’idée d’ouvrir aussi un atelier par bâtissage, échafaudage progressif et démolition de la pièce d’ombre. Manque l’adversaire ! Optique foraine, regard cadré et respirant : compression et dilatation de l’espace : respiration des scènes à nombres avec de nombreux polygones et un travail à la chair même du langage, à son noeud avec la matière et que tout le monde entende bien ça ! Toutes les scènes sont trines ; jamais une seule scène à deux ; toujours passement du trois au un, passage du un au trois, sans jamais l’esclavage du deux. La langue n’est qu’action. Le Vivier et sa méthode. Arraché des mains ! Méthode d’avancée par l’autodésordrement. Le rythme sauve. Le laisser se bâtir assez seul et en même temps tenir la trame de fils blancs. Tout le monde entend tout le langage en rêve : sa transmission de surface n’a lieu qu’à l’école et dans le journal. Le langage est lié à l’animal. Les acteurs iront à l’animal volontiers. Échafaude un dispositif divinatoire ! Les figures du langage dans l’espace sont en structures étoilées. Le canevas spatial est une géométrie par laquelle les personnages se portent secours. Classement mécanique-rimé . Aller dans les failles. Fortes descentes aux logodrames : développer l’ouverture à la main, le creusement sur la peau. Et suivre les psaumes : ouvrir les failles du corps. Pressentiment rythmique. Subdermatique et immachinesque ! Scénogre à rèbes ! Antipersonnes béantes passant les unes dans les autres : ceci après l’acte mécanique qui est plus bas que terre. Jean Climaque ! Capter les forces qu’il y a dans le langage lui-même, écarté depuis longtemps au secret. Il n’y a que des idées mathématiques. L’hypothèse animale. Maison septigonale : chanter sa rime. Médullarium : filet. Aurai-je le temps de tout faire ? Des choses qui se disent dans l’espace avec lui. Chercher un moment où la pensée exécute sa rime en avance dans le pressentiment. Importance de dire leur crime, de leur faire commettre leur crime à chacun : L’Enfant armé. Libérer l’avancement par pensée dramatique. Temps chronique et temps rythmique. Étudier, expérimenter, éprouver et prouver ! Le rythme et les structures rimées de la conscience. Monumental antagonisme : portrait du Chantre nommant la Machine annonciatrice. Je ne vous épargnerai pas le labyrinthe. Il a fallu prendre forces dans le chaos : lutte entre la pensée rythmique battue et la pensée dynamique soufflée. Ennemi de tous les jours : la mécanisation mentale. Ne faire que suivre le langage et savoir sa cruauté. Bien écrire le néant. Un crime phonique par jour ! Le langage ouvre la scène entre nous. Passage d’un mort érigeant. Livre peint. Faire parler les pantins et faire parler les noms. Concernant l’ange numérique, le retrouver dans le thème tournant dans la Loterie. Ouverture de l’espace par le langage : parce qu’il est orienté, contradictoire, directionnel et que c’est dans tous les sens qu’il agit. Prouver que ce ne sont que les ondes qui agissent. « Parmi les ondes. » La parole fait que nous sommes dictés. « Ah ! ah mais… en voilà un qui voit tout en langage comme le boulanger voit tout en pain ! » Coups adressés à l’espace. Leitmotiv sans retour. Organiser des phases mentales, des suites-séquences : les rapides, les automatiques, les distraites. Scénographie par l’entrée des couleurs : entrée du rouge, entrée du vert. Capture de forces. Il ne se communique que de la mort. (…)

© Valère Novarina, Le Vrai sang, P.O.L, 2011, disponible en numérique sur ePagine.

Vous pouvez télécharger gratuitement un extrait plus long du Vrai sang (ou le feuilleter en ligne) en cliquant ici. Ce texte est édité chez P.O.L comme toute l’œuvre (ou presque) de Valère Novarina et 16 autres de ses textes sont aujourd’hui disponibles en numérique sur ePagine (PDF et ePub). Le vrai sang est joué au Théâtre de l’Odéon jusqu’au 30 janvier (01 44 85 40 40). Par ailleurs, à la Maison de la poésie, est repris jusqu’au 6 février son texte Le repas dans une mise en scène de Thomas Quillardet (01 44 54 53 00). Enfin, retrouvez Le Babil des classes dangereuses dimanche 6 février sur France Culture de 20h à 22h dans une lecture dirigée par Denis Podalydès (avec Denis Podalydès, Catherine Samie, Jacques Bonnafé, Loïc Corbery, Catherine Hiegel, Judith Chemla, Christian Paccoud…).

26 janvier 2011

Guillaume Vissac (Accident de personne) | publie.net en temps réel

Avant-hier, de nombreux journalistes, blogueurs et libraires (notamment ePagine) ont reçu un long mail de François Bon, responsable de la coopérative d’édition numérique publie.net qui commençait ainsi : « Sortir de nos frontières numériques est trop important pour ne pas vous imposer ce message ! ». Pour la première fois cette maison d’édition 100% numérique a diffusé de l’information en dehors des sites Internet et des réseaux sociaux, Twitter ou Facebook, où François Bon reste très actif. En communiquant autour de son catalogue très exigeant en matière de littérature classique mais surtout contemporaine (récits, romans, poésie, polars, essais, études, carnets, revue…) et innovant sur la partie numérique, publie.net souhaite ainsi atteindre (au-delà des blogués, twitteriens et autres facebookés) un public plus large par le biais des lieux traditionnels et symboliques de la critique littéraire. Et au vu des derniers titres ajoutés au catalogue, on peut sans trop s’avancer affirmer qu’il y a là quelque chose à jouer pour cette maison. Bienvenue, donc, aux anciens et aux modernes que vous retrouverez tous sur ePagine, notamment l’un d’entre eux, Guillaume Vissac et son Accident de personne !

Dans sa lettre de diffusion, François Bon revient sur les 10 000 téléchargements individuels atteints par publie.net pour l’année 2010 (à comparer aux 2800 de l’année 2009) ainsi que sur la baisse de ses tarifs la semaine passée (signe fort d’incitation à la découverte, à la lecture et à la circulation de tous les textes mis en ligne sans DRM et disponibles aux formats PDF pour l’ordinateur, epub pour iPad, liseuses, iPhone et téléphones Androïd, prc pour Kindle, ou tout simplement via la liseuse en ligne). Il signale par ailleurs un net renforcement de la lecture par abonnement (sur laquelle la coopérative reverse 30% des recettes nettes à ses auteurs par péréquation des pages lues, et 50% sur les recettes nettes téléchargement). Ces dernières semaines ont également été riches du côté des retombées médiatiques (un entretien avec Frédérique Roussel dans Libération à propos de l’iPad, une accroche de Mohammed Aïssaoui en Une du Figaro littéraire à propos de la nouvelle collection de polars “Mauvais genres”, un article d’Alain Nicolas dans l’Humanité, plusieurs échos dans le travail de fond de Pierre Assouline et une participation à Place de la Toile sur France Culture) l’amènent à penser que les frontières (médias traditionnels/web) peuvent désormais progressivement s’ouvrir.

Ces deux dernières semaines, publie.net a ajouté 15 titres à son catalogue. Comme je ne pourrai pas tous les chroniquer aujourd’hui, je me propose de présenter l’un d’entre eux : Accident de personne de Guillaume Vissac, projet que j’ai suivi en direct sur Twitter à la fin de l’année passée ainsi que sur le site de l’auteur et qui est aujourd’hui disponible en numérique dans une version étourdissante. Dans les prochaines semaines je reviendrai sur mes autres lectures, notamment sur le dernier texte de Mahigan Lepage qui est également l’auteur d’un formidable road-movie, Vers l’ouest, que j’avais chroniqué ici-même. Son dernier récit, La science des lichens, nous convie à d’autres « déplacements » (à l’intérieur-même du RER B parisien) par le biais d’un rapport et d’un regard singuliers entretenus avec les paysages, le temps, les territoires, l’exotisme ou encore la lichénologie (Descartes, le Népal, la langue française, Paris-Plage, le Maroc, le Jardin des Plantes, l’ennui, la chaleur, la duperie… s’entremêlent ici dans une longue et unique phrase ébouriffante).

Je reviendrai également sur l’ensemble de textes proposé par François Bon dans Après le livre, étape de réflexion importante pour lui au moment où le paysage et l’objet même du livre est en train de changer radicalement – cette mise au point sur la mutation du livre numérique faisant suite à de nombreuses interventions et conférences ces deux dernières années. Enfin, j’irai me noircir les humeurs avec les « mauvais genres », collection de polars que dirige Bernard Strainchamps… si du moins, d’ici là, nous puissions tous survivre à l’Apocalypse qui s’annonce…

Accident de personne de Guillaume Vissac : « Pendant presque deux ans, je passais entre deux et trois heures par jour en transport en commun (RER, métros) », écrit l’auteur dans sa présentation. Malheureusement habitué aux « accidents de personne », il s’est mis à prendre des notes à chaque message d’alerte (dans le wagon et sur les quais). En décembre 2010, il a commencé à diffuser sur Twitter aux heures de pointe 160 fragments de 140 caractères maximum qui tous mettaient en scène des « accidents de personne ». Se mettre dans la peau de celui ou celle qui se fout en l’air n’est pas simple. Mais qui n’a jamais cherché à savoir pourquoi untel s’était jeté sous les rails, quelle était la personne qui avait pu faire ça, ou encore ce qu’il ou elle avait en tête au moment de ? Glauque et stupide, diront certains ; manière d’exorciser nos peurs, catharsis de ces longues heures passées dans les souterrains  et les espaces clos, répondront d’autres. Après la diffusion des messages, Guillaume Vissac a commencé à les réunir et des personnages récurrents sont apparus. Voilà pourquoi désormais, dans sa version numérique, propose-t-il des entrées par personnage (celui qui, celle qui…). En feuilletant l’ensemble, vous remarquerez aussi de nombreuses notes en bas de page (qu’on appelle aussi hyperliens) ; il y en a 271 (et elles sont toutes inédites), chacune de ces notes renvoient à un nouveau fragment lui-même en lien avec un autre (c’est inépuisable). Oui, Accident de personne est un ensemble déroutant, mordant, d’une inquiétante lucidité et qui ne ressemble à rien de connu. Voilà au moins une bonne raison de se lancer. L’autre raison est littéraire ; à force de parler de la forme on en oublierait presque l’écriture (et il ne faudrait pas) : celle-ci est précise, maîtrisée et inventive tandis que la langue sait être lyrique ou sèche suivant ce qui se joue sous nos yeux ; vocabulaire et syntaxe vont chercher loin chez les Anciens ainsi que dans sa contemporanéité (langage propre au web, au marketing et à la communication, messages publicitaires, formules aseptisées…). Pour ceux qui découvriraient cet auteur, je vous conseille également de lire Livre des peurs primaires (où il était déjà fortement question du rapport à l’angoisse dans la ville) ainsi que Qu’est-ce qu’un logement ? (où l’on retrouve cette façon qu’a Guillaume Vissac de capter, via la prise de notes, le réel – sauf que cette fois il s’agit de se demander : c’est quoi habiter un nouvel espace ?). Mais assez palabrer, voici maintenant deux extraits (la présentation du projet et quelques fragments).

Pendant presque deux ans, je passais entre deux et trois heures par jour en transport en commun (RER, métros). Tout ce temps là, mis bout à bout, ça fout la lourde comme on dit par chez moi, le vertige.

J’ai donc eu mon compte d’accidents de personne, je ne les ai pas comptés, mais toujours une atmosphère particulière dans le wagon lorsque le conducteur l’annonce, ou sur les quais quand les écrans clignotent.

Un jour l’un d’entre eux m’a fait arriver deux heures en retard dans mon boulot de l’époque. Ce jour-là, l’idée d’en faire quelque chose, de prendre des notes, et l’écriture de la toute première.

La prise de notes a duré un an et demi. Toutes ces notes (ou la plupart) ont été écrites directement embarqué soit dans les wagons, soit sur les quais, au téléphone portable classique, ensuite via l’iPhone.

J’ai vu de suite que c’était un truc fait pour twitter. Je n’ai pas twitté en live : j’ai un peu peur de l’instantané, et puis il fallait l’organiser, faire le ménage. Alors ça s’est étendu dans le temps, et tant mieux, ça m’a permis de faire mûrir .

Fin 2010, j’avais plus de 200 fragments d’écrits, tous de moins de 140 caractères, alors j’ai créé le compte @apersonne, j’ai épuré mon texte. J’en ai gardé environ 160.

De cette façon, j’ai pu mettre en ligne 5 fragments par jour pendant un mois tout juste. C’était novembre, j’ai choisi décembre, et ça tombait bien avec Noël et réveillon à la fin comme acmé. L’idée était là depuis le tout début, de pouvoir programmer les twitts à heure fixe, tous les jours 7h, 9h, 12h, 18h et 20h, afin que les twitts puissent être lus aux heures de pointe, dans les transports précisément. Et puis ça avait un côté feuilleton : les followers ont commencé à savoir que c’était « bientôt l’heure d’@apersonne ».

Passé fin décembre, j’ai mis au propre, rassemblé le tout dans un abécédaire. A l’origine il n’était pas prévu que des figures émergent, et puis des personnages sont apparus d’eux mêmes, par exemple celui qui cherche une chanson idéale pour la passer au moment de mourir, celle qui se tue mais plusieurs fois, car ça marche pas, les régulateurs de flux que je voyais tous les jours deux fois par jour, etc.

Alors les classer par personnages, c’était une idée. Les notes de bas de page, c’est venu pendant cette phase là, histoire de faire dialoguer tout le monde, du coup toutes les notes sont inédites, jamais apparues sur twitter, plus de 140 caractères pour certaines.

Je me demande toujours au moment de compiler ce genre de projet volatile : quelle sera la règle du jeu ? La règle du jeu ,ce serait de pouvoir naviguer dans tout ça sans suivre d’ordre, ni alphabétique ni rien, simplement rebondir d’une fiction à l’autre. J’aime cette idée de ne pas lire de la page 1 à la page 99 mais dans le désordre.

D’où les 271 liens, chaque titre dans les notes étant discrètement interactif.

***

CELUI QUI… A LE SENS DE LA MISE EN SCÈNE

comme un funambule trop proche des rails il risque tout : un seul écart & le déséquilibré7 c’est lui

je l’installe le plus confortablement possible sur les rails : sous sa nuque un coussin : elle remercie8 : je sais rester humain

7 Paradoxalement, aux yeux de tous, nous sommes les déséquilibrés ; les seuls pourtant à ne jamais tomber. (Ceux qui poussent)

8Je me suis dit cette fois, sous les mains, les doigts, la peau d’un autre, je pourrais y arriver et puis mourir enfin. Mais devinez quoi ? Je me suis encore trompée. (Celle qui se loupe)

© Guillaume Vissac, Accident de personne, publie.net, janvier 2011.

Les 15 dernières nouveautés publie.net disponibles sur ePagine et les sites des libraires-partenaires :

* Du côté des auteurs classiques : L’Apocalypse (traduit et commenté par Bossuet) ; Poèmes d’Ossian de Chateaubriand ; Le droit à la paresse de Paul Lafargue ; La philosophie dans le boudoir et Les 120 journées de Sodome de Sade ; Le ventre de Paris d’Émile Zola.

* Parmi les auteurs d’aujourd’hui : La tendresse de Jacques Ancet ; Après le livre de François Bon ; Bit, sex & bug de Thierry Crouzet ; Transparences et Ès Lettres de Christian Jacomino ; La science des lichens de Mahigan Lepage ; Accident de personne de Guillaume Vissac.

* Nouvelles et roman noirs (collection « Mauvais genres ») : Le Successeur de Philippe Carrese ; Motel, et autres légendes urbaines de g@rp.

Christophe Grossi

25 janvier 2011

Quoi trouver sur la Tunisie en numérique ?

Filed under: + Conseils de lecture — Mots-clefs :, , , , , , , , — Christophe @ 09:52

© Rev. Strangelove (via Flickr)Depuis plusieurs jours déjà je me demandais ce qu’on pouvait trouver sur la Tunisie dans le catalogue ePagine. La recherche thématique restant pour l’instant limitée avec le moteur actuel (hormis les ouvrages référencés qui auraient dans leur titre « Tunisie » (48), « Tunis » (15) ou « Ben Ali » (3) par exemple) et comme aujourd’hui les livres ne sont pas encore tagués (mots-clés), comment retrouver sur le portail des romanciers ou essayistes tunisiens, des poètes ou des critiques d’origine tunisienne, etc. ? Pas simple. Pour cela je me suis d’abord fié à mes quelques connaissances ainsi qu’à ma mémoire de libraire et suis ensuite aller consulter plusieurs sites où des auteurs tunisiens étaient référencés. J’avais cette fois devant moi une liste impressionnante. Très vite je me suis rendu compte que la plupart des auteurs étaient publiés chez des éditeurs qui ne figuraient pas encore au catalogue ePagine ; les quelques-uns restants l’étaient chez une poignée d’éditeurs, principalement à L’Harmattan (rien d’étonnant là dedans) ou bien (notamment pour les auteurs français nés en Tunisie) dans de grosses maisons parisiennes. Côté 100% numérique je n’ai rien trouvé – mais je suis peut-être passé à côté d’un auteur incontournable et si c’est le cas, dites-le moi (gentiment).

Au final, j’ai laborieusement abouti à un résultat certes intéressant mais loin de représenter la production tunisienne d’aujourd’hui. Par ailleurs, si bon nombre de ces textes sont des oeuvres importantes, éclairantes, nourrissantes, la plupart ne sont disponibles qu’en PDF, avec DRM, et à des prix vraiment trop élevés. D’où une question : seront-ils nombreux les lecteurs (alors que la Tunisie est en pleine révolution et que nous sommes un certain nombre à vouloir mieux connaître ce pays, son histoire ou sa littérature) à dépenser 15, 20, parfois plus de 30 euros pour un ouvrage numérique disponible seulement en PDF (qui ne s’adapte donc pas aux différentes tailles d’écran), sur lequel on ne trouve pas de table des matières ou d’index avec liens et sur lequel on ne peut faire aucun copier-coller ni prendre aucune note ?

Ceci dit, comme certains de ces auteurs méritent d’être découverts et lus, je me permets de proposer une petite sélection totalement subjective ; l’idée n’étant pas d’aligner les noms mais de donner un aperçu de ce que pourrait être ma bibliothèque numérique « tunisienne » – un autre proposerait autre chose et ça me plairait assez d’ailleurs d’entrer dans d’autres bibliothèques. Alors, si le coeur vous en dit !

De Nelly Amri (historienne, enseignante, fortement influencée par le soufisme, l’histoire de la sainteté et l’hagiographie de l’Islam médiéval, au Maghreb en particulier), je me souviens de plusieurs recueils de poésie, dont Cheminant rivière et Nuit debout (L’Harmattan) : présence très marquée du corps, long chemin de l’écoute à l’entente, voix souvent éraillée, rocailleuse, qui prend.

Je poursuivrai cette balade poétique avec Tahar Bekri, l’une des grandes voix de la poésie tunisienne ; auteur de nombreux essais et études sur la littérature maghrébine mais aussi de recueils de poésie à la croisée de la tradition et de la modernité, son œuvre est largement marquée par l’exil et l’errance ; elle évoque aussi des traversées de temps et d’espaces continuellement réinventés (mémoire, horizons nouveaux, terre sans frontières. Vous trouverez notamment ici un large choix de ses poèmes (édition bilingue franco-américaine établie à L’Harmattan).

Bien connu dans le milieu de la littérature judéo-maghrébine, André Nahum est l’auteur d’une demi-douzaine d’ouvrages sur les traditions orales des différentes communautés du Maghreb, l’humour populaire et le personnage de Djoha. Sur ePagine on trouvera un seul de ses ouvrages, un recueil de nouvelles tendres et souvent drôles : Le roi des Briks (L’Harmattan) où il sera question de la vie du hara de Tunis pendant la jeunesse de l’auteur. On y trouvera notamment l’histoire du menuisier qui devient marchand de briks, du « petit militaire » ou encore de « Chloumou le violoneux ».

Abdelwahab Meddeb, né à Tunis, est un écrivain et poète franco-tunisien. Directeur de la revue internationale et transdisciplinaire Dédale, il enseigne la littérature comparée à l’Université Paris-X et anime également l’émission hebdomadaire Cultures d’islam sur France Culture. Dans son oeuvre « transfrontalière », il s’attache à honorer ce qu’il appelle sa « double généalogie », européenne et islamique, française et arabe. À lire de lui L’exil occidental (Albin Michel) : de la poésie préislamique aux émigrés de Tanger, des déserts de l’enfance à la désolation d’Auschwitz en passant par Tunis, New York et le Japon, il explore ici toutes les dimensions de l’aventure humaine.

Autre auteur à découvrir : Hedi Bouraoui, connu à la fois pour ses poèmes, romans, nouvelles, contes et essais mais aussi pour ses articles qui font de lui un critique littéraire à la renommée internationale, plaidant pour un travail de soi sur soi : « si l’on s’ignore soi-même, on ne parvient jamais à connaître les autres ; connaître l’autre et soi est une seule et même chose », écrit-il. Par ailleurs, il met en scène dans trois romans publiés aux éditions du Vermillon un certain Hannibal ben Omer, sorte d’Ulysse contemporain perdu entre Carthage, la Sicile, la Sardaigne et New York (à feuilleter en ligne chez l’éditeur).

Ayadi Boubaker est nouvelliste, romancier, traducteur et chroniqueur tunisien. Sur ePagine on découvrira deux de ses recueils de contes arabes issus du répertoire classique arabe et choisis pour la plupart par l’auteur dans le chef d’oeuvre de la littérature arabe, le célèbre Kalîla wa Dimna (fables d’origine persane qui auraient également influencées La Fontaine), adapté en arabe par Ibn al-Muqaffa‘ vers 750 : La monture du roi grenouille et Le rêve du Sultan (L’Harmattan).

Du côté des essayistes, n’hésitez pas à jeter un oeil à l’oeuvre de Fawzi Mellah, journaliste et écrivain tunisien, qui a notamment suivi le périple d’un groupe d’immigrés clandestins vers l’Europe (ouvrage publié au Cherche midi et épuisé aujourd’hui – peut-être un jour disponible en numérique ?). Sur ePagine, vous trouverez un essai d’interprétation critique sur l’unité arabe (L’Harmattan).

De nationalité française, Paul Sebag est né en Tunisie. Pendant la seconde guerre mondiale, il prend une part importante à l’action clandestine du Parti communiste tunisien (PCT) contre les partisans de Vichy. Arrêté, condamné aux travaux forcés à perpétuité, il sera libéré au lendemain du débarquement des alliés en Afrique du Nord. Il reprend alors son activité politique au sein du PCT dans l’illégalité. Après la libération, il devient journaliste et assure la rédaction du journal du parti. Il publie également plusieurs études de sociologie urbaine qui l’amènent à enseigner à l’Institut des hautes études de Tunis puis à la faculté des lettres. En 1977, ne pouvant plus enseigner à Tunis (contrat non renouvelé), il est nommé à l’Université de Rouen et se consacre à son travail d’historien, publiant plusieurs ouvrages consacrés à l’histoire de Tunis et des Juifs tunisiens. Quatre de ses ouvrages  parus à L’Harmattan sont disponibles aujourd’hui en numérique (très intéressants mais malheureusement trop chers).

On ne peut pas parler d’auteurs tunisiens ou d’origine tunisienne sans citer le nom d’Albert Memmi qui, au carrefour de trois cultures, a construit son œuvre sur la difficulté de trouver un équilibre entre Orient et Occident et a fondé le concept de judéité comme base de son travail d’exploration de l’être juif, concept qui a été repris par de nombreux écrivains et philosophes. Malheureusement aucun de ses textes ne sont disponibles en numérique ; en revanche vous pourrez trouver sur ePagine quelques études sur cet écrivain important.

Pour terminer, parmi les auteurs nés en Tunisie mais ayant quitté très tôt ce pays figurent Chochana Boukhobza (née à Sfax, a émigré en Israël à l’âge de 17 ans) qui a fait parler d’elle lors de la rentrée littéraire dernière en publiant chez Denoël un roman remarqué par la critique, Le troisième jour (les premières pages de ce roman peuvent être feuilletées en ligne sur ePagine et/ou téléchargées gratuitement). On trouvera également chez Grasset Michèle Fitoussi (née également en Tunisie) qui s’est toujours beaucoup intéressée à la question des femmes et à leurs droits en France et dans le monde ; chez Zulma, Hubert Haddad (écrivain de langue française, poète, romancier, historien d’art et essayiste français d’origine tunisienne) ; chez Plon-Perrin, Gisèle Hallimi (avocate, militante féministe et politique française d’origine tunisienne) ou encore Serge Moati (né au sein d’une famille juive tunisienne dont il retrace l’histoire dans Villa Jasmin qu’il publie en 2003 chez Fayard).

Christophe Grossi

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