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17 décembre 2010

Manotti, Villard, Benson : 3 Mauvais genres chez publie.net

En cette fin d’année, ePagine présente sur sa page d’accueil dix tables sur lesquelles sont présentés à chaque fois quinze ouvrages (littérature, jeunesse, sciences humaines, SF, érotisme…) qui sont autant de conseils de lecture (150 au total). Parmi la sélection « Noël noir », je vous conseille vivement d’aller vous jeter sur les trois premiers titres de la toute nouvelle collection numérique de publie.net, « Mauvais genres », que dirige Bernard Strainchamps de Bibliosurf. Ces trois ebooks, proposés sans DRM (verrous) et ne dépassant pas 3,50 euros, sont disponibles dans différents formats de lecture (pdf, epub, mobipocket). Ils peuvent être lus sur ordinateur, liseuse (Bookeen, Sony…), iPhone, iPad…  C’est bien beau tout ça mais les auteurs, vous demandez-vous, qui sont-ils ? Cerise sur le gâteau : Dominique Manotti, Marc Villard et Stéphanie Benson. Belle entrée en matière, non ?

Le premier ebook que j’ai lu est Carnet rose de Dominique Manotti, auteur important et incontournable dans le milieu du polar français (lire notamment Bien connu des services de police publié dans la Série noire). Ici trois nouvelles nous sont proposées (et c’est trop peu, très frustrant). Pour les familiers de Dominique Manotti, ce recueil leur plaira je pense. À travers trois ambiances très différentes, on retrouve cette même écriture rythmée et précise qu’on lui connaît ainsi que ce souci de décrire de l’intérieur les systèmes pourris, les dysfonctionnements, les magouilles policières ou politiques mais aussi les coups tordus. Pas de manichéisme avec elle, pas de sentiments non plus ni d’aigreur même si de manière générale sa palette oscille entre utopie (rêver d’un monde meilleur) et lucidité. Ainsi, Dominique Manotti vous fera entrer, avec la nouvelle éponyme « Carnet rose », dans les coulisses du militantisme communiste italien des années cinquante où il sera question d’un accouchement sans douleur, des crimes de Staline et de la « Femme nouvelle ». Avec « Garde à vue mon amour », vous apprendrez qu’on peut porter un T-shirt « Nique la police » pour de très bonnes raisons et serez surpris de découvrir qu’une nuit passée en garde à vue peut être le meilleur alibi qui soit. « Nettoyage ethnique », qui est la nouvelle la plus violente, la plus sidérante aussi, vous permettra de suivre en direct quelles méthodes (expéditives, à vomir) peuvent être utilisées pour expulser des immigrés d’un squat et quelles en sont les motivations. Pour ceux qui ne l’auraient pas encore lue, ce recueil tout en finesse est une bonne porte d’entrée dans l’univers de Dominique Manotti. L’horreur ici côtoie la misère humaine et le cynisme (à défaut de civisme) l’humour noir, mais je le redis : on en aimerait plus.

Marc Villard, que je n’avais pas lu depuis de nombreuses années, est un drôle de type, un touche-à-tout, qui sait être très drôle, cinglant, déconcertant souvent et déprimant aussi. Et je dois dire qu’avec sa longue nouvelle, Petite mort sortie Rambuteau, il fait très fort. La terminant je me suis dit que j’avais bien fait de déménager. Sûr que je n’aurais pas aimé tomber sur Dan, le flic chargé à mort (dope, cachetons, alcool…) ni sur son flingue (chargé itou). Ici les phrases sont très très courtes. Deux mots ou trois, guère plus. Le style est direct (on s’en serait douté) et l’errance nocturne, un cauchemar. De l’autre côté (cette histoire étant aussi une sorte de jeu du chat et de la souris, version trash) vous avez Oscar le batteur de jazz. Il a eu son quart d’heure de gloire, aujourd’hui il est plutôt au radar. Entre ces deux là, il y a Paris, une course poursuite, des cadavres à chaque coin de rues, des putes et des macs aussi, un bébé qu’on aimerait mettre à l’abri, et surtout une femme qui a plusieurs prénoms. Et plusieurs vies. Mais une seule mort. Villard, ici, fait dans le Céline sous amphétamine, ça swingue à coups de pétoires et ça vous emmène dans un voyage au bout de la… station Rambuteau. Un conseil : prenez plutôt la sortie opposée mais lisez cette nouvelle !

Quand j’ai appris que Bernard Strainchamps allait proposer en numérique Al Teatro, la tétralogie de Stéphanie Benson (maître du noir et du fantastique : j’ai lu ça) que L’Atalante avait préalablement publiée (les trois premiers ouvrages de cette série sont aujourd’hui épuisés en version papier et avec le quatrième, introuvable, je ne parviens pas à savoir s’il a paru un jour ou s’il est à paraître), je me suis dit : tiens, voilà une bonne raison de découvrir cet auteur ! J’ai donc ouvert le premier tome, Cavalier seul. Je ne sais pas où l’auteur va avec ce projet fou sur la fin du monde mais ce que je peux dire pour l’instant (ces 280 pages appelant déjà les suivantes), c’est que ça vaut le détour. Les personnages d’abord : tous frappadingues à commencer par le commissaire Katz à la poursuite d’un certain Milton, tueur et violeur en série dont l’objectif est de dézinguer le monde pour en devenir le maître incontesté… Heureusement, celui-ci a des alliés de choix car, malgré ses mises en scène mégalo, ça semble un peu compliqué de retourner tout seul le monde comme une crêpe. Le rythme ensuite : tout ça va bon train dans un style impressionnant, Benson n’hésitant pas à jouer avec certains clichés (sectes et manipulations mentales, misogynie, fantasmes, courses-poursuites, séductions…) ni à user de toute la folie possible (certains ne la suivront sans doute pas d’ailleurs) et des ruses. Côté intrigue, on est face à du lourd. Bref, ici oubliez tous les codes : entre polar, roman psychotique, politique et fantastique,  Stéphanie Benson a les moyens de vous paumer ; ce cocktail est explosif. Quant au style, ma foi il est très efficace, à la fois nerveux et décontracté (comment fait-elle ?). Pour vous faire une idée de tout ça (ce 1er tome d’Al Teatro, sans DRM, est à 3,49 €), feuilletez les 20 premières pages en ligne ou téléchargez-les gratuitement (en pdf) depuis ePagine. On en reparle ?

Christophe Grossi

Un commentaire »

  1. [...] Ce billet était mentionné sur Twitter par Bernard Strainchamps, Bernard Strainchamps, g@rp, Stéphane Michalon, Christophe Grossi et des autres. Christophe Grossi a dit: Manotti, Villard, Benson : 3 Mauvais genres, coll. de @bibliosurf chez #publie.net http://bit.ly/gUDGch chronique #blogepagine [...]

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