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le Livre-Avenir ne se fera pas sans les libraires.

15 décembre 2010

Entretien avec Françoise Prêtre, éditrice jeunesse de La Souris Qui Raconte

Un nouvel éditeur jeunesse 100% numérique, La Souris Qui Raconte (LSQR pour les intimes), vient de faire son entrée sur ePagine. À travers trois collections, elle propose aux enfants de 7-10 ans des lectures en ligne (et qui peuvent être téléchargées). Ici la lecture est abordée de manière innovante, intuitive et sensorielle. Ne s’appuyant sur aucun livre édité, toutes ses créations sont originales et les histoires éco-citoyennes et solidaires contiennent des illustrations animées et interactives de qualité. Plus ludiques et plus attractives, elles enrichissent le récit, lu et sonorisé. Les textes inédits parlent sans tabou des faits de notre société et prônent des valeurs altruistes, humanistes et généreuses. Pour des raisons techniques (qui j’espère pourront se régler rapidement), ePagine ne propose pour l’instant qu’un seul titre à télécharger (le fichier audio, format mp3, d’Adhi le petit porteur de soufre) alors que la maison d’édition a déjà 8 titres à son actif. En attendant, retrouvez le catalogue complet sur immatériel ou directement sur le site de la maison d’édition. Mais sans plus tarder, faisons connaissance avec Françoise Prêtre, fondatrice et responsable de cette maison mais également auteur jeunesse, qui a eu la gentillesse de répondre à nos questions très indiscrètes (avec la participation de la souris bien sûr).

© photo : Laurence de Terline

Racontez-moi, Françoise, l’histoire cette « souris qui courait plutôt dans le web que dans l’herbe ».
Il était une fois… on peut aussi se la jouer international : Once upon a time…, toutes les histoires commencent par là, et c’est pareil dans toutes les langues du monde ! Celle de la souris web addict a commencé il y a presque deux ans, c’est un peu long à raconter, alors je vais essayer de condenser. Après un diplôme de designer graphique, j’ai servi, avec un grand sens des responsabilités et du travail bien fait, des PME dans les secteurs de la communication, de l’édition pré-presse, et de la production. Et cela pendant plus de 20 ans ! Travailler dans des structures à taille humaine, était un choix délibéré. Ça a eu plusieurs avantages. Être proche d’une équipe de femmes et d’hommes impliqués dans une réussite commune. Être multi-taches ou multi-fonctions ; dans une équipe à taille humaine, il n’y a personne pour vous faire les photocopies, et il n’était pas rare de mettre les mains dans le cambouis pour débrouiller une situation problématique. C’était marrant, et très édifiant ! Par contre, le revers de la médaille, c’est que les PME n’ont pas forcément les reins aussi solides que les grosses structures, c’est donc un licenciement qui a été le point de départ de mon aventure (vous me direz, il n’y a pas que les petites structures qui licencient, mais bon !). Me faire virer à 52 ans m’a obligé à deux actions.
1) Faire l’analyse de ma carrière professionnelle. En gros, d’où j’étais partie à 23 ans, et où j’en étais à 52 !
2) Comment utiliser cette carrière, mon expérience et mon expertise métier au profit d’un avenir un peu inquiétant quand même ?
La réponse immédiate à ma première analyse était de revenir à mes premières amours, la création. Entre l’édition de catalogues multilingues et l’édition en général, ce sont juste les personnes qui changent, sinon les ressorts sont les mêmes. Et trouver les bonnes personnes pour accomplir les bonnes actions, est quelque chose que j’ai fait pendant 20 ans ! Édition, création, j’en suis tout naturellement arrivé à l’édition jeunesse, étant à mes yeux la plus créative !

Et autrement dit, pourquoi et comment avez-vous été amenée à créer cette maison ?
Après cette période de réflexion, il fallait que je trouve le moyen de donner vie à mon idée embryonnaire. J’ai d’abord écrit des histoires pour les enfants et dans le même temps j’ai beaucoup tourné dans les salons, bibliothèques, librairies. C’est fou ce que le secteur jeunesse est prolixe et qualitatif ! Me lancer dans l’édition jeunesse faisait son chemin, à toute vitesse. Mais comment pouvais-je me distinguer de ceux, reconnus s’il en fut, qui occupaient la place avec autant de force ? Quelle serait ma différence ? Une maison d’édition jeunesse, OK, mais numérique, pour les digital natives ! La Souris Qui Raconte (celle de l’ordinateur, à ne pas confondre avec Mickey Mouse), ce projet un peu fou est né comme ça ! En regardant, comparant, analysant… J’ai aussi rencontré des tonnes de personnes, éminentes pour certaines, Philippe Jannet (lemonde.fr), Virginie Clayssen (editis), François Nawrocki (CNL), Xavier Cazin (immateriel.fr, évidemment) chacune d’elles ayant un rôle majeur dans l’édition numérique. Tous ont été charmants et accueillants, vraiment, mais tous m’ont prises pour une illuminée je pense ! Ont-ils raison ? La France est un pays englué dans ses fonctionnements (ou dysfonctionnements au choix). Un parcours ne se réalise qu’en suivant un sentier bien tracé, case A, puis B, puis C. Emprunter la case A, puis la M pour revenir à la G, c’est être un illuminé, ou agir comme tel ! J’assume, mais parfois c’est lourd !

Quelles sont les particularités de chacune de vos trois collections ?
Ah, les trois collections, qui seront au nombre de quatre j’espère rapidement. Les différenciations se font surtout au niveau de l’interactivité, et du prix – lequel (j’en profite pour faire ma pub) est largement inférieur au prix moyen d’un album de l’édition jeunesse. 4,95€ pour la collection « Histoires à lire » c’est deux fois et demi en dessous des 12€ moyen du papier. Pour en revenir aux particularités « techniques » on va dire, s’il y avait trois niveaux d’interaction : 0 serait pour les « Histoires à lire » ; 1 pour les « Histoire à jouer » ; 2 pour les « Histoires à inventer ». Encore que certaines histoires à lire soient interactives, c’est le cas de Chabada, Ogre-Doux ou Voyage sur les ondes. Elles ont dans tous les cas moins d’interactivité que Polo le Clodo ou Antiproblemus veut sauver la terre. Quant aux histoires à inventer, à paraître en 2011, le récit aussi est interactif, un début, plusieurs fins ! Et puis la quatrième collection s’appellera « Histoires d’école », puisque ce sont des histoires que La Souris Qui Raconte met en œuvre avec des écoles. La première sera mise en ligne en mai 2011.

Toutes les histoires inédites de La Souris Qui Raconte sont créées pour que les enfants puissent les lire sur ordinateur mais peuvent-elles être également téléchargées ?
S
ur le site de La Souris Qui Raconte, les histoires ne sont pas téléchargeables, mais une fois achetées, elles sont acquises et consultables dans l’espace bibliothèque. Par contre un fichier MP3, offert avec toute histoire achetée (collection à lire ou à jouer seulement) est lui téléchargeable. L’enfant peut écouter et réécouter l’histoire chargée dans son baladeur. C’est bien pour les longs trajets en voiture non ? Et puis pour l’avoir expérimenté, réécouter l’histoire sans les images, c’est se réapproprier le récit différemment, ça booste l’imagination ! Si vraiment un parent voulait posséder l’histoire, c’est encore possible, La Souris pense à tout (essaye), il suffit d’aller sur le site immateriel.fr, où La Souris Qui Raconte est présente, au même prix que sur LSQR, les fichiers y sont téléchargeables, sans DRM (même pas peur !).

Vous écrivez que « les protagonistes, auteurs, illustrateurs et conteurs, ont fait des merveilles. Ils se sont pris au jeu, et pour satisfaire au besoin de la cause, ont changé et se sont adaptés. » De quelle cause voulez-vous parler ?
Celle du numérique ! Je le disais plus haut, changer d’habitudes, tout le monde ne le peut pas ! Lorsque j’ai contacté les auteurs et les illustrateurs pour leur parler de La Souris Qui Raconte, leur dire que :
1) LSQR serait 100% numérique, pas de papier ;
2) parlerait écran et pas page ;
3) le récit serait tronçonné en épisodes
et tout ça dans un nouveau format, avec de nouvelles règles et vendu moins cher, fallait y aller ! On écrit beaucoup de choses sur le numérique. Vous êtes bien placé pour le savoir. Mais quand je vois les problèmes techniques auquel je suis confrontée avec le format que j’utilise actuellement (le flash), c’est dingue ! Un mot qui fâche par ailleurs, presque un gros mot, flash ! Un mot boudé par Apple. Je pense à LA tablette iPad ! Parce que l’iPhone a un écran bien petit pour de jeunes lecteurs, non ? Eh bien à cela je réponds (non flash n’est pas un gros mot) que lorsque j’ai démarré le projet de La Souris Qui Raconte, gourou Steve n’avait encore rien dit à personne sur son dernier joujou ! La tablette a commencé à défrayer les chroniques en avril 2010, La Souris Qui Raconte SARL est née le 1er juin 2010, je n’allais pas tout recommencer pour une histoire de gros mot ! Et puis de vous à moi, les choses évoluent tellement vite, l’iPad sera-t-elle encore leader sur son marché dans 6 mois ? Mais de vous à moi encore, cela ne m’empêche évidemment pas de réfléchir à des solutions, c’est dans les tuyaux !

Dans les histoires que j’ai pu lire, les auteurs abordent avec finesse des thèmes pourtant pas faciles (l’exclusion, la perte d’un parent, les solitudes urbaines, les droits de l’enfant…). Ce n’est pas un hasard j’imagine ?
En effet non ! Je suis extrêmement inquiète sur l’avenir de notre monde. Il est unique, comme notre vie, à ceci près que LA vie se transmet. Si notre monde est unique et que nous transmettons la vie, avons-nous le droit de le saborder ? Qu’en feront ceux qui nous survivront ? Avons-nous le droit d’être indifférents ? Avons-nous le droit de rester dans l’ignorance ? Évidemment non ! Parce que j’ai un immense respect pour notre Terre et toux ceux qui la peuplent, et que La Souris Qui Raconte s’adresse aux enfants qui demain seront des hommes et des femmes, parler sans tabou me paraît essentiel et fondamental. Il ne s’agit pas de le faire n’importe comment bien sûr. Mais je suis convaincue que dire les choses aux enfants telles qu’elles sont, les aident à mieux comprendre leur environnement et ses enjeux, ils suffit juste de le dire avec les bons mots !

Si je comprends bien votre souris est éducative, pédagogique, écocitoyenne, engagée et humaniste. Quoi d’autre ?
Humble ! Et si je reviens sur ce que je disais plus haut sur les changements d’habitude, le pari « numérique » qu’elle a fait est loin d’être gagné ! Car La Souris Qui Raconte est d’abord un business, avec des gens formidables impliqués dedans. Mais il n’existe pas de business sans clients !

J’ai lu sur votre blog que l’histoire d’Adhi, le petit porteur de soufre (écrite par vous et illustrée par Laure du Faÿ) avait été rapportée de Java. Pouvez-vous nous parler de cette expérience ?
P
our mes 50 ans, mon mari (très impliqué dans LSQR et aux commandes de toute la sonorisation des histoires) m’a offert un voyage en Indonésie. Notre périple passait par Java, et le volcan Kawah Ijen est célèbre pour son lac d’acide. L’Indonésie est une région sublime. Les gens y sont chaleureux et accueillants quelle que soit leur condition. Mais ils sont aussi très pauvres pour la plupart. Cette région de Java, particulièrement. Pour vivre, des hommes accomplissent des ascensions quotidiennes à l’assaut de ce volcan. Ils en extirpent le soufre qui est traité ensuite pour être utilisé dans l’industrie. Leur travail est surhumain et j’ai été extrêmement choquée de voir ces hommes d’à peine 40 ans en faire 60 ! Epuisés par les dizaines de kilomètres parcourus dans la journée, les poumons brûlés par les vapeurs toxiques, les épaules déformées par le poids de la charge ! Pour autant généreusement souriants et accueillants ! Un bel exemple d’abnégation !

Quels seront vos prochains projets ?
Des histoires et encore des histoires, avec de belles surprises pour 2011. Et puis prendre une place dans les écoles et dans les bibliothèques, au même titre que les éditeurs papier, au fond !

Qu’allez-vous demander au Père Noël ?
D’apporter plein d’histoires numériques éditées par La Souris Qui Raconte aux enfants francophones !

Propos recueillis par Christophe Grossi pour le blog ePagine

5 commentaires »

  1. [...] Ce billet était mentionné sur Twitter par michel Fauchié et Christophe Grossi, Stéphane Michalon. Stéphane Michalon a dit: Entretien avec Françoise Prêtre, éditrice jeunesse de La Souris Qui Raconte 100% numérique http://bit.ly/hFClFB #blogepagine [...]

    Ping by Les tweets qui mentionnent Entretien avec Françoise Prêtre, éditrice jeunesse de La Souris Qui Raconte | Blog.ePagine -- Topsy.com — 15 décembre 2010 @ 10:01

  2. Merci Christophe, merci epagine ! En espérant aussi rentrer dans les librairies !

    Commentaire by Françoise Prêtre — 15 décembre 2010 @ 10:07

  3. Je lis cet article avec un petit décalage, mais mille bravos pour la passion, l’intelligence, l’envie d’entreprendre, le goût des livres qui s’en dégagent ! Je suivrai votre aventure avec beaucoup d’intérêt :-)
    Longue vie à La Souris Qui Raconte !
    Merci beaucoup.
    Sophie.

    Commentaire by sophie duême — 26 décembre 2010 @ 13:48

  4. [...] pas vous parler roman mais livre jeunesse. Dans le cadre du Club des lecteurs numériques, Francoise Prêtre, fondatrice et responsable de la maison d’édition jeunesse et pure-player (entendez [...]

    Ping by Thibault au pays des livres – Céline Lavignette-Ammoun | Quand Pauline Lit — 15 mai 2012 @ 10:34

  5. [...] je l’ai déjà dit par ici, dans le cadre du Club des Lecteurs Numériques, Françoise Prêtre de La Souris qui raconte nous a ouvert son catalogue, et moi j’ai [...]

    Ping by Le Père Noël débutant – Gwendoline Raisson | Quand Pauline Lit — 15 mai 2012 @ 10:35

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