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le Livre-Avenir ne se fera pas sans les libraires.

29 novembre 2010

Entretien avec Bernard Strainchamps, libraire en ligne sur Bibliosurf

Bibliosurf est une librairie en ligne (« votre librairie sur le net ! » lit-on en page d’accueil) qui propose des livres physiques et des livres numériques (presque 20.000 références). Bibliosurf, c’est un homme, un seul, Bernard Strainchamps, ancien bibliothécaire et libraire sagace. Les yeux devant l’écran, les mains dans les colis et « dans » l’ordinateur, les doigts sur le clavier et la souris, il sait lire, conseiller, répondre à un client, envoyer les commandes dans les plus brefs délais, référencer et scénariser son site ; il propose également des rubriques inédites : « Je ne sais pas quoi lire mais j’aime les livres numériques », « fil de la presse et du web » et multiplie les outils de recherche afin que chaque internaute puisse trouver des idées de livres. « Bibliosurf propose des tables virtuelles de présentation dédiées à un genre, un thème, à une rentrée littéraire… très web 2.0 : nuage de tags, forum, agrégation raisonnée, timeline, géolocalisation », précise-t-il si vous cliquez sur Guides de lecture. Il est également depuis de nombreux mois partenaire d’ePagine. Et voilà bien longtemps que je souhaitais lui proposer un entretien, lui qui en réalise des dizaines pour son site : ce qui est bien avec lui c’est que 1. il est toujours partant et 2. il vous répondrait presque avant d’avoir reçu les questions. Pour ceux qui ne connaîtraient pas encore son travail, voici donc une série de questions. Un grand merci à lui pour son accueil et sa spontanéité.


Entretien avec Bernard Strainchamps, librairie en ligne Bibliosurf.

Pourrais-tu rappeler en quelques mots ton parcours ?
Avant de créer la librairie en ligne Bibliosurf, j’ai exercé dix ans la profession de bibliothécaire ; durant cette période, j’ai animé un site dénommé Mauvais genres et dédié au roman policier et à la science fiction. Ce fut une réelle expérience de travail en réseau avec des outils que l’on n’appelait pas alors encore web 2.0. C’était un vulgaire site en html alimenté par une liste de discussion très active. J’ai arrêté cette activité bénévole et financée sur mes deniers au bout de six ans : je n’ai pas réussi à trouver un établissement public qui veuille financer ce site qui mettait pourtant en réseau auteurs, lecteurs, bibliothécaires, éditeurs, festivals, associations…

Avec Bibliosurf, on peut dire que tu inaugures une nouvelle manière d’envisager le métier de libraire. Tu en as déjà parlé ailleurs mais pourrais-tu nous décrire une ou deux journées types de la vie d’un libraire derrière l’écran ?
Comme mon boulot va du code informatique à la mise en colis en passant par la constitution du catalogue, la médiation et la communication avec les clients actuels ou futurs, il n’existe pas de journée type. C’est selon mon temps et les priorités du moment – d’autant que je donne aussi des formations.

Quand on travaille en ligne, puisque le client-lecteur n’est pas devant soi, les outils de communication mais aussi les outils sociaux sont inévitables pour se faire connaître, rester en contact, se développer… Et c’est vrai que tu es très actif et innovant en la matière. Qu’as-tu mis en place ? Parviens-tu à fidéliser une partie de ta clientèle, à la renouveler… ?
Jusqu’à ce jour, je ne me lève pas encore en me disant : il faut que je développe ma clientèle. Libraire, j’essaie de poster les colis le plus rapidement possible… en fonction des disponibilités. Et j’enrage de certaines lenteurs quand la commande part au distributeur. Dans tous les cas, je ne fonctionne pas comme A et cie. Je ne relance pas un client quand il a effectué une commande. J’attends qu’il revienne de lui même, et en attendant, je travaille à constituer un catalogue attractif que je popularise via une lettre d’information, via la syndication et les réseaux sociaux Facebook et Twitter. Je n’ai pas innové dans ce domaine. C’est plutôt au niveau de la scénarisation du catalogue que j’ai avancé.

Quelles sont tes relations avec les auteurs et les éditeurs ? Comprennent-ils que ton site n’est pas seulement une vitrine ni une bibliothèque ni un blog mais une librairie en ligne qui, s’adressant à des internautes, se doit d’être inventive ?
En trois ans j’ai réalisé et publié 270 interviews et portraits sur Bibliosurf, ce qui m’a permis de développer de nombreuses relations dans l’édition. Mais en fait, peu d’acteurs de l’édition voire d’auteurs s’intéressent réellement à ce que je fais. Ils répondent à mes demandes et passent leur chemin. Le très bon référencement de Bibliosurf et l’appui de quelques auteurs commencent toutefois à changer la donne.

Une des batailles sur le Net c’est le référencement via les contenus que tu proposes (interviews, revue de presse, chroniques d’internautes et autres contenus enrichis). Pourrais-tu expliquer ça à ceux qui auraient envie de comprendre comment ça se passe ?
Donc or ni car, Bibliosurf n’est pas un blog mais un catalogue à taille humaine, fortement indexé avec des mots matières, des dates (en format date) et des lieux (latitude et longitude), scénarisé et enrichi par le libraire avec des interviews, par les lecteurs avec des commentaires modérés, et par le net grâce à l’agrégation de contenu indexé. Les dossiers rentrée littéraire, géolocalisation, timeline, roman policier… sont à ma connaissance uniques sur le web. C’est ce qui fait en partie le succès de Bibliosurf. Concernant le référencement, c’est certes technique… mais aussi tout bête. Si vous enrichissez un catalogue, un moteur de recherche va automatiquement considérer celui-ci comme plus intéressant. Aussi, c’est parce que je travaille beaucoup ce catalogue que Bibliosurf est très bien référencé et non parce que j’ai une science du référencement. C’est pour cette raison que dans une étude proposée par le Motif, Bibliosurf est la librairie indépendante en ligne la mieux référencée. Travail, travail… travail sur le catalogue, et cela permet d’avoir 5 millions de visiteurs en trois ans et demi.

Une autre bataille, très classique celle-là puisque commerciale, c’est de vendre. Comment t’en sors-tu ?
Je viens de boucler mon troisième bilan et je suis toujours vivant ! En fait, je gère Bibliosurf comme un épicier en limitant au maximum toutes les dépenses, même celle qui consiste à me payer ! Le chiffre d’affaires est encore faible puisque la vente des livres papier est encore inférieure à 100 000 euros par an. La solution passe à présent par une offre plus importante. J’y travaille.

Tu as commencé à vendre des livres physiques puis très rapidement tu as également proposé des livres numériques via un corner amené par ePagine. Par rapport à tes attentes, quel bilan ferais-tu aujourd’hui de ce partenariat ?
ePagine, pour moi c’est avant tout une personne providentielle : Stéphane Michalon. Il a bataillé auprès des distributeurs pour faire reconnaître Bibliosurf comme une librairie à part entière. Le corner d’ePagine, c’est l’outil facile et peu onéreux qui a été grandement amélioré dans sa nouvelle version, sans toutefois offrir les mêmes possibilités que SPIP (logiciel libre que j’utilise pour le papier) de malaxer le catalogue. Aussi, je ruse un peu en récupérant le contenu enrichi produit par Bibliosurf via un widget et en proposant une revue de presse dédiée au seul livre numérique. Les ventes sont encore faibles et oscillent entre 150 euros et 1000 euros par mois. J’attends à présent beaucoup de l’arrivée imminente des catalogues d’Hachette et d’Editis pour propulser Bibliosurf comme librairie numérique incontournable.

Enfin, cher libraire, quel livre numérique conseillerais-tu aux internautes et pourquoi celui-là ?
Aujourd’hui, je propose Les prunes de Tirana de Michèle Kahn pour deux raisons. C’est un excellent texte qui m’a fait voyager, re-vivre des émotions, imaginer des situations ; un texte ambigu, très brutal sur l’Albanie avant la chute du mur, et parfumé comme une confiture de prune. Il est par ailleurs publié par la coopérative d’auteurs Publie.net qui est une expérience unique dans l’édition numérique et avec qui j’aimerais envisager d’autres possibles numériques*.

* la nouvelle vient de tomber : Bernard Strainchamps vient de prendre chez publie.net la direction éditoriale d’une nouvelle collection (« mauvais genres ») dédiée au roman noir et au polar. Les deux premiers auteurs annoncés sont Dominique Manotti et Marc Villard. À suivre de près !

Propos recueillis par Christophe Grossi pour le blog ePagine.

4 commentaires »

  1. [...] Ce billet était mentionné sur Twitter par Christophe Grossi et Guilbert, Christophe Sanchez. Christophe Sanchez a dit: Entretien avec Bernard Strainchamps, libraire en ligne sur @Bibliosurf | Blog.ePagine http://bit.ly/fLVKFE [...]

    Ping by Les tweets qui mentionnent Entretien avec Bernard Strainchamps, libraire en ligne sur Bibliosurf | Blog.ePagine -- Topsy.com — 29 novembre 2010 @ 11:29

  2. Merci beaucoup pour cet entretien bien mis en scène !

    Commentaire by BS — 29 novembre 2010 @ 13:07

  3. Suis très touchée d’apparaître dans cet entretien avec « Les Prunes de Tirana ».
    Merci à Bernard Strainchamps et à Christophe Grossi, qui servent si bien la littérature.

    Commentaire by Michèle Kahn — 29 novembre 2010 @ 13:32

  4. Je vais sur Bibliosurf dans le cadre de mon activité de bibliothécaire. Contente d’en savoir plus sur le fonctionnement de l’intérieur. Merci.
    La géolocalisation des livres de cuisines du monde fait rêver !

    Commentaire by Nolwenn Euzen — 29 novembre 2010 @ 15:27

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