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le Livre-Avenir ne se fera pas sans les libraires.

31 juillet 2010

ePaginestival #9 : « Le dernier mot » de Gisèle Fournier (rentrée littéraire numérique 2010/vidéo)

Filed under: + Nouveautés numériques — Mots-clefs :, , — Christophe @ 09:37

Le dernier mot de Gisèle Fournier sera mis en vente le 19 août sur ePagine et les sites des libraires partenaires. Son précédent roman, Ruptures, a également été numérisé.

Présentation de l’éditeur

Dans quelques heures, à la levée du jour, j’aurai quitté cette maison. Pour, sûrement, ne plus jamais y revenir. Fuir cette tache rouge sur le mur, et cet œil impitoyable qui m’épie à travers un trou du plafond. Pourtant, j’avais espéré que cet espionnage cesserait le jour où… Presque tous ont dit que c’était un accident, tu as voulu ramasser un chiffon qui était tombé sur le rebord de la fenêtre, tu t’es penché un peu trop, et puis… Les autres ont avancé l’hypothèse du suicide, tu étais dépressif, l’armoire à pharmacie était bourrée de médicaments… Je ne sais plus. Tout s’emmêle.

Une confusion extrême agite la narratrice : elle a d’abord soupçonné son mari d’avoir voulu l’assassiner. Maintenant qu’il a basculé par la fenêtre, elle ne sait plus quoi penser. Pourtant la peur et l’angoisse demeurent : des sentiments impossibles à partager, confiés à des cahiers où elle s’exprime tantôt à la première personne, tantôt spectatrice d’elle-même, dans un dédoublement vertigineux. Retrouver la paix lui sera-t-il possible?
Avec une grande précision clinique et le souci du détail qui caractérise son style, Gisèle Fournier décrit le parcours d’une femme qui s’enfonce dans une dépression.

L’auteur présente son livre

Économiste de formation, Gisèle Fournier a travaillé à Paris de nombreuses années en tant qu’analyste financier. Installée à Genève depuis la fin des années 90, elle se consacre désormais à l’écriture. Elle publie son premier recueil de nouvelles, L’ordre secret des choses, en 1998, chez HB Éditions et son premier roman, Non-dits, en 2000, chez Minuit. Suivront trois romans et un recueil de nouvelles, tous édités par le Mercure de France. Son dernier roman, Ruptures, a obtenu le prix Bibliomedia Suisse en 2008.

29 juillet 2010

ePaginestival #8 : « En moins bien » d’Arnaud Le Guilcher

Filed under: + Conseils de lecture — Mots-clefs :, , — Christophe @ 09:30

Quatrième livre de notre sélection ePaginestival, En moins bien d’Arnaud Le Guilcher (Stéphane Million éditeur), fait également partie de notre dossier thématique 9 destinations pour prendre le large, à télécharger gratuitement et à emmener partout avec vous.

dossier à télécharger gratuitement sur epagine.fr

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Le pire n’est jamais certain avec Arnaud Le Guicher
1ère mise en ligne le 24 mars 2010

Pour commencer de parler du roman d’Arnaud Le Guilcher, ouvrons une bière. Ensuite, voyons comment son éditeur le présente sur son site : « Arnaud Le Guilcher a 35 ans. Après des années passées à déchiffrer des pochettes de disques, il décide d’écrire un roman. N’étant pas Richard Brautigan, il le plagie. En moins bien est son premier bouquin. Il se lit comme un film. En mieux. » D’emblée, le ton est donné. Et autant le dire tout de suite, on retrouvera bien dans cette véritable épopée rock’n’ roll et équipée sauvage les ombres de Brautigan, Fante (père et fils) Bukowski ou encore de Nick Hornby mais aussi le son des Rolling Stones, un concert d’Elvis Presley et côté cinéma : Cassavetes et Truffaut. Pari tenu donc : ce premier roman se lit aussi comme un concert : en mieux ! Amateurs du genre : branchez les guitares et sortez les bières, il va y avoir du bruit, du sang, du rire et des larmes !

Avant octobre 2009, Arnaud Le Guilcher était surtout connu du monde de la chanson et du rock français (proche d’Alain Bashung, Mathias Malzieu (Dyonisos) ou Magyd Cherfi, ex Zebda) et des bretons (il est originaire des Côtes d’Armor). Soudain l’éditeur Stéphane Million publie En moins bien et là c’est l’émeute ! Soutenu par Frédéric Beigbeder, Yves Simon et les libraires, contacté par plusieurs cinéastes, ce roman a décoiffé plus d’un lecteur. Auteur de ce premier roman, Arnaud Le Guilcher a en effet les moyens de nous faire marrer, de nous filer la chair de poule et le tournis à travers une histoire (tantôt huis clos, tantôt road movie) racontée à toute berzingue par un adulescent bien imbibé et désœuvré, (« des loses sentimentales, un boulot nul, quasi pas de famille, une absence cocasse de blé »), fan des Rolling Stones, de Sinatra ou de John Cassavetes et qui va devoir bien malgré lui gérer plusieurs ruptures amoureuses (dont les siennes), un camp de vacances devenu the place to be or die, une équipe de bras cassés, des hectolitres d’alcool et une dune chantante qui menace de s’effondrer… Mais au bout du chemin, certains couples se (re)formeront tandis que le narrateur aura le droit à un massage japonais (à la Kurosawa) et un ticket to ride dans le monde adulte. Sens du rythme et de la formule, humour à répétition, tout va donc bon train dans ce roman bien orchestré, bien monté, bien arrangé, bien construit.

Allez, un peu d’histoire (mais pas trop) : tout commence avec un voyage de noce qui tourne mal dans l’Ouest américain, dans un camp de vacances un peu glauque où les filles quittent leurs mecs : la patronne du camp d’abord, la femme d’un Allemand puis la toute jeune épousée du narrateur : trois disparitions en quelques jours c’est beaucoup. Si la plupart des délaissés sombrent dans l’alcool et la dépression, l’Allemand, lui, va devenir un véritable centre d’attraction à lui tout seul, tournant en rond sur un bout de plage, jour et nuit, jusqu’au retour de sa belle (tel est son pari)… Comme je n’aurais pas aimé connaître l’histoire dans ses détails, je vous épargnerai donc ses rebondissements ainsi que les aventures éthyliques, sexuelles, cinématographiques, suicidaires, télévisuelles, musicales de chacun et chacune : lisez-le, c’est tout ! En numérique (epub ou pdf), il coûte moins de 10 euros, l’équivalent de quelques bières – même pas un ciné pour deux.

N’oubliez pas de passer par ce blog au gré de vos errances estivales, de visiter le site ePagine et d’acheter vos livres numériques à des libraires. Bon été à tous !

Christophe Grossi

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Livre numérique chroniqué :

Autres auteurs, cinéastes, musiciens cités :

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28 juillet 2010

ePaginestival #7 : « France 80 » de Gaëlle Bantegnie (rentrée littéraire numérique 2010/extrait)

France 80 est le premier roman de Gaëlle Bantegnie (L’arbalète Gallimard) et le deuxième choc littéraire pour moi de la rentrée littéraire 2010 ; il fera partie des livres numérisés disponibles sur ePagine à partir du 19 août. Et je n’aurai à me forcer pour vous en parler.

Présentation de l’éditeur

Samedi 26 mai 1984, Rezé-lès-Nantes. Claire Berthelot, treize ans, se lève, enfile ses chaussons, retape le canapé-lit en velours marron, ramasse les emballages des Raider laissés çà et là, ramène à la cuisine un cendrier marocain à demi plein, en revient une lavette rose à la main, essuie un par un les carreaux de la table du salon, y dépose délicatement le Télé 7 jours avec Jacques Martin en couverture. À Palma de Majorque, Patrick Cheneau, vingt-sept ans, est nu dans le lit de 140 de sa chambre d’hôtel, le drap et la fine couverture de laine verte roulés à ses pieds. Dans ses moments de lucidité, il fait basculer son grand corps fébrile vers la droite et glisser son bras poilu à gourmette le long du lit à la recherche de la bouteille de Contrex.
Patrick Cheneau n’emmènera jamais Claire danser au Louxor dans sa Fuego bleue ; Claire Berthelot n’invitera jamais Patrick à la boum du collège salle 215. Claire et Patrick ne se connaissent pas. Ça ne les empê­chera pas de tomber amoureux de Nadine, de passer en seconde G, de devenir VRP, de se décolorer en blonde, de coucher avec ses clientes, de passer l’aspirateur, d’être bourré au gin-fizz, de se faire tripoter par John, de jouer au Trivial Pursuit, d’écouter Like a virgin dans un walkman flambant neuf.

Extrait

Samedi 19 mai 1984

12 h 05, Rezé-lès-Nantes, Loire-Atlantique.
La Renault 9 crème s’engage dans l’impasse jusqu’au numéro 8 et se gare derrière la Visa citrouille des voisins. C’est la maison, il y en a sept autres semblables dans le lotissement. Elles sont de type Sud-Loire : tuiles orangées, revêtement blanc cassé, volets de bois marron foncé, parcelles de 500 m². Les époux Berthelot viennent d’accéder à la propriété, ils descendent de la voiture, claquent les portières et se postent devant leur nouvelle habitation. C’est une de leurs dernières visites avant l’emménagement. Marise Berthelot est légèrement déçue, elle aurait aimé une maison d’architecte, cossue, avec un grand sous-sol comme celui de son frère Alain. et puis, il y a les volets vraiment quelconques, en mauvais bois et la peinture mate, très loin, très loin du chocolat espéré. Elle se console un peu à l’idée de l’orientation est-ouest : soleil le matin, soleil le soir. Au moment du choix du lot sur le plan, elle n’avait pas voulu croire M. Cheneau, le technico-commercial des Bâtisseurs de l’Atlantique, qui lui disait de ne pas négliger le nord – toujours plus lumineux qu’on croit -, parce qu’il portait une gourmette en argent avec Patrick gravé dessus. C’était en mai 1982. Au moment de signer avec le constructeur, Marise avait aussi été méfiante mais pas suffisamment ; dans l’année qui a suivi, l’entreprise de bâtiment a fait faillite. Le chantier a été retardé de plusieurs mois et tous les acquéreurs ont perdu beaucoup d’argent. Les Berthelot, prévoyant d’emménager dans leur nouvelle maison en novembre 1983, ont quitté à cette date l’appartement qu’ils louaient depuis quatre ans. Mais, ce même mois, risquant de se retrouver sans logis, ils ont dû reprendre un T3 en location pour 1 000 francs mensuels.
A la différence de Marise, Hervé, son mari depuis le 20 février 1971, n’envie pas du tout le sous-sol de son beau-frère Alain. Il aurait très bien pu se passer d’un garage et même d’une accession à la propriété. Militant de 1977 à 1979 à l’Organisation communiste des travailleurs et aujourd’hui syndicaliste à la CFDT, il aurait, en dernière instance, préféré demeurer locataire et ne pas donner l’impression d’accumuler du capital. Il n’est pourtant pas mécontent de s’installer dans une maison individuelle après des années passées en HLM ; élevé après la guerre dans une commune rurale à la frontière belge, il ne s’est jamais vraiment fait à la ville et au voisinage parfois bruyant d’un appartement.
Le couple a fait le tour de la maison, sur la façade ouest deux portes-fenêtres donnent sur un jardin encore en friche. Les escarpins de Marise et les sandales d’Hervé s’enfoncent dans la terre et butent sur des cailloux mais eux s’imaginent déjà pieds nus dans l’herbe à l’abri du soleil sous les pommiers en fleur. L’espace d’un instant, ils ont oublié que la paysagiste leur avait fortement déconseillé les arbres fruitiers. Il doit d’ailleurs passer dans la semaine aplanir le terrain, faire la pelouse et planter des Euonymus japonicus : ces arbustes résistent bien au froid, sont aisés à tailler et n’attirent pas les abeilles.

© Gaëlle Bantegnie, France 80, L’arbalète/Gallimard, 2010

Retrouvez sur le site ePagine d’autres titres de la collection L’arbalète en numérique :

Les premières pages de chacun de ces livres peuvent être feuilletées en ligne et/ou téléchargées sur ePagine ainsi que chez les libraires partenaires du réseau ePagine. Ils sont également compatibles avec le Cybook Opus ou l’iPad.

Christophe Grossi

26 juillet 2010

ePaginestival #6 : « Franck » d’Anne Savelli (rentrée littéraire numérique 2010/extrait)

J’ai eu la chance d’avoir pu lire en avant-première Franck d’Anne Savelli (Stock) qui fera partie des textes littéraires numérisés et disponibles à la rentrée sur ePagine. Je peux d’ores et déjà vous dire qu’il est puissant, qu’il résonne longtemps : Franck est ce que j’ai lu de mieux pour l’instant (avec France 80 de Gaëlle Bantegnie, L’arbalète). La suite en septembre !

 

© Anne Savelli

Avec ce texte, Anne Savelli « esquisse le portrait d’un homme à travers une série de lieux qui lui sont, d’une façon ou d’une autre, rattachés. » Pour mieux découvrir son univers, voici un extrait (Place Denfert-Rochereau) lu lors de la nuit remue 4. Pour aller plus loin, visitez son blog et le site, Dans la ville haute, où une rubrique (« Franck ») est entièrement « consacrée à la lecture à voix haute du texte : on y trouvera, au fil des semaines, un billet par lieu, comprenant plusieurs fichiers son et des photos. Prises aux endroits cités, elles montrent évidemment autre chose que ce qui est décrit… Il y aura, si tout va bien, 55 billets, à raison d’une mise à jour par semaine, le samedi. » En attendant, vous pouvez également lire Cowboy Junkies / the trinity session ’til I’m dead (Le mot et le reste), livre étroitement lié à Franck.

PLACE DENFERT-ROCHEREAU

Sans prévenir ça cogne. On sort du RER, longe la file d’autocars qui partent pour Orly, les dépasse, traverse sur la droite le boulevard Saint-Jacques, lion de dos : sur le trottoir d’en face, butée, et sale, mâchoire serrée comme un boxeur en garde, impassible pourtant, une étroite compagnie de transports enfoncée dans le sol nous ferme le chemin, fixe sur nous son oeil.
Sur la porte, lettres noires sur fond blanc, lettres blanches sur fond rouge, deux panneaux l’un sous l’autre scotchés : INTERDICTION DE FUMER et ENTREE INTERDITE. Ne pas passer la porte, rester sur le trottoir, se poster devant le guichet.
Guichet : un hygiaphone à peine translucide encadré par une vitre sur laquelle tombent des rideaux, un store plutôt, quand l’heure est dépassée. L’heure, on nous l’assène, le store est découpé, carré en haut à gauche pour laisser passer une horloge, exaspérés par nos demandes les employés l’ont réclamée sans doute, elle imite vaguement les horloges des gares. Nous voir comme des enfants incapables de porter une montre, la voir en main tendue, qui sait ?
Entre l’abribus et le guichet, ne pas pousser la porte, donc, il va falloir s’y faire, hésiter devant les horaires, le poids des hanches le rouler d’un talon à l’autre, serrer son sac, oublier quoi faire de ses mains : voilà le corps mis en fragilité, gestes biaisés, et la demande intime Je voudrais me rendre à Fleury-Mérogis bousculée à l’air libre, Plus fort, plus fort, répétez assène le guichet, comme s’il fallait que sur le trottoir chacun puisse tout savoir, comme si la compagnie des transports, surtout, en ses locaux, avait peur qu’on s’approche, terreur d’un microbe, d’un bouton, d’une tâche, marques fraîches des familles de détenus.
Ne pas se mélanger. Attendre. Retrouver les horaires sur la vitre et sur le guichet.
PARIS DENFERT → CENTRE PENITENTIAIRE DE FLEURY-MEROGIS
FLEURY → PARIS DENFERT (véridique – sinon quoi ?)
Trajet direct : 35 minutes (le prendre). Calculer, confronter plusieurs fois les chiffres. Retour dans l’heure qui suit, premier départ à 7h20.
Demander. Le ticket coûte 50 francs, dix fois plus qu’un trajet de métro, l’apprendre juste avant de défroisser le billet. Qu’il s’agisse d’un aller retour n’est pas utile à préciser, ce serait presque entre le guichetier et nous comme un clin d’œil, une ébauche de blague. Où il est dit que le CJD est situé au premier arrêt (CJD – Maison des femmes – Maison des hommes), où il est précisé de ne pas l’oublier.
Horaires valables le samedi. Attendre. Payer. Attendre.
Sous l’abribus lire : les coupures égales ou supérieures à 100 francs seront refusées. On est prié de prendre ses dispositions, c’est écrit sur la feuille du côté passager, scotché sur la vitre près du plan du quartier. C’est écrit là, personne n’a eu l’idée de l’afficher au guichet, des fois que, on ne sait jamais avec les familles de détenus. On est prié, comme une baffe. Quant à prendre ses dispositions, oui, pour ça oui, tout ce dont on dispose, ce qu’on a disposé à plat dans la cuisine juste avant de partir pour ne rien oublier, papiers demande permis de visite billets, tickets de métro ligne 11 direction Châtelet, plus quelque chose qui donne l’heure, un livre dans la poche ça oui les dispositions elles sont prises, on n’a même eu que ça à faire c’est bien ce qui nous est signifié.

On est passé de l’autre côté, ça y est. C’est fait c’est noté qu’on le sache.

Passé de l’autre côté c’est sûr, entériné homologué reconnu sans un mot, sans tampon qui le prouve. Entre la vitre du guichet et celle de l’abribus quelque chose en nous s’est tordu, et s’imprime, se gonfle se recroqueville et nous agrippe là, à la pointe du crâne, frappe et modifie le squelette tandis que l’on attend le car. Deux empreintes du pied dans le sol comme si nous n’allions plus bouger, la sidération capte, enfle, envahit, ils ont bien raison de ne pas nous ouvrir la porte à la compagnie des transports, nous gonflons nous mesurons dix mètres.

Puis sur le banc on se serre, presque, non, pas encore, on préfère s’asseoir sur le muret derrière face à la gare du RER où personne comme nous n’attend.

Le car arrive, massif, sans signe distinctif qui indique la destination, trop aimable merci. Nous montons, la main sort de la poche. Valider son ticket comme ailleurs, dernier geste où la norme se contemple elle-même puis ça se brise, fracasse, sur le ticket la date est mise. Montée. L’endroit est assez vaste pour que chacun (chacune) y prenne place côté fenêtre, regarde défiler Paris avant de partir pour Fleury. Sur chaque siège des femmes (surtout) serrent des sacs plastique ronds comme des ballots, comme ce que le mot seul suggère, ronds et pleins, la première fois on se demande pourquoi et déjà la fatigue prend. Nous partons.

Cette boucle du car sur la place Denfert-Rochereau pourrait raconter à elle seule tout le voyage Paris Fleury : le lion que l’on contourne sans avoir envie de le regarder, le jardin public tout au centre où nous n’irons jamais, où aucune des femmes n’aura jamais l’idée de passer un moment, ne saura même pas qu’il existe, les terrasses de café encore repliées en sous-sol (c’est janvier, février) et la gare RER qui s’éloigne.
La boucle porte en elle ce qui sur le trottoir se tient sans nous, demeure historique et pour le car stérile, soit : juste avant l’avenue du général Leclerc le souterrain au fond duquel fut rédigé l’appel à l’insurrection des parisiens (19 août 44 c’est noté sur la plaque) ; le pavillon de l’ancienne barrière d’Enfer percée dans le mur des Fermiers généraux qu’évidemment personne dans le car n’a en tête ; la barrière d’Enfer grotesque, dont la porte mène aux catacombes (et convoquer Valjean ou les chasseurs de crânes tandis que l’avenue défile ah ça va bien merci). Puis la boucle prend fin à l’entrée du périphérique.
Trente-cinq minutes d’autoroute, trente-cinq minutes et combien de fois à se hisser au delà des voitures, à se frotter aux murs antibruit et avoir peur, encore et encore, d’avoir oublié quelque chose, d’être sans logique en retard, que le car crève et que tu n’y sois pas. Vérifier le contenu de ses poches, ne pas sortir le livre feuilleté dans le métro. Tête à la vitre, scruter sans se faire remarquer les épaules des voisines, le pli amer, les mains.

© Anne Savelli, Franck, éditions Stock, septembre 2010.


Retrouvez sur le site ePagine un autre titre de la collection « La Forêt » chez Stock en numérique :

Ce livre est disponible sur ePagine ainsi que chez les libraires partenaires du réseau ePagine. Ils peut être lu avec le Cybook Opus.

 

Christophe Grossi

25 juillet 2010

ePaginestival #5 : « Le requiem de Franz » de Pierre Charras

Filed under: + Conseils de lecture — Mots-clefs :, — Christophe @ 09:32

Aujourd’hui, troisième roman de notre sélection ePaginestival Le requiem de Franz de Pierre Charras (Mercure de France). Ce livre fait également partie de notre dossier thématique 9 destinations pour prendre le large, à télécharger gratuitement et à emmener partout avec vous.

dossier à télécharger gratuitement sur epagine.fr

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Dans la peau de Franz Shubert, 1ère mise en ligne le 27 avril 2010

Avec Le requiem de Franz (paru au Mercure de France en septembre 2009 et désormais numérisé), Pierre Charras, auteur très apprécié des libraires, s’efface derrière un homme à qui il a donné la parole et qui est en train de mourir : cet homme est jeune, talentueux, syphilitique, désargenté, romantique, sensible ; malgré la fièvre qui l’emporte et la fin de sa vie qui approche, ce qu’il entend n’est pas une voix mais des notes et ce qu’il perçoit n’est pas un nouveau lied, c’est un requiem. Mais cette messe des défunts, Franz Schubert aura-t-il le temps de la transposer ?

Le lied, poème chanté par une voix et accompagné par un piano ou un ensemble instrumental, est pour tout germanophone l’équivalent de la mélodie pour un français. L’un des maîtres en la matière s’appelle Franz Schubert. Syphilitique, en froid avec son père, aimant le vin et les filles, entouré de nombreux amis, il meurt (d’une fièvre typhoïde ?) à 31 ans (deux ans après Beethoven qu’il vénérait) après avoir composé plus de mille œuvres, dont six cents lieder à partir des textes de Müller, Goethe, Schiller ou Heine ainsi que de ses amis. Pierre Charras, avec Le requiem de Franz, s’est mis dans la peau du compositeur, à l’heure où ce dernier est en train de mourir. La fièvre le rend plus poreux au monde encore, plus sensible, plus perméable. Pas de panique pourtant ici, pas d’hystérie, pas de folie à la Céline, à la Artaud ; le ton est posé malgré les inquiétudes, la phrase est souple malgré le sujet : la mort.

Schubert ne raconte pas sa vie ou plutôt si mais dans le désordre (nous sommes dans une fiction, ne l’oublions pas) : il sera donc question de la mort de sa mère, de cette impossibilité pour lui de tuer son père autoritaire, de Dieu, de ses complexes physiques, de ses admirations pour Beethoven, son maître Salieri, Mozart ou encore Haydn, de vin et de ses indéfectibles amitiés. Mais d’autres choses plus fines transpirent ici, notamment sur la quête du bonheur (difficile voire impossible – thème qu’on retrouve souvent chez Pierre Charras) et le déplacement (cette impression de ne jamais pouvoir trouver cette chambre à soi, de ne jamais être bien nulle part, de se sentir déplacé). Ces deux sensations viennent alors heurter ce qui le hante le plus : la composition. Et voilà ce que lui fait dire l’auteur : « C’est à se demander ce que j’aurais composé si j’avais été heureux. Si, même, j’aurais composé. Mais j’aurais été heureux ! » Car, malgré les centaines de compositions produites par Schubert en quelques années, ce dernier n’hésite pas à livrer ses sensations face à la création (et là on perçoit aussi celui qui tire les ficelles, l’auteur lui-même) : difficultés, mélancolie, angoisse, désespoir, terreur, « infirmité ». Mais Schubert ne se décrit pas uniquement dans sa paralysie ou sa neurasthénie ; dans une sorte de va-et-vient, il n’hésite pas à brandir son idéalisme, sa mauvaise estime de soi et son orgueil mais également cette tristesse qui l’accable quand, reconnu comme auteur de chansons à succès (ses fameux lieder) il reste méconnu pour sa vraie musique, celle qui lui importe le plus. « On adore mes chansons et personne n’écoute ma musique », dit-il.

Et les amours de Franz ? Pauvre de lui qui fait malheureusement partie de la race de ceux qui aiment des personnes qui ne le voient pas et ne le savent pas, qui vivent des histoires d’amours contrariées, impossibles ; romantique, sentimental, mal dans sa peau de « petit gros » (il se décrit ainsi), l’amour il ne peut le vivre que par procuration ; dans les plaisirs tarifés, il n’hésite pas à s’inventer d’autres vies, à donner le même prénom aux prostituées, celui de Thérèse, son grand amour qu’il est seul à serrer dans sa mémoire.

Vous pouvez télécharger gratuitement (format epub) un extrait du roman de Pierre Charras, Le requiem de Franz ou bien feuilleter les 20 premières pages. Le roman complet, lui, coûte entre 9,20 € et 10,20 € (pdf ou epub).

© J. Sassier/Gallimard

Pierre Charras (né à Saint-Étienne en 1945) est un acteur, un écrivain et un traducteur d’anglais. Outre Le requiem de Franz, il a publié plusieurs romans au Mercure de France dont Monsieur Henri (sur Henri Calet et prix des deux Magots 1995), Juste avant la nuit (1998), Comédien (2000), Dix-neuf secondes (prix du Roman FNAC 2003) et Bonne nuit, doux prince (prix des librairies Initiales 2006).

N’oubliez pas de passer par ce blog au gré de vos errances estivales, de visiter le site ePagine et d’acheter vos livres numériques à des libraires. Bon été à tous !

Christophe Grossi

Les livres de la sélection epaginestival que vous auriez pu manquer

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