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le Livre-Avenir ne se fera pas sans les libraires.

6 mai 2010

Entretien avec l’éditeur Thomas Simonnet, L’Arbalète / Gallimard

Filed under: Entretiens — Mots-clefs :, , , , , , — Christophe @ 05:27

La collection L’Arbalète chez Gallimard est aujourd’hui dirigée par Thomas Simonnet, également éditeur dans la Blanche. Collection prestigieuse et mythique pour tout amateur de littérature et de création, elle accueille les textes d’Antonin Artaud, Roland Dubillard, Henri Michaux, Jean Genet (dont c’est le centenaire de la naissance cette année), Frédéric Pajak, Thomas Clerc (chroniqué le 2 avril 2010) ou encore Patrice Blouin. Comme les textes de ces deux derniers auteurs font partie du catalogue numérique ainsi que La mort propagande d’Hervé Guibert, nous avons voulu interroger Thomas Simonnet afin de mieux connaître le rapport qu’il entretient avec le livre, la lecture, la librairie, l’édition ou encore le numérique. Merci à lui d’avoir eu la gentillesse de répondre à nos questions.


 

Vous êtes éditeur chez Gallimard et dirigez la collection L’Arbalète depuis presque quatre ans maintenant. On dit que vous avez « renouvelé la ligne éditoriale de la collection en la centrant sur la fiction contemporaine. » N’était-ce déjà pas le cas avec Marc Barbezat le fondateur de l’Arbalète puis avec André Velter qui a dirigé la collection de 1999 à 2006 ? En quoi votre « ligne » diffère-t-elle de celle de vos prédécesseurs ?

Marc Barbezat a commencé par diriger une revue qu’il imprimait sur une presse et au sommaire de laquelle on trouvait les grands noms de l’époque : Artaud, Sartre, Michaux… Et puis on lui doit la découverte de Jean Genet. André Velter est poète et homme de radio, il a publié majoritairement de la poésie dans L’Arbalète. Pour ma part, je cherche de jeunes auteurs qui redessinent le périmètre de la littérature française contemporaine, qui depuis les années 70 a bien plus bougé qu’on ne le dit. Thomas Clerc, Patrice Blouin sont des auteurs dont les textes se situent clairement aussi bien après Perec qu’après la vague de l’autofiction.

 

Avant d’être éditeur vous avez été libraire. Pouvez-vous nous parler de cette expérience et du passage de l’autre côté du miroir, dans l’édition ?

Il n’y a pas vraiment de miroir à traverser, dans les deux cas, il faut à la fois savoir défendre des auteurs, intéresser les lecteurs, et réussir à vendre les livres. Dans ces deux métiers les journées sont très longues, et la patience est essentielle. Dans l’édition on est plus isolé – fréquenter les librairies aussi souvent que possible est le meilleur remède. Je regrette souvent ce temps où j’ouvrais les cartons pour découvrir ce que réservait l’office.

 

Trois de vos titres ont été numérisés, dont La mort propagande d’Hervé Guibert, Tino et Tina de Patrice Blouin et récemment le très beau recueil de nouvelles de Thomas Clerc, L’homme qui tua Roland Barthes, auteur que vous déjà publié en 2007. Quels rapports entretenez-vous avec le livre numérique ? Personnellement et professionnellement ?

Les derniers livres de ma collection sont en format numérique, c’était une évidence, pas besoin de réfléchir longtemps, c’est juste une conversion. Ce qu’il faut aujourd’hui, c’est aller plus loin et profiter des spécificités du numérique pour faire avancer la création littéraire et sa critique. J’y travaille et sur des terrains sur lesquels personne ne nous attend !

 

Avez-vous pour habitude de lire sur écran, tablette de lecture, smartphone ? Si oui, privilégiez-vous le format pdf, le format epub… ?

Avec ce métier, je n’arrête presque jamais de lire, peu importe le format, pourvu que j’arrive à déchiffrer. Je suis donc un très mauvais exemple…

 

Croyez-vous à la double existence du papier et du numérique dans la diffusion et la réception d’un livre ?

Oui, il serait ridicule de penser le contraire en France aujourd’hui.

 

Sur ePagine, nous avons récemment mis en place des dossiers thématiques (sur l’éloge amoureux, l’exil, les auteurs publie.net, les recueils de nouvelles où figure celui de Thomas Clerc ou encore le polar) téléchargeables gratuitement et qui contiennent des extraits de livres numérisés. Que pensez-vous de cette proposition ?

Les sites qui se contentent de mettre en avant le n°1 des ventes ne se doutent pas qu’ils dégoûtent à jamais les gens de lire. Apporter un point de vue, proposer un choix, une sélection, est essentiel. Proposer des extraits est une bonne proposition, l’important c’est de tracer les chemins qui conduisent les lecteurs d’un livre à l’autre.

 

On vous doit, outre les livres de Thomas Clerc et ceux d’Hervé Guibert, une traduction de Dante par Mehdi Belhaj Kacem, un texte de Jonathan Littell, deux de Frédéric Pajak et tant d’autres encore. Bien que très différents, ces auteurs sont réputés pour leur singularité et pour avoir brisé les frontières entre récit, biographie, fiction, essai… C’est ça qui vous stimule en tant que lecteur d’abord, en tant qu’éditeur ensuite ?

Vous résumez là parfaitement bien mon travail et le projet des auteurs que je publie.

 

Quels rapports entretenez-vous avec le fonds de l’Arbalète qui est impressionnant, entre Genet, Artaud ou Dubillard ? Vous sentiez-vous déjà proche de ces auteurs avant de rejoindre Gallimard ?

C’est un fonds exceptionnel, un trésor que j’explore, enrichis, et réédite avec passion. J’ai réimprimé il y a deux ans L’Atelier d’Alberto Giacometti de Genet depuis longtemps épuisé car nous n’avions pas chez Gallimard les photos originales. Je les ai retrouvées et le livre se vend depuis tous les jours. Dubillard, j’ai eu la chance de le rencontrer, mais j’ai publié son dernier livre dans la Blanche. Artaud est un auteur que j’aime énormément et depuis toujours.

 

Pour revenir au numérique, comme Gallimard publie désormais ses nouveautés en papier et en numérique le même jour (sauf exceptions), nous devrions avoir sur ePagine vos prochaines publications. Quelles seront-elles ?

En septembre, le premier roman de Gaëlle Bantegnie : France 80. Une sorte de je me souviens des années 80, hilarant et en même temps touchant. En octobre, deux titres de Genet dont on fête le centenaire de la naissance. Et certainement encore un ou deux titres jusqu’à novembre.

 

Je vous imagine bon client de librairie. Vous arrive-t-il de visiter des librairies en ligne, de commander des livres, d’autres choses ?

Je commande souvent en ligne, j’achète de la musique, des applications pour mon téléphone, des livres d’occasion et d’éditeurs étrangers… Le travail des librairies en ligne m’intéresse aussi.

 

Que pensez-vous du site ePagine et de son projet en lien avec les éditeurs et les libraires ?

Internet ressemble trop souvent à un grossiste, un entrepôt anonyme. Ce qui m’intéresse chez ePagine, c’est qu’on a l’impression de se retrouver dans une libraire. Chez vous on sent que ça discute, ça réfléchit, que vous êtes au courant et sensible à ce qui marche, ce qui bouge, ce qui change.


Propos recueillis par Christophe Grossi.

2 commentaires »

  1. Dans « L’homme qui tua Roland Barthès’ de Thomas Clerc, le chapitre consacré à Thiery Paulin est incompréhensible ; on dirait une traduction littérale ;
    votre réponse ?

    Commentaire by christine delatour — 24 mai 2010 @ 02:11

  2. Bonjour Christine et merci pour votre commentaire auquel je ne souscris malheureusement pas. Au contraire de vous, j’ai trouvé que Thomas Clerc avait réussi quelque chose d’intéressant dans cette nouvelle : parler d’un tueur en série, en détournant les formules toutes faites, les comptes-rendus judiciaires, les articles de presse, les témoignages…, pour aller vers une langue bancale, déstructurée, poétique. En partant de ce matériau neutre et en triturant la syntaxe, il chahute la manière de dresser le portrait d’un assassin. C’est en effet sans doute plus difficile à lire qu’un portrait classique mais pour moi, ce procédé permet de vraiment montrer l’instabilité et la folie du personnage.
    Ce n’est qu’une interprétation bien entendu mais ce que je voulais dire c’est que j’ai aimé cette manière de faire – tout en ayant conscience que c’est assez déstabilisant.
    Bonne continuation à vous,
    CG

    Commentaire by Christophe — 25 mai 2010 @ 10:02

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