Le blog ePagine

Conseils de lecture, entretiens, actualité numérique :

le Livre-Avenir ne se fera pas sans les libraires.

15 décembre 2009

Je vous raconterai (Alain Monnier)

Filed under: Le Livre-Avenir (conseils de lecture) — Christophe @ 11:01

Trois romans de Alain Monnier (édités par Flammarion) viennent d’être numérisés, dont Je vous raconterai – livre paru lors de la rentrée littéraire de septembre 2009.

Le narrateur de  Je vous raconterai travaillait dans l’imprimerie et vivait dans un pavillon de la région parisienne avec femme et fille quand en quelques mois il a tout perdu. On a déjà lu ça ailleurs, on n’est pas surpris ; d’ailleurs, cette histoire d’homme postmoderne qui tombe jusqu’à n’être plus que l’ombre de lui-même, ça pourrait avoir par moments un petit côté stéréotypé, voire caricatural. Surtout que cet homme ne se contente pas de nous raconter sa descente aux enfers, il nous interpelle, nous juge : tiens, il semble même nous connaître.

Dans son « troquet de la rue de Nantes » où le comptoir est son seul soutien, entre soudain Igor, l’homme de main de Goulanov – un russe blanc émigré un Paris. Et ce Goulanov, qui est marié à la magnétique Loula, est puissant, intraitable, rancunier et tient à le rester. Par ailleurs, il organise régulièrement des soirées privées durant lesquelles des hommes, qui n’ont plus rien à perdre, vont (contre un bon repas, de la vodka et une enveloppe) jouer leur vie à la roulette russe devant un parterre de « célébrités ». En général, au bout de trois fois, les candidats meurent. Mais le narrateur, lui, en défiant les probabilités et la mort, va devenir dès la sixième exhibition celui qu’on nommera l’élu, le « Protégé » doublée d’une vedette populaire sur laquelle on va miser de plus en plus. Et il va même connaître l’amour fou au risque de se brûler les ailes et de se transformer en une sorte d’Empédocle moderne. Mais derrière cette histoire s’en cache une autre que cet homme va faire remonter à la surface : celle d’une enfance volée.

Christophe Grossi

———

Livres de Alain Monnier numérisés :

11 décembre 2009

Suite Olivier Rolin : en lisant, en écrivant

Filed under: Le Livre-Avenir (conseils de lecture) — Christophe @ 00:15

Olivier Rolin fait partie des écrivains français contemporains qui comptent (comme on dit) et, à ce titre, il n’est pas rare qu’on vienne lui demander de rendre hommage à tel auteur, d’animer une conférence sur tel sujet en littérature, de révéler quelles lectures ou quels voyages l’ont formés. Alors, à force de répondre, de dire et d’écrire, des textes ont commencé à s’accumuler, textes que Publie.net regroupe régulièrement (depuis 2008) dans des recueils qui sont en quelque sorte la boîte à outils de l’auteur mâtinée d’une valise littéraire dans laquelle surgissent – à travers réflexions ou fictions – ses compagnons de routes, ses pairs ou encore ses idéaux et ses inquiétudes. Trois volumes sont ainsi disponibles dans leur format numérique où nous retrouvons son univers singulier fait d’incursions dans la littérature, la politique, les voyages, les hôtels ou encore les bars. Avec Le génie subtil du roman, Littérature, politique et La chambre des cartes, se referme cette « Suite Olivier Rolin à l’hôtel ePagine » ouverte le 26 novembre, visite que nous avions poursuivie le 30 novembre avec Tigre en papier et le 4 décembre avec Un chasseur de lions.

rolin_litt_poltitique

Le génie subtil du roman est composé de trois conférences et d’un cours dans lesquels Olivier Rolin revient sur son parcours politique dans les années 60-70 ainsi que sur l’origine de ses projets littéraires. Et nous retrouvons là ceux qui l’accompagnent ou le portent : Joseph Conrad (Lord Jim), Gustave Flaubert, Blaise Cendrars, Céline, Paul Valéry mais aussi Roland Barthes (Le Plaisir du texte), Henri Michaux, Milan Kundera (L’Art du roman) et bien entendu Marcel Proust. C’est d’ailleurs à partir du Temps retrouvé qu’il interroge la « langue qui se dresse », « la vraie vie de l’écriture », c’est-à-dire le style. S’il revient ensuite sur les lieux où se déroulent ses romans, à l’étranger le plus souvent, c’est pour mieux réaffirmer, comme pour Angélique Ionatos que « [s]a vraie patrie, c’est [s]a langue » et que le geste d’écrire a surgi parce que, comme tout écrivain, Olivier Rolin est « mal placé » dans son époque et là où il vit. D’ailleurs, pour lui, « aucun lieu n’est tenable (…) même le genre qu’il pratique ne lui offre pas un refuge. »

Littérature, politique contient dix textes parus (entre 2002 et 2006) en revue, dans des cahiers et des dossiers ainsi qu’une conférence sur Jean Echenoz. Dans cette boîte à outils, essentielle et admirable, on retrouve les thématiques abordées dans Le génie subtil du roman – il revient notamment sur l’idée que la beauté en littérature (cette flèche qui va droit au but) « naît d’un déplacement ». Outre Jean Echenoz, on trouvera ici d’autres compagnons de route importants, Pierre Michon, Claude Simon, Malcolm Lowry ou encore Serge Gainsbourg et on pourra y lire ceci : « Tramer de la beauté avec les mots (…) est proprement l’objet de la littérature. »

Dans La chambre des cartes, Olivier Rolin nous rappelle quels rapports il entretient avec le rêve, les voyages, les explorateurs, le monde réel, en ruine ou imaginaire. En partant de la consultation des cartes, le lecteur s’embarquera alors vers l’incongru (il apprendra comment se changer dans les toilettes merdiques d’un Ilyouchine 18 à destination de la Sibérie) ou vers l’horreur (il retournera au camp de la Kolyma, « cette autre énorme machine à avilir et tuer » (à ce sujet, lire Vie et destin de Vassili Grossman et Récits de la Kolyma de Varlam Chalamov)). À travers des textes tantôt sensibles ou mordants (la nouvelle intitulée Mongolie (sur la poésie) est à lire de toute urgence !), tantôt décalés, touchants ou fantastiques, le lecteur errera entre réalité et fiction, contemplera des ruines, explorera des univers extrêmes en compagnie de drôles d’oiseaux, partira se réfugier dans les nuages ou encore au fond des mers  avant de revenir à la table de travail de l’écrivain qui, lui, continue de chercher refuge dans un lieu hors du monde, hors du temps où la langue, en résonnant, l’aiderait à tenir debout. Longtemps !

Christophe Grossi

———

Livres numérisés de Olivier Rolin cités dans cette chronique :

Autres textes ou auteurs cités dans cette chronique :

7 décembre 2009

La rentrée littéraire de janvier 2010 : pré-programme

Filed under: Parutions numériques — Mots-clefs : — Christophe @ 00:11

Voici quelques livres à paraître lors de la rentrée littéraire de janvier 2010.

Côté français

Matthieu Messagier, Poèmes sans tain, Flammarion
Jean-Jacques Schuhl, Entrée des fantômes, Gallimard (coll. L’Infini)
Camille Laurens, Romance nerveuse, Gallimard
Fabienne Kanor, Anticorps, Gallimard
Patrick Roegiers, La Nuit du monde, Le Seuil (coll. Fiction & cie)
François Emmanuel, Jours de tremblement, Le Seuil
Maryline Desbiolles, La Scène, Le Seuil (coll. Fiction & cie)
Valérie Zenatti, Les Âmes soeurs, L’Olivier
Jakuta Alikavazovic, Le Londres-Louxor, L’Olivier
Arnaud Cathrine, Le Journal intime de Benjamin Lorca, Verticales

Du côté des traductions
Nick Cave, Mort de Bunny Munro, Flammarion
Amoz Oz, Scène de vie villageoise, Gallimard
Andreï Kourkov, Laitier de nuit, Liana Levi
Adam Thirlwell, L’Évasion, L’Olivier
Luis Sepulveda, L’Ombre de ce que nous avons été, Métailié
James Ellroy, Underworld USA (fin de la Trilogie entamée avec American Tabloid et American Death Trip), Rivages

Christophe Grossi

PS : petit ajout, via les commentaires, d’Irene :

Gabriel Bañez Les enfants disparaissent, éditions La dernière goutte.

4 décembre 2009

Suite Olivier Rolin : lâchons les fauves

Filed under: Le Livre-Avenir (conseils de lecture) — Mots-clefs :, , , — Christophe @ 00:08

La visite de la Suite Olivier Rolin continue aujourd’hui avec la pièce consacrée à Pertuiset, le chasseur de lions, ce tableau de Manet qui met en scène un curieux bonhomme à la fois trafiquant d’armes, chasseur de trésors, menteur, rêveur, opportuniste, monomaniaque, vulgaire, aventurier maladroit et ami du peintre précédemment cité.

« On croit qu’on va faire un voyage, mais bientôt, c’est le voyage qui vous fait, ou vous défait », écrivait Nicolas Bouvier dans L’Usage du monde. Si cette phrase peut s’appliquer à tous les projets littéraires de l’écrivain Olivier Rolin, elle semble encore plus vraie à mesure qu’on avance dans la lecture de son roman, Un chasseur de lions. En effet, ici aussi on croit qu’on va suivre un personnage (Pertuiset) mais c’est bientôt un autre qu’on accompagne (Manet) puis un autre encore – le narrateur qui, en creux et dans les parenthèses, dissèque son rapport à l’autre, au temps, au « dépaysement » et à l’exil intérieur.

Ainsi donc, tout pourrait commencer au musée de Sao Paulo lorsque le narrateur découvre le portrait de Pertuiset par Manet. Ou bien alors tout commencerait en Patagonie, dans un livre que le narrateur aurait acheté et dans lequel il serait question de ce Pertuiset. (Je conseille d’ailleurs de lire et de relire la fantastique et lamentable expédition en Terre de Feu organisée par Pertuiset autour de la recherche d’un certain trésor Inca.) Ou bien, rien de tout cela n’aurait vraiment d’importance. On voyagerait, narrateur et personnages, autour du monde (Santiago, Lima, Paris, Valparaiso, Punta Arenas, la Terre de feu, l’Algérie), on en profiterait pour croiser des révoltes et des révolutions, ou bien pour revenir sur l’Histoire de Paris et parler de Baudelaire, de Mallarmé, de Berthe Morisot, de peinture, de littérature, de poètes maudits, de bars, d’alcool, de femmes, de navigation, d’aventuriers, de coucheries… et d’animaux bien sûr. Et derrière tout cela, l’auteur viendrait interroger à nouveau la mémoire qui est universelle et pourtant qui nous est unique, avec comme compagnon ce démon récurrent : le temps et son travail de sape sur les corps.

 Crédit Jacques Descloitres, MODIS Land Rapid Response Team

© Jacques Descloitres, MODIS

Ce que j’aime chez Olivier Rolin, c’est que nous pouvons faire le tour du monde, de sa bibliothèque, d’un musée ou d’une grande ville, le temps d’une phrase ; ce qui le pousse à voyager et à écrire n’a rien à voir avec l’exotisme (on s’en serait douté) ni avec la vantardise. Non. Mais, l’auteur a néanmoins tant voyagé, lu, échangé, pensé et vécu que sa palette lui permet d’utiliser désormais chacune de ses expériences. Et c’est cela-même qui vient alimenter sa prose, ses phrases, son style ; c’est ce corpus qui donne un ton inimitable à ses écrits : singuliers, personnels et à son univers : unique.

Nous le savons, Olivier Rolin – par le biais des incursions du narrateur (notamment dans ses parenthèses où ironie et autodérision vont bon train) – aime jouer avec les genres littéraires. C’est d’ailleurs ce qui fait son style, sa patte, sa marque de fabrique. Ici (et ce n’est qu’un exemple), c’est bien l’autoportrait de l’auteur qui se dessine peu à peu – jusque dans sa peur de ressembler parfois à ce qu’il déteste le plus – à travers les aventures de ce drôle de couple (Pertuiset / Manet) qu’il unit et désunit. Un chasseur de lions, qui contient plusieurs labyrinthes, plusieurs façons de tricoter et de détricoter les histoires, est encore une fois l’occasion pour Olivier Rolin de rendre un très bel hommage à Proust, à sa recherche qui nous hante jusqu’à la dernière page. Ce roman est aussi un livre-enquête dans lequel le narrateur, arpentant Paris sur les traces de Manet jusqu’à sa mort, revient sur les lieux qu’il a lui-même foulés dans sa jeunesse lors de son apprentissage politique dans les années 60-70 (lire Tigre en papier et ma chronique du 30 novembre dernier).

Suite de la Suite Olivier Rolin la semaine prochaine avec les trois recueils de textes, conférences et articles édités chez Publie.net. Mais avant de lâcher les fauves, un dernier verre pour la route, donc, et trois extraits de Un chasseur de lions :

à propos de Manet : Le monde est un pervers polymorphe, un spectacle foisonnant et trivial, une fontaine de formes et de couleurs où la beauté jaillit parfois de la laideur.

à propos des vingt ans du narrateur, de ses idéaux : tu as beau t’en défendre, la figure qui te fascine n’est pas celle du militant mais celle, beaucoup plus romantique, de l’aventurier. Tu désires à la fois la fraternité et la solitude. Tu te sens toi aussi dépaysé dans le monde.

à propos du temps perdu : pays où la vie passée se mêle à la vie rêvée, seule chasse où on est assuré d’être au bout tué par le fauve, seule exploration où l’on finit toujours sous la dent des anthropophages.

Christophe Grossi

———

Livres numérisés cités dans cette chronique :

Autres livres ou auteurs cités :

2 décembre 2009

Notes du 2 décembre 2009

Filed under: Le Livre-Avenir (conseils de lecture) — Mots-clefs :, , , — Christophe @ 00:01

Trois informations numériques

1. Le 25 novembre 2009, le Syndicat National de l’Édition (SNE) organisait les Assises Professionnelles du Livre « à l’heure du numérique » (voir le programme). JeanLou Bourgeon, après avoir assisté aux Assises et décodé ses trente pages de notes, analyse en deux temps cette journée sur son blog : ici et .

2. Lundi 30 novembre, le MOTif et le Syndicat de la librairie française (SLF) ont organisé une conférence de presse à la librairie Le Comptoir des mots (Paris, XXe) afin de réaffirmer qu’un livre est au même prix chez un libraire que dans une grande surface ou chez un vendeur en ligne, mais avec un meilleur service. On a le papier-cadeau, le conseil ou encore la qualité de service et le choix. Cela donne tout de même plus envie que de commander sur le net, a précisé à l’occasion Vincent Monadé, directeur du MOTif. Plus de renseignements, grâce à ActuaLitté,  ici d’abord et ensuite (où la question sur le prix unique du livre numérique est posée).

3. Antoine Gallimard, P-DG des Éditions Gallimard et vice-président du SNE, lance une pétition en faveur d’une TVA à taux réduit sur le livre numérique afin de convaincre l’ensemble des États membres de l’Union Européenne de l’importance et de l’urgence de cette mesure. Auteur, éditeur, libraire, bibliothécaire, professionnels européens ou simplement amoureux du livre, vous êtes invités à signer la pétition en ligne jusqu’au 23 décembre 2009 à 23h.

Le livre du jour

C’est fait ! Le roman de Yanick Haenel, Jan Karsky, qui vient d’obtenir le prix Interallié a été numérisé. Il figure donc au catalogue ePagine, peut être feuilleté sur le site Eden-Livres ou bien être acheté sur le site de la librairie Le Passage à Alençon (par exemple).

La phrase du jour

« Le MOTif fait rougir les librairies d’Ile-de-France. » (le 30 novembre 2009)

Christophe Grossi

Get Adobe Flash playerPlugin by wpburn.com wordpress themes

© ePagine - Powered by WordPress