Le blog ePagine

Conseils de lecture, entretiens, actualité numérique :

le Livre-Avenir ne se fera pas sans les libraires.

19 novembre 2012

Les todo listes de Christine Jeanney en 2 tomes chez publie.net

© photo Canan Marasligil

Au mois de juin 2011, à sa demande, Christine Jeanney a commencé à recevoir des photos prises par des internautes, des auteurs, des blogueurs et des photographes. Des photos qui font suite à un pas de côté dans le quotidien et le paysage, à un étonnement. Des photos que chacun(e) a prises en pensant à elle, sans savoir ce qu’elle allait en faire. Toutes les nuits elle publiait sur son site une todo liste, c’est-à-dire une photo reçue accompagnée de ses quatre propositions qui toutes (ou presque) débutaient par un verbe à l’infinitif (« penser à » le plus souvent) puis le verbe, petit à petit a laissé la place à d’autres formulations, phrases choc ou dépliées, à des haïku aussi. Elle a ainsi publié 365 todo listes sur son site, respectant chaque jour la contrainte, tenant l’exigence haut la main, renouvelant l’exercice, et les lecteurs étaient au rendez-vous chaque matin, de plus en plus nombreux. En janvier 2012, les 180 premières todo listes ont été rassemblées dans un livre numérique chez publie.net sous ce titre énigmatique, Les sirènes on ne les voit pas un couvercle est posé dessus. Ce fut un vrai régal de retrouver réunis là ce détour du monde en 180 jours, l’humour si particulier de l’auteur ainsi que ses distorsions et sa langue qui jamais n’abdique, tout ce que nous étions nombreux à venir chercher chaque matin devant notre écran. Et magie supplémentaire : à la différence du site, il était possible de lire cet ensemble de manière aléatoire grâce au signe ∞ qu’avait inséré Roxane Lecomte, créatrice du fichier ePub, au-dessus de chaque photo.

Depuis quelques jours, le deuxième tome des todo listes (181-365) est disponible pour la lecture sur ordinateur, liseuse, tablette et smartphone. Il s’intitule Quand les passants font marche arrière ça rembobine et il réunit une cinquantaine de contributeurs différents, en gros comme dans le premier tome : si nous retrouvons parfois les mêmes noms, d’autres ont disparu ou font ici leur apparition. J’ai d’ailleurs moi aussi envoyé quelques photos dont une de Berlin, trois ont été todo listées dans le premier tome et deux dans le deuxième.

Christine Jeanney, outre ses publications, participe régulièrement à la revue d’ici là ainsi qu’aux échanges littéraires lors des vases communicants. On a parfois parlé de son travail ici et elle a même eu la gentillesse de participer à notre appel pour notre rubrique Qui lit quoi ?

Lisez-la, elle le mérite (c’est un euphémisme) et lancez-vous dans les todo listes : il y a de l’humour, de la poésie, du punch, de l’inventivité, ça rebondit et requinque ! Ci-dessous, la liste des photographes amateurs ou professionnels mais, avant ça, un extrait du tome 2, la dernière todo liste (365) écrite à partir d’une photo de Brigitte Célérier.

Ces deux titres peuvent être téléchargés sur ePagine (Tome 1 & Tome 2) ainsi que sur tous les sites des libraires partenaires.

ChG



Christine Jeanney et les 66 contributeurs des 365 todo listes : Alphonse Brunstein – Ana Nb – Anne Reverseau – Anne Savelli – Arnaud Maïsetti – B&O via GarpAvecArobase – Benoît Vincent – Brigitte Célérier – Brigitte Muairon – Canan Marasligil – Candice Nguyen  – Cécile Portier – Christiane Boilard – Christine Genin – Christine Zottele – Christophe Grossi – Christophe Sanchez – Christopher Selac – Claude Saint-Romain – Dominique Hasselmann – Elizabeth Legros Chapuis – Emmanuel Delabranche – Florence Trocmé – Francis Royo – Franck Garot – Franck Queyraud – François Bon – François Bonneau – François Rascal – Guénaël Boutouillet – Guillaume Vissac – Hervé Jeanney – Isabelle Pariente-Butterlin – Jacques Danglejan – Jean Prod’hom – Jean-Yves Fick – Joachim Séné – Josée Marcotte – Juliette Mézenc – Kapoia – Kathie Durand – KtyZen – Laure Morali – Laurent Margantin – Louise_Imagine – Luc Jodoin – Lucien Suel – Martine Sonnet – Marie Cosnay – Maryse Hache – Mathilde Roux – Michel Brosseau – Michèle Thiebaud – Nathanaël Gobenceaux – Noam Assayag – Philippe Aigrain – Pierre Chantelois – Pierre Cohen Hadria – Pierre Ménard – Sandra Hinège –  Solange Vissac – Sophie Bazin – Sylvain Esposito – Sylvie Tissot – Tiphaine Touzeil – Xavier Fisselier

16 juin 2012

offres découvertes du week-end (Omnibus, Métailié, publie.net, Folio Policier, Numeriklivres, Petit Futé)

Parmi les offres découvertes et mises en avant repérées cette semaine (elles se multiplient) et qui égailleront votre week-end, vous trouverez des guides voyages, des histoires patagoniennes et islandaises, des polars, des thrillers, des écritures urbaines, intimes, poétiques, des ambiances rock, de la chick-lit et le grand Simenon : des lectures, des lectures, des lectures, des paysages et des mots qui font du bien aux yeux et aux oreilles. Profitez-en, certaines offres ont une durée très limitée !

 

1. Simenon chez Omnibus

41 romans de Simenon viennent d’entrer au catalogue numérique. Une offre découverte est d’emblée proposée par la maison d’édition : 3 titres pour le prix de 2 dans un seul ePub (15,99 € au lieu de 23.99 €). Offre valable jusqu’au 21 décembre 2012.

À la découverte de Simenon 1 : Le Chien jaune, Les Scrupules de Maigret, Le Coup de Lune
À la découverte de Simenon 2 : Pietr-le-Leton, La Fuite de Monsieur Monde, Chez les Flamands
À la découverte de Simenon 3 : Les Fiançailles de Mr. Hire, Le Fou de Bergerac, Betty

 



 

2. Sepúlveda & Indridason chez Métailié

• Toujours d’actualité (jusqu’au 30 juin), la nouvelle El Tano de Luis Sepúlveda est à télécharger gratuitement. Deux autres histoires issues également de Dernières nouvelles du Sud (Le dernier voyage du Patagonia Express et El Duende) sont, quant à elles, vendues 0.99 €, et le recueil intégral 12.99 € (cf. notre billet du 6 juin).

• Autre coup de projecteur et pas des moindres : jusqu’au 30 juin, La femme en vert d’Arnaldur Indridason, sans doute l’un des meilleurs polars de la série avec le commissaire Erlendur est à 6.99 € au lieu de 13.99 € (cf. notre billet du 18 mai 2011).

 



 

3. DOA en Folio Policier

Jusqu’au 18 juin, Folio Policier baisse les prix sur trois romans noirs de DOA (Citoyens clandestins, Le serpent aux mille coupures et La ligne de sang). Chacun est proposé à 4.99 € (cf. notre billet du 11 juin pour connaître les deux prochaines offres Folio Policier et Folio SF).

 



 

4. Cécile Portier, François Bon, Daniel Bourrion, Marc Villard & Véronique Vassiliou chez publie.net

Plus d’un mois après son premier rendez-vous, l’offre découverte publie.net se poursuit (cf. nos précédents billets) avec cette semaine 4 nouveautés et une reprise. Dans tous les cas, 5 auteurs contemporains à (re)découvrir à travers des ambiances rock’n’roll, noires, poétiques, autoroutières et gymnastiques. 5 titres, comme toujours, proposés avec prix de lancement ou découverte : 0.99 € jusqu’à lundi soir. Ils viennent (la plupart) juste d’arriver ou d’être remis à jour et comme je ne les ai pas encore tous lus, pour en savoir plus cliquez sur les liens ou les couvertures de Roxane Lecomte.


• Cécile Portier, Contact (collection REPRINT) : un monologue puissant dans lequel une femme au volant de sa voiture, entre Paris et le Sud de la France, se demande quelle route prendre, celle qui la mène vers son amant ou l’autre, vers sa famille. Un récit, un road novel, où les réponses se trouvent dans les questions intimes que se pose la narratrice, celles qu’entraînent routes et autoroutes au fil des kilomètres, et leurs déviations possibles.

• François Bon, Conversations avec Keith Richards : ces quatorze Conversations avec Keith Richards seraient comme le carnet de notes qu’aurait tenu François Bon (via twitter) et qui accompagnerait sa biographie des Rolling Stones (publiée en 2002), biographie qui sera mise en ligne mi-juillet dans une version augmentée et révisée.

• Daniel Bourrion, J’ai été Robert Smith : « Narration précise de Daniel Bourrion dans ce mode à la fois poétique et autobiographique auquel il nous a habitués, un samedi soir dans une boîte de nuit, une virée en bagnole, un walkman avec The Cure… »

• Marc Villard, Sharon Tate ne verra pas Altamont (collection PUBLIE NOIR) : « Marc Villard explore avec ses propres outils, fragments de scènes fixées au plus près par la langue, cette période cruciale où la décennie des sixties bascule tout entière, lorsque les illuminés de Charles Manson viennent égorger Sharon Tate pour satanisme. Une semaine après c’est Woodstock, et Altamont en décembre. »

• Véronique Vassiliou, Movies : un texte poétique, décalé et très rythmé sur le rapport au corps à partir d’une méthode d’exercices de gymnastique.

 



 

5. Marie Potvin, André Delauré & Jean-Louis Michel chez Numerik:)ivres

Pendant tout l’été, les premiers tomes publiés dans la collection “Noir, c’est noir” de Numerik:)ivres (une collection 100% numérique consacrée au roman noir, au roman policier et au thriller) seront à 0,99 € et les suivants entre 2.99 € et 3.99 €. Deux auteurs sont d’ores et déjà concernés par cette mise en avant, André Delauré et Jean-Louis Michel. À noter aussi que le feuilleton (chick-lit) en 5 épisodes de Marie Potvin, Les Héros ça s’trompe jamais est désormais complet et en ligne (le premier épisode est gratuit, les suivants à 0.99 €).


• André Delauré
Fracture mentale t.1 Charly (0.99 €)
Fracture mentale t.2 Aurélie (3.99 €)

• Jean-Louis Michel
Fin de route tome 1 (0.99 €)
Fin de route tome 2 (2.99 €)

 



 

6. City trip & City Monde by Petit Futé

Jusqu’à demain soir, tous les guides numériques Petit Futé des collections City Monde et City Trip sont en promotion à 1.99 €. Plus de 150 destinations en tout (cf. notre billet du 13 juin).

 


9 juin 2012

offre découverte publie.net (week-end du 9 juin)

Nouveau week-end et nouvelle offre découverte publie.net (cf. les billets précédents si besoin). Cette semaine (depuis hier matin jusqu’au lundi 11 juin minuit) la coopérative d’auteurs et maison d’édition numérique publie.net vous permet une fois encore de découvrir à petits prix sa dernière nouveauté ainsi que quatre titres issus de son catalogue numérique, l’un parce que le fichier a été revu et corrigé par l’auteur et par les créateurs de l’ePub ; les trois autres, parce que la maison souhaitait les remettre en avant. Côté pratique, ces 5 textes à la une coûtent chacun 0.99 € et s’ils sont watermarqués (tatouage numérique), ils ne contiennent en revanche pas de DRM Adobe. Si un ou plusieurs de ces titres vous plaisent, rendez-vous sur votre site préféré, sélectionnez-le(s), réglez, téléchargez et surtout prenez du plaisir à les lire (N.B. : ces fichiers peuvent être lus sur tous supports mais certains ont été optimisés pour la lecture sur iPad ; ces informations sont en général indiquées sur les fiches de présentation).

 

 

On commence par la dernière mise en ligne, Où que je sois encore… d’Arnaud Maïsetti, un récit inédit en numérique et qui est (me semble-t-il) la première publication de l’auteur (texte paru en 2008 aux éditions du Seuil). Depuis, Arnaud Maïsetti a publié d’autres textes, dont une lecture très dense et fouillée de Koltès et un recueil d’Anticipations. Mais Arnaud Maïsetti a surtout ouvert un carnet en ligne à plusieurs entrées, un site qui est un chantier vertigineux, ambitieux et complet où le suivre à travers son journal mais aussi ses fictions, ses lectures et ses critiques (littérature, essais, cinéma, théâtre…), ses photographies, les musiques qu’il écoute, ses errances… Impossible de dissocier site et livre numérique. C’est une œuvre en mouvement et une voix qui compte pour beaucoup. Ci-dessous, un extrait de cette traversée/plongée dans la ville, dans la nuit, avec exposition du corps et la phrase comme appui face au tangage.
=> voir les autres titres de cet auteur

 

Autre auteur qui scalpe le verbe, autre voix grave, autre rythme, autre regard. Daniel Bourrion est de ceux qui convoquent et se saisissent des langues enfouies, disparues ou apprises à l’école (les natales, les maternelles, les officielles) pour créer leur propre langue. Ici aussi les phrases sont très longues, toutes nourries qu’elles sont à la terre Lorraine, aux paysages de son enfance, aux histoires, non-dits et lettres de ceux qui ne sont jamais partis et continuent de parler à travers lui. Car les morts parlent. Surtout que/quand les guerres sont passées par là. Daniel Bourrion fait également partie des auteurs qui ont d’abord publié des textes chez des éditeurs traditionnels (papier) avant de choisir d’écrire directement sur le web. Incipit est une des portes d’entrées vers son univers. Il y en a d’autres. Alors si vous êtes de ceux qui aimez ces écritures-là, lisez également ses autres récits poétiques, vous ne serez pas déçus.
=> voir les sept autres titres de cet auteur

 

Incursion cette fois dans la science fiction en compagnie de Maurice Leblanc, créateur d’Arsène Lupin, qui propose, dans Le Formidable événement, un moyen plus naturel que l’Eurostar pour relier le continent à l’Angleterre : la marche à pied. Pour cela, rien de plus simple, il suffit de faire disparaître la Manche et le tour est joué (un tsunami s’en chargera ici en tout cas). L’édition de ce texte rare, retrouvé et préfacé par Philippe Ethuin du blog ArchéoSF, respecte le découpage de l’édition pré-originale publiée dans Je Sais Tout en 1920.
=> voir les autres titres de la collection ArchéoSF

 

On passe cette fois dans le roman noir, très noir avec Homo Futuris de Patrick De Friberg, un thriller qui mêle aventures, action, espionnage (via les services de renseignements) sur fond de magouilles politiciennes mondialisées. Vous avez aimé ce titre de Patrick De Friberg ? Deux autres vous attendent ici (Le dossier Kristina et Tsunami).
=> voir d’autres titres de la collection PublieNoir

 

Pour terminer, un ensemble de textes écrits et réunis par Hubert Guillaud, Rémi Sussan et Xavier de la Porte en collaboration avec Internet’Actu, Est-ce que la technologie sauvera le monde ?, autrement dit, est-ce que la technologie sera capable de répondre aux défis du XXIe siècle et peut-on encore croire au progrès technologique et scientifique comme nous le laisse à penser plusieurs siècles de connaissances fondés tout entier sur eux ?
=> voir les trois autres titres de la collection Washing Machine

 

Comme d’habitude, tous ces titres peuvent être téléchargés sur ePagine ainsi que sur tous les sites des libraires partenaires (liste à jour ici). Vous pouvez également cliquer sur les visuels de couvertures pour accéder directement au catalogue.

Bonne découverte à tou(te)s !

ChG

1 juin 2012

offres découvertes publie.net (week-end du 1er juin)

L’offre découverte publie.net, c’est très simple : chaque semaine (du vendredi matin au lundi soir) la coopérative d’auteurs et maison d’édition numérique publie.net propose de découvrir à prix lancement sa ou ses dernières nouveautés et, à prix découverte, des titres issus du catalogue numérique, remis à jour ou en avant. Cette semaine, 5 textes à la une, chacun à 0.99 €, et pas des moindres.

— D’abord, un roman noir, périurbain, social, politique, poétique, L’affranchie du périphérique de Didier Daeninckx mis en ligne cette nuit (court extrait à lire ci-dessous) ;

— un roman d’anticipation d’Olivier Le Deuff dans la collection e-styx, Print brain technology ;

— un récit labyrinthique, surréaliste, urbain, onirique et fantastique de Cécile Portier, Saphir Antalgos (travaux de terrassement du rêve), ePub révisé & augmenté par Roxane Lecomte ;

— un ensemble de textes délicats (L’ange comme extension de soi) tous issus des Carnets Web de La Grange de Karl Dubost qui chaque jour, à travers ses voyages, ses lectures et ses rencontres, questionne le temps (qui passe et qu’il fait), sa relation aux autres (physique et virtuelle), le numérique, son quotidien, la ville et, avant toute chose, sa place dans le monde (distance).

— et pour terminer, un classique, La Mer de Jules Michelet, ePub revu par Gwen Catala.

Comme d’habitude, tous ces titres peuvent être téléchargés sur ePagine ainsi que sur tous les sites des libraires partenaires (liste à jour ici). Vous pouvez également cliquer sur l’image ci-dessous pour accéder directement à cette mise en avant.

Bonne découverte à tou(te)s !

ChG

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L’affranchie du périphérique
Didier Daeninckx
© Didier Daeninckx et publie.net pour la version numérique,
juin 2012

 LA PREMIÈRE FOIS QUE je me suis aventurée de l’autre côté du périphérique, par les berges du canal Saint-Denis, c’était il y a tout juste un an. Nous étions partis à vélo de notre appartement de la rue Oberkampf, Alain et moi, pour rejoindre des amis qui participaient à un spectacle de cirque en plein air, au parc de la Villette. Leur travail consistait à maquiller des nuées de gamins en leur dessinant des papillons, des libellules, des oiseaux multicolores sur les joues, le front, autour des yeux. Quand ils se mettaient à courir, sillonnant les pelouses, ça faisait comme des envols d’animaux souriants. J’avais pris quelques photos alors qu’ils se précipitaient vers un imposant jeu de construction en forme de dragon et que la bouche du monstre semblait vouloir les absorber. Ils s’amusaient de leur peur qui nous arrivait aux oreilles, en cris aigus. Des mouettes exilées striaient la surface du bassin en se posant sur l’eau. Soudain, le ciel s’était obscurci et des éclairs aveuglants avaient choisi de faire craquer un lourd nuage noir au-dessus de nos têtes, noyant la fête sous un déluge de grêle. Le chapiteau était trop petit pour accueillir la foule transie et les centaines d’enfants aux visages arcs-en-ciel. Alain m’avait entraînée dans un café qu’on aurait cru rescapé du temps, face à la maçonnerie montante qui enserre les écluses. Devanture bois et vitres, bec-de-cane, carillon, inscription en relief pour rappeler qu’il fut un temps où l’on téléphonait en chiffres et en lettres : « Tel : FLA 36-52 », banquettes en moleskine, tables rondes habillées de marbre, chaises cannelées. Nous avions attendu devant un demi que l’orage s’éloigne, puis Alain m’avait guidée dans ce quartier des anciens abattoirs où d’autres industries le disputaient, en ces années-là, à la seule tuerie animale : fabriques de bougies, de confitures, entrepôts de bois précieux, ateliers de verrerie et de travail des émaux, fonderies, distilleries… J’avais fermé les yeux pour mieux comprendre ses mots, et, aux bouffées de vapeur humide qui montaient de l’asphalte, étaient venues se mêler l’odeur âcre du sang des échaudoirs, celle de la poussière de charbon, celles des alcools tièdes, celle du caramel qui naît des ébullitions sucrées. Nous avions traversé le boulevard des Maréchaux afin de pouvoir accéder à un escalier en pente raide qui menait au chemin de halage avant de nous élancer vers la naissance du canal, à quelques kilomètres de là, face à l’Île-Saint-Denis, dans un méandre du fleuve. Les pavés disjoints mettaient nos machines et nos bras à rude épreuve, et c’est tout juste si je parvenais à saisir quelques bribes du paysage. Des terrains vagues, des darses, des magasins généraux aux toits crénelés, des centrales-béton autour desquelles s’agglutinaient des camions-toupies aux flancs jaune et noir, semblables à de monstrueuses abeilles protégeant une ruche. Nous venions de dépasser la maison de l’éclusier qui veille au mouvement des vannes hydrauliques du secteur des Vertus, quand la roue avant de ma bicyclette avait suivi, malgré moi, le tracé d’un rail rouillé qui filait droit vers le portail déglingué d’une usine désaffectée. Le coup de frein m’avait déséquilibrée, et il s’en était fallu de quelques centimètres que je ne termine mon vol plané dans les remous provoqués par l’hélice d’une péniche qui s’apprêtait à pénétrer dans le sas. Un pêcheur de gardons était venu à mon secours tandis qu’Alain continuait de pédaler en direction du pont de Stains. Il avait fini par rebrousser chemin quand il s’était aperçu qu’il parlait dans le vide… ”

4 mai 2012

l’offre découverte publie.net c’est chaque vendredi 5 titres à 0.99 €

On en parlait il y a quelques jours ici-même : la coopérative d’auteurs (maison d’édition 100% numérique) publie.net proposera désormais chaque vendredi cinq titres issus de son catalogue au prix de 0.99 €, et ce jusqu’au lundi soir : la ou les nouveautés de la semaine mais également des titres remis à jour ou en avant. Il y aura au choix (selon l’arrivage comme on dit sur mon marché de la Croix de Chavaux) de la littérature contemporaine (poésie, récits), des essais, des romans noirs, de la SF et des grands classiques de la littérature mondiale. Pour tous les goûts, donc (comme on dit…). Aujourd’hui vendredi 3 mai, et jusqu’à lundi 7 minuit, chaque internaute pourra bénéficier du prix découverte publie.net (0.99 € chaque titre) pour les 5 titres suivants :


• une réédition d’un livre important de Jean-Michel Maulpoix devenu difficilement trouvable en papier, Ne cherchez plus mon coeur (1ère publication chez P.O.L en 1994, texte qui sera repris par publie.net en POD) (voir aussi l’extrait ci-dessous)


• une reprise du dictionnaire délirant de Josée Marcotte, La petite apocalypse illustrée (auteur également de Marge qui avait été chroniqué ici)


• une remise en avant de Déplacements de Marie Cosnay qu’on avait pu lire en 2007 aux éditions Laurence Teper et qui est aujourd’hui indisponible dans cette édition


• la remise à jour des mains d’Orlac de Maurice Renard, roman qui bascule dans l’étrange et qui a inspiré de nombreux auteurs et cinéastes du monde entier


• et enfin Questions d’importance de Claude Ponti, auteur qui depuis les années 80 « tromboline et foulbazar » dans la littérature jeunesse en retournant le rapport à l’image et au langage. Ici, un texte-poème, une liste de pourquoi qui font mouche, interrogent notre rapport au monde, à la nature et à l’humanité de manière touchante, décalée et parfois plus brutale.


Je rappelle que ces cinq titres peuvent être téléchargés (notamment au format ePub) depuis le site ePagine ainsi que chez tous les libraires partenaires. Sur ces sites-là, ils vous sont proposés sans DRM mais avec un tatouage numérique (watermark).

Enfin, un grand merci à tous de votre confiance. Grâce à vous, Le jeu continue après ta mort de Jean-Daniel Magnin (auteur pourtant inconnu du grand public mais qui avait bénéficié d’un prix de lancement très attractif) sur ePagine a dépassé en nombre de téléchargements deux des auteurs les plus vendus (lus ?) en France (devinez lesquels !). Et je suis très heureux que ce thriller ai rejoint liseuses et tablettes ces derniers jours.

ChG


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Extrait de Ne cherchez plus mon cœur de Jean-Michel Maulpoix
paru aux éditions P.O.L en 1986 et repris en numérique chez publie.net

 

Cela qui s’aventure ne porte pas de nom. La langue toute est son domaine. Agenouillé, il fouille avec des branches : un peu de terre dérange le ciel, de minces araignées patinent parmi les reflets.

C’était sur les rives de la Meuse, à peu de pas du déversoir au tumulte incessant, ou bien en altitude, auprès d’un lac silencieux cerné de sapins, serti très haut dans la fraîcheur.

Cela mélange ses eaux. Des paysages se superposent. Quelque source soudain imagine de jaillir, une écorce éclate, le torrent transparent enveloppe de glace les chevilles parmi les pierres.

 

Il déchiffre en lui-même un murmure indistinct où la clarté d’une voix vient le surprendre. A certaines heures, se souvient-il, la lumière semblait y mieux voir. Ainsi la tiédeur de la cloche que frappe à la vesprée un rayon de soleil oblique.

Sa mémoire s’écoule en poussière Cependant il exulte. Il s’évide mais s’obstine à parler de travers, rebondissant dans la blancheur comme une balle insonore.

Il démêle son désir à peine et remonte avec précaution vers des cimes lointaines où des phrases malhabiles furent griffonnées jadis sur des papiers pliés en quatre. Il poursuit sa propre fable en surplomb, jusqu’au corridor de la naissance éboulée dans l’herbe et le sang. Il froisse une fraîcheur d’église, un après-midi silencieux dans le souvenir de l’Office, quand le Dieu avec son cortège dort sous le bois ciré et que la croix s’égoutte au fond.

 

Cela s’égare dans son amour. Il se blottit: buste de femme et taille, couchés dans le trèfle, genoux pressés, sueur, linges sur les hanches, toison, échine, cheveux dénoués et bras nus. Il empoigne, caresse, se déplie se relève, puis s’agenouille encore…

Ce sont les gestes lents du soir dont la brûlure exauce un vœu ancien : dès maintenant mourir. Il invente cela pour se perdre et ne pourra cesser d’y croire, comme celui qui aime en détresse et dont l’amour disperse la vie entière.

 

© Jean-Michel Maulpoix, 2000.

30 avril 2012

profitez de l’offre publie.net : 6 nouveautés à 0.99 €

 

La semaine dernière je vous informais (notamment) qu’à l’occasion de la parution du jeu continue après ta mort de Jean-Daniel Magnin, publie.net proposait à tous les internautes de télécharger ce roman au prix exceptionnel de 0.99 € jusqu’à ce soir. Face au succès de cette opération, publie.net vient d’annoncer que désormais toutes leurs nouveautés numériques ainsi que des remises en avant (5 en tout par semaine) seraient proposées chaque vendredi à ce prix-là (0.99 €, donc) et ce jusqu’au lundi soir (minuit).

Avec publie.net le jeu continue (donc) après ta mort jusqu’à mardi minuit. Et pour accompagner le roman de Jean-Daniel Magnin, 5 titres récemment mis en ligne (4 auteurs contemporains dont 2 auteurs de romans noirs + un classique des lettres belges) seront également vendus 0.99 €…, eux jusqu’à ce jeudi minuit. Et ensuite ?

« Ce vendredi 3 mai, et jusqu’à lundi 7, annonce François Bon sur le tiers livre, vous bénéficierez du prix de lancement publie.net pour une réédition d’un livre magistral, Ne cherchez plus mon cœur, de Jean-Michel Maulpoix, voyage baudelairien que nous sommes nombreux à considérer comme un des essentiels du chemin de Jean-Michel (1ère publication POL 1994, nous le reprendrons aussi en POD), Poreuse de Juliette Mézenc (dont nous avons déjà publié Sujets sensibles), une reprise de la petite apocalypse illustrée de Josée Marcotte, et 2 autres qui seront surprise (ou plutôt, annoncés mercredi matin). »

Pour cette semaine, donc, sont proposés à 0.99 € :

• Jean-Daniel Magnin, jeu continue après ta mort (thriller) jusqu’à mardi 2 mai minuit
• Maurice Maeterlinck, La vie des abeilles (classique) jusqu’à jeudi 4 mai minuit
• Laetitia Gendre, La détente (contemporain) jusqu’à jeudi 4 mai minuit
• Jean-Pierre Suaudeau, Photo de classe/s (contemporain) jusqu’à jeudi 4 mai minuit
• Patrick de Friberg, Dossier Kristina (polar) jusqu’à jeudi 4 mai minuit
• Moussa Konaté, L’assassin des Banconi (polar) jusqu’à jeudi 4 mai minuit

Tous ces titres peuvent être téléchargés sur ePagine ainsi que sur tous les sites des libraires partenaires (liste à jour ici)

- même prix partout
- 100 % numérique
- sans DRM.

Sur le site epagine.fr un bandeau et une table ont été mis en place sur la page d’accueil et une rubrique offre découverte publie.net a été créée (dans les sélections, à gauche sur la page). C’est à cet endroit que vous retrouverez chaque fin de semaine tous les titres publie.net bénéficiant de ce tarif exceptionnel.

Bonnes découvertes !

26 avril 2012

Prix de lancement et offres promotionnelles (publie.net, ONLIT BOOKS, guides MAF…)

Du côté du catalogue de livres numériques, offres promotionnelles, ventes à prime, prix de lancement et autres propositions commerciales se multiplient depuis plusieurs semaines. Il y a d’abord eu l’opération 100k Bragelonne le 1er avril et les ventes flash du Petit futé. Il y a une semaine, nous parlions également ici-même des guides MAF et des éditions ONLIT BOOKS (rappel ci-dessous). Aujourd’hui c’est publie.net qui a choisi de frapper un grand coup avec une offre de lancement très alléchante pour un roman aux limites du thriller et du fantastique sur fond de jeux vidéos, celui de Jean-Daniel Magnin… et rien que le titre et la couverture valent le coup : Le jeu continue après ta mort. Tout est expliqué ci-dessous avec bandeaux et liens pour les télécharger facilement. Tous ces ebooks sont proposés au même prix sur tous les sites et plateformes de vente de livres numériques. Une liste de libraires partenaires de ePagine vous est d’ailleurs proposée ici. Restez à l’affût car dans les prochains jours d’autres offres et promos ont été annoncées par différents éditeurs (liste en bas de ce billet). Bonne lecture !



•1 Depuis ce matin, à l’occasion de la parution du thriller hallucinant et jubilatoire de Jean-Daniel Magnin (avec en sus une création ePub très innovante) Le jeu continue après ta mort, publie.net vous propose de télécharger ce roman au prix exceptionnel de 0.99 €. Attention : offre valable jusqu’au lundi 30 avril !

 

 

•2 On rappelle que jusqu’au 14 mai pour tout achat du guide MAF La France de Léonard de Vinci (8.99 €, format ePub) vous recevrez gratuitement avec votre commande cet autre titre publié par les guides MAF, Léonard de Vinci, un voyage entre Romagne et Marches (proposé hors offre à 5 €).

 


•3 Jusqu’au 20 mai, pour l’achat d’un titre des titres du catalogue de la maison d’édition littéraire et 100% numérique ONLIT BOOKS, vous recevrez une nouvelle inédite et bilingue d’Edgar Kosma : 20 ans | De l’autre côté / 20 years | On the other side (et avec cette nouvelle, préparez-vous à passer une nuit blanche… en taule !).

 


•4 Les autres opérations commerciales annoncées :

— le 1er mai, pendant 24 heures, Être heureux au bureau aux éditions Mango bénéficiera d’une baisse significative de prix : 2.99 € au lieu de 7.99 €
— le 2 mai, pendant 24 heures, le Petit Futé propose une nouvelle vente flash. Cette fois c’est le guide Indonésie 2011-2012 qui sera proposé à 1.49 € au lieu de 5.99 €.
— dans la deuxième semaine de mai, nous donnons rendez-vous ici-même à tous les amateurs de polars à la française et des éditions Viviane Hamy, une surprise les attend !


6 avril 2012

Le Grand Meaulnes offert par publie.net jusqu’à lundi

note du 8 avril : miracle du week-end pascal, il y aura donc un jour de plus pour télécharger Le Grand Meaulnes !

La coopérative d’auteurs publie.net a ouvert un grand chantier depuis plusieurs semaines : reprendre tous les fichiers ePub et changer les couvertures des premiers titres (les classiques mais également les contemporains) mis en ligne depuis 2008. Ce sont Roxane Lecomte et Gwen Catalá qui s’en chargent, l’une depuis la Bruxelles, l’autre depuis sa forêt thaï. De nombreux titres viennent ainsi d’être « dépoussiérés » et d’autres seront mis en ligne dans les prochains jours.

Cette avancée technique, graphique et ergonomique (toutes trois indispensables) a donné l’idée à la maison d’édition 100% numérique d’ouvrir les portes de son catalogue d’une manière plutôt sympathique. Depuis ce matin jusqu’à dimanche lundi (3 4 jours entiers), Le Grand Meaulnes d’Alain-Fournier est en téléchargement gratuit chez tous les revendeurs de livres numériques dont ePagine et les libraires-partenaires de son réseau.

Je liste ci-dessous quelques-uns des sites des libraires partenaires (pour la liste complète cliquez ici) avec le lien direct vers le titre d’Alain-Fournier et vous donne ensuite à lire un extrait du Grand Meaulnes, le chapitre IV intitulé « L’évasion ».

Bonne lecture et merci à publie.net !

ChG

.ePagine
. Librairie L’Alinéa
. L’Arbre à Lettres
. Librairie Brillat Savarin
. Club digital
. Librairie Delamain
. Librairie Le divan
. Librairie Filigranes
. Le Furet du Nord
. Librairie Lamartine
. Librairie Ombres Blanches
. Librairie Sauramps
. Librairie Vent d’Ouest
. Virgin Mega

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Extrait du Grand Meaulnes d’Alain-Fournier
Chapitre IV, « L’évasion » (publie.net)

 

À une heure de l’après-midi, le lendemain, la classe du Cours supérieur est claire, au milieu du paysage gelé, comme une barque sur l’Océan. On n’y sent pas la saumure ni le cambouis, comme sur un bateau de pêche, mais les harengs grillés sur le poêle et la laine roussie de ceux qui, en rentrant, se sont chauffés de trop près.

On a distribué, car la fin de l’année approche, les cahiers de compositions. Et, pendant que M. Seurel écrit au tableau l’énoncé des problèmes, un silence imparfait s’établit, mêlé de conversations à voix basse, coupé de petits cris étouffés et de phrases dont on ne dit que les premiers mots pour effrayer son voisin :

« Monsieur ! Un tel me… »

M. Seurel, en copiant ses problèmes, pense à autre chose. Il se retourne de temps à autre, en regardant tout le monde d’un air à la fois Sévère, et absent. Et ce remue-ménage sournois cesse complètement, une seconde, pour reprendre ensuite, tout doucement d’abord, comme un ronronnement.

Seul, au milieu de cette agitation, je me tais. Assis au bout d’une des tables de la division des plus jeunes, près des grandes vitres, je n’ai qu’à me redresser un peu pour apercevoir le jardin, le ruisseau dans le bas, puis les champs.

De temps à autre, je me soulève sur la pointe des pieds et je regarde anxieusement du côté de la ferme de la Belle-Etoile. Dès le début de la classe, je me suis aperçu que Meaulnes n’était pas rentré après la récréation de midi. Son voisin de table a bien dû s’en apercevoir aussi. Mais, dès qu’il aura levé la tête, la nouvelle courra par toute la classe, et quelqu’un, comme c’est l’usage, ne manquera pas de crier à haute voix les premiers mots de la phrase :

« Monsieur ! Meaulnes… »

Je sais que Meaulnes est parti. Plus exactement, je le soupçonne de s’être échappé. Sitôt le déjeuner terminé, il a dû sauter le petit mur et filer à travers champs, en passant le ruisseau à la Vieille-Planche, jusqu’à la Belle-Etoile. Il aura demandé la jument pour aller chercher M. et Mme Charpentier. Il fait atteler en ce moment.

La Belle-Étoile est, là-bas, de l’autre côté du ruisseau, sur le versant de la côte, une grande ferme, que les ormes, les chênes de la cour et les haies vives cachent en été. Elle est placée sur un petit chemin qui rejoint d’un côté la route de La Gare, de l’autre un faubourg du pays. Entourée de hauts murs soutenus par des contreforts dont le pied baigne dans le fumier, la grande bâtisse féodale est au mois de juin enfouie sous les feuilles, et, de l’école, on entend seulement, à la tombée de la nuit, le roulement des charrois et les cris des vachers. Mais aujourd’hui, j’aperçois par la vitre, entre les arbres dépouillés, le haut mur grisâtre de la cour, la porte d’entrée, puis, entre des tronçons de haie, une bande du chemin blanchi de givre, parallèle au ruisseau, qui mène à la route de La Gare.

Rien ne bouge encore dans ce clair paysage d’hiver. Rien n’est changé encore.

Ici, M. Seurel achève de copier le deuxième problème. Il en donne trois d’habitude. Si aujourd’hui, par hasard, il n’en donnait que deux… Il remonterait aussitôt dans sa chaire et s’apercevrait de l’absence de Meaulnes. Il enverrait pour le chercher à travers le bourg deux gamins qui parviendraient certainement à le découvrir avant que la jument ne soit attelée… M. Seurel, le deuxième problème copié, laisse un instant retomber son bras fatigué… Puis, à mon grand soulagement, il va à la ligne et recommence à écrire en disant :

« Ceci, maintenant, n’est plus qu’un jeu d’enfant »

… Deux petits traits noirs, lui dépassaient le mur de la Belle-Etoile et qui devaient être les deux brancards dressés d’une voiture. ont disparu. Je suis sûr maintenant qu’on fait là-bas les préparatifs du départ de Meaulnes. Voici la jument qui passe la tête et le poitrail entre les deux pilastres de l’entrée, puis s’arrête, tandis qu’on fixe sans doute, à l’arrière de la voiture un second siège pour les voyageurs que Meaulnes prétend ramener. Enfin tout l’équipage sort lentement de la cour, disparaît un instant derrière la haie, et repasse avec la même lenteur sur le bout de chemin blanc qu’on aperçoit entre deux tronçons de la clôture. Je reconnais alors, dans cette forme noire qui tient les guides, un coude nonchalamment appuyé sur le côté de la voiture, à la façon paysanne, mon compagnon Augustin Meaulnes. Un instant encore tout disparaît derrière la haie. Deux hommes qui sont restés au portail de la Belle-Etoile, à regarder partir la voiture, se concertent maintenant avec une animation croissante. L’un d’eux se décide enfin à mettre sa main en porte-voix près de sa bouche et à appeler Meaulnes, puis à courir quelques pas, dans sa direction, sur le chemin… Mais alors, dans la voiture qui est lentementarrivée sur la route de La Gare et que du petit chemin on ne doit plus apercevoir, Meaulnes change soudain d’attitude. Un pied sur le devant, dressé comme un conducteur de char romain, secouant à deux mains les guides, il lance sa bête à fond de train et disparaît en un instant de l’autre côté de la montée. Sur le chemin, l’homme qui appelait s’est repris à courir ; l’autre s’est lancé au galop à travers champs et semble venir vers nous.

En quelques minutes, et au moment même où M. Seurel, quittant le tableau, se frotte les mains pour en enlever la craie, au moment où trois voix à la fois crient du fond de la classe :

« Monsieur ! Le grand Meaulnes est parti ! » l’homme en blouse bleue est à la porte, qu’il ouvre soudain toute grande, et, levant son chapeau, il demande sur le seuil :

« Excusez-moi, monsieur, c’est-il vous qui avez autorisé cet élève à demander la voiture pour aller à Vierzon chercher vos parents ? Il nous est venu des soupçons…

– Mais pas du tout ! » répond M. Seurel.

Et aussitôt c’est dans la classe un désarroi effroyable. Les trois premiers, près de la sortie, ordinairement chargés de pourchasser à coups de pierres les chèvres ou les porcs qui viennent brouter dans la cour les corbeilles d’argent, se sont précipités à la porte. Au violent piétinement de leurs sabots ferrés sur les dalles de l’école a succédé, dehors, le bruit étouffé de leurs pas précipités qui mâchent le sable de la cour et dérapent au virage de la petite grille ouverte sur la route. Tout le reste de la classe s’entasse aux fenêtres du jardin. Certains ont grimpé sur les tables pour mieux voir…

Mais il est trop tard. Le grand Meaulnes s’est évadé.

« Tu iras tout de même à La Gare avec Mouchebœuf, me dit M. Seurel. Meaulnes ne connaît pas le chemin de Vierzon. Il se perdra aux carrefours. Il ne sera pas au train pour trois heures. »

Sur le seuil de la petite classe, Millie tend le cou pour demander :

« Mais qu’y a-t-il donc ? »

Dans la rue du bourg, les gens commencent à s’attrouper. Le paysan est toujours là, immobile, entêté, son chapeau à la main, comme quelqu’un qui demande justice.

16 décembre 2011

Bartleby est gratuit et publie.net est trop chouette !

Tandis que Publie.net propose ce titre en téléchargement gratuit sur toutes les plateformes de vente (liste des libraires partenaires d’ePagine à jour ici) du 16 au 31 décembre inclus, reprise aujourd’hui du billet avec extrait qui en juillet dernier avait été consacré à la nouvelle traduction du Bartleby de Melville. Si après l’avoir téléchargé vous avez apprécié ce texte et le travail de cette maison d’édition, en échange de ce geste faites donc un tour dans le catalogue. Vous attendent des centaines de titres en littérature contemporaine, des polars, des récits d’anticipation, de la SF, des classiques, de la poésie, du théâtre, des essais sur le paysage ou l’art contemporain, des revues… à des prix abordables (moins de 4 euros) et sans DRM. Sûr que vous y trouverez là votre bonheur, des textes qui méritent d’être lus et un auteur à découvrir, à partager.

ChG


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reprise du billet publié en juillet 2011 sur ce blog

On ne pouvait pas ne pas saluer la nouvelle traduction du grand Bartleby d’Herman Melville. Rebaptisé Bartleby, commis aux écritures (et sous-titré une histoire de Wall-Street) on doit cette traduction à Ruth Szafranski (déjà traductrice de Lovecraft pour publie.net). Pour lire la présentation de ce texte où il est aussi question de son travail, visitez cette page du tiers livre. Et pour le plaisir, tout de suite, voici un extrait. Merci aux éditeurs de nous avoir permis ça.
Petite précision : hormis pendant ces quinze jours où il est proposé gratuitement, ce texte est vendu en numérique (2,99 €, sans DRM) sur tous les sites des revendeurs de livres numériques dont ePagine. On y court !

 

« (…)
Maintenant, mon travail original – celui d’un gestionnaire de portefeuilles et prestataire d’actes abscons de toutes sortes – s’était considérablement augmenté en devenant maître des requêtes. Il y avait maintenant vraiment du travail pour des copistes. Non seulement j’avais de quoi fournir aux clercs qui m’accompagnaient, mais je devais leur procurer une aide supplémentaire. Suite à ma petite annonce, j’aperçus un matin un jeune homme immobile sur le pas de la porte, qu’on avait laissée ouverte parce que c’était l’été. Je me remémore facilement cette silhouette aujourd’hui – blême et bien coiffé, pitoyablement respectable, incurablement solitaire : c’était Bartleby !
Après un bref entretien sur ses qualifications, je l’engageai, heureux de disposer dans ma brigade de commis d’un homme aussi singulièrement pondéré d’aspect, dont je pensais qu’il serait d’une influence bénéfique sur le tempérament inconstant de Turkey, et celui agité de Nippers.
J’aurais dû préciser auparavant qu’une porte vitrée divisait mes locaux en deux parties, l’une d’entre elles occupée par mes deux copistes, l’autre par moi-même. Selon l’humeur du jour, je laissais cette porte ouverte ou la refermais. Je décidai d’attribuer à Bartleby le coin auprès de la porte vitrée, mais de mon propre côté, et avoir ce garçon tranquille à portée d’appel pour toutes les petites choses insignifiantes qu’on aurait à faire. Je lui installai son pupitre le long d’une petite fenêtre de côté, une fenêtre qui au départ procurait une vue latérale sur une cour de briques crasseuse, mais qui désormais, en raison des constructions successives, ne procurait plus de vue du tout, mais quand même un peu de lumière. À moins d’un mètre des vitres il y avait un mur aveugle, et la lumière arrivait de loin au-dessus, entre deux immeubles très hauts, comme une toute petite ouverture dans un dôme. Pour un arrangement satisfaisant, j’achetai un haut paravent en accordéon vert, qui isolerait complètement Bartleby de ma vue, mais le garderait à portée de voix. Et de cette façon espace privé et relation sociale s’ajoutaient.
Au début, Bartleby remplit une quantité extraordinaire d’écriture. Comme affamé depuis longtemps de quelque chose à copier, il semblait se gaver lui-même de mes documents. Il n’y avait pas de pause pour la digestion. Il continuait presque jour et nuit, copiant à la lumière du jour puis à la chandelle. J’aurais dû me sentir réjoui de cette application, si j’y avais senti une industrie joyeuse. Mais il écrivait en silence, avec indifférence, mécaniquement.
C’est bien sûr une part indispensable du travail de copiste que vérifier l’exactitude de sa copie, collationnée mot à mot. Quand il y a deux copistes ou plus dans un bureau, ils s’épaulent l’un l’autre pour cette vérification, l’un lisant la copie, l’autre tenant l’original. C’est une affaire morne, fastidieuse, léthargique. Je peux vraiment imaginer qu’elle paraisse intolérable à certains tempéraments sanguins. Par exemple, je ne peux accorder foi à l’idée qu’un poète fougueux comme Byron aurait été heureux de s’asseoir à côté de Bartleby pour la vérification d’un acte juridique de – disons cinq cents pages, écrites serrées par une main précise.
De temps en temps, dans l’urgence des affaires, j’avais pris l’habitude de collationner certains brefs documents moi-même, convoquant Turkey ou Nippers pour m’aider. Mon but, en plaçant ainsi Bartleby à ma portée derrière son paravent, était de profiter de ses services en de telles occasions courantes. C’était le troisième jour, je crois, après son arrivée, avant que la nécessité se soit présentée de collationner une de ses propres copies, qu’ayant à me presser de boucler une affaire de routine, j’appelai soudain Bartleby. J’étais assis la tête penchée, l’original posé devant moi sur ma table, tendant la main droite de côté, agitant avec un peu de nervosité la copie, de telle façon qu’émergeant à l’instant de sa retraite, Bartleby puisse s’en saisir et qu’on procède à notre vérification sans le moindre délai.
C’est en tout cas dans cette attitude que je me tenais quand je l’appelai, lui résumant rapidement ce que je voulais qu’il fasse – en l’occurrence, relire un court texte avec moi. Imaginez ma surprise, non : ma consternation, quand sans même bouger de son repaire, avec une voix singulièrement douce, mais ferme, me répondit :
« Je préférerais ne pas.
– Préférerais pas quoi », je repris en écho, me levant en pleine fièvre, et traversant la pièce d’une enjambée : « Vous voulez dire quoi ? Vous tombez de la lune ? Si vous voulez m’aider à collationner cette feuille-là, vous la prenez », et je la lui lançai.
« Je préférerais ne pas », dit-il.
Je le fixai avec résolution. Son visage maigre impassible, ses yeux gris vagues et calmes. Pas un soupçon d’agitation qui se soit emparé de lui. Aurait-il été le moindre du monde mal à l’aise, coléreux, insolent ou impertinent dans ses façons, en d’autre mots, y aurait-il eu quoi que ce soit d’humainement ordinaire dans son propos, sans aucun doute je l’aurais immédiatement renvoyé de mes locaux. Mais tel que c’était, j’aurais pu aussi bien mettre à la porte mon buste pâlichon de Cicéron en plâtre de Paris. Je restais à le fixer pendant un moment, tandis qu’il continuait sa propre recopie, puis me rassit à mon bureau. Voilà qui est étrange, je pensai. Qu’est-ce que j’aurais pu faire de mieux ? Mais le travail pressait. J’en conclus qu’il valait mieux oublier ça pour l’instant, et y revenir un peu plus tard. Et donc, appelant Nippers dans l’autre pièce, le document fut vite expédié. »

© Herman Melville, Bartleby, traduit de l’anglais par Ruth Szafranski (publie.net)

29 septembre 2011

Impressions numériques de Jean Sarzana et Alain Pierrot (publie.net / Cerf)

De plus en plus de textes publiés par des éditeurs 100% numérique font l’objet d’une édition imprimée. La semaine dernière nous revenions ici sur l’histoire éditoriale du roman Chiens féraux de Felipe Becerra Calderón (LC éditions / Anne Carrière) et nous parlerons sous peu de Après le livre de François Bon (publie.net / Seuil). C’est également le cas de Impressions numériques de Jean Sarzana et Alain Pierrot lu au moment de sa mise en ligne et chroniqué sur ce blog en novembre 2010. Depuis quelques jours ce texte est ainsi disponible dans deux formats, en numérique (dans une version actualisée par publie.net, 3.49 €) sur Place des libraires numériques (une quarantaine de libraires partenaires) ainsi qu’en papier aux éditions du Cerf (vous pouvez réserver ce livre chez votre libraire via Place des libraires).

 

reprise de la chronique du 23 novembre 2010

J’ai lu un livre formidable, Impressions numériques de Jean Sarzana et Alain Pierrot. Cet ouvrage clair, structuré, intelligent, passionnant, vous emmène « au coeur de la mutation numérique du livre, et de ses enjeux » et il répond de manière didactique aux questions qu’on est nombreux à se poser : qu’est ce que numériser un livre ? qu’est-ce qu’une oeuvre numérique ? comment et pourquoi la numérisation transforme notre rapport à la création (pour l’auteur), à la publication et à la diffusion (pour l’éditeur) et à la réception des textes (pour le lecteur) ? Et quid de Google, du droit d’auteur, de la place du livre papier et du livre numérique ainsi que de leur avenir ? Cette étude, cette réflexion, cet essai (appelez-ça comme vous vous voudrez) a également des vertus pédagogiques (revenir sur l’histoire du livre, de l’édition et sur le parcours de Google par exemple est une très bonne chose). Tout ça pour dire aussi que les auteurs, ne s’adressant pas uniquement à un public d’initiés, de geeks ou de professionnels du « livre », leur ouvrage (je peux vous le certifier) peut être lu par tout le monde (ce qui n’est pas toujours le cas dans ce domaine). En plus de ça, il est sans DRM (pas de verrous), ne coûte pas très cher (3.49 € en numérique, 16 € pour la version imprimée) et peut être lu en numérique dans différents formats (PDF, ePub, Mobipocket). Et tout de suite un long extrait (en l’occurrence l’entrée en matière).

ChG

extrait de Impressions numériques

Entrée en matière

Le livre se trouve depuis longtemps en phase de transformation continue. Sur les terrains de la publication proprement dite et de la diffusion, l’édition a connu successivement après le grand format le livre au format de poche (Le Livre de Poche, Folio, J’ai Lu…), les clubs du livre (Reader’s Digest, France Loisirs, le Grand Livre du mois…), les collections classiques grand public (Bouquins, Omnibus, Quarto, Mille & Une Pages… ), le livre à 10 francs (Mille & Une Nuits, Librio, Folio à 2€…), le multimédia dans les années 1995, l’édition en kiosque (Encyclopaedia Universalis ou Casterman avec Le Figaro, Flammarion ou Gallimard avec Le Monde…), les lancements à l’américaine (Harry Potter, Paulo Coelho, Marc Lévy, Michel Houellebecq…), la vente en ligne (Amazon, la Fnac, Chapitre.com…). Souvent dénoncées, parfois craintes, toujours imitées ou suivies, ces innovations répétées ont permis au livre d’étendre son public sans cannibalisation trop marquée du voisin et d’accroître ainsi son périmètre, en extension constante malgré la baisse régulièrement constatée de la lecture et du nombre des lecteurs — pas un rapport sur le livre ou la lecture qui ne relève depuis vingt ans cette tendance lourde.
Pour beaucoup, le numérique apparaît comme la dernière en date de ces transformations. Apparu depuis bientôt quarante ans sous la forme du scan en mode image, suivi plus tard du mode texte, il s’inscrit dans la longue lignée des avatars du livre, et représente une marche de plus dans l’ascension vers la modernité, peut-être un peu plus glissante et un peu plus haute que les précédentes. Il implique donc une adaptation des pratiques classiques et éprouvées aux nouveautés qui le caractérisent appliquées aux techniques, aux acteurs et aux publics. Mais il n’est au fond qu’un prolongement du passé, comme tant d’autres avant lui.
Pour d’autres, le numérique marque au contraire une rupture décisive dans l’histoire du livre imprimé.
Le procédé de la numérisation fragmente le texte et l’atteint dans son intégrité, sa conjonction avec Internet autorise sa dissémination à l’infini et rend vain tout espoir de suivi de l’œuvre, sauf à vouloir fermer le jeu dans un univers où tout fuit et s’échange. C’est dire qu’à plus ou moins longue échéance, chacun des maillons de la chaîne du livre est non pas remis en cause, mais remis en question. Il convient donc de revenir sur beaucoup de principes acquis et d’imaginer des réponses inédites à des problématiques radicalement étrangères à celles que connaît l’imprimé¹.
Cette dernière approche nous paraît correspondre à la réalité, c’est elle qui est développée ici. Mais notre souci n’est pas de défendre pied à pied un point de vue contre un autre, d’aligner arguments et contre arguments, bref d’opposer les Anciens aux Modernes. Il s’agit d’éclairer le débat plutôt que de l’alimenter. Les tenants de la continuité ont pour eux la pratique avérée de l’exploitant et le fait que les premiers « livres  » ressemblent beaucoup aux livres tout court. Pourquoi ne resteraient-ils pas attachés à un ensemble de processus qui ont fait leurs preuves, notamment à partir du modèle économique actuel de l’édition : si les lecteurs se raréfient, le nombre de livres vendus demeure d’année en année relativement stable². Par ailleurs, on oublie trop souvent que les maisons d’édition sont pour beaucoup d’entre elles largement sous-capitalisées, ce qui leur interdit pratiquement tout investissement prospectif. Il ne faut donc pas sous-estimer les facteurs, objectifs ou non, favorables à une certaine forme de statu quo, voire à une évolution lente selon le cours des évènements.
Il reste que les évènements courent et que les évolutions sont aujourd’hui terriblement rapides. Certains secteurs, comme la musique ou la vidéo, ont déjà subi de plein fouet le choc du virtuel et du tout gratuit, et la première en est sortie exsangue. Aux États-Unis, l’édition connaît des mutations que les professionnels vivent désormais au quotidien. La situation du livre en France ne peut pas se ramener exactement à ces expériences – chaque langue, chaque pays entretient son propre rapport au livre – mais elles indiquent clairement la tendance, que nous devions nous en réjouir ou nous en affliger. Il convient donc de profiter de l’effet Google comme accélérateur de particules et d’ouvrir largement à la réflexion autour du livre numérique le champ des nouveaux horizons.

*

Le numérique n’est pas une découverte pour le livre. Mais il ne s’est pas répandu de l’intérieur, il est venu d’ailleurs – de la musique, de la téléphonie, de la messagerie, c’est-à-dire du quotidien – d’où le sentiment général d’invasion étrangère qui a dû faire sourire plus d’un éditeur de droit ou de médecine, familier de l’envahisseur. En dehors du fait qu’à son échelle, cet environnement apparaît nouveau pour (presque) tout le monde, personne ne peut prétendre pouvoir le parcourir en entier : les opérateurs planétaires ont la puissance et la technicité, mais ignorent tout des matières où leur industrie peut trouver application ; les secteurs d’activité disposent du savoir-faire et maîtrisent leur art, mais n’ont pas la pratique des systèmes ni la familiarité des réseaux. Une fois dépassé le vertige de la fascination, on peut s’asseoir et réfléchir. Dans le nouveau rapport entre le numérique et le livre – si l’on peut dire – rien n’est encore écrit.
Nous avons pris comme point de départ de notre analyse les éléments qui nous étaient le mieux connus et qui correspondaient à nos propres expériences, tant personnelles que professionnelles. Nous traitons donc principalement ici du livre en France et du secteur de l’édition.
On sait bien que le numérique dépasse le cadre des pays et des continents et ne connaît pas les frontières nationales. Certaines de nos réflexions, au demeurant, ne se rapportent pas strictement à l’hexagone. Mais notre matière et les exemples qui l’illustrent sont le plus souvent tirés de l’expérience qui est la nôtre et du contexte particulier où elle s’inscrit.
Dans le même sens, nous nous sommes centrés sur le seul secteur de l’édition, c’est-à-dire sur les auteurs et les éditeurs. Ce n’est pas l’effet d’un quelconque désintérêt pour la librairie ou les bibliothèques : en dehors du fait que ces deux secteurs du livre s’interrogent chacun sur son avenir, la librairie porte au public le livre dans toute sa diversité, et l’affaiblissement qu’elle peut craindre à la fois de l’extension du numérique et de la vente en ligne ne manquera pas d’affecter en retour l’ensemble de l’édition ; quant aux bibliothèques, gardiennes depuis toujours de la mémoire des livres, service public de la lecture très proche de ses usagers, elles ont joué un rôle clé dans la prise de conscience via Google de l’ordre numérique. Librairies et bibliothèques sont donc, à leur façon, à l’épicentre du sujet. Mais faute de disposer de connaissances suffisantes sur chacun de ces mondes, il nous a semblé qu’une enquête aussi fouillée soit-elle ne pouvait pas remplacer l’expérience directe de l’imprégnation d’un milieu.
Aucune recherche autour du livre ne peut ignorer à quel point l’édition est multiple, et parler de l’édition comme entité relève de la gageure. On relève pourtant une prédominance de la littérature dans le regard porté sur le livre en général et dans la représentation collective de l’édition en particulier, alors que plus des trois quarts des livres vendus n’appartiennent pas à cette branche du livre. Cette constatation s’opère à la lecture de la plupart des articles de presse, rapports publics et documents de toute nature, internes ou externes au secteur, se rapportant au livre.
Nous-mêmes n’avons pas, dans les pages qui suivent, échappé à ce travers si répandu et il arrive que certaines de nos remarques, à bien y regarder, s’appliquent à la seule littérature.
Un ouvrage d’une centaine de pages ne saurait faire le tour du sujet que nous nous proposons de traiter. Chacun des sous thèmes évoqués ici appellerait à lui seul un panorama plus riche et plus précis au lieu d’un simple survol. Mais les gros ouvrages traitant de sujets d’actualité ont parfois cet inconvénient qu’ils sont caducs avant d’être achevés et les éléments évoqués ici évoluent eux-mêmes à très grande vitesse. Nous avons donc choisi le parti de la brièveté – sans nous mettre à l’abri de nos craintes.
En dernier lieu, deux chapitres de cet ouvrage sont consacrés au droit d’auteur. Nous nous sommes beaucoup interrogés avant de les écrire, n’étant ni l’un ni l’autre juriste de métier. Or le droit d’auteur est une discipline qui se nourrit surtout de la pratique et où l’espace est vaste, qui va des dispositions de la loi à l’interprétation du juge. S’aventurer sur ce terrain représentait donc un risque certain, au-delà du reproche éventuel d’illégitimité. Nous nous y sommes néanmoins résolus, pour deux raisons.
D’abord, tant qu’à parler d’un sujet que personne ne maîtrise vraiment, hors les experts patentés du domaine, pourquoi nous dispenser d’évoquer aussi celui-là ? Les auteurs et les éditeurs sont rarement des professionnels de la propriété littéraire et artistique et cependant la pratiquent tous les jours. Nous nous sommes donc autorisés à ne faire qu’en parler.
Ensuite, le sujet lui-même y invite. Comment traiter les différents aspects du nouvel ordre numérique sans évoquer le droit d’auteur qui fonde le contrat d’édition sur lequel tout, ou presque tout, repose ? Notre analyse, déjà modeste, serait apparue comme bien incomplète, et on aurait pu nous reprocher notre abstention bien plus qu’on aura lieu de critiquer notre entreprise – du moins nous l’espérons.

*

Nous allons essayer de montrer en quoi la numérisation représente bien davantage qu’une simple évolution dans le processus éditorial. Pour cela, nous commençons par planter avec Google le décor du nouvel ordre numérique (chapitre 1) avant de présenter en regard l’édition et ses principaux acteurs (chapitre 2) et de cheminer à partir du codex et de la double nature du livre vers le livre numérisé et l’œuvre numérique (chapitre 3). Nous analysons ensuite cette nouvelle manière de traiter le texte écrit dans ses effets sur les acteurs actuels de l’édition (chapitre 4), sur l’évolution de la lecture et le regard du lecteur (chapitre 5) et sur le devenir de l’œuvre elle-même (chapitre 6). Puis nous nous interrogeons à propos de quelques aspects du droit d’auteur, en deux temps – les tenants, ou le papier (chapitre 7) et les aboutissants, ou le numérique (chapitre 8). Nous évoquons avec la rémanence de l’action collective quelques uns des enjeux à venir (chapitre 9) avant de conclure sur la place que pourrait occuper demain le livre imprimé (chapitre 10).

¹ Jean Lissarrague, Quels lendemains pour le livre ? (revue Esprit, octobre 1997).

² 445 millions d’exemplaires vendus en 2005, 469 en 2006, 486 en 2007, 468 en 2008, 464 en 2009 (ventes aux caisses des libraires et clubs de livres, source SNE).

© Impressions numériques de Jean Sarzana et Alain Pierrot (publie.net), 3.49 € surPlace des libraires numérique (formats ePub, PDF, Mobipocket)

27 juillet 2011

nouvelle traduction du Bartleby de Melville chez publie.net (extrait)

On ne pouvait pas ne pas saluer la nouvelle traduction du grand Bartleby d’Herman Melville. Rebaptisé Bartleby, commis aux écritures (et sous-titré une histoire de Wall-Street) on doit cette traduction à Ruth Szafranski (déjà traductrice de Lovecraft pour publie.net). Pour lire la présentation de ce texte où il est aussi question de son travail, visitez cette page du tiers livre. Et pour le plaisir, tout de suite, voici un extrait. Merci aux éditeurs de nous avoir permis ça.
Petite précision : ce texte est disponible en numérique sur tous les sites des revendeurs de livres numériques dont ePagine. Il est proposé à 2,99 €, sans DRM. On y court !

 

« (…)
Maintenant, mon travail original – celui d’un gestionnaire de portefeuilles et prestataire d’actes abscons de toutes sortes – s’était considérablement augmenté en devenant maître des requêtes. Il y avait maintenant vraiment du travail pour des copistes. Non seulement j’avais de quoi fournir aux clercs qui m’accompagnaient, mais je devais leur procurer une aide supplémentaire. Suite à ma petite annonce, j’aperçus un matin un jeune homme immobile sur le pas de la porte, qu’on avait laissée ouverte parce que c’était l’été. Je me remémore facilement cette silhouette aujourd’hui – blême et bien coiffé, pitoyablement respectable, incurablement solitaire : c’était Bartleby !
Après un bref entretien sur ses qualifications, je l’engageai, heureux de disposer dans ma brigade de commis d’un homme aussi singulièrement pondéré d’aspect, dont je pensais qu’il serait d’une influence bénéfique sur le tempérament inconstant de Turkey, et celui agité de Nippers.
J’aurais dû préciser auparavant qu’une porte vitrée divisait mes locaux en deux parties, l’une d’entre elles occupée par mes deux copistes, l’autre par moi-même. Selon l’humeur du jour, je laissais cette porte ouverte ou la refermais. Je décidai d’attribuer à Bartleby le coin auprès de la porte vitrée, mais de mon propre côté, et avoir ce garçon tranquille à portée d’appel pour toutes les petites choses insignifiantes qu’on aurait à faire. Je lui installai son pupitre le long d’une petite fenêtre de côté, une fenêtre qui au départ procurait une vue latérale sur une cour de briques crasseuse, mais qui désormais, en raison des constructions successives, ne procurait plus de vue du tout, mais quand même un peu de lumière. À moins d’un mètre des vitres il y avait un mur aveugle, et la lumière arrivait de loin au-dessus, entre deux immeubles très hauts, comme une toute petite ouverture dans un dôme. Pour un arrangement satisfaisant, j’achetai un haut paravent en accordéon vert, qui isolerait complètement Bartleby de ma vue, mais le garderait à portée de voix. Et de cette façon espace privé et relation sociale s’ajoutaient.
Au début, Bartleby remplit une quantité extraordinaire d’écriture. Comme affamé depuis longtemps de quelque chose à copier, il semblait se gaver lui-même de mes documents. Il n’y avait pas de pause pour la digestion. Il continuait presque jour et nuit, copiant à la lumière du jour puis à la chandelle. J’aurais dû me sentir réjoui de cette application, si j’y avais senti une industrie joyeuse. Mais il écrivait en silence, avec indifférence, mécaniquement.
C’est bien sûr une part indispensable du travail de copiste que vérifier l’exactitude de sa copie, collationnée mot à mot. Quand il y a deux copistes ou plus dans un bureau, ils s’épaulent l’un l’autre pour cette vérification, l’un lisant la copie, l’autre tenant l’original. C’est une affaire morne, fastidieuse, léthargique. Je peux vraiment imaginer qu’elle paraisse intolérable à certains tempéraments sanguins. Par exemple, je ne peux accorder foi à l’idée qu’un poète fougueux comme Byron aurait été heureux de s’asseoir à côté de Bartleby pour la vérification d’un acte juridique de – disons cinq cents pages, écrites serrées par une main précise.
De temps en temps, dans l’urgence des affaires, j’avais pris l’habitude de collationner certains brefs documents moi-même, convoquant Turkey ou Nippers pour m’aider. Mon but, en plaçant ainsi Bartleby à ma portée derrière son paravent, était de profiter de ses services en de telles occasions courantes. C’était le troisième jour, je crois, après son arrivée, avant que la nécessité se soit présentée de collationner une de ses propres copies, qu’ayant à me presser de boucler une affaire de routine, j’appelai soudain Bartleby. J’étais assis la tête penchée, l’original posé devant moi sur ma table, tendant la main droite de côté, agitant avec un peu de nervosité la copie, de telle façon qu’émergeant à l’instant de sa retraite, Bartleby puisse s’en saisir et qu’on procède à notre vérification sans le moindre délai.
C’est en tout cas dans cette attitude que je me tenais quand je l’appelai, lui résumant rapidement ce que je voulais qu’il fasse – en l’occurrence, relire un court texte avec moi. Imaginez ma surprise, non : ma consternation, quand sans même bouger de son repaire, avec une voix singulièrement douce, mais ferme, me répondit :
« Je préférerais ne pas.
– Préférerais pas quoi », je repris en écho, me levant en pleine fièvre, et traversant la pièce d’une enjambée : « Vous voulez dire quoi ? Vous tombez de la lune ? Si vous voulez m’aider à collationner cette feuille-là, vous la prenez », et je la lui lançai.
« Je préférerais ne pas », dit-il.
Je le fixai avec résolution. Son visage maigre impassible, ses yeux gris vagues et calmes. Pas un soupçon d’agitation qui se soit emparé de lui. Aurait-il été le moindre du monde mal à l’aise, coléreux, insolent ou impertinent dans ses façons, en d’autre mots, y aurait-il eu quoi que ce soit d’humainement ordinaire dans son propos, sans aucun doute je l’aurais immédiatement renvoyé de mes locaux. Mais tel que c’était, j’aurais pu aussi bien mettre à la porte mon buste pâlichon de Cicéron en plâtre de Paris. Je restais à le fixer pendant un moment, tandis qu’il continuait sa propre recopie, puis me rassit à mon bureau. Voilà qui est étrange, je pensai. Qu’est-ce que j’aurais pu faire de mieux ? Mais le travail pressait. J’en conclus qu’il valait mieux oublier ça pour l’instant, et y revenir un peu plus tard. Et donc, appelant Nippers dans l’autre pièce, le document fut vite expédié. »

© Herman Melville, Bartleby, traduit de l’anglais par Ruth Szafranski (publie.net)

8 mai 2011

Ton 8 mai 1945 et le mien, Isabelle Rèbre, publie.net

Le 8 mai 1945 Kateb Yacine (auteur du futur grand et incontournable roman qu’est Nedjma, 1956) a une quinzaine d’années. Si la France fête la victoire des Alliés sur l’Allemagne nazie et la fin de la Seconde Guerre mondiale en Europe, ce même jour ce même pays est responsable du massacre de Sétif en Algérie. Ce jour-là donc, Kateb Yacine défile en compagnie d’autres algériens indépendantistes dans les rues de Sétif avant d’être arrêté et emprisonné. De l’autre côté de la Méditerranée, dans l’Est de la France, un jeune homme découvre avec effroi la réalité des camps de concentration. Si le premier a très rapidement choisi d’utiliser la forme romanesque et la langue de l’occupant pour dire, témoigner, parler de la guerre, le second a passé une grande partie de sa vie dans le secret. Il faudra un accident, cette lutte avec la mort, pour que soudain cet homme se mette à parler… à sa fille, la narratrice de ce texte puissant. S’emparant en sept chapitres de ces deux histoires qui la constituent désormais (l’une depuis longtemps mais sans le savoir et l’autre dès la lecture de Nedjma achevée), la narratrice aborde dans Ton 8 mai 1945 et le mien notre manière d’être au monde : d’où venons-nous, de qui sommes-nous faits et de quelle Histoire, de quel héritage, de quelle filiation (le père biologique, le père qu’on se choisit) sans oublier le dire, l’écrire et le taire. Et tout ça à travers deux événements majeurs du XXe siècle cités infra : la deuxième guerre mondiale et la sale guerre, et en creux l’ombre d’un homme lié à ces deux événements, le général de Gaulle. Des images fortes traversent ce récit, celles des camps, des « malgré nous », du massacre de Charonne, des victimes et des bourreaux (qui parfois sont les mêmes : la France occupée et la France colonisatrice) mais aussi celles liées à la maladie ainsi qu’au rôle et à la place d’une fille, d’une femme, d’une lectrice, d’une écrivain aujourd’hui.

Je ne pensais pas publier de billet ce 8 mai. Mais quand je suis tombé sur ce texte d’Isabelle Rèbre je ne pouvais pas ne pas… Outre les thématiques (décrites sommairement supra) qui m’ont touchées, j’ai été saisi par l’écriture de cet auteur que je ne connaissais pas et par cette façon d’empoigner vie personnelle, lectures, Histoire et réel qui me paraît essentielle en littérature. J’espère d’ailleurs que nous serons plusieurs à partager ça.

Ce texte est disponible uniquement en numérique via la coopérative d’auteurs publie.net, maison d’édition initiée, activée et manœuvrée par François Bon, et vous pouvez télécharger l’ebook sur ePagine (en ePub) pour moins de 3 euros. Il est sans DRM : cela signifie qu’il n’a pas de verrous, que vous pouvez le copier-coller très facilement pour, par exemple comme moi ici, proposer un extrait en ligne afin de le faire connaître à d’autres lecteurs. Ce texte, je l’ai d’abord lu sur écran grâce au lecteur d’ePub que vient d’intégrer Firefox 4 avant de l’installer sur le Cybook Orizon (très envie d’emmener ce récit avec moi aujourd’hui et de le montrer aux amis avec qui je partagerai cette journée).

Bonnes lectures et bon dimanche.

ChG

 

Extrait du chapitre « Qu’est-ce que tu cherches ? »
Ton 8 mai 1945 et le mien d’Isabelle Rèbre (publie.net)


– Qu’est-ce que tu cherches ?
– Ta collection de cartes postales.

Elle prend un album photos rempli de cartes postales et l’ouvre devant lui :

– Là, c’était avant la construction de la maison.
–  Qu’est ce que tu faisais le 8 mai 1945 ?
– J’étais saoul !
– Vous avez fait la fête, c’était un grand jour ?

Dans les films, à la Libération, les soldats, les américains, sont toujours saouls. Ils font danser les femmes, il y a un orchestre, des jupes qui volent, des cigarettes. Vous avez sorti les drapeaux ?

– Oui les trois : américain, français, anglais. Mais novembre, c’était plus important, parce que les chars sont arrivés devant la maison.

 

La maison. Une grande bâtisse blanche, sans style, à deux étages. On la retrouve sur toutes les images de la collection. Au dos des cartes, quelques mots délavés de touristes en villégiature : «bons baisers», «coin charmant» … Une réputation qui n’est plus à faire, un haut lieu de l’air respirable.

Des missives envoyées un peu partout avant, après, propagent le cliché : au premier plan la maison, au centre l’hôtel du parc, au loin les ruines du château fort. On imagine mal un régiment de chars, et pourtant.

À ce lieu on a donné un nom : la Suisse des Vosges. Tu parles d’un coin tranquille ! La Suisse, vieux rêve de neutralité. Non vraiment, aucune raison d’appeler ce coin la Suisse ou alors sur fond blanc marqué d’une croix rouge.

Pourquoi taire son nom ? Le pays au pied des montagnes, pris entre la Forêt Noire et les Vosges. Un couloir. Parler des Vosges, c’est parler des montagnes, la seule véritable frontière. Le Rhin ? Non, un fleuve n’a jamais empêché des hommes d’avancer. Il n’y a qu’à voir le nombre de ponts.

 

L’Alsace : perdue à la guerre de 70, intégrée à l’Empire allemand par le traité de Frankfort. Dans les écoles, sur la carte de France, on colorie l’Alsace et la Lorraine en noir. Des générations élevées avec le syndrome du membre amputé.

Territoires enlevés, mais un jour récupérés.

 

Un demi-siècle au sein du Reich puis retour dans la République française, puis envahie par l’Allemagne nazie. En 1942, les nazis prennent l’Alsace et plantent les barbelés du camp de concentration du Struthof. Planté dans un massif de fougères, un panneau de signalisation indique : « chambres à gaz ».

L’archéologie de cette terre est marquée par trop de hontes pour qu’on la découvre, trop souvent mis entre parenthèses de l’histoire de France, une langue trop proche du Boche pour ne pas être une ennemie, alors silence.

Un mot résonne comme une excuse : « Malgré nous ».

Histoire récente ou vieille histoire, c’est la même chose. Il suffit de regarder le paysage…

 

– Ils m’ont volé ma bague.
– Ils ont dû te l’enlever pour l’opération.
– Tu sais de quelle bague je parle ?
– Celle de ton père.
– Il l’avait gagnée sur le front russe
– En jouant aux cartes.
– Il se battait avec les Allemands ?
– Forcément ! En 14, il était allemand.
– Ça devait être curieux de se retrouver dans l’autre camp, la guerre d’après, avec le général de Gaulle dans la maison
– Il était colonel à l’époque. (un temps) À l’automne, un régiment de chars est arrivé .
– De quoi tu parles ?
– Du début. Un sergent major est venu chez nous réquisitionner le premier étage : « Vous logerez trois officiers, l’état-major de la Vème armée. » J’ai laissé ma chambre au colonel, immense, les yeux marrons, impeccablement sanglé. Mon père pensait que c’était une cinquième colonne, rien à voir avec les militaires français, jamais un sourire, « les boutons sont là pour être fermés ! »… Son chauffeur nous avait dit qu’il était l’auteur de livres sur l’art de la guerre. Mais on n’était pas heureux qu’il soit là, on ne savait pas qui c’était, on ne le connaissait pas. De Gaulle pour nous, …

© Isabelle Rèbre et publie.net, 2008-2011

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